RÉÉDITIONS MARVEL : TPBs, omnibus, masterworks, Epic…

Ce n’est pas une position très pratique pour lire, faut reconnaître…

Jim

ça peut être confortable quand c’est celui de quelqu’un d’autre.

Ceci ne me regarde pas.

Jim

L’encéphalite rectale n’arrange pas les neurones.

:rofl::rofl::rofl:

Suite à la remarque de Fred, je me suis replongé dans mon intégrale des Invaders, hier soir. Ne serait-ce que pour retrouver la première apparition de notre jovial ami l’Agent Axis.

Là, j’ai reparcouru les deux premiers tomes, ce qui me permet de dépasser largement la période couverte par la traduction dans Titans. Les intégrales (moi, j’ai l’édition en quatre tomes, mais depuis lors il y a une réédition, intitulée « Complete Collection », en deux gros volumes épais) ont l’exquis mérite de publier les couvertures, qui comprennent notamment des illustrations par Jack Kirby (parfois retouchées par Romita), formidables d’énergie, de souffle épique et de violence à peine contenue.

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Les premières aventures servent surtout à placer le groupe (introduit dans un Giant-Size), à trouver la bonne mécanique pour le faire fonctionner (les deux jeunes, Bucky et Toro, sont un peu la clé d’entrée pour le jeune lectorat, Sub-Mariner est l’arrogant de service, Human Torch est le discret qui s’éclipse derrière Captain America) et à lui opposer des méchants impressionnants et recyclable au besoin : Master Man, U-Man ou Warrior Woman sont des personnages créés pour l’occasion, que Roy Thomas distille au fil de sa série, faisant de leur apparition un fil conducteur autour du thème du super-soldat, et donc du surhomme, ce qui semble s’imposer quand on évoque le régime nazi.

Une fois que les choses sont mises en place, Roy Thomas commence à développer un univers plus vaste. C’est le cas par exemple avec la création de la Liberty Legion, à l’occasion d’un gros cross-over entre Invaders #5-6 et Marvel Premiere #29-30 (également traduit dans Titans). Mais si les méchants cités plus haut sont des créations rétrospectives, cette Légion de la Liberté présente la particularité d’être composée de héros de l’Âge d’Or. C’est un premier tournant dans l’histoire de la série, puisque Thomas envoie un signe fort : il va ranger la continuité, et faire de larges références à l’histoire éditoriale de sa maison d’édition.

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Par la suite arrive ce qui me semble, selon mes goûts, le meilleur de la série. Nos amis envahisseurs sont amenés à travailler en Angleterre, et donc à rencontrer Lord Falsworth, dont ils découvrent qu’il a été le héros Union Jack, justicier de la première guerre mondiale (Frank Robbins nous gratifie à cette occasion d’un chouette mais bref flash-back).

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La saga en Angleterre est marquée par beaucoup de révélations : un neveu qui s’avère à la fois un vampire et un espion nazi, le Baron Blood ; l’arrivée de Jacqueline Falsworth ; la transfusion à partir du sang de Human Torch, qui fera d’elle Spitfire, un nouveau membre du groupe…

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C’est pas mal, un peu bavard, mais avec une caractérisation sympa et un enchaînement de péripéties qui donnent vraiment l’impression qu’il se passe des choses, que les actes ont des conséquences, que ce petit monde, même situé dans le passé, n’est ni immuable ni sujet aux caprices liés à l’obsession de continuité de Roy Thomas.

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L’arrivée de Spitfire constitue peu ou prou le point d’orgue de la première douzaine d’épisodes (un peu plus d’un an : la série avait débuté sur un rythme bimestriel, avant de trouver son public et de passer mensuelle aux alentours de l’arrivée d’Union Jack). Suivent trois épisodes, un avec le Golem, figure juive du protecteur surnaturel, et deux avec les Crusaders, un groupe de héros fédérés autour du Spirit of 76 et manipulés par un espion nazi qui les lance à l’assaut de nos héros.

C’est là qu’intervient le premier Annual de la série, objet initial de ma relecture. Sous couverture d’Alex Schomburg, célèbre illustrateur de pulps passé à la bande dessinée dans les années 1940, ce numéro propose de suivre les aventures de Captain America, Human Torch et Sub-Mariner face à trois espions de l’Axe. Fidèle à un mode de narration apparu dans la décennie de la guerre et adopté par DC pendant bien des années, Roy Thomas sépare le groupe, chaque héros allant affronter l’un des saboteurs. The Hyena et the Shark sont deux personnages de l’Âge d’Or (the Shark est apparu en 1947, ce qui mobilise une note de bas de page expliquant pourquoi le combat dans cet Annual n’est pas la « première » rencontre), mais Agent Axis est un personnage nouveau.

Enfin, nouveau, entendons-nous bien. Comme l’explique le lien que donne Fred en haut, Agent Axis fait son apparition chez Marvel dans un épisode de Captain America par Kirby, datant des années 1960. Sauf que Kirby a confondu avec un ennemi des Boy Commandos, une série qu’il a faite… chez DC. Et que Stan Lee, qui rédigeait les dialogues, n’a rien vu. Si bien que, dans son rôle de réparateur de la continuité, Thomas présente le personnage ici, donnant une justification aux cauchemars dont souffrira Cap deux décennies plus tard. Et tant pis s’il y a deux personnages au même nom dans deux univers, c’est déjà le cas pour les Scarecrow de Batman et de Captain America !!!

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Le personnage de l’Agent Axis est très étrange. Il s’agit de la fusion de trois espions de nationalités différentes (un Allemand, un Japonais et un Italien), qui se retrouve à occuper le même corps après un accident scientifique propre à l’univers Marvel. Disposant de la force, de l’intelligence, de la ruse et de la méchanceté de trois hommes en un seul, il constitue un obstacle de taille.

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Autre étrangeté dans ce numéro qui en déborde, les trois espions ont pour mission de ramener des éléments que les savants de Hitler pourront analyser afin d’enrichir l’arsenal du Reich. The Hyena cherche donc à se procurer un échantillon de sang de Human Torch, Agent Axis à dérober le bouclier rond de Captain America, et the Shark… à chiper le maillot de bain vert de Sub-Mariner ? Diable ! Et le vilain, qui a déshabillé le prince atlante pendant que ce dernier était évanoui, a eu l’infinie politesse de lui passer un maillot de rechange : l’élégance, on l’a ou on ne l’a pas. Cela dit, à moins que les nazis n’imaginent que l’industrie textile atlante ne rivalise avec la confection de mithril, on peut se demander pourquoi the Shark court avec les dessous de Namor, si ce n’est pour satisfaire la logique interne du récit de Roy Thomas.

Non content d’aligner les péripéties saugrenues, ce dernier profite de l’occasion pour escamoter ses personnages, qui disparaissent sous les yeux de leurs adversaires, et pour réapparaître à Paris, face… aux Avengers. Car oui, cet Annual est le pendant d’un affrontement s’étant déroulé dans Avengers #71, à l’occasion de quoi les Vengeurs et les Envahisseurs, pions dans une partie d’échecs opposant Kang et le Grand Master, s’étaient affrontés dans un paradoxe temporel qui fonctionnait très bien comme ça sans avoir besoin qu’on l’explicite. Mais visiblement, Roy Thomas estimait qu’il fallait projeter sur cet événement une lumière éclairante, d’où cette intrigue des plus capillotractées.

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L’épisode se conclut sur Captain America qui énonce à voix haute ses interrogations sur les Vengeurs (dont la noblesse semble avoir touché nos héros soldats). Le patriote, qui a compris avoir eu affaire à des gens venus du futur, se demande s’il les retrouvera dans dix ou vingt ans. Discours ironique, sachant que Cap sera plongé dans un sommeil glacé mais qu’il retrouvera quand même les héros en question. Et d’autant plus intéressant que l’idée même de ce souvenir est assombrie par le constat que, peut-être, le souvenir de cette rencontre pourrait s’effacer, Thomas facilitant ainsi la gestion du paradoxe.

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L’épisode, vaste hommage à l’Âge d’Or, est confié, pour ce qui est des trois chapitres liés aux missions séparées, à des illustrateurs de l’époque : Alex Schomburg pour Human Torch, Don Rico pour Captain America et Lee Elias pour Sub-Mariner. Ce dernier s’en sort le mieux, affichant un trait lorgnant vers celui d’Alex Toth. Cela contribue à renforcer le côté rétro de la série, d’ordinaire confiée à Frank Robbins. Ce dernier est un vétéran, dessinateur de comic strips d’aviation (l’excellent Johnny Hazard) reconverti en auteur de comic books à la fin des années 1960. Il a écrit et dessiné quelques excellents chapitres de Batman. Son dessin maniéré convient assez bien à l’évocation des héros de la Seconde Guerre mondiale. Dans les premiers temps, il est encré par Vince Colletta, sorte de plume rassurante qui s’illustre (si l’on peut dire) sur une grande portion du catalogue Marvel de ces années-là. Mais ce dernier est bientôt remplacé par Frank Springer, également chevronné, qui redonne à Robbins un trait complexe et riche, avec des pleins et des déliés. C’est notamment frappant dans les gros plans de personnages civils, où les attitudes et les traits du visage bénéficient d’une touche de légère caricature qui évite de tomber dans le comique. Pour tordus et maniérés qu’ils soient, les personnages n’en sont pas moins vivants, crédibles, attachants.

La série ne manque pas d’atouts. Il se passe plein de choses, les idées fourmillent, les dialogues sont foisonnants mais au service d’une caractérisation qui se précise sur la durée. Néanmoins, l’Annual, qui avait motivé ma relecture, cumule quelques défauts qui, bientôt, deviendront des fixettes dans l’esprit de Roy Thomas, la série devenant, en partie en tout cas, un prétexte à corriger la continuité, et non plus à raconter des histoires.

La suite des commentaires, bientôt.

Jim

Il est d’ailleurs « étonnant » que Marvel, qui en fait régulièrement son « premier super-héros », fasse si peu de choses du personnage.

Un lien avec la lignée Black Knight serait pertinent.

Il y a eu des projets avec New Invaders de Jacobsen puis les Invaders de Robinson… et peut etre ceux de Zdarsky mais on sent que Marvel bute sur le fait que deux torches humaines c est beaucoup (alors que bon chez les mutants y a bien plus compliqués comme lignée)

J ai lu les 4 TP Invaders Classic il y a 10 ans… j ai trouvé cela pas mal l arc que tu cites mais oui aprés ca devenait chiant… le début était mou aussi…
La mini des 90’s c est la mort de l agent Axis qui fait basculer Thin Man…

Oui, mais même dans ces séries, Jim Hammond n’est pas vraiment le personnage principal… peut-être dans New Invaders, et encore.

Oui mais il est mis en avant.
Les Heroes For Hire de Ostrander aussi mais là il n a pas de pouvoir (riche idée… de byrne?? c etait son epoque je gache tout même si c est palpitant et bien dessiné)… J ai peu de souvenir sur le V Battalion… je sais pas si c est pas dans la partie que j ai pas lue (New Tbolts)??

Oui, tu as raison.
Mais pour « le premier super-héros », ça manque de récit qui le met en lumière.
Ca manque de série ou mini-série sur lui, quoi.

Tu veux dire, de 1986 à 2000 ?

Jim

a peu prés oui…

Tiens en fait Hammond n, apparait que dans Tbolts 73 et 75 qui sont dans le monster et la mini Citizen V And The V-Battalion que j ai pas lu
J avais pensé que sa carriere au V Batalion était plus developpée… et en fait la série moderne où il ait le plus apparu c est bizarrement Heroes For Hire de Ostrander.
Si j en crois MCP
http://www.chronologyproject.com/h.php#HUMAN_TORCH_II

Ou sinon (probablement plus à jour) :

oui mais alors pour certains persos on peut pas avoir juste la liste et là c est pas trés lisible…
Mais oui 19 ca reste le record en comics moderne… derriere y a All-New Invaders avec 15#

Hop, j’ai repris la lecture de mon intégrale Invaders en quatre tomes.

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Et je me rends compte que, quand même, les comics de 1980, c’était nettement plus dense et copieux que ceux d’aujourd’hui. Constatation que je fais souvent, mais là, en pleine période de confinement, après avoir englouti quelques TPB récents, cette plongée dans la série me rend l’évidence encore plus frappante. Le temps de lire un chapitre de 17 pages écrit par Roy Thomas à l’époque, j’ai le temps de boulotter deux ou trois chapitres de 20 ou 22 planches d’aujourd’hui. L’effet est saisissant.

Et l’effet corollaire, c’est une profonde immersion dans le récit. Même si les chapitres de l’époque sont plus courts que ceux auxquels nous sommes habitués, la densité, graphique et textuelle, nous conduit à fréquenter de près les personnages, et donc à les connaître un peu plus. On ne peut pas dire que les choses soient superficielles.

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Nous en étions restés à l’Annual #1, dans lequel apparaît l’Agent Axis (raison de ma relecture), ainsi que deux autres vilains, et où les Envahisseurs sont projetés dans le temps afin d’affronter les Vengeurs dans le cadre du pari engagé entre Kang et le Grand Master. Moment sympathique durant lequel Roy Thomas cumule le meilleur et le pire. Comme je le laissais entendre dans mon précédent commentaire, c’est un peu un tournant dans la série. Mais de chouettes moments, celle-ci en a encore en réserve.

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L’action reprend alors que les héros se portent au secours d’un soldat capturé par des agents nazis. On découvre rapidement que le bidasse en question s’appelle Biljo White, et qu’il est le dessinateur d’une série de comics intitulée Major Victory. Dans les pages de son œuvre, il raconte comment son héros, ce fameux Major Victoire, a profité d’une expérience afin de créer un « super-soldat ». Il n’en faut pas moins pour que les suppôts du Reich se mettent en tête qu’il connaît des secrets d’États, secrets qu’ils pourraient mettre à profit afin de créer d’autres surhommes à la solde du régime (comme si Master Man ne suffisait pas).

Sur ce postulat un peu inepte mais rigolo, et permettant une mise en abyme toujours amusante, Roy Thomas construit une course à l’échalote qui conduit les héros en Allemagne afin de récupérer le soldat perdu.

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Parallèlement, le scénariste fait revenir Dyna-Mite, héros lilliputien membre des Crusaders, que l’on a vu quelques épisodes plus tôt. Visiblement amoché, le tom pouce local lance certains alliés du groupe (la famille Falsworth, en gros) dans une quête assez imprécise, dont on sent que Thomas improvise les détails au fur et à mesure. On apprend en l’occurrence que Dyna-Mite est en fait Roger Aubrey, un ami de la famille, pote de longue date de Brian Falsworth, le fils disparu du clan. Au fil du récit, on découvre qu’il a perdu la mémoire à la suite du lavage de cerveau infligé par les nazis afin de rendre plus crédible encore la constitution des Crusaders. Et si les autres membres du groupe (à part le Spirit of 76) disposaient de pouvoirs artificiels, Roger n’a pas récupéré sa taille normale à la dissolution de l’équipe. Pire, il n’a pas retrouvé ses souvenirs. Donc, Lord Falsworth et Lady Jacqueline, devenue Spitfire, se rendent en Allemagne afin de retrouver le savant qui a fait de Dyna-Mite son cobaye, pour qu’il lui rende la mémoire.

Roy Thomas commet plusieurs maladresses dans le cadre de cette saga, qui pourtant ne manque pas de souffle. D’une part, il mélange deux intrigues, qui auraient très bien pu constituer le menu principal de deux sagas séparées. La conséquence en est que tout ce qui concerne Roger Aubrey passe au second plan, comme un récit de fond à l’importance moindre, uniquement là pour meubler, alors que les épisodes sont déjà bien remplis et n’ont pas besoin de cet artifice. Ensuite, il se trouve que la quête des Falsworth les conduit au même endroit que nos amis Envahisseurs, et tout ce petit monde se croise dans la même rue de la même ville au même moment. Enfin, le scénariste entre à ce moment dans une boucle de complexité où il se sent obligé de redéfinir constamment une partie de son casting, de préciser les origines et de lancer ses personnages dans un jeu de chaises musicales qui, à terme, finit par les déprécier.

Parce que Thomas en rajoute. En effet, opérant derrière les lignes ennemis, Captain America rencontre le Destroyer, un vieux personnages (dont la légende dit qu’il s’agit de la première création de Stan Lee). Ce dernier s’avère être le fils Falsworth porté disparu. Mais lors de la baston finale à Berlin, il « meurt » dans une explosion. Sauf que non : il endosse l’identité de son père, à savoir Union Jack, et reprend le combat. De son côté, Roger Aubrey, retrouvant en partie la mémoire (et entièrement sa taille d’origine), décide d’abandonner son identité de Dyna-Mite et de devenir le nouveau Destroyer, retournant en Allemagne combattre les nazis sur leur terrain.

Entre-temps, plusieurs personnages nouveaux ont fait leur apparition. Outre Biljo White, il y a le savant ayant oblitéré la mémoire de Roger, ou encore Oskar, le chauffeur allemand ami des Falsworth. Tous autant qu’ils sont, ils seront oubliés à l’issue de cette saga, qui se conclut dans l’épisode #21 (celui-ci et le précédent présentant des rééditions de Sub-Mariner par Bill Everett). Cela témoigne aussi de la manière dont Roy Thomas construit ses intrigues, en sortant de son chapeau des éléments dont l’intérêt se limite à leur capacité à faire avancer artificiellement le récit.

Restera néanmoins quelques moments sympathiques, dont la création de l’accorte, délicate et souriante Warrior Woman n’est pas le moindre. Ainsi, le scénariste, fort aidé par le sens de la caricature dans le trait de Robbins, dresse le portrait d’un Adolf Hitler assez clownesque, toujours hurlant, tambourinant sur le bouclier de Captain America fraîchement confisqué. La séquence durant laquelle le Führer suggère à Master Man et Warrior Woman de s’unir en vue d’engendrer une race de bébés surhommes n’est pas piquée des hannetons, non plus.

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Et puis surtout, la saga se conclut sur une péripétie de choc : Toro est blessé. Il faut comprendre « blessé » au sens marvélien du terme, à savoir que le jeune héros est dans un état tel qu’un seul chirurgien surdoué au monde est capable de l’opérer. Roy Thomas enquille alors sur une nouvelle saga qui mélange, avec un peu plus de bonheur cette fois, son goût pour la continuité, sa volonté de peupler la série de héros bigarrés, et un propos politique assez intéressant.

En effet, après un épisode où il réécrit les origines de Toro (était-ce utile ?), et pendant que Bucky part chercher le médecin aux talents aussi uniques qu’inespérés, les Envahisseurs se retrouvent en Égypte. Là, ils doivent lutter contre l’assaut des blindés nazis tout en affrontant la menace d’un nouveau méchant, le Scarlet Scarab (et il faut avouer que ce scarabée écarlate a une certaine gueule). Territoire anglais à l’époque, l’Égypte est au centre des dialogues, et Namor ne se prive pas de tenir un discours anti-colonialiste (rétrospectif, bien entendu, nous sommes en 1977) qui ne manque pas de froisser les Falsworth.

Plus intéressant encore, Bucky découvre que le chirurgien qu’il cherche est d’origine japonaise et, à ce titre, fait partie des citoyens américains sommairement parqués dans des camps de détenus dont la vision horrifie les héros. Bucky et ses équipiers découvrent le racisme qui gangrène leur pays, et prennent assez mal cette révélation.

Dans ce contexte, Roy Thomas signe une petite trilogie dans laquelle l’Agent Axis, de retour, surgit, lui aussi intéressé par les talents du chirurgien. En effet, l’espion nazi, constitué je le rappelle de trois hommes aux nationalités différentes, commence à perdre la tête et souhaiterait être « redivisé ». Un enchaînement de péripéties qui touchent souvent au hasard et confinent parfois à la facilité d’écriture fait que deux nouveaux personnages sont mêlés à l’affaire. Et quand la machine qui devait rendre à l’Agent Axis ses trois identités séparées explose, les énergies libérées donnent des facultés supérieures à deux jeunes héros, qui décident, à la fin de la saga, de fonder les Kid Commandos avec Bucky et Toro.

On signalera au passage que la série connaît sans doute des soucis de production, voire des retards. En effet, si les épisodes 20 et 21 sont pour moitié composés de rééditions, le 24 est intégralement un reprint. Marvel connaît des soucis de régularité à l’époque, et la série en pâtit. Dans la foulée, l’épisode 29 marque un tournant : Frank Robbins quitte la série (et Gil Kane n’assure plus les couvertures). Graphiquement, si le dessin, assuré par Alan Kupperberg (et parfois Don Heck), avec un encrage de Frank Springer puis Chic Stone, s’avère plus réaliste, la série perd aussi son caractère unique, dû en grande partie aux personnages contorsionnistes qu’affectionnait Robbins. En un mot, elle devient banale.

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S’ensuivent donc un diptyque opposant le groupe (qui accueille désormais Union Jack et Spitfire) au Teutonic Knight (un méchant qu’ils ont déjà rencontré dans des flash-backs, narration un peu lourde s’il en est), un épisode de souvenir où Captain America raconte une mission passé (chapitre écrit par Don Glut, faisant intervenir un Monstre de Frankenstein et servant là aussi à remplir en attendant mieux), un diptyque avec Thor, manipulé par Hitler en vue de liquider Staline, récit témoignant de la volonté de Roy Thomas de répondre (maladroitement) à des questions que personne ne s’était posé avant lui (ici : mais que faisait le dieu nordique / wagnérien alors que le Führer dénaturait la mythologie ?) et une histoire dans laquelle le Destroyer est à nouveau maltraité (cette fois-ci, Roger Aubrey est retenu prisonnier par Master Man qui a pris son identité afin de ruiner la réputation de ce héros pourtant censé être clandestin).

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Après ce passage à vide, la série va entamer sa dernière ligne droite. De retour en Amérique, les Envahisseurs retrouvent Whizzer et la Légion de la Liberté, et affrontent Iron Cross, un Allemand en armure volante. C’est l’occasion pour Roy Thomas de s’interroger sur le sort des Américains d’origine allemande, et de faire le portrait d’un patriote qui ne se reconnaît pas totalement dans les idéaux nazis. Ce n’est pas très adroit ni très poussé, mais la tentative a le mérite d’exister.

Cela nous mène au #37, dont la dernière page nous présente Lady Lotus, une asiatique disposant de pouvoirs mentaux qui jette son dévolu sur les ennemis du groupe, dans l’intention de renverser le pouvoir en Amérique et de se venger du pays qui a fait subir à ses compatriotes d’origine japonaise un sort misérable. C’est l’occasion de rassembler de nombreux adversaires des Envahisseurs (U-Man, Master Man, Warrior Woman, le Baron Blood…) dans une dernière bataille rangée qui, même si elle est dessinée par Alan Kupperberg, ne manque pas de souffle.

La série retrouve de l’énergie pour cette dernière livraison (l’ultime numéro contient une quarantaine de pages et sort en septembre, quatre mois après le précédent). Roy Thomas a une belle idée en guise de conclusion : vaincue, Lady Lotus s’enfuit, mais rencontre sur son chemin un personnage dissimulé sous un parapluie. Il s’agit en réalité de Yellow Claw. Cela constitue un sympathique clin d’œil à l’histoire des comic books. En effet, le complot asiatique aura droit à sa propre série (assez courte) dans la deuxième moitié des années1950, qui est considérée comme l’une des pierres fondatrices du renouveau des super-héros (en général, et surtout chez Atlas / Marvel). Conclure Invaders sur cette petite note, c’est renvoyer, assez élégamment, à la continuité et à l’histoire éditoriale, tout en signifiant que les Envahisseurs ont fait leur temps, et que les nazis seront remplacés par d’autres menaces. Une jolie fin, une boucle qui se boucle.

Allez, rendez-vous est donné, dans un jour ou deux, pour un commentaire sur la mini-série Invaders des années 1990, qui conclut le quatrième tome de cette intégrale.

Jim

Si je comprends bien cette phrase, pendant que tu lis des vieux comics, tu en manges des récents ?
Plus sérieusement, l’écart est impressionnant entre la densité des récits des années 70 et ceux d’aujourd’hui. Pour raconter la même chose qu’un single de l’époque, on fait désormais une mini en quatre numéros…

C’est normal que ce soit la couv’ britannique ? Il y a une différence entre les versions US et UK ?

Ah, et tu as mis deux fois la couv’ du 31 (avec le monstre de Frankenstein)… Je suppose que l’une des deux remplace une autre image que tu voulais mettre.

Sinon, concernant le contenu de ton message, ben… Encore une fois, tu donnes envie de lire tout ça (bon, certains passages plus que d’autres, évidemment, mais dans l’ensemble, tu le vends bien) !

Tori.

Ouais, mais je me demande bien laquelle.
Bon, c’est corrigé.
Merci.

Jim

J’ai lu hier soir la mini-série de 1993, dans laquelle Roy Thomas renoue avec ses personnages, plus d’une vingtaine d’années après l’arrêt de la série Invaders. Ces quatre épisodes sont compilés à la fin du sommaire d’Invaders Classic 4.

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Il y a dans ce récit un sentiment de redite. En soi, l’intrigue n’est ni stupide ni incohérente, en tout cas pour du super-héros Marvel : les Envahisseurs interviennent dans la rade de New York alors qu’un sous-marin allemand tente de couler un navire américain. Ils rencontrent alors Battle-Axis, un groupe de surhommes dirigé par le Doctor Death. Ce premier affrontement tourne à l’avantage des méchants, que l’on retrouve par la suite opposés à Whizzer et à Miss America. Le Bolide est vaincu et enlevé, et sa compagne échappe à ses poursuivants afin de prévenir leurs alliés. Fin du premier épisode.

Ça va vite, c’est plutôt sympa, Roy Thomas est bavard mais il n’en fait pas des caisses comme c’était le cas dans les années 1970-1980. Dave Hoover livre des planches fidèles à sa réputation : c’est un peu mystérieux, Hoover, il pourrait dessiner bien et raconter proprement, on sent l’influence de Neal Adams, mais là, il officie dans la mouvance hachurée des vedettes de l’époque, et il finit par faire du sous-Liefeld, avec des mâchoires crispées, des personnages qui occupent inutilement la moitié de la planche de la planche et des cases qui se superposent à la limite de l’illogique. La rencontre d’une jolie case est toujours ternie par celle d’une page incompréhensible sans le bullage.

L’impression de redite est bien entendu accentuée par la lecture du TPB, qui colle ces épisodes de 1993 à la suite du dernier épisode de la série, datant de 1980 je crois. Je rappelle qu’à la fin de la série régulière, Lady Lotus avait réuni tous les adversaires des héros dans une tentative de renversement du pouvoir.

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Cette fois-ci, Doctor Death fait de même. Non pas par l’hypnose, mais en faisant appel aux mauvais penchants d’anciens héros qui tournent mal. Et non pas pour déstabiliser l’Amérique mais dans le but de provoquer une catastrophe « naturelle » visant à affaiblir le pays. Mais dans les grandes lignes, c’est la même chanson.

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Reconnaissons cependant que Roy Thomas est généreux. Dans les trois autres épisodes, il nous présente Silver Scorpion, une nouvelle héroïne équipée d’une armure dernier cri, ramène le Golem que l’on avait croisé dans les épisodes de Robbins (ce qui ne manque pas de susciter quelques interrogations : un héros Juif travaillant pour un Américain vendu aux nazis ? Interrogations hélas sans suite) et ramène Vision, celui des années 1940, pour un petit tour de piste.

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L’ensemble est un peu rapide parfois, certains éléments semblent une fois de plus présents afin de faire avancer l’histoire et de remplir les pages (Silver Scorpion n’est qu’ébauchée), et le scénariste s’échine à éclairer la continuité, notamment en donnant une identité à Doctor Death qui le rattache à l’histoire de Human Torch.

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Néanmoins, on sent bien que Thomas est surtout guidé par l’envie de travailler sur la continuité, un peu au détriment de son casting. La dernière séquence est éloquente : il abandonne les membres du Battle-Axis ou le Golem à leur sort mystérieux, à charge pour le lecteur de se faire une idée.

L’intégrale d’Invaders (il manque encore un What If qui, je crois, est présent dans la réédition en deux volumes) par Roy Thomas finit donc sur une note mitigée, cette mini-série mettant en avant davantage les défauts que les qualités de la série mensuelle, dans un traitement graphique loin du charme suranné du dessin de Robbins.

Jim

Excellente, celle-ci !