RÉÉDITIONS DC : TPBs, Hardcovers, Graphic Novels

Les lecteurs de Superman connaissent ce genre de recueils centrés sur un thème : les courses avec Flash, la Forteresse de Solitude, Kandor, la Zone Fantôme, le Daily Planet… Superman vs Brainiac, sorti en 2008 (déjà ?!?!) sous une dynamique couverture de Carlos Pacheco, est de cet acabit : une compilation de récits parcourant l’historique du « collectionneur de mondes ».

Bien entendu, on commence avec « The Super-Duel in Space », paru à l’origine dans Action Comics #242 en 1958. Otto Binder et Al Plastino présentent un nouvel adversaire cosmique équipé d’un vaisseau de pointe et d’un champ de force. Mais Brainiac est un prétexte surtout pour évoquer la cité de Kandor, municipalité ayant échappé à la destruction de Krypton parce qu’elle a été transformée en miniature littéralement embouteillée.

La première étrangeté de ce recueil survient à ce moment : on aurait pu penser que la rédaction sélectionne Superman #141, sorti en novembre 1960 et détaillant, grâce à Jerry Siegel et Wayne Boring, comment la ville a été enlevée par Brainiac, mais non. Ils privilégient « Lana Lang, Superwoman », tiré de Superman’s Girl Friend, Lois Lane #17, de la même année. Histoire sympathique de Jerry Siegel (visiblement motivé par l’idée de Binder), et très joliment illustrée par Curt Swan. Ma foi, ça fait une découverte.

On passe ensuite à « The Team of Luthor and Brainiac », paru dans Superman #167, en 1964. Cette fois-ci, c’est Edmond Hamilton (celui des Rois des étoiles) et Curt Swan qui s’occupent de raconter l’alliance. L’épisode est intéressant à plus d’un titre : on y apprend que Brainiac est un automate créé par les ordinateurs tyrans de la planète Colu (et non un être biologique venu de Byak comme il a été dit précédemment), un retcon qui sert en toute discrétion à résoudre un litige juridique : Edmund Berkeley est l’inventeur d’un des premiers ordinateurs portatifs qu’il a baptisé Brainiac et il n’est pas content de voir que DC a donné le même nom à un ennemi de Superman. Apparemment, une notule dans le fascicule a reconnu officiellement l’influence de l’inventeur (il faut que je regarde attentivement les pages de BD, mais une lecture rapide ne m’a rien montré : c’est peut-être dans les pages de courrier dudit numéro).

L’épisode est intéressant aussi au niveau de l’intrigue : Luthor parvient à améliorer l’intelligence informatique de Brainiac en espérant pouvoir le contrôler mais son « associé » parvient à l’hypnotiser. Il me semble qu’on peut voir dans cet épisode une influence évidente de la longue saga brainiacienne des années 1988-1989, quand Luthor étudie Milton Fine avant que l’esprit qui possède ce dernier ne se retourne contre lui.

L’épisode, en trois parties comme souvent, permet aussi de revenir sur Kandor et sur l’idée que ses habitants peuvent démontrer des capacités surhumaines. Ça aussi, c’est une idée qui sera poussée plus loin des décennies plus tard.

La bonne surprise du recueil provient de la réédition d’une trilogie publiée dans Action Comics #489 à 491, par Cary Bates et Curt Swan, en 1978-1979. Dans « Krypton Dies Again / No Tomorrow fo Superman / A Matter of Light and Death », le scénariste part d’une idée intéressante : la lumière émise par l’explosion de Krypton parvient enfin sur Terre et la planète entière s’apprête à l’observer (comme pour… une éclipse, genre). Brainiac, lui, parvient à forcer Superman à regarder, ce qui déclenche une perte de pouvoir qui trouble le héros.

C’est pas mal, y a un bon rythme, il se passe plein de choses et ça conduit même le héros à menacer involontairement le satellite de la Ligue (déjà que ses collègues s’inquiétait de son comportement trop proactif). Sans être génial, la trilogie montre un Brainiac bien retors et sadique, et un Superman en perte de repères. J’ai lu ça chez Sagédition, me semble-t-il, sans en avoir un souvenir précis (déjà, suivre une histoire en plusieurs chapitres chez cet éditeur, ça relève de l’exploit…), et cette relecture est très agréable.

Le sommaire propose ensuite Action Comics #544, la fameuse réfection de Brainiac par Marv Wolfman et Gil Kane. C’est très bien (bon, Kane n’a pas aimé ces histoires, mais j’avoue que cette période Wolfman me plaît énormément, par son dessin énergique et par ses sagas ambitieuses), Brainiac devenu plus robotique, ou plus techno-organique, car recréé par ses propres machines, est très impressionnant et menaçant…

… mais pourquoi se contenter de ce chapitre ? Le recréation de Brainiac occupe une trilogie entière, qui implique la Ligue et les Titans, et ce recueil aurait pu très bien accueillir les trois volets.

La même question peut se poser pour la nouvelle version de Brainiac, dite « post-Crisis ». Le recueil propose la première rencontre avec Milton Fine, le mentaliste de foire en contact avec l’esprit désincarné de Vril Dox (ce qui permet d’amalgamer différents aspects du personnage dans une équation nouvelle). Adventures of Superman #438 est réalisé par John Byrne et Jerry Ordway, et c’est le lancement d’une longue saga qui verra Brainiac réapparaître dans la nouvelle continuité, mais on aurait pu avoir d’autres chapitres.

Dans le même ordre d’idée, le sommaire réédite « Man and Machine », dernier chapitre de la « trilogie de Brainiac », issu d’Action Comics #649. C’est bien construit puisqu’écrit par Roger Stern, bien dynamique puisque dessiné par George Pérez et Brett Breeding, mais pourquoi seulement le dernier chapitre ?

Les deux derniers chapitres sont une fiche tirée d’un Secret Files et « Sacrifice for Tomorrow », extrait d’Action Comics #763 et prenant part au cross-over « Y2K » qui voit la ville de Metropolis se transformer sous l’effet du virus informatique Brainiac (faisant advenir la version « 13 », futuriste).

L’ensemble du sommaire donne surtout l’impression d’un échantillonnage calibré afin de rentrer dans une pagination déterminée tout en couvrant les différentes étapes ayant défini le super-vilain, comme autant de passages obligés. Dommage de passer à côté de sagas ambitieuses (et jolies) et de ne pas encadrer davantage les épisodes d’un petit appareil critique contextualisant l’évolution du personnage.

Jim

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