RÉÉDITIONS DC : TPBs, Hardcovers, Graphic Novels

Au début des années 1990, alors que DC venait de remettre en selle son catalogue et d’engranger quelques succès publics et critiques (Dark Knight, Watchmen, Man of Steel, Wonder Woman, l’émergence de nouveaux formats plus luxueux, le développement de ce qui s’imposera comme la collection Vertigo), la rédaction travaille toujours à mettre sous le feu des projecteurs l’ensemble de son catalogue. Et certains personnages sont parfois plus difficiles à imposer, pour mille raisons, tout en faisant l’objet de nombreux efforts. C’est le cas des membres de la Société de Justice.

L’année 1991 voit donc une tentative de rajeunir cette équipe de vétérans, avec la mini-série Justice Society of America, écrite par Len Strazewski et dessinée par Rick Burchett, Grant Miehm, Mike Parobeck et Tom Artis. La saga a pour sous-titre « Vengeance from the Stars », mais le recueil, sorti en janvier 2021, est identifié comme « The Demise of Justice ».

Le principe est simple. Les héros, séparés, rencontrent des créatures gigantesques, faites d’énergie, qu’ils identifient comme des constellations incarnées. Au début, ils affrontent ces menaces séparément (d’abord Flash, puis Black Canary, puis Green Lantern, et ainsi de suite…). Dans le premier épisode, Jay Garrick découvre que son ami Ted Knight, alias Starman, a été victime d’un accident et se retrouve cloué sur une chaise roulante. Cela constituera le fil rouge des huit numéros, où l’on apprendra que Ted est surveillé par un manipulateur dans l’ombre (dont l’identité sera facile à deviner pour qui connaît l’univers DC et l’histoire de la Société de Justice).

L’intrigue est assez simple : le comploteur dans l’ombre cherche à détourner les diverses sources d’énergie de l’ère moderne afin de plonger la société de l’époque (années cinquante) dans un nouvel âge de pierre sur lequel il pourra régner. Les héros, qui vivent des aventures séparées, se retrouvent petit à petit (Flash rejoint Hawkman, Canary s’allie à Green Lantern…) jusqu’à faire front commun face à la menace. À la fin, Ted reprend du poil de la bête et rallie ses amis pour porter le coup de grâce.

Ce qui frappe surtout, c’est l’humour généralisé et l’ambiance légère. Les héros sourient, plaisantent, se charrient. Jusqu’à la manière dont les constellations vivantes évoluent et s’adaptent au monde moderne, où la manière pseudo-scientifique dont les héros l’emportent. C’est amusant et rapide, aux antipodes de l’ère crispée qui règne en maîtresse depuis quelques années sur le paysage éditorial. Enjoué, voilà l’adjectif qui convient.

Graphiquement, c’est assez inégal. Bien entendu, le regretté Mike Parobeck tire la couverture à lui, offrant une sorte de vision cartoony du style de John Byrne. Rick Burchett tente de se glisser dans la tradition d’Alex Toth et des comics des années cinquante. Grant Miehm a un trait plus grossier, il recourt à des hachures épaisses qui feraient penser à un Terry Austin peu inspiré encrant Al Milgrom. Quant à Tom Artis, c’est peut-être le plus maladroit de tous, mais ses tentatives d’imiter Art Adams ou Jackson Guice confèrent aux planches un aspect facile à suivre. Le tout sous des couvertures de Tom Lyle, autant dire que l’ensemble est agréable et honnête, mais sans génie.

Il demeure étonnant que DC n’ait pas confié l’ensemble de la série à un seul dessinateur. En tout cas, la mini a eu suffisamment de succès pour générer une série mensuelle en 1992, par Strazewski et Parobeck (je ne sais pas si elle a été compilée, va falloir que je me renseigne) puis le fameux Golden Age de Robinson et Smith, en 1993, signes divers de la volonté de l’éditeur de mettre en avant ces personnages (jusqu’à la série de la fin de la décennie).

Le recueil, étonnamment en hardcover (c’est un peu beaucoup pour une mini honnête sans plus) propose une préface de Mark Waid, mais aussi la réédition d’All-Star Comics #57, de 1951, soit la dernière aventures classique du groupe, puis d’Adventure Comics #466, de 1979, fameux épisode expliquant les dessous de la dissolution du groupe, lié au maccarthysme.

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