Je le dis souvent : la plus grosse perte avec l arrêt du service, c est qu on ne peut plus jouer à s en faire exempter.
Y a ma compagne pour ça !
Mcgyver au feminin
C’est pas complètement idiot mais en fait c’est une des facettes du désengagement de l’État. C’est à mettre en parallèle avec, par exemple, la lente disparition des colonies de vacances.
Le service militaire avait plein de défauts, le premier étant de faire chier des jeunes pendant dix ou douze mois (dix-huit, je crois, pour les Calédoniens : tiens, c’est marrant, ça, les fils de France venus d’outre-mer n’étaient pas soumis au même régime que les fils de France de métropole), le deuxième étant que l’expérience potentiellement acquise n’était sanctionné par aucun diplôme, aucune équivalence. En gros, un gamin passait dix mois à taffer en cuisine, chez le coiffeur ou chez le mécanos, et il retrouvait la vie civile avec juste un petit mot d’attestation sans valeur à sa libération des obligations militaires.
J’en avais parlé, durant mon service, à un capitaine responsable des concours et promotions internes (et qui était… mon élève parce que, en tant que scientifique du contingent, je donnais des cours aux gradés), et il m’avait répondu que l’armée n’avait pas de vocation sociale (ce à quoi je lui ai répondu de relire Le rôle social du sous-officier, de Lyautey, ce qui m’a valu un regard noir…).
Mais le service militaire avait un avantage, que je considère comme majeur, voire essentiel. Celui de mixer, de brasser, cette jeunesse. Le petit Normand que j’étais, qui venait de goûter à la vie étudiante à Paris, passait ses journées avec des Alsaciens ou des Toulousains, pionçait à un étage des chambrées des Calédos, bref avait d’un coup un contact avec la France, au sens géographique du terme, mais aussi social.
Alors oui, plein de gens étaient exemptés, une partie parce que Papa Maman ne voulait pas « mettre en danger » le fiston, mais aussi parce que les exemptions étaient plus faciles, vu que l’armée n’avait pas autant besoin de main d’œuvre qu’avant (cela dit, j’ai été incorporé en septembre 1994. En septembre. Mois impair. Alors qu’on incorpore en mois pairs. Pourquoi ? Parce que le gouvernement Balladur a trouvé malin d’appeler plus de jeunes gens pour ensuite se vanter des chiffres du chômage des jeunes en baisse, mais ceci est une autre histoire).
Le brassage social, c’est quelque chose en quoi je crois. Je ne crois pas en beaucoup de mythes sociaux que nos politiques essaient de nous vendre, mais ça, j’y crois. C’est tout con, mais quand tu fais une soirée (ou une sortie terrain ou ouatéveur…) avec des gens de toutes régions, de toute catégorie sociale, tu apprends à les connaître. Quand tu passes un an à papoter avec les Calédos, tu apprends à les connaître. Et les gens que tu connais, tu apprends aussi à les apprécier.
Ça, la disparition des colonies de vacances (et avant ça des patronages, qui étaient l’échelon communal de l’influence de l’État), le désinvestissement dans l’école publique, tout cela a contribué à effacer le sentiment d’appartenance à une communauté nationale.
Si on rajoute l’individualisme forcené de la décennie tout-fric que furent les années 1980 et la deuxième couche qu’à été l’émergence des réseaux sociaux dont les algorithmes ne proposent que de l’entre-soi masturbatoire, on obtient un pays (un Occident, je dirais…) qui n’a plus cette conscience de « faire nation », comme on dit, et qui n’a plus les moyens de recommencer.
(Les nationalistes diraient que la vision sans frontière de l’Europe y est peut-être aussi pour quelque chose, et là, je dirais qu’il y a matière à discuter, tout de même…)
Déjà, pour l’heure, la France n’est pas en mesure de réinstituer un service militaire telle qu’on l’a connu dans ses grandes heures (moi, dans les années 1994, j’étais déjà dans la queue de comète). Parce que, accueillir et former des dizaines ou centaines de milliers de jeunes, ça demande certes des locaux, de la logistique, tout ça, qu’on n’a pas, mais les casernes, ça se reconstruit ou ça se réhabilite, les voitures et les bus, ça s’achète… mais l’encadrement est colossal, il faut énormément de personnel, et l’armée ne l’a pas. C’est pour cela que Macron parle d’un service national sur la base du volontariat. Parce que numériquement, c’est injouable.
Dommage d’ailleurs, parce que le conflit en Ukraine a confirmé ce que les missions en Afrique ou autre laissaient entendre, à savoir que les guerres technologiques à distance avec du gros matos, c’est du fantasme. Une guerre, ça se fait sur le terrain, avec des hommes. Certes, il faut des pilotes de chasse, des dronistes, des techniciens de maintenance, mais pour reprendre un village malien ou une bourgade ukrainienne, il faut du monde, et en Europe, personne n’est prêt, parce que personne n’a assez d’hommes, même pas les Allemands qui ont pensé leur armée pour intervenir même en Europe, pas les Polonais qui investissent dans du matos, pas les Grecs qui se renforcent depuis longtemps en gardant un doigt sur la détente en direction de la Turquie…
Personne, encore moins en France.
Ensuite, un service militaire, tel qu’on l’envisageait jadis, même si on parvient à le réinstituer, ça ne vaudra rien s’il ne correspond pas à une possibilité d’avancée sociale, de promotion. Le service militaire doit s’accompagner d’une validation des expériences acquises, la confirmation d’équivalence qui puissent assurer au soldat (appelé ou engagé, professionnel ou contractuel…) soit une carrière longue avec possibilité d’avancement, soit un retour fructueux à la vie civile.
Et franchement, c’est sur ce dernier point que j’ai des doutes. Parce qu’un gouvernement, quel qu’il soit, est toujours prompt à prendre et lent à donner. Si l’État ne peut garantir ce genre de promotion sociale, cette valorisation du statut, c’est pas la peine de le faire.
Sans doute, mais justement, je trouve ça très sain : le service militaire, c’était aussi une manière de découvrir le pays auquel on appartient d’une manière concrète, sur le terrain, en quelque sorte, loin des visions idéalistes, partisanes et propagandistes.
Moi aussi, mais je vois dans la conscription (quelque forme qu’elle puisse prendre) un moyen pour la société civile d’avoir un œil sur ce que fait l’armée de métier. C’est d’ailleurs l’une des raisons qui me faisaient dire que c’était une connerie de Chirac que de l’annuler.
L’une des conséquences, c’est qu’une main d’œuvre à franchement pas cher (tous ces petits coiffeurs qui passaient la tondeuse sur le crâne des appelés comme des engagés, tous ces petits jardiniers qui tondaient la pelouse des cours d’honneur, tout ces petits mécanos qui faisaient la vidange de la voiture du général…) coûtait d’un coup un peu plus cher. Le résultat, c’est la vente de bâtiments, c’est aussi la réduction du format de l’armée, à tout niveau, pour rentrer dans le budget.
Au moment du Covid, j’ai pesté qu’on se retrouve à poil niveau santé (enfin, plus à poil que je pensais, quoi…). En bon anti-militariste, je pensais qu’on déshabillait l’école et l’hôpital au profit de la caserne. Mais là, depuis 2022, je note qu’on est à poil aussi au niveau de la défense. Et j’ai récemment entendu des témoignages qui laissaient entendre que ce n’est pas d’aujourd’hui, et que déjà, dans les années 1980…
Ouais, c’est bien gentil, les « dividendes de la paix », mais bon…
Raisonner en comptable pour des trucs aussi importants que la santé, l’éducation ou la défense, on sait que c’est une connerie depuis des décennies, mais ça va pas en s’améliorant.
Ah tiens, ouais, j’avais pas pensé à ceux-là, ouais…
Trop à droite pour moi, souvent.
Jim
Wouah, il ecrit bien notre Jim. Et rapidement.
J etais contre sa suppression et pour jouer à m en faire exempter.
Si j etais contre c etait pour la dimension républicaine : comment ça les civils ne sont plus aussi des militaires si nécessaire ? Arnaque ! Retour à la caste des guerriers, tout ça tout ca
J’étais chez les protestants, avec le recul ça faisait un peu secte avec mariage arrangé. Au moins les pasteurs pouvaient se marier et avoir des gosses ça évite les dérives d’en face. Et les messes avec batterie et guitare électrique ça passait mieux.
Rien fait. Même pas la journée.
Mais sinon, pour les problèmes des mioches de 3 ans, le service militaire, il fait quoi ?
Pas moi, mais j’ai fait deux fois mes « trois jours »…
En fait, deux fois une journée… Et comme c’était à Blois, j’en avais pour une demi-heure de train… Autant dire que ça ne m’a pas occupé longtemps.
La deuxième fois, ça a même été plus rapide : je suis reparti vers midi…
J’avais entamé les démarches pour faire mon service en coopération (c’était deux fois plus long, mais à l’étranger et sans arme)… Mais la réforme est arrivée qui m’a permis de terminer mes études plutôt que de partir.
Tori.
Tori a redoublé le service militaire ? ![]()
Moi j’ai fait mes “3 jours” au moment où il ne restait plus que 2 ans avant son arrêt total. J’étais dans les derniers.
Je venais de lâcher la fac, je ne savais pas trop quoi faire et je me disais que quitte à habiter en gendarmerie depuis 23 ans pourquoi pas se lancer.
Et finalement comme je suis doté d’un fort beau gabarit
on m’a fortement incité a accepter d’être réformé. Le colonel médecin m’a dit “imaginez le nombre de personnes qui aimerait être à votre place ? Franchement passer 10 mois à passer le balai dans un mess ou à accueillir les derniers appelés…vous avez mieux à faire “
J’en suis persuadé aussi.
Héhé.
Je dis toujours que s’ils se mettaient à chanter du gospel, ils me reverraient plus souvent à l’église !!!
Jim
Uniquement sur un malentendu, pour ma part.
T’as plus de chance d’y foutre les pieds avant moi, alors.
Jim
Mariage des prêtres et prêtrise des femmes, l eglise serait inarretable. Raz de marée.
Ne leur donnons pas trop l idée de le faire
Pas chiche.
Un malentendu arrivera toujours avant l’arrivée du gospel dans l’église de mon village.
Je suis tranquille.
Jim
Ah mais sur même s’il y a du gospel, si j’y suis, ce sera sur un malentendu.
Parce que sans ça, le résultat est déjà acquis.
Petit rappel toujours utile
Mais tu sais que c’est toujours le cas ? Que cela n’a rien à voir avec l’arrêt du service militaire ?
Diable.
Va falloir qu’on m’explique dans quel sens ça se tient.
Il est le cucul ? Elle est oû la tètète ?
A l époque, j avais vingt ans et je voyais un renforcement de la séparation entre civil et militaire. J en faisais une question de principe.