Je suis en train de me relire la prestation de Mark Waid sur la série The Brave and the Bold de 2007 (compilée en trois tomes qui vont constituer une partie de mes lectures à venir). J’en ai gardé un super souvenir, mais un peu diffus (et en relisant, je me rends compte que j’ai surtout gardé le premier cycle en mémoire), et c’est une traduction récente, m’ayant demandé une vérification, qui m’a incité à me repencher dessus.

Donc, les six premiers numéros de cette série, bâtie sur le modèle du « team-up », soit un tandem de héros, à l’image de DC Comics Presents ou de la fameuse versions de The Brave and the Bold avec Batman en pivot central, ont été compilés dans un recueil sous-titré « The Lords of Luck ».
Contrairement à la formule classique, qui veut qu’un héros stable accueille à chaque nouveau numéro un collègue différent (comme le font Spider-Man dans Marvel Team-Up et Ben Grimm dans Marvel Two-in-One, chez la concurrence), Waid propose de changer de tandem à chaque épisode. Et, plus retors, il s’engage dans un récit au long cours en déroulant une seule intrigue sur plusieurs numéros.
Le pari est de taille, mais le scénariste, assisté ici de George Pérez qui se met en demeure de dessiner un maximum de personnage, va trouver de nombreuses astuces pour mener l’intrigue à bien.
Tout commence avec un meurtre mystérieux dont le Green Lantern Hal Jordan et Batman observe un angle seulement. Ils mettent en commun leurs informations et découvrent bien vite que Roulette, la super-vilaine qui fait commerce de combats de gladiateurs à pouvoirs, est en possession d’un livre racontant le passé, le présent et l’avenir de l’univers.
À la fin de l’épisode, les héros sont séparés, Jordan poursuivant un extraterrestre qui a dérobé le « Livre du Destin » tandis que Batman poursuit son complice.
Dans l’épisode suivant, Hal fait équipe avec Supergirl tandis que Batman s’allie à Jaime Reyes, le nouveau Blue Beetle. Waid ne manque pas d’idées pour caractériser ses personnages : dans le premier chapitre, il présentait un Bruce Wayne très jamesbondien, mais en même temps très rafraîchissant. Dans celui-ci, il montre Jordan focalisant sur l’âge de sa jeune équipière, ce qui permet de rappeler sur un ton humoristique le séducteur toujours sensible aux jolies blondes, et de définir Kara en creux.
La traque des extraterrestres conduit bientôt sur Rann, une planète qui a récemment défrayé l’actualité à cause de la guerre contre Thanagar. Kara se retrouve à faire équipe avec Lobo tandis que Batman et Blue Beetle font face aux Fatal Five venus du futur.
Non content de mettre en scène une flopée de protagonistes, Pérez s’amuse aussi à faire des références graphiques : une planche montée à la manière de Killing Joke, un Batman dessiné à la manière de Walt Simonson, une case d’Adam Strange composée à la façon de Carmine Infantino, etc.
Fusionné avec Tharok, Batman est précipité dans le lointain futur où il rencontre la Légion des Super-Héros (qui ne fait pas le poids). Kara et Lobo croisent Destiny qui explique qu’il s’est séparé de son livre dans le but de le confier à quatre êtres qui, inexplicablement, échappent au récit qu’il contient.
Sur Rann, Kara est exposée aux radiations de trois soleils, si bien qu’elle dispose de pouvoirs survoltés. Qu’elle ne maîtrise pas, dans un premier temps, mais qui permettent aux héros de libérer les quatre êtres étranges évoqués plus haut, ces derniers s’avérant les Challengers of the Unknown.
L’apparition des quatre aventuriers permet de contrer le plan ourdi sur plusieurs millénaires par les Lords of Luck, dont la présence à différentes époques permet de relier les deux trames, celle de Batman et celle de Jordan et Kara, dans un vibrant hommage à l’histoire éditoriale de DC.
C’est astucieux, malin, dense, rapide. C’est entièrement tourné vers l’action, avec un peu d’action et beaucoup d’humour, et une caractérisation qui me semble assez réussie. Une petite pépite qui, à l’époque, représentait une bouffée d’optimiste et de lumière dans un catalogue DC qui, franchement, tournait à la dépression.
Jim










