RÉÉDITIONS DC : TPBs, Hardcovers, Graphic Novels

Le quatrième et dernier recueil de l’édition 2008 de Diana Prince Wonder Woman couvre les derniers mois de cette période légendaire, portée par sa réputation, mais finalement assez méconnue. Et qui mérite la redécouverte, cette nouvelle relecture ayant ravivé les bons souvenirs (mais flous) que j’en gardais.

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Donc, le sommaire reprend après les deux épisodes supervisés par Dorothy Woolfolk. Cette fois-ci, Denny O’Neil reprend la direction éditoriale du titre ainsi que le scénario, avec la complicité du dessinateur Don Heck et de l’encreur Dick Giordano, pour l’épisode 199. Je suis particulièrement client des planches de Don Heck, un dessinateur académique au style nerveux, dont le rendu final dépend beaucoup du travail de l’encreur. En l’occurrence, l’association des deux illustrateurs nous vaut un très bel épisode, où le maniérisme du premier et le réalisme crispé du second font merveille.

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L’histoire commence alors que Diana Prince fait la rencontre, musclée, avec Johnny Double, un personnage de détective privé créé par Marv Wolfman et Len Wein dans Showcase #78, en 1968. Ce dernier entraîne son équipière improvisée dans une mission de protection auprès de Fellows Dill, un magnat de la presse ayant fait fortune sur la plastique de jolies femmes, et dans lequel on pourrait reconnaître la figure de Hugh Hefner ou de Larry Flynt.

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Avec sa légèreté habituelle (on ne peut pas reprocher à O’Neil sa volonté d’aller grattouiller là où ça démange et de s’intéresser à la société qui l’entoure, mais ses scripts résonnent souvent du bruit que font ses gros sabots, surtout quand ça touche au féminisme), le scénariste pointe du doigt les petites tenues de playmates et des serveuses et la chosification de la femme, mais il enrobe tout ceci avec de l’humour : quand Diana refuse d’enfiler une de ces tenues, le lecteur ne peut que penser, avec un sourire au visage, aux maillots à étoiles qu’elle a pourtant portés pendant des années.

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Autre chose de remarquable dans le script d’O’Neil, sa volonté de faire revenir l’expression « Wonder Woman » à la moindre occasion. Si Diana est l’héroïne toute de blanc vêtue, le scénariste cherche à rappeler qu’elle est une super-héroïne, qu’elle mérite de porter le titre de la revue. Est-ce aussi un moyen de préparer son lecteur à un éventuel retour à l’ancienne formule, l’auteur sentant le vent tourner ? C’est discutable, d’autant que nous sommes à dix mois de la transition violente, et qu’il est un peu tôt pour pressentir quoi que ce soit. Cela dit, comme on l’a vu précédemment (et comme ça sera évoqué un peu plus loin dans ces lignes), Wonder Woman est le théâtre d’opération d’une véritable guerre de tranchées éditoriale opposant de fortes personnalités de la rédaction, parmi lesquelles des vétérans du métier. Et ça, O’Neil devait le sentir, d’autant qu’il a la charge du titre et qu’en toute logique il doit fréquenter les locaux bien souvent et en prendre régulièrement la température.

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L’intrigue d’O’Neil entraîne Diana Prince et Johnny Double dans une lutte contre une secte mâtinée d’organisation secrète, avec ses faux airs de Ku-Klux-Klan, partie en croisade contre le mauvais goût qu’incarne Fellows Dill et sa dégradation de l’image de la femme. Le scénariste ponctue son récit de séquences qu’il affectionne, notamment les scènes d’entraînement de la belle aventurière. Il revient à la structure qu’il avait exploitée dans les tout premiers récits de cette formule, et on pourra lui reprocher, une fois de plus, d’avoir associé Diana à un personnage masculin. Certes, ce dernier est un faire-valoir, et on sait que les faire-valoir sont là afin de fournir au personnage central un contrepoint, un interlocuteur. Mais tout de même, pour une série censée mettre en scène une héroïne indépendante, le passage de Sekowsky à O’Neil se fait sentir.

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L’épisode se conclut quand Double est victime d’un tir… et c’est Dill qui a appuyé sur la détente ! Le chapitre suivant est dessiné par Dick Giordano, qui n’a rien à prouver sur sa manière de dessiner de sportives héroïnes (en 1975, il dessinera Stephanie Starr dans Star*Reach, et ça sera aussi beau).

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L’intrigue évolue : on découvre que Fellows Dill a subi un lavage de cerveau, ses pensées étant contrôlées par quelqu’un d’autre. Cette personne, qui « déteste la beauté », s’avère être le Docteur Cyber, à nouveau de retour, portant un masque de fer dissimulant les horribles cicatrices héritées de sa dernière apparition. Ainsi, Denny O’Neil intègre les idées et les avancées de Sekowsky (dans l’épisode précédent, avec Heck, il avait déjà mis en scène Diana brandissant une hache : la guerrière est bien là !) et solidifie le modèle Modesty Blaise qu’il a imposé deux ans auparavant.

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Une partie de l’entreprise d’O’Neil consiste à replacer Diana Prince dans l’univers DC. Certes, ce n’est pas le pan le plus spectaculaire et le plus coloré de ce monde de fiction, mais la série n’évolue plus en vase clos. Outre la continuité renforcée et la présence de Johnny Double, on note la présence du Doctor Moon, qu’il vient de faire apparaître dans Batman au mois de mars de la même année.

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Le phénomène s’accélère avec le diptyque suivant (toujours illustré par Giordano), où Diana Prince et I Ching affrontent une secte asiatique que ce dernier reconnaît, et embarquent pour un périple en Orient où ils sont suivis par une mystérieuse blonde. Il s’avère que celle-ci n’est autre que Catwoman perruquée. Leur périple les conduit à s’emparer d’une pierre mystique dont les pouvoirs insoupçonnés les transporte dans un autre monde, Newhon, où ils font la rencontre… de Fafhrd et du Grey Mouser.

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Ces deux personnages sont les héros d’un ensemble de textes signés Fritz Leiber et connus sous le nom du « Cycle des Épées ». Il se trouve qu’à la même période, Denny O’Neil supervise et écrit une série d’adaptations dans le titre Sword of Sorcery, où les épisodes seront illustrés par les futures vedettes que sont Howard Chaykin, Walt Simonson ou encore Jim Starlin.

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L’apparition des deux brigands dans la série Wonder Woman est une sorte de vitrine destinée à attirer l’attention sur la nouvelle production d’O’Neil. Pour les plus curieux, opérons un petit détour rapide :

Pour l’occasion, Denny O’Neil cède l’écriture à Samuel R. Delany qui, à l’époque, est déjà un auteur de science-fiction renommé et récompensé. L’épisode que ce dernier écrit démontre une aisance toute particulière à faire vivre l’ensemble des personnages sans qu’aucun ne l’emporte sur les autres. O’Neil semble avoir trouvé le nouveau scénariste de la série. L’intrigue met également en scène le retour de Lu Shan, la fille maléfique de I Ching, et on ne peut s’empêcher de songer que, tout en réintégrant Diana dans l’univers DC, O’Neil cherche aussi à ranger les jouets, à préparer la sortie. Même si ce sentiment est sans doute injustifié pour les raisons évoquées plus haut, il demeure présent.

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Le sommaire de ce quatrième tome fait un petit détour par les pages de The Brave and the Bold #105, écrit par Bob Haney et illustré (magnifiquement) par Jim Aparo. Bruce Wayne et Diana Prince se retrouve mêlés à une guerre de rues opposant les révolutionnaires exilés de la petite république de San Sebastian et leurs opposants politiques. Comme souvent avec Bob Haney, qui semblait avoir plus d’idées qu’il n’était capable d’en canaliser, la caractérisation des personnages est un peu à l’emporte-pièce, le scénariste rajoutant des éléments étranges et saugrenus à son récit, comme cette Amazone « ange gardienne » qui vient sauver Diana au dernier moment, ce qui ne fait que diminuer l’héroïne dans le récit.

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Le sommaire reprend avec un récit écrit par Delany, illustré par Giordano et supervisé par O’Neil. Cette fois-ci, Diana vient en aide à son amie Cathy, dans une vague affaire de lutte salariale qui tourne au braquage dans un grand magasin dont le patron arbore les traits de Carmine Infantino.

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Le ton est plus sérieux et d’une certaine manière comparable à ce que Denny O’Neil a déjà fait dans Green Lantern / Green Arrow. Delany témoigne de la volonté de se frotter aux problèmes de son époque et à ce que l’on appellerait aujourd’hui un patriarcat toxique. La légende veut que le scénariste et le responsable éditorial aient prévu six histoires en tout couvrant la thématique du patriarcat, et l’on est en droit de se demander, à la lecture de ce premier volet (qui a ses maladresses et ses lenteurs, mais qui ne manque pas de qualités) si on n’aurait pas eu, pour l’Amazone, l’équivalent des légendaires épisodes de deux guerriers émeraude.

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Hélas, le projet est tué dans l’œuf. Le mois suivant, Denny O’Neil est remplacé, en tant que scénariste et responsable éditorial, par Robert Kanigher. Ce dernier, en vingt-trois pages, orchestre une attaque concertée contre Diana, la mort de I Ching, l’arrestation musclée du sniper, le retour comme en transe de l’héroïne sur son île (les Amazones sont rentrées de villégiature), les retrouvailles avec la Reine, un nouveau tournoi, la rencontre avec Nubia et le retour dans le « Monde des Hommes » où Diana Prince obtient un poste à l’ONU.

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Kanigher n’y va pas de main morte. Il fait table rase des apports d’O’Neil et Sekowsky, intitule le récit « The Second Life of the Original Wonder Woman », place l’héroïne en position de faiblesse sur la couverture… Il signe cependant un texte dans lequel il salue son prédécesseur, la moindre des choses envers quelqu’un dont il piétine le travail avec autant d’acharnement.

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C’est ainsi que Kanigher, dans une vaste entreprise de revanche, revient à ce qui semble pour lui « les sources », à savoir une héroïne effacée, cachée derrière ses lunettes (fort seyantes, certes), loin de l’aventurière indépendante qu’elle a été pendant de courtes années. Il reste de cette période une exploration assez passionnante avec le recul des possibilités de l’héroïne, et de nombreuses idées en germe qui mettront des années à donner des fruits.

Jim

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La série JLA a marqué un cap à la fin des années 1990, en proposant une version surboostée de la Ligue de Justice, dont les membres, tout à leur mission, affrontent des menaces d’ampleur cosmique. Menée tambour battant par Grant Morrison, avec l’aide de Mark Waid qui reprend la série dans la foulée, JLA peut se regarder aujourd’hui comme l’ancêtre de séries telles que Authority ou Ultimates. Avec l’arrivée de Joe Kelly, si les grandes menaces sont toujours présentes, l’adjonction de nouveaux personnages et l’exploration des sentiments des membres réguliers orientera un peu le titre vers une direction différente, plus classique.

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Au départ de Kelly, l’éditorial, à l’instigation de Mike Carlin, revisite les règles de la série et confie le groupe à des équipes éditoriales tournantes, parvenant à l’exploit de réunir Chris Claremont et John Byrne pour l’arc « The Tenth Circle ». Suivront plusieurs équipes proposant chacune leur vision du groupe. JLA gagne des arcs mémorables, mais perd un peu de son âme, la rotation des équipes créatrices évoquant un peu la série JLA Classified (et donc faisant doublon avec celle-ci).

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Le scénariste Chuck Austen et le dessinateur Ron Garney se chargent de l’arc « Pain of the Gods », qui s’étale des numéros 101 à 106. L’enjeu du récit consiste à confronter les surhommes, dont le statut quasi divin a fait l’objet de plusieurs réflexions dans la série, aux sentiments douloureux nés de missions ratés et d’échecs personnels.

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Tout commence alors qu’un incendie ravage un bâtiment. Superman vient prêter main forte aux pompiers locaux, sauvent les ouvriers, et rencontrent un super-héros du coin, qui participe à la mission. Malheureusement, ce dernier meurt dans l’explosion finale. Superman, habitué à réussir ses interventions, encaisse mal le choc, malgré le soutien de John Stewart.

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Le protecteur de Metropolis se met en tête de veiller sur l’orphelin qui vient de perdre son père. Pendant ce temps, l’échec du héros réveille chez ses coéquipiers des sentiments semblables, chacun d’eux étant confronté à ses propres limites et à son incapacité à tout régler. Chaque chapitre se consacre à tour de rôle à un héros, en commençant par Flash, et les titres sont autant d’appellations dédiées aux personnages (« Scarlet Speedster », « Emerald Warrior »…).

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JLA #106, consacré à Flash, est intéressant à plus d’un titre, notamment parce que la douleur, la frustration et l’angoisse s’expriment par la colère et l’indignation. Wally West (du temps où il était bien écrit) est incapable de dissimuler ses émotions, nourries par un investissement sincère dans ses entreprises.

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L’épisode consacré à John Stewart met en scène un phénomène souvent évoqué mais rarement matérialisé, la fatigue, celle qui mène à des maladresses et des erreurs supplémentaires. Celui dédié au Martian Manhunter, peut-être le plus bavard de tous, montre comment le personnage cherche à fuir toute relation en changeant d’identité et en se plongeant dans une vie civile factice.

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Le chapitre consacré à Wonder Woman s’ouvre sur une violente baston contre une super-vilaine inconnue, en mesure de tuer l’Amazone.

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L’héroïne, pourtant élevée par les Amazones et, à l’époque, morte, divinisée puis ressuscitée, se retrouve ici confrontée à la perspective de mourir, mais surtout à la haine farouche d’une inconnue qui désire la tuer sans raison ni prétexte.

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L’astuce du scénario de Chuck Austen est de mettre en évidence la solitude de l’Amazone au milieu du groupe majoritairement composé d’hommes, et où la camaraderie est parfois un effet de surface.

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Épuisée par un combat vide de signification, elle cherche un réconfort, un contact, l’occasion d’un échange, et n’en trouve pas. Flash et Green Lantern, qui ne voient en elle qu’une « femme formidable » que rien ne peut ébranler, ne se rendent pas compte du désarroi de leur équipière. Elle pense trouver une oreille attentive avec son équipier martien, mais ce dernier se contente de lui indiquer que Superman est sur Terre. La scène, assez amusante, est en même temps empreinte d’une tristesse saisissante.

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Superman, quant à lui, continue à veiller sur l’orphelin. À la fin du chapitre, Clark et Diana découvrent que l’enfant dispose également de pouvoir. Le dernier volet, qui se concentre sur Batman, raconte l’enquête des héros, qui apprennent que l’accident ayant conféré au héros inconnu ses capacités a aussi donné au reste de la famille des pouvoirs, que la veuve utilise afin de traquer le chef de chantier qui a rogné sur les coûts, provoquant indirectement le décès de son mari.

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Si le Chevalier Noir reste aussi mutique que d’ordinaire, l’épisode, qui confronte les justiciers à deux enfants à pouvoir souffrant de l’absence de leur père, fait écho à sa propre expérience. À la différence de ses équipiers, Batman a appris, depuis des décennies, à vivre avec le deuil. Ce qui n’empêche pas Austen et Garney de continuer leur exploration des fragilités de ces demi-dieux.

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Récit un peu oublié, un peu mésestimé, « Pain of the Gods » constitue pourtant une jolie petite pépite de la série, avec un portrait astucieux des personnages et surtout une vision du groupe, bien moins solidaire qu’on le pense.

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Quant à Ron Garney, qui s’encre lui-même, il livre des planches impressionnantes de force et d’énergie, dans le style qu’il avait imposé avec Waid sur Captain America. Ses personnages hiératiques sont définitivement plus grands que nature, ce qui convient à merveille au propos.

Jim

Merci du rappel qui permet de confirmer que Chuck Austen vaut mieux que sa réputation.

Ces changements fréquents d’équipes créatives pourraient d’ailleurs donner à Urban une excuse pour sélectionner les meilleurs arcs et les sortir en tomes uniques, d’autant qu’une bonne partie de cette période reste inédite en VF.

Ses Superman (qu’il a dû terminer sous pseudonyme) ne sont parait-il pas honteux. A croire qu’il utilisait les séries qu’il avait chez Marvel pour se défouler en leur refourguant toutes ses idées absurdes ou un peu olé olé.

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J’avais bien apprécié son War Machine qui était rentre-dedans et assez déconne (et collait bien au label dans lequel il était publié, « Max », je crois). Et j’ai un souvenir plutôt pas mal de ses X-Men, pas tous, mais dans l’ensemble, je trouvais ça sympa. Je me souviens d’épisodes sur le droit animal qui étaient très chouettes.

Jim

En 2008 paraît un recueil intitulé Batman: False Faces, et organisé autour du scénariste Brian K. Vaughan.

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Le titre est un poil mensonger puisque le sommaire n’est pas entièrement dédié au Chevalier Noir, deux épisodes consacrés à la Princesse Amazone figurant également dans le recueil.

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Après une préface de Vaughan lui-même dans laquelle il explique que l’existence de l’ouvrage remonte à une remarque de Kurt Busiek, lors d’une dédicace, le sommaire s’ouvre sur trois épisodes de la série Batman, les numéros 588 à 590. À l’époque, Larry Hama vient de quitter le poste de scénariste, Ed Brubaker a réalisé quatre épisodes, la série a été intégrée au cross-over « Officer Down », et Vaughan débute ici une trilogie qui constitue son galop d’essai pour la reprise du titre à long terme. Sauf que, entre-temps, le lancement de Y The Last Man changera un peu la donne, et Batman reviendra à Brubaker.

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Dans « Close Before Striking », Vaughan revient sur la personnalité de Matches Malone, l’alter ego de Bruce Wayne quand ce dernier choisit d’infiltrer les bas-fonds plutôt que d’en arpenter les ruelles sombres dans son costume de chauve-souris. Le récit s’ouvre sur la rencontre inattendue entre les deux personnages : pour les lecteurs attentifs, c’est impossible, puisqu’il s’agit du même bonhomme sous deux déguisements différents.

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Très rapidement, Vaughan construit son scénario afin de nous expliquer que Dick Grayson a endossé le costume de Batman tandis que Bruce revêtait le costume à carreaux de Malone, afin de tromper les témoins et de faire en sorte que le mâchouilleur d’allumettes soit présenté au boss, à savoir le Ventriloque. Tout ceci est plutôt bien amené, ménageant assez de suspense pour que même les lecteurs de longue date soient intrigués, tout en faisant avancer l’intrigue et en démontrant une grande connaissance de la caractérisation des personnages. Carton plein.

Sauf que très vite, les choses dérapent, puisque ce premier volet nous apprend que Malone vient d’être abattu dans un bar. Si Nightwing apprend que Matches Malone est une vraie personne, pas simplement un alias, le lecteur de longue date se rappelle que ce personnage, créé par Denny O’Neil et Irv Novick, apparaît dans Batman #242, daté de juin 1972. Il s’agit d’un bandit que le héros cherche à recruter dans sa lutte contre Ra’s al Ghul (à une période où il fait croire à la mort de Bruce Wayne). Malheureusement, Malone meurt dans l’affaire (mais hors-champ, ce qui permet toujours des retours possibles).

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À la faveur, donc, des évolutions de continuité, Vaughan étoffe l’histoire de Malone, précisant que ce dernier avait simulé sa mort et disparu à Hoboken, avant de revenir quand il a appris que quelqu’un usurpait son identité à Gotham. Malheureusement, son retour attire l’attention… des mauvaises personnes. Batman, de son côté, découvre que Malone n’est pas mort. Le deuxième volet de cette saga débute en trombe, alors que Nightwing fait part à Oracle de son inquiétude concernant son mentor. Il raconte ce qui vient de se passer (Batman retrouve Malone mourant et lui promet de le venger), et se rend compte que Bruce commence à se prendre pour son alter ego à lunettes.

La troisième partie confronte le héros, habillé en Malone, au Ventriloque, dans un cinéma désaffecté et à moitié en ruines (nous sommes dans la période qui a suivi le tremblement de terre, rien n’est intact à Gotham). Et l’intrigue, qui parle de masques et de fausses identités, renvoie Bruce à ce qu’il est vraiment : non pas un justicier masqué, non pas un mafieux infiltré, non pas un milliardaire play-boy, mais un petit garçon qui vient de perdre ses parents : en effet, le cinéma où se déroule le duel est celui dans lequel le petit Bruce a vu Zorro avant le drame qui a bouleversé sa vie.

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Cette trilogie, très belle réussite illustré par un Scott McDaniel en pleine possession de ses moyens, est typique du travail de Vaughan sur les super-héros : une caractérisation forte et audacieuse, des personnages poussés à bout, une action dense (il s’en passe des choses, dans ces épisodes), plusieurs couches de signification… C’est sans doute le meilleur d’un sommaire qui, par ailleurs, ne démérite pas.

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Le scénario de Detective Comics #787 a été commandé à Vaughan en guise d’« inventory story », un récit à garder sous le coude dans le cas où la production serait en retard. Le scénariste signe donc une histoire dans laquelle Jervis Tetch, le Chapelier Fou, capture Kirk Langstrom, alias Man-Bat, afin de l’obliger à fabriquer un sérum provoquant des mutations qu’il compte inoculer à un psychiatre de l’Asile Arkham. L’histoire est déjà dense mais Vaughan parvient à y mêler Francine Langstrom, Harvey Bullock, des considérations sur le contenu des écrits de Lewis Carroll et sur les connaissances encyclopédiques du héros, et une bonne rasade d’action avec un monstre géant. Le tout servi par un Rick Burchett en belle forme.

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Suivent deux chapitres de la série Wonder Woman. Dans les numéros 160 et 161, illustré par un Scott Kolins qui n’a pas encore imposé le style dynamique qu’on lui connaît depuis Flash, Vaughan confronte la Princesse Diana (l’autre) à Clayface. Le diptyque « A Piece of You » est bâti sur une idée toute simple : l’Amazone est née de l’argile, et cette argile intéresse de très près Basil Karlo, alias… Gueule d’Argile.

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Tout commence alors que la Cheetah fout le bazar à New York. Flairant quelque chose de louche, Wonder Woman, par un moyen astucieux et détourné (et qui mobilise l’attention de son lecteur, technique fréquente chez Vaughan), obtient la preuve qu’il ne s’agit pas de son ennemie. Face à Clayface, l’héroïne se retrouve débordée, littéralement. Elle est absorbée puis recrachée par le monstre, qui découvre très vite de nouvelles capacités (il peut voler, par exemple). De son côté, Diana trouve refuge dans la Tour des Titans et Donna Troy comprend que sa « grande sœur » a rajeuni… et perdu une partie d’elle-même.

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La seconde partie du récit explique de quelle manière les deux héroïnes s’allient afin de piéger leur ennemi, Diana parvenant à récupérer cette partie d’elle-même qui lui manquait et à retrouver son apparence adulte.

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Si, du propre aveu du scénariste, ces deux épisodes ne sont pas aussi fouillés et construits que ses autres prestations, il n’en demeure pas moins qu’ils sont riches en dialogues fournis, qui proposent une caractérisation réussie et plein de petites allusions à l’univers de la Ligue de Justice. C’est rondement mené, assez souriant, et ça témoigne d’une bonne connaissance des personnages.

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Le recueil se conclut sur une histoire courte réalisée pour Batman Gotham City Secret Files, et illustrée par Marcos Martin. Vaughan nous y présente The Skeleton, un comploteur capable de prendre l’apparence des grands super-vilains de la ville, et qui semble nourrir une haine farouche et revancharde envers la famille Wayne. Cependant, cette annonce d’une intrigue au long cours n’a jamais été suivi d’un quelconque développement, si bien que les lecteurs n’ont toujours pas le fin mot de l’histoire. Et sachant que le scénariste n’est pas près de revenir chez les deux majors pour y animer leurs super-héros, ils resteront sans doute encore longtemps sur leur faim.

Jim

Complètement, Jim.
Il fait même plaisir à lire.

Je vais regarder cela. J’ai commencé à lire Batman juste après.

Merci Jimbo!

Et on va avoir ça en VF ?

Aucune idée.

Jim

Si on ne peut même pas compter sur toi …

Ce serait une grave erreur.

Jim

A priori, non.

Pourquoi le sait-on déjà ?

J’ai consulté ComicsVF qui ne donne aucune correspondance VF, et vu que cela correspond à une période où on a énormément de lacunes en France sur ces différents titres cela paraît cohérent.

J’ai une autre réponse moi, surtout que Comics VF est pas à jour.

Je ne pense pas que l’ont ait ces numéros car ça fait trop peu pour un album Urban qui comprend plus de numéros qu’un TPB.
Ca fait pas vraiment non plus une histoire, et enfin qu’Urban à déjà publié une partie de cette période avec New Gotham et n’a quasi rien sortit de la série Batman qui change de scénariste assez souvent. Et ils ont repris avec Batman Murderer et Fugitif qui se passe après cette période de transition. Je ne les vois donc pas faire cet album.

Ils pourraient en le combinant aux histoires dc de vaughan, autre tp
Mais bizarrement on a pas ces albums de moore, gaiman, vaughan, mignola… qui rentre pourtant dans le choix éditorial anthologie+auteur+ du batman

Oui malheureusement pas de MAJ depuis 2016… Ce serait vraiment dommage que le site soit abandonné vu le travail colossal qui a été réalisé pendant quinze ans dessus !

Oui bizarre, il n’y a guère que Kirby qui a eu droit à une anthologie sur le thème d’un auteur pour l’univers DC en général. En plus DC continue la collection avec un volume à venir sur Len Wein.

Tiens, je ne connaissais pas l’existence de ce tome. Merci.

Ni de celui-là non plus. Re-merci.

Jim

En 1998, DC lance une vaste saga articulée autour de la série JLA, alors relancée avec le talent que l’on sait par Grant Morrison et Howard Porter : One Million. Comme souvent chez le scénariste écossais, le postulat de base s’appuie sur une idée saugrenue (ici : que se passe-t-il dans l’univers DC à une époque où Action Comics atteint son millionième numéro ?) qui sert de déclencheur à l’imagination.

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L’intrigue commence dans les deux dernières planches de JLA #23, quand les héros, qui viennent de vaincre Starro, sont confrontés à leurs héritiers venus d’un lointain futur. L’action continue dans DC One Million #1, qui démarre sur les chapeaux de roue : parallèlement à la visite de ces héros du futur, la ville de Montevideo est détruite dans une explosion cataclysmique. L’intrigue va donc diviser les forces du groupe selon deux axes : les actions du présent et les aventures dans l’avenir.

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Pour la mini-série, c’est Val Semeiks qui se charge de mettre en scène les idées tordues de Morrison. Dessinateur compétent, au trait nerveux à défaut d’être raffiné, il donne beaucoup d’élan au récit.

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Très vite, les héros découvrent que l’immortel Vandal Savage utilisent des pilotes de l’escadrille des Red Rockets comme missiles, et fait donc peser une menace inquiétante sur la planète. Dans le même temps, les héros d’aujourd’hui sont invités à rejoindre les festivités dans le 853e siècle, alors que Superman (qui est toujours vivant dans ce lointain avenir) s’apprête à sortir de son exil volontaire dans le soleil. Mais à leur « arrivée » dans le futur, les choses se passent mal, et le premier épisode se conclut sur l’alliance entre Vandal Savage et Solaris, un ordinateur stellaire aux visées maléfiques.

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Frappadingue, qu’on vous dit.
Le récit est plutôt bien emmené, Morrison se sert du décalage technologique afin de mettre en danger la Terre du présent, mais également de mettre en évidence le talent et le courage des héros d’aujourd’hui, confronté à des techniques qu’ils ne connaissent pas mais doivent pourtant arrêter. Il parvient également à donner la vedette à un grand nombre de personnages, et à animer un vaste univers DC où chacun semble à sa place. Les héros à tour de rôle se retrouvent sous le feu des projecteurs.

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DC One Million, c’est aussi un splendide hommage à l’univers DC, à sa généalogie, au thème central de l’héritage et de la transmission générationnelle (hommage qui s’étend à l’ensemble de la prestation de Morrison, mais c’est frappant ici), ainsi qu’au caractère merveilleusement suranné de certains de ses aspects (les super-animaux, par exemple).

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Le cross-over prend aussi une certaine signification au sein de sa prestation. Très vite dans la série, le scénariste s’est arrangé pour faire venir d’autres personnages dans le groupe, afin d’élargir la formation à d’autres justiciers que les plus puissants qui en constituent le noyau. Et cela lui permet ici de diviser son équipe entre ceux qui incarnent les fondations d’une tradition et ceux qui gravitent autour, les premiers allant dans le futur rencontrer leurs héritiers et les seconds luttant sur Terre afin de tenir la barre. One Million tient donc une place particulière dans cet ensemble d’épisodes.

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Le cross-over s’étale sur l’ensemble du catalogue, les différentes séries faisant un pause afin d’accueillir un numéro 1 000 000, daté de novembre 1998. Selon une tradition désormais bien implantée, la rencontre entre les héros, pourtant proposée sur des bases pacifiques, ne manque pas de susciter des bastons. Et JLA #1000000 ne déroge pas à la règle, proposant une rencontre musclée entre la Wonder Woman du futur et Big Barda.

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L’intrigue a droit à un premier TPB en 1999, qui assemble les épisodes de la mini-série et l’épisode de JLA qui y est lié.

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Plus récemment (2013, je crois), un Omnibus est sorti, reprenant l’ensemble des épisodes concernés dans un total de plus de mille pages, sous une très belle couverture inédite de Ryan Sook.

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Jim

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Et pour la VF la saga est présente dans la série JLA Justice League of America Tome 1 - Urban Comics

(j’avais adoré cette histoire. On retrouve certains de ces personnages dans son All-Star Superman également)