RÉÉDITIONS DC : TPBs, Hardcovers, Graphic Novels

Sur ce passage, j’avoue qu’on touche pour moi aux limites de l’exercice (par rapport au côté « très nineties » que je mentionnais hier) et ce qui fait que c’est une curiosité « cool » mais certainement pas un chef-d’œuvre. Ça se veut très grim and gritty mais dans des moments comme cet épisode, on a l’impression de se retrouver devant un sketch des Inconnus piqué aux hormones et qui se prendrait trop au sérieux (on va pas te rater mon pote…).

Ah ça m’a semblé rigolo, ce passage. Le côté grand-guignol qui masque de manière amusante le cliché (trahi par sa femme et son associé vers lesquels il se précipite en toute confiance). L’acharnement à le tuer sera repris plus tard avec Hitman, mais ça sera différent, d’une part parce que l’effet de surprise n’est plus là, et d’autre part parce que, avec le flingueur de Garth Ennis, on s’attend bien à des trucs croquignolets.
Le premier passage, en revanche, a aussi l’avantage de pousser plus loin la logique assez tôt dans la série, en répondant aux questions implicites que peut se poser le lecteur, sur un mode outrancier. Ça, j’ai trouvé ça rigolo, pour ma part.

Jim

Ah non! C’était très bien!

Je me pencherai sur la nouvelle série, alors.

Jim

Créé en 1940 par Jerry Siegel et Bernard Baily dans les pages de More Fun Comics, le Spectre fait ses débuts sous la forme d’un fantôme vengeur avant de rejoindre les rangs de la Société de Justice, puis de devenir le faire-valoir presque humoristique d’un personnage de policier. Comme beaucoup des super-héros de l’Âge d’Or, il finit par disparaître. Il revient dans ls pages de Showcase, en 1966, grâce à Julius Schwartz qui confie à Gardner Fox et Murphy Anderson la tâche d’un faire un être menaçant à nouveau. La série est marquée par des épisodes de Neal Adams, qui contribue à lancer le héros dans des aventures cosmiques face à d’autres entités surpuissantes. Mais le Spectre retombe vite dans l’oubli.

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C’est là qu’interviennent Michael Fleisher et Jim Aparo. Alors responsable du contenu d’Adventure Comics, Joe Orlando décide de donner la vedette (et donc la couverture) au Spectre, un personnage qui flatte son goût pour les récits fantastiques ou horrifiques. Il confie l’écriture à Fleisher et le dessin à Jim Aparo, qui s’est déjà fait remarquer pour des épisodes très convaincants du Phantom Stranger. Les deux auteurs, à l’instigation d’Orlando, reviennent à la dimension de créature vengeresse. Et se lancent dans une série d’épisodes où le Spectre poursuit des voleurs, des terroristes, des savants fous, des comploteurs, qui à la fin des récits sont promis à des morts symboliques mais tout de même violentes et très visuelles.

La prestation de Fleisher et Aparo durera dix numéros, d’Adventure Comics #431 à 440, en 1975 et 1976. La structure est au départ immuable : le Spectre, souvent sous son avatar de Jim Corrigan, assiste à un crime de sang, qu’il va châtier de manière impitoyable. Les auteurs alignent quelques images qui resteront dans les mémoires : le coiffeur coupé en deux par des ciseaux géants, l’assassin transformé en tronc d’arbre qui sera débité par une scie automatique, la femme (en réalité un pantin) démembrée par une hache tourbillonnante…

La succession de violence gore, même si, censure oblige, l’essentiel est masqué ou hors-champ, entraînera de vives critiques, y compris à la rédaction de DC. La tonalité générale sera associée aux ventes qui ne décollent pas, et le Spectre, qui avait remplacé Black Orchid dans le sommaire, repartira vers son néant, remplacé par Aquaman. Ce dernier sera également dessiné par Jim Aparo, cette fois-ci associé à Paul Levitz (nouvel assistant d’Orlando) puis à David Michelinie, pour une période très vivante et dynamique de la carrière du justicier aquatique.

Signalons que si Jim Aparo assure la cohésion graphique de la série, il est néanmoins remplacé par Frank Thorne pour un épisode et par Ernie Chua pour deux autres. Aparo signera l’encrage afin de conserver aux récits la même identité visuelle, conférant à l’ensemble une tenue évidente. Et son style est de premier ordre. Assurant dessin, encrage et parfois lettrage, il livre des planches d’une remarquable unité, avec des personnages à la fois beaux et expressifs, très présents. Son style délié laisse peut-être penser qu’il aura été une lecture favorite d’un Mike Zeck ou d’un John Byrne, qu’on imagine sans mal emprunter quelques astuces visuelles à Aparo.

En matière de narration, Michael Fleisher, plus habitué à la prose, travaille avec un ami, Russell Carley, qui se charge de la « art continuity », dont la teneur reste floue. Si l’on en croit les commentaires de Peter Sanderson dans le recueil édité en 2005, il s’agit d’une étape consistant à découper le script en cases. On imagine donc aisément un storyboard. Ou peut-être simplement une réécriture en prose du texte initial, spécifiant au dessinateur ce qui est représenté dans chaque vignette, sans pour autant lui imposer de croquis. Toujours est-il que Carley assurera ce rôle sur la plupart des épisodes, laissant son ami travailler seul sur les derniers chapitres.

Michael Fleisher ne se contente cependant pas d’aligner les histoires de vengeance surnaturelle, et la réputation de sa prestation sur le personnage oublie bien vite d’autres apports au héros, limitant de manière un peu injuste ses récits à un fantastique un peu sanguinolent (mais déguisé). En effet, au fil des épisodes, le scénariste ajoute des personnages secondaires appelés à revenir d’un chapitre à l’autre, créant ainsi une continuité et une évolution dans le récit, qui sort alors du schéma immuable et immobile de nombreuses productions DC. Sanderson, toujours dans son intro, rapporte des propos de différents observateurs de l’époque, qui comparaient ce que proposait Marvel à la même époque, concluant que DC avait un certain retard sur le sujet.

Arrive donc Gwendoline Sterling, fille éplorée de la victime du deuxième épisode, qui tombe amoureuse de Jim Corrigan. Mais dès le troisième chapitre, elle est confrontée à la double vie surnaturelle de l’objet de ses élans. Elle est suivie d’Earl Crawford, un écrivain et journaliste travaillant pour un magazine et présentant une ressemblance physique frappante avec Clark Kent (ce qui permettra à Fleisher quelques clins d’œil), et dont les enquêtes le conduisent sur les traces d’une force surnaturelle. Contrairement à Gwen, Earl ne connaît pas l’identité de Corrigan, même s’il soupçonne le policier d’en savoir plus qu’il ne l’avoue. Ces deux personnages constituent des fils rouges secondaires, des liens d’une intrigue à l’autre.

Gwen aura plus d’importance que Crawford. Poussant Jim à reconnaître ses sentiments et à l’épouser, elle conduit ce dernier à souhaiter retrouver une vie normale, une vie de mortel qui aime, souffre et vieillit. Et il se trouve que l’entité céleste qui lui accorde les dons du Spectre accède à sa requête. Mais Corrigan, ignorant ce changement, fonce à la poursuite d’un bandit en étant persuadé qu’il est aussi immortel qu’avant. Il se retrouve à l’hôpital, pourchassé par les autres membres du gang. Remis de ses blessures, il demande Gwen en mariage. L’intrigue est si dense qu’elle s’étale sur les numéros 439 et 440. Corrigan est tué. Enterré, il monte au « ciel », où il rencontre l’entité en question, qui parvient à le convaincre de reprendre sa mission. Ce qui ruine, bien entendu, ses projets de mariage.

La série s’arrête à ce moment. Cependant, l’annulation semble arriver de manière impromptue. Fleisher, qui a trouvé sa vitesse de croisière et vient de se lancer dans le premier diptyque de la série, a déjà écrit trois épisodes, qui ne seront pas dessinés. Rangés dans le tiroir de Joe Orlando, ils passent ensuite entre les mains de Paul Levitz et c’est finalement Robert Greenberger qui en hérite à l’occasion de la mini-série Wrath of the Spectre, parue en 1988. Durant cette décennie, DC a pour habitude de rééditer certains de ses titres de gloire sous la forme de mini-séries imprimées sur beau papier (le fameux « Baxter »). Parfois, ces productions mélangent des rééditions et des chapitres nouveaux (c’est le cas par exemple avec Doctor Fate).

Wrath of the Spectre répond à la description : les quatre premiers numéros reprennent les dix chapitres réalisés par Fleisher et Aparo (et leurs potes) en 1975 et 1976. Le quatrième assemble les trois récits écrits mais jamais illustrés. L’emploi du temps d’Aparo est aménagé de sorte qu’il puisse dessiner ces histoires. Cette fois-ci, l’encrage est confié à Mike DeCarlo, et le lettrage à Agustin Mas. Le caractère énergique des planches de 1975 se dilue dans un trait plus propre et une calligraphie plus régulière, plus calme. La frénésie est perdue. Aparo encre les couvertures inédites (de wraparound covers assez réjouissantes, qui reprennent certains des moments les plus grand guignol de la série), et on y trouve un peu de la force d’antan, faisant regretter qu’il ne fasse pas de même pour les planches intérieures.

Les trois récits jusque-là inédits prennent la suite des vieux épisodes. Les deux premiers constituent un diptyque consacré à Earl Crawford, accusé des crimes qu’il attribue, dans ses articles, à la force surnaturelle qu’il traque. Le dernier volet s’attarde sur une femme maîtrisant le vaudou et travaillant le compte d’un associé véreux de Gwen, elle-même héritière de l’empire textile de son père.

Si le dessin est bien moins enthousiasmant qu’avant, la mini-série Wrath of the Spectre a au moins l’avantage de donner une conclusion, même incomplète, au travail de Fleisher, qui visiblement en avait encore en réserve. Notamment, le scénariste montre le Spectre utiliser ses pouvoirs illimités pour autre chose que la vengeance, ce qui pourrait laisser penser que les critiques à l’encontre de son approche s’étaient déjà exprimées et qu’il avait déjà réfléchi à manière d’y répondre. De même, le fait qu’il s’intéresse à ce point aux deux personnages sans pouvoirs de son feuilleton dénote sa volonté de décaler le centre d’intérêt de ses récits.

Signalons, pour les complétistes, que les numéros 1 et 4 de la mini reprennent également deux récits écrits par John Albano et illustré par Aparo, « Adventurers Club » et « The Demon Within », qui ne sont pas repris dans le TPB de 2005. Et qui sont d’épatantes petites histoires à chute.

Le TPB en question, sous une illustration d’époque, reprend l’ensemble de la saga. Le texte de Sanderson apporte un éclairage assez riche et remet bien dans le contexte cette version du personnage.

Ah tiens, Marko me fait penser à ça, en notant l’index dans la discussion concernant les rééditions Marvel…

J’ai fait la même chose dans le deuxième post de cette discussion consacrée aux rééditions DC. Ce sera toujours plus pratique pour les curieux qui veulent voir si un sujet a été évoqué.

Index Marvel

Index DC

Je pense que je n’ai pas oublié grand-chose, et que les liens sont les bons. N’hésitez pas à signaler une erreur, si vous en trouvez une.

Jim

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Question : Si je ne me trompe pas, il n’existe pas de TPB compilant la série Batman : Legends of the Dark Knight ? Il y a des TPB qui reprenne des arcs de la série (comme Venom de O’Neil que je viens de découvrir. C’était génial) mais pas de collection qui regroupe tous les épisodes ?

Non.
Il y a des tomes consacrés à des arcs, oui (« Venom », « Shaman », « Gothic ») et quelques compilations (« Monsters »…).

BATMAN: SHAMAN
BATMAN: MONSTERS

Jim

Merci. C’est bien ce que je pensais mais n’ayant plus ComicsDB pour faire de bonne recherche à ce sujet, j’avais un doute

A priori la liste complète des republications de la série en TPB, d’après DC Database et « remise en ordre » par mes soins :

  • Shaman (O’Neil/Hannigan, #1-5)
  • Gothic (Morrison/Janson, #6-10)
  • Prey [+ Terror] (Moench/Gulacy, #11-15 et #137-141)
  • Venom (O’Neil/Eeden & Braun, #16-20)
  • Faces (Wagner, #28-30)
  • Collected Legends of the Dark Knight [contient Blades (Robinson/Sale, #32-34), Legend of the Dark Mite (Grant/O’Neill, #38) et Hot House (Moore/Russell, #42-43)]
  • Other Realms [contient Destiny (Hampton & Kneece/Hampton, #35-36) et The Sleeping (Hampton, #76-78)]
  • Dark Legends [contient Mask (Talbot, #39-40), Images (O’Neil/Blevins, #50), Tao (Grant/Ranson, #52-53) et Sanctum (Raspier & Mignola/Mignola, #54)]
  • Going Sane (DeMatteis/Staton, #65-68) [+ Gotham Emergency (White/Sears, #200)]
  • Monsters [contient Werewolf (Robinson/Watkiss, #71-73), Infected (Ellis/McCrea, 83-84) et Clay (Grant/Alcatena, #89-90)]
  • The Ring, The Arrow and The Bat [contient Peacemakers (O’Neil/Land, Legends of DC Universe #7-9) et The Arrow and The Bat (O’Neil/Cariello, #127-131)]
  • Blink (McDuffie/Semeiks, #156-157)
  • Snow (Williams & Johnson/Fisher 192-196)

Des numéros ont également trouvé leur voie dans les recueils :

  • Haunted Knight (qui contient entre autres choses les « Halloween Special » #1-3 de Loeb/Sale)
  • Knightfall Part III: KnightsEnd (qui contient entre autres choses Devils, Dixon/Wagner, #62, et Climax, O’Neil/Klitson, #63)
  • les différents recueils de No Man’s Land (qui contiennent entre autres choses les #116 à 126, vous me permettrez de sauter le détail puisqu’il s’agit exclusivement de tie-in, avec des numéros en cross-over avec d’autres titres)
  • et Legends of the Dark Knigth: Marshall Rogers (qui contient entre autres choses Siege, Goodwin/Rogers, #132-136)

Merci pour la récap tonton Hermes.

Créée en 1958 dans les pages d’Adventure Comics, et plus précisément dans l’épisode consacré à Superboy, la Légion des Super-Héros est depuis lors devenue une sorte d’institution, mobilisant des hordes de fans complétistes. La série a connu plusieurs versions, étant abritée dans Adventure Comics, puis Action Comics et enfin Superboy, parution qui changera de titre pour devenir Superboy and the Legion of Super-Heroes puis simplement Legion of Super-Heroes, signe de la popularité du groupe. Pour rajouter à la complexité, en 1984, une nouvelle série intitulée sobrement Legion of Super-Heroes est lancée sur papier Baxter à destination du réseau de librairies spécialisées (tandis que la série de base continuait, sous le titre Tales of the Legion of Super-Heroes, publiant la première année des récits courts sans grande incidence avant d’enchaîner avec les rééditions de l’autre série… vous suivez ? Non ? Ça m’étonne pas !).

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L’une des sagas les plus mémorables de la série est « The Great Darkness Saga », publiée dans Legion of Super-Heroes #289 à 294. Pour les amateurs de la série, il s’agit d’un sommet. Pour les lecteurs de super-héros, c’est aussi l’un des récits marquants du genre, une sorte de classique incontournable.

Nous sommes donc en 1982. Mike W. Barr est le responsable éditorial de la série, et il rappelle Paul Levitz au poste de scénariste. Ce dernier s’est déjà illustré, quelques années plus tôt, sous la supervision de Denny O’Neil, à l’occasion de quelques histoires disparates, la série ayant du mal à l’époque à stabiliser l’équipe créatrice. Levitz voit là l’occasion de transformer l’essai, de faire mieux que la première fois. Il est associé à un dessinateur régulier, Pat Broderick, qui a précédemment brillé sur Captain Marvel. Un jeune dessinateur, Keith Giffen, signe quelques récits en back-ups. Avec cet environnement stable, Levitz peut se lancer dans des récits plus longs, plus ambitieux, gardant la confiance de Laurie Sutton puis Karen Berger, qui prennent le relais de Barr.

Tout commence dans Legion of Super-Heroes #287, plus précisément dans la back-up mettant en scène Mon-El et Shadow Lass, profitant d’un congé loin de l’équipe pour batifoler dans les étoiles. Ils arrivent sur une planète désolée où ils affrontent des machines de guerre qui semblent impressionnées par les pouvoirs de la jeune femme, capable de projeter des ombres.

Les choses s’accélèrent dans le numéro 290, où Superboy, fraîchement revenu, et ses amis sont attaqués par une créature qui ressemble à un grand brûlé, et qui dispose d’un pouvoir physique impressionnant. Les héros ont du mal à repousser l’assaillant, qui convoite un artefact magique. Cet indice met les héros sur la piste et ils tentent d’empêcher d’autre larcins du même genre.

Le schéma se répète à plusieurs reprises, permettant d’ailleurs au lecteur de faire un petit tour du monde du XXXe siècle où évolue la Légion. On se rend notamment sur le « monde des sorciers » où White Witch doit repousser l’assaut de ravisseurs semblables au premier assaillant. C’est à cette occasion que les grands magiciens de cette planète tentent d’invoquer de l’aide contre le « maître des ténèbres » qui donne des ordres aux agresseurs, et que la Légion se retrouve… avec un nouveau-né sur les bras.

Les événements s’enchaînent à grande vitesse, jusqu’à ce que les Légionnaires et les lecteurs découvrent que l’entité aux commandes n’est autre que… Darkseid, que tout le monde pensait disparu mille ans plus tôt. Parvenant à déplacer la planète Daxam et à la mettre sous l’influence d’un soleil jaune, le tyran cosmique dispose alors d’une armée de Daxamites (rappelons que, comme les Kryptoniens, ils gagnent d’énormes pouvoirs sous ce genre d’astre) qu’il lance à l’assaut de l’univers dans le numéro 294, à la double pagination. Ce dernier assaut mobilise l’ensemble des héros, ainsi que les réservistes et même les « Substitutes », ces héros recalés à l’examen mais tout de même pétris de courage.

L’ensemble est très sympathique, mais souffre des défauts d’écriture de Paul Levitz. Ce dernier ne gère pas très bien l’ellipse, passant sous silence plein de détails qu’il aurait peut-être mieux valu expliciter. De même, les transitions entre séquences sont trop sèches. Et dans une intrigue où l’énorme groupe de personnages est divisé en équipes séparées, ça n’aide pas. Enfin, Keith Giffen, généreux et prolifique, n’a pas encore stabilisé son style, entre Kirby et Munoz, qui fera son succès quelques années plus tard. Ici, il montre ses influences, tentant de dessiner comme Byrne, de découper comme Pérez, de canaliser Starlin pour n’invoquer que Milgrom. C’est très chouette, on sent qu’il y va à fond, mais il est encore trop vert pour une histoire de cette ampleur.

Paradoxalement, si la série n’est pas encore bien habituée aux sagas au long cours, qui sont rares (le format en un ou deux chapitres est privilégié), cette « Great Darkness Saga » aurait peut-être mérité un ou deux chapitres de plus : après tout, une déferlante de Daxamites sur l’univers connu, ça aurait mérité plus de place.

Au final, pour l’avoir lu plusieurs fois, je suis étonné que cette épopée soit aussi bien considérée et ait marqué à ce point le lectorat. Non pas que c’est pas bien : c’est plein d’idées, les péripéties sont sympas… Mais il y a un problème de rythme, de place, il se passe presque trop de choses pour pas assez de place. On ne pourra pas reprocher à Levitz et Giffen de s’être montrés fainéants. Au contraire, ils sont généreux, sans doute un peu trop. Au point qu’ils sont obligés de passer sous silence des événements et d’être particulièrement secs dans leur narration, l’ellipse étant souvent brutale.

D’autres récits me semblent d’une meilleure facture. J’ai découvert tout récemment, à la suite de cette relecture, une saga intitulée « Earthwar », publiée dans Superboy and the Legion of the Super-Heroes #141 à 145, et apparemment considérée comme la première tentative de raconter une histoire sur autant de chapitres. C’est là aussi Levitz au scénario, aidé de Jim Sherman et Joe Staton au dessin. La Légion s’occupe de protéger les négociations diplomatiques entre la Terre et les Dominators, sur le Weber’s World, tandis que les Resources Raiders attaquent la Terre. La révélation de l’identité du vrai méchant se fait en plusieurs temps, la description du caractère des personnages est plutôt efficace (surtout Wildfire), les coups de théâtre sont nombreux, le récit introduit Shwaughn Erin et permet le retour de quatre héros qui s’étaient éloignés, l’intrigue mobilise tous les protagonistes… La structure du récit est semblable à celle de la « Great Darkness Saga », à savoir des attaques multiples, un commanditaire inconnu, une charge de troupes irrésistibles (ici les Khunds à la place des Daxamites) face auxquelles les héros font bloc… Et pourtant, la sauce prend mieux, sans doute parce que Levitz prend le temps de montrer la vie politique des Planètes Unies, bref de connecter les héros à un environnement.

Rajoutons à cela le fait que les deux premiers épisodes de « Earthwar » sont dessinés par Jim Sherman et encrés par Bob McLeod, pour un résultat proprement magnifique (voir les deux dernières images ci-dessus), sorte de chaînon manquant entre Neal Adams et Michael Golden, et on obtient ce qui, pour moi, dans ma maigre connaissance de la Légion, demeure l’un des sommets de la période classique. Je suis étonné que « Earthwar » ne fasse pas l’objet d’une réédition.

Dans l’introduction qu’il rédige pour l’édition de 1989, Levitz explique qu’il voit dans cette deuxième prestation l’occasion de faire mieux que lors de la première. Il semble motivé par la possibilité de saisir une chance qu’il a, selon lui, laissée passer déjà une fois. On peut donc lire cette seconde période comme une sorte de « revanche », même si le mot est un peu exagéré. En tout cas, le scénariste profite de la stabilité éditoriale pour se lancer dans des projets plus ambitieux. La « Great Darkness Saga » peut-elle être vue comme une sorte de remake de « Earthwar » ? Il n’est pas impossible de le supposer, d’autant que les structures narratives sont les mêmes. Un autre détail est révélateur : alors que son identité est encore sujette à spéculations, le « maître des ténèbres » affronte Mordru, et le vainc sans sourciller. On peut imaginer que Levitz voit dans cette scène une figure de style fréquente dans les films de James Bond, où le méchant de début de film est évacué dans la trappe à requin par le véritable adversaire, dont la capacité de nuisance est estimée en comparaison du sous-fifre éjecté, d’autant que Mordru compte parmi les poids lourds dans la galerie de gredins de la série. Mais pour le scénariste, c’est peut-être aussi une manière de tourner la page de sa première période, dont il ne semble pas satisfait (un avis que je ne partagerais pas spontanément), et d’envoyer un signal à ses lecteurs, leur promettant quelque chose de semblable… mais en mieux ! Dans ce raisonnement, il oublie cependant que l’ampleur qu’il ambitionne d’atteindre aurait sans doute mérité plus de place afin de profiter des développements, d’éclairer les ellipses et de faire peser une impression de danger sur les héros.

En parlant de réédition, la « Great Darkness Saga » a fait l’objet d’un premier recueil, en 1989, qui comprend les épisodes principaux ainsi que l’Annual #3, ce dernier donnant une sorte de suite et montrant la vengeance sournoise de Darkseid. Plus récemment, en 2010, la Deluxe Edition reprend les épisodes #284 à 296, ce qui permet de voir le travail de Levitz dans son jus, et de quelle manière il donne une continuité et un suspense à la série. C’est la version que je conseille, parce qu’elle comporte une autre introduction du scénariste (plus longue que celle de 1989), qu’elle arbore une couverture inédite de Giffen (très jolie) et qu’elle propose quelques bonus intéressant (un scénario de Levitz, les recherches de Giffen).

Jim

Superboy #147 : Les origines de la Légion, et l’attentat contre R. J. Brande
Superboy and the Legion of Super-Heroes #221, 223, 224 et 227 : La saga de Pulsar Stargrave et Jim Shooter
Superboy and the Legion of Super-Heroes #237, par Paul Levitz et Walt Simonson
Superboy and the Legion of Super-Heroes #239, par Jim Starlin et Paul Levitz
Superboy and the Legion of Super-Heroes #240, par Paul Levitz, Jack C. Harris et Howard Chaykin
Superboy and the Legion of Super-Heroes #241 à 245 : « Earthwar », par Paul Levitz, Jim Sherman et Joe Staton
Legion of Super-Heroes #273, par Gerry Conway et Jimmy Janes : fin de la saga de Pulsar Stargrave
Legion of Super-Heroes: The Great Darkness Saga
Legion of Super-Heroes: An Eye For An Eye
The Legion by Dan Abnett and Andy Lanning, volume 2
Legion: Foudations, par Abnett & Lanning
Legion of Super-Heroes par Brian Michael Bendis

J’avoue partager ce sentiment. Ça fait partie des classiques qui étaient sur ma liste de lecture quand je me suis attaqué de façon un peu volontariste au genre super-héroïque, et j’ai essayé de le relire quelques années plus tard : dans les deux cas, ça ne m’a pas vraiment enthousiasmé. Je lui redonnerai sans doute sa chance à l’occasion de la sortie prochaine en VF chez Urban, néanmoins.

Deux ans après la grande saga qui a électrisé le titre, Legion of Super-Heroes compte parmi les bonnes voire très bonnes ventes de DC. Et à la même époque, l’éditeur constate que son concurrent direct parvient à s’implanter dans le réseau des librairies spécialisées, notamment en produisant des séries conçues directement pour ce réseau de distribution (je citerai en exemples Ka-Zar de Bruce Jones ou Dazzler…). Nous sommes en 1984 et DC songe à une stratégie parallèle. Et un peu tordue. Bien entendu, Legion of Super-Heroes fait partie des titres envisagés pour cette nouvelle offensive commerciale.

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L’idée de base est la suivante : puisque la série fonctionne bien en kiosque, elle devrait aussi trouver son public en librairie. Mais il convient de lui donner un numéro 1. Pour les Légionnaires, ce serait une première. En effet, la série du moment a repris la numérotation de Superboy, et au moment où la nouvelle formule va arriver, elle atteint sa 313e livraison, sans jamais avoir réellement débuté (leurs aventures ont été publiées dans Adventure Comics, Action Comics puis Superboy). Les têtes pensantes de DC songent donc à raconter la suite des aventures des héros du XXXe siècle dans une nouvelle série, mais sans pour autant abandonner la précédente, qui continue, à partir du numéro 259, sous le titre Tales of the Legion of Super-Heroes.

Tenez-vous bien, les choses se compliquent. Donc on a Legion of Super-Heroes pour les librairies spécialisées, sur beau papier bien blanc, et Tales of the Legion of Super-Heroes pour les kiosques, sur le papier ordinaire. Les deux lectorats peuvent donc savourer les mêmes histoires ? Non non. DC choisit d’offrir aux lecteurs de comic shops une histoire que les autres n’ont pas, afin de flatter ce marché naissant et d’attirer, éventuellement, des lecteurs supplémentaires vers ces boutiques. Le titre kiosque, quant à lui, abrite des histoires inédites destinées à meubler… pendant un an. Au bout d’un an, Tales of the Legion of Super-Heroes réédite les aventures publiées dans la série jumelle. Par exemple, Legion of Super-Heroes #1, daté d’août 1984, propose le premier chapitre de « An Eye For An Eye », qui sera réédité dans Tales of the Legion of Super-Heroes #326, daté d’août 1985.

Au premier abord, on peut penser que le lecteur est bénéficiaire : pendant un an, il profite de deux séries narrant les aventures de ses personnages préférés. Mais déjà, il faut qu’il soit au courant et qu’il ait accès à un comic shop, ce qui n’est pas le cas de tout le monde, le maillage territorial de ces magasins étant en plein développement, mais encore inégal. La manœuvre, qui me semble, des décennies plus tard, inutilement compliquée, ajoute une difficulté supplémentaire pour le scénariste, qui doit planifier un an d’aventures suffisamment passionnantes pour retenir les lecteurs de la version kiosque, mais suffisamment anodines pour que la série marque le pas, le temps de rattraper les gros événements prévus pour la nouvelle série. En bref, le scénariste doit écrire un truc qui ne soit ni novateur ni enquiquinant. Marv Wolfman, qui est concerné par une manœuvre identique sur New Teen Titans / Tales of the New Teen Titans, subit de plein fouet cet effet, éprouvant une sorte de crampe d’écrivain à devoir planifier quasiment dix-huit mois d’un coup. Sur cette série, d’ailleurs, on notera une recrudescence de fill-ins, dessinés par Keith Pollard, Chuck Patton ou même Steve Rude, et une accumulation d’intrigues qui ne font pas bouger le schmilblick d’un iota. Là encore, avec le regard que l’on peut porter aujourd’hui, le calcul ne semble pas très habile.

Auréolé du succès de la « Great Darkness Saga », qui a secoué le XXXe siècle deux ans plus tôt, Paul Levitz continue à chroniquer les aventures de la Légion. Sans vouloir être mauvaise langue, et malgré ce que l’on peut penser des tics d’écriture du scénariste, la série avait bien besoin de ça. En effet, dans les années 1970 (écartons rapidement les premières années qui voient s’agglutiner les éléments du mythe, souvent sous l’impulsion de romanciers de SF, à l’exemple d’Otto Binder ou Edmond Hamilton, à grand renfort d’histoires autoconclusives), la valse des scénaristes et des dessinateurs n’a jamais réellement permis de donner aux Légionnaires de grandes périodes fécondes. Malgré les tentatives de Cary Bates ou Jim Shooter, qui travaillent sur le titre jusqu’au milieu des années 1970, il demeure presque impossible de dégager des sagas cohérentes tant au niveau du scénario qu’en termes graphiques (la saga « Earthwar », citée dans un post précédent et comportant cinq épisodes, compte deux dessinateurs et quatre encreurs, ce qui donne une idée de l’environnement éditorial dont pâtit la série).

Levitz, bien souvent soutenu par Keith Giffen qui assure soit le dessin soit le storyboard d’une grande partie des épisodes, arrive à fournir une cohérence et une régularité qui servent la série. Rétrospectivement, on peut sans doute expliquer le succès de la « Great Darkness Saga » à cela : en effet, elle correspond peu ou prou à l’arrivée de Giffen sur le titre et constitue donc une sorte de repère identifiant le moment où la série gagne une équipe d’auteurs stables et, par conséquent, un projet et une direction. Et semble-t-il avec succès.

Remarquons que la supervision éditoriale est confiée à Karen Berger, qui sera des années plus tard la cheville ouvrière du label Vertigo, et qui se retrouve, avec cette nouvelle série, aux commandes d’un titre bénéficiant d’une liberté éditoriale plus grande (possibilité de représenter la violence et le sang, de faire le portrait de criminels…). Le premier numéro de cette nouvelle série est publié sans le sceau du comics code (ce qui ne sera pas le cas de la réédition dans Tales of, mais c’est trop tard…). Levitz, Giffen et Berger montent donc ce projet avec l’idée de frapper un grand coup : ils vont mettre en scène la Legion of Super-Villains (un groupe qui est apparu plusieurs fois, souvent par le biais de quelques membres, et sans jamais frapper directement) et, pourquoi pas, montrer que le prix de la victoire est élevé en mettant en scène la mort d’un personnage. Ah mais, ça ne rigole plus.

L’intrigue commence d’ailleurs par une scène d’ouverture annonçant la couleur : Lightning Lord, alias Mekt Ranzz, le frère aîné de Lighting Lad et Lightning Lass, prépare sa vengeance. Suivent quelques séquences durant lesquelles on suit différents Légionnaires, par le biais de qui on assiste au vol de différentes merveilles technologiques (un schéma classique chez Levitz : des actions séparées convergeant vers un but commun). Au fil des épisodes, on comprend que le groupe de méchants est bien décidé à ne pas faire de prisonnier, et l’on découvre que le véritable cerveau de l’affaire est Nemesis Kid, un vieux personnage qui gagne ici en dangerosité.

Les super-vilains parviennent à téléporter la planète Orando, où sont installés Princess Projectra et Karate Kid. D’autres Légionnaires sont capturés entre-temps, dont Light Lass, qui retrouve ses pouvoirs (et redevient Lightning Lass) et parvient à déjouer les plans de leurs adversaires de l’intérieur. Ce qui n’empêche que le duel entre Nemesis Kid et Karate Kid tourne au détriment de ce dernier. Constatant la mort de son bien-aimé, Princess Projectra, qui ne fait plus partie de la Légion mais respectait son code (interdisant le meurtre), décide de régler ses comptes, tordant littéralement le coup à l’assassin avant de monter sur le trône et de dire au revoir à ses anciens équipiers.

Le recueil « An Eye For An Eye », du nom de la saga d’ouverture de cette nouvelle série, se conclut sur un cliffhanger (une partie des Légionnaires est perdue dans l’espace) et sur un sixième épisode, dessiné par Joe Orlando, et opposant Mekt et sa jeune sœur. Force est de constater que le « démarrage » de la série est plutôt ronflant, les enjeux sont élevés, la sensation de danger est palpable. Levitz fait montre de ses défauts habituels (les ellipses sont maladroites, les transitions d’une scène à l’autre peu claires, certains événements sont trop rapidement évacués et parfois évoqués au détour d’un dialogue de rattrapage). Le TPB de 2010 consacré à la « Great Darkness Saga » montre le script de deux épisodes : s’il écrit de cette manière la nouvelle série, il devient clair que les dessinateurs doivent se débrouiller seuls, tant son synopsis est… suggestif. Ce qui peut expliquer des rustines de dernière minute, au moment de la rédaction des dialogues.

Les deux premiers épisodes de la nouvelle série sont entièrement dessinés par Keith Giffen, qui se charge du storyboard des chapitres suivants, dont les crayonnés sont confiés à Steve Lightle. Plus classique, moins stylisé (Giffen reluque déjà vers Kirby et Munoz à cette époque), ce dernier donne une élégance évidente aux personnages, chez qui les émotions sont palpables. L’ambiance est plus sombre, plus lourde, plus impressionnante. Le découpage est plus conventionnel, également, mais les scènes chocs, notamment la froideur de Projectra, bénéficie de cette approche sans fioritures.

Lire « An Eye For An Eye » juste après « The Great Darkness Saga » met en revanche en évidence un effet collatéral étonnant, sans doute renforcé par le montage éditorial expliqué plus haut. En effet, la vendetta de Nemesis Kid semble être une sorte de suite directe de la précédente épopée. Même s’il y a deux ans qui séparent les deux récits, de nombreux points importants du premier trouvent dans le second des développements. Brûlée et sculptée à l’effigie de Darkseid, la planète Daxam profite d’une reconstruction d’ampleur, par exemple. De même, on retrouve Ol-Vir, le garnement Daxamite qui s’en était pris à Chameleon Boy sur Takron-Galtos. Tout donne à penser que les choses ont à peine bougé malgré la grosse vingtaine de numéros réalisée entre deux. Cela concourt à renforcer ce sentiment, pas tout à fait immérité, qu’il ne se passe pas grand-chose dans Legion of Super-Heroes. On peut aussi y voir la volonté de Levitz (et peut-être de Berger aussi) de s’appuyer sur une saga dont les événements sont restés en mémoire de tous, afin d’offrir ce qu’on appellerait aujourd’hui un « jumping point » propice à rassurer les lecteurs.

Jim

Superboy #147 : Les origines de la Légion, et l’attentat contre R. J. Brande
Superboy and the Legion of Super-Heroes #221, 223, 224 et 227 : La saga de Pulsar Stargrave et Jim Shooter
Superboy and the Legion of Super-Heroes #237, par Paul Levitz et Walt Simonson
Superboy and the Legion of Super-Heroes #239, par Jim Starlin et Paul Levitz
Superboy and the Legion of Super-Heroes #240, par Paul Levitz, Jack C. Harris et Howard Chaykin
Superboy and the Legion of Super-Heroes #241 à 245 : « Earthwar », par Paul Levitz, Jim Sherman et Joe Staton
Legion of Super-Heroes #273, par Gerry Conway et Jimmy Janes : fin de la saga de Pulsar Stargrave
Legion of Super-Heroes: The Great Darkness Saga
Legion of Super-Heroes: An Eye For An Eye
The Legion by Dan Abnett and Andy Lanning, volume 2
Legion: Foudations, par Abnett & Lanning
Legion of Super-Heroes par Brian Michael Bendis

Hop, je remets ce commentaire ici, qui me semble bien intéressant.

Jim

Que de résumés passionnants sur la Légion, on va espérer que la VF de The Great Darkness Saga fonctionne assez bien pour qu’on en ait plus par la suite !

A part LoSH et New Teen Titans, y a-t-il eu d’autres séries concernée par ce procédé alambiqué ?

Tiens, un autre :

Jim

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Je n’ai pas l’impression.
Ou plus précisément, ce sont les deux seuls exemples que j’ai en tête. Il y en a peut-être d’autres.
Je pense que des séries ont été créées directement pour le marché des comic shops, sans passer par la case kiosque. Omega Men, peut-être ?

Jim

J aime beaucoup cet arc Eye for an eye… je l ai toujours en VF

Légion, j’ai lu en VF, et notamment celui-ci (j’ai récemment complété la série Héros 2000, chez Sagédition, qui reprend la fin de la période Shooter, avec souvent Grell au dessin), mais c’est vraiment la série qui ne m’a jamais accroché. En creusant un peu, je découvre qu’un des trucs qui manque à la série, avant « The Great Darkness Saga », c’est vraiment un projet d’ampleur, une période stable avec des auteurs réguliers qui lancent des choses sur le long terme.
La série a souvent été constituée de récits indépendants, avec de vagues fils rouges au mieux, ou carrément des idées abandonnées ou transformées suite au départ d’un auteur, ce genre de choses. Si bien qu’en tant que lecteur, je ressentais un manque de tonalité, d’identité, de personnalité. Tout cela était accentué par le fait qu’il y a beaucoup de personnages et que je n’arrivais pas à les identifier (j’ai toujours été rétif aux dénominations genre Machin Boy et Trucmuche Girl) et encore moins à éprouver quelque chose pour eux.
J’avais raccroché quelques wagons avec la période Abnett & Lanning, et notamment grâce à l’édition Semic du début de leur prestation. Mais ça n’a pas suffi. J’aimais bien leurs apparitions dans d’autres séries (dans les Superman de Geoff Johns et Gary Frank, par exemple), mais je n’ai jamais accroché à la série dédiée. Il y a quelques années, j’ai acheté les quatre tomes de la version Showcase, ce qui m’a permis de lire les épisodes de Jim Shooter (quand il avait treize ou quatorze ans). Et il est indéniable que ses récits sont meilleurs. Même si j’aime bien l’approche d’un Binder ou d’un Hamilton, voire d’un Siegel, qui jonglent avec des idées SF, les aventures écrites par Shooter s’intéressent aux personnages (la création de Karate Kid, le recrutement de Colossal Boy dans la Legion of Super-Villains, je crois que c’est de lui…), leur donnent un peu plus d’épaisseur.
Il faut reconnaître que la série, c’est un peu le foutoir. Au départ, c’est un peu une blague, le prétexte à une histoire marrante de voyage dans le temps destinée à montrer que Superboy est important parce qu’il suscite une admiration même mille ans plus tard. Puis peu à peu ça devient sérieux. Mais la série passe entre plusieurs séries, en back-up dans les sommaires. Donc déjà, faut suivre. Et l’on voit bien que les editors ont du mal à trouver des auteurs décidés à rester (c’est frappant durant la période O’Neil). Et tout cela n’aide pas à donner une identité forte à la série.
Je vais faire une comparaison : si les Detective Comics d’Englehart et Rogers sont à ce point salués, c’est, indépendamment de leurs évidentes qualités, en partie dû au fait que la formule proposait une stabilité au titre qui n’en avait pas dans les années qui précèdent. Et on notera qu’à partir de cette période, on assiste à l’installation de scénaristes (Len Wein d’abord, ensuite Gerry Conway puis Doug Moench…) et de dessinateurs (par exemple Don Newton, ou Gene Colan…). On est en 1977 et je crois qu’on peut affirmer sans risque que c’est en partie lié à la présence de Jenette Kahn aux commandes. Elle est arrivée début 1976, et elle doit trouver des solutions par rapport à l’augmentation du prix du papier et des encres. L’une de ses solutions consistent à augmenter les prix mais aussi la pagination, à transformer les comics en « 100-pagers ». Elle se prend frontalement les problèmes de la « DC Implosion » (retard de fabrication, hiver rigoureux, problèmes de distribution). Mais dans le même temps, elle cherche à recruter des talents et à fédérer une écurie d’auteurs (c’est elle qui fait venir Englehart chez DC). Et si on regarde la production DC, on peut constater que la période 1976-1978 correspond au moment où les équipes stables arrivent, où la pagination cesse de fluctuer au gré des chemins de fer à remplir, etc. Bizarrement, c’est également dans ces années que le catalogue DC commence à se renforcer, ce qui conduira, au début de la décennie suivante, à associer des auteurs à des séries (Levitz et Giffen sur la Légion, Wolfman et Pérez sur les Jeunes Titans), et à renouer avec le succès.
Des personnages comme Superman ou Batman (ou plein d’autres parmi les figures de proue) peuvent résister à un traitement éditorial chaotique. Mais pour la Légion, ça me semble plus difficile. Et j’aurais tendance, à l’aune de ce qui est dit plus haut, à penser qu’il faudra attendre les années 1980 pour que la série trouve son identité.

Jim