RÉÉDITIONS DC : TPBs, Hardcovers, Graphic Novels

La collection « DC Finest » permet de redécouvrir le patrimoine de l’éditeur dans de gros volumes épais. Certes, une partie de cette collection est composée de récits déjà réédités sous une forme ou une autre, souvent celle de TPB souples (Supergirl de Peter David, Green Arrow de Mike Grell, Suicide Squad de John Ostrander…), une autre partie propose des repackaging de périodes en élargissant les épisodes republiés et en profitant de titres historiques (Superman - Kryptonite Nevermore…), ce qui a le désavantage de perdre l’arc notable dans la masse, mais l’avantage corollaire de le replacer dans un contexte éditorial. Et puis, une partie concerne des époques peu ou pas rééditées, ou alors y a longtemps…

C’est le cas pour Flash. La série, comme beaucoup de titres phares chez DC, a longtemps fonctionné sur le principe d’un récit par épisode articulé autour d’une idée forte (souvent définie au moment de la couverture avec l’assentiment du responsable éditorial, Julius « Julie » Schwartz). C’est particulièrement sensible sur Flash : la série n’a pas connu d’interruption contrairement à Green Lantern qui s’est arrêté, les aventures de Hal Jordan continuant dans Flash justement, et n’a pas changé de statu quo, contrairement à Wonder Woman dont les aventures se sont à un moment déplacées sur Terre-2 et dans la Seconde Guerre mondiale. La conséquence de cela, c’est un statu quo fort, quasi immuable sur une longue période, et l’absence de grandes sagas s’étalant sur plusieurs mois. La série devient donc une succession d’histoires charmantes à lire mais oubliables, somme toute, où ne se distingue, au final, que la prestation des dessinateurs.

Flash - The Fastest Man Dead regroupe des épisodes qui s’inscrivent dans ce genre de période. Le recueil rassemble une trentaine d’épisodes, commençant avec Flash #197 (rappelons que la série a été relancée au #105 : à l’époque, les responsables éditoriaux estimaient que le lecteur pouvait être davantage rassurés avec un titre à la numérotation copieuse qu’avec un simple numéro 1 susceptible de véhiculer une certaine méfiance, voire un désintérêt inquiétant). L’épisode est réalisé par Robert Kanigher et Gil Kane, autant dire que c’est spectaculaire, malgré l’encrage de Vince Colletta qui amoindrit les effets de matière et la profondeur de champ.

De cette période-là, j’en ai lu beaucoup, souvent dans les pockets d’Arédit. L’un de mes premiers souvenirs de Flash est justement la back-up de ce numéro 197, réalisée par le même tandem d’auteurs, dans laquelle le héros utilise un rayon lumineux pour se rendre sur une planète en danger, puis court à super-vitesse sur des grains de sable qu’il vient de jeter en l’air afin de se propulser à nouveau dans le rayon et de revenir sur Terre : à l’époque (et encore aujourd’hui) ça me semblait complètement saugrenu et bancal, mais ça ne manquait pas de séduction et de merveilleux, dans cet étrange équilibre entre l’invraisemblable et le fascinant.

Les épisodes de Kanigher reposent sur des idées intéressantes (Flash amnésique dans le #198, persuadé d’avoir huit ans), mais trahissent bien souvent une vision pour le moins conservatrice de la société, notamment quand il met en scène de jeunes gens. De même, son Iris Allen est plus insupportable et encombrante que chez d’autres scénaristes. Mais on remarquera tout de même quelques curiosités dans le sommaire : la back-up du #198, mettant en scène Zatanna dessinée par Don Heck (sur un scénario de Mike Friedrich, qui signera quelques autres histoires avant de céder la place à Cary Bates, appelé à rester de longues années sur le personnage), World’s Finest #198 et 199, par Denny O’Neil et Dick Dillin qui racontent une énième course entre Superman et Flash, ou The Brave and the Bold #99, par Bob Haney, Bob Brown et Nick Cardy…

C’est Irv Novick qui remplace Gil Kane à partir de Flash #200. Son dessin est plus classique et académique, moins spectaculaire, plus passe-partout, mais il bénéficie du génial encrage de Murphy Anderson, qui donne beaucoup de matière et de rondeur à son trait : on se plaît à rêver qu’il ait pu aussi encrer les épisodes de Kane. Les derniers épisodes tournent autour d’Iris, parfois placée dans le rôle de la « demoiselle en détresse », parfois dans celui de l’antagoniste. On sent que Kanigher ne sait pas trop quoi faire du personnage, qu’il jette dans les pattes du héros à plusieurs reprises. Flash #203 a au moins le mérite de poser les bases de développements à venir (pendant des décennies) en précisant les origines d’Iris West, venue d’un lointain futur dont ses parents biologiques l’ont éloignée afin de la sauver d’une guerre nucléaire bien dans l’air du temps de l’époque.

Alors que Kanigher signe ses derniers chapitres, une jeune génération de scénaristes s’installe progressivement. Steve Skeates rédige par exemple quelques back-ups consacrées à Kid Flash, avec Dick Dillin et Murphy Anderson à la partie graphique. Mike Friedrich reprend la série principale au numéro 207 : on sent qu’il est davantage en prise avec son époque dans cet épisode qui fait revenir Sargon le Sorcier. Irv Novick y est encré par Dick Giordano, et si le trait est plus raide, l’épisode, presque psychédélique, recourt à des trames nombreuses qui créent des effets très réussis.

Avec Bates, les idées tordues des pitchs demeurent, mais accompagnées du retour des vilains (les Rogues, Abra Kadabra, Vandal Savage, le Pied Piper ou même la Turtle…). Il semble y avoir la volonté de renouer avec le merveilleux de la période Infantino, qui a défini la série et, d’une certaine manière, le genre super-héroïque tel qu’on le conçoit chez DC.

Flash #217, écrit par Len Wein, repose sur une idée amusante, celle de cinq Barry Allen d’un coup. Et, surtout, sa mise en scène est astucieuse, puisqu’elle s’appuie sur la représentation du héros en pleine course, dont les mouvements sont décomposés en plusieurs silhouettes qui, soudain, se matérialisent en même temps.

Le recueil (qui ne reprend les back-ups que lorsqu’elles concernent Kid Flash, précisons-le pour les compétistes) tire son titre de Flash #224, un récit dissimulant une histoire de fantôme qui n’est pas sans rappeler un précédent dans la série (lui-même ayant inspiré un Annual de Spider-Man par Wolfman et Byrne). L’ensemble propose une compilation d’une série très agréable à lire, mais sans réel enjeu ni palpable évolution, loin de ce qui se faisait chez la concurrence à la même époque, dans les années 1970.

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