RÉÉDITIONS MARVEL : TPBs, omnibus, masterworks, Epic…

Dans les années 1980, Marvel et Mark Gruenwald ont eu l’idée saugrenue d’éliminer plein de super-vilains secondaires (mais au charme kitsch évident : pourquoi les liquider ?). C’est le “Scourge of the Underground”, qui fait des apparitions d’une case ou deux dans des tas de comics, éliminant des tas de méchants ridicules, avant que l’histoire ne prenne un peu plus de dimension dans la série Captain America.
Il y a quelques années, l’éditeur a eu la bonne idée de rééditer l’ensemble. Sommaire fourre-tout, ce bouquin aura attendu que je le trouve en solde pour que je le prenne.!

2013

Le bouquin demeure intéressant, mais davantage dans une perspective d’historien ou d’archiviste. Le sommaire commence par une enfilade d’apparition du méchant, un as du déguisement qui approche les vilains et les flingue sans ménagement. Ce bric à brac est ponctué d’épisodes de Captain America qui font mollement avancer l’action. On comprend, au fil des apparitions, qu’il y a plusieurs Scourge, et on en conclut qu’ils appartiennent à une organisation et qu’ils n’agissent pas en solo.
La fin de l’ouvrage rassemble des back-ups (dessinées par Mark Bright) dans lesquels USAgent poursuit le Scourge qui s’en prend au Power Broker, personnage secondaire faisant commerce de la vente de super-pouvoirs aux apprentis justiciers. J’avais lu ces récits, contenus dans les épisodes de la saga “Bloodstone Hunt” (un des grands moments de la période Gruenwald). En revanche, je n’avais pas lu la mini-série USAGent, qui boucle les différents fils narratifs : Jack Daniels (l’ancien Johnny Walker : c’est pas des blagues !) est contacté par une femme appartenant à l’organisation de Scourge. L’enquête lui permet de remonter à la tête pensante, ce qui laisse une certaine surprise aux amateurs de continuité (je ne savais pas que c’était ce personnage-là : va falloir que je relise le Project Marvels de Brubaker afin de voir si ça s’emboîte…)
Graphiquement, cette mini est dessinée par MC Wyman, un tâcheron des années 1990 qui étalait son goût pour John Buscema, sans en avoir le talent. S’il est illisible sur les Thor de Roy Thomas, il demeure très agréable à regarder ici, malgré des décors foireux. De même, à lire la mini, on a l’impression que Wyman a dessiné le récit comme si les quatre épisodes se déroulaient dans la même nuit (c’était peut-être les consignes), alors que les dialogues disent explicitement que l’action s’étale sur quatre jours. Cette méprise a pour effet saugrenu de présenter un personnage qui passe quatre jours dans sa robe de chambre. Montrons les editors du doigt et rions ensemble.
Tome dispensable pour qui n’est pas branché continuité et archivage, ce volume pourra intéresser les complétantes, et les amateurs d’USAGent, dont la premier mini-série, à ma connaissance, n’est accessible qu’ici.

Jim

J’avais adoré le retour inattendu de ces super-vilains dans les pages du Punisher de Remender, et ensuite dans la série “Superior Foes of Spider-Man” de Spencer (dans le cas de Mirage).

En règle générale, j’aime beaucoup les vilains ringards. Le fait que personne n’ait jamais fait grand-chose avec eux est un véritable espace de liberté.
Je donne toujours l’exemple de ce que Roger Stern a fait avec le Beetle dans Spectacular Spider-Man, dans les années 1980 : il prend un vilain oublié, le ramène sur le devant de la scène et en fait un vrai comploteur dangereux. En arrivant sur Detective Comics, Steve Englehart fait revenir Hugo Strange ou Deadshot, qui était des vilains ringards et oubliés avant lui.
Je trouve toujours dommage que les gros scénaristes reprennent encore et encore les mêmes méchants usés jusqu’à la corde. Que Sam Humphries aille chercher le Doctor Polaris ou que Robert Venditti ressorte Hector Hammond de la naphtaline, c’est le genre de trucs qui me donnent envie de lire l’épisode suivant, en gros.
Je crois que les super-vilains ringards ont du potentiel.
En plus, ils incarnent le côté feuilleton du genre.

Jim

Je dois lire la mini USAgent qui est dans ma pile…
Bon je sais par contre qui est l instigateur… mais je sais pas si ca explqiue que dans Cap 350, on voit clairement le skull indiquer qu il financait scourge comme Ultimatum, les resistants (des mutants) ou les watchdogs… ou dans le 394 comme le montre ce scan que j ai fait pour cet article

Oui, voilà, y a des liens qui ne sont pas expliqués.
Dommage.

Jim

Profitant des soldes chez Pulps, j’ai pris le TPB New Avengers: Luke Cage - Town Without Pity.
Et c’est une surprise formidable.

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Bon, je m’attendais à quelque chose de bien. C’est dessiné (en grande partie) par Eric Canete, dont j’adore le style vigoureux, cartoony et débridé qu’il développe depuis quelques années.
De plus, c’est écrit par John Arcudi, un scénariste au talent colossal mais hélas sous-estimé, sans doute parce qu’il est depuis longtemps associé à Dark Horse. Mais quand il fait des excursions dans les univers des deux gros éditeurs, il signe toujours des petites perles.
Là, c’est encore le cas : en trois épisodes, les auteurs retrouvent un ton musclé de polar âpre, avec vengeance, corruption, fidélité aux promesses, retour aux racines et bien entendu, baston (le combat contre Hammerhead, dans le premier épisode, est époustouflant). C’est sec, aride, avec une économie de moyens assez saisissante, des dialogues courts et concis, une construction redoutablement efficace.
C’est Arcudi qui devrait écrire une série régulière sur Luke Cage. Il parvient à faire du polar musclé et social, avec l’énergie de Mickey Spillane et la dimension sordidement sociale de David Goodis, sans jamais tomber dans l’hommage lourdingue aux années 1970 et à la blaxploitation.
Trois épisodes palpitants.
Canete livre des planches renversantes. Quand il n’a pas le temps, il partage le dessin avec Pepe Larraz, qui navigue pour le coup dans les mêmes eaux. Larraz, c’est un Ron Frenz des années 2010 : il imite Pascual Ferry sur Thor, Coipel et Immonen sur Uncanny Avengers… et Canete ici. Pas de grande personnalité graphique, mais des planches toujours vivantes.

Le reste du TPB est composé d’un one-shot par Johnston et Chen (en très petite forme), racontant comment Daredevil et Cage organise un match. C’est assez marrant, Foggy et Turk y tiennent un rôle amusant ; puis d’un récit court mettant en scène le couple Luke / Jessica très agréablement dessiné par Todd Nauck ; et enfin par la réédition du premier épisode de Cage, où interviennent Archie Goodwin, George Tuska et quelques autres.
Bref, un fourre-tout pas désagréable, mais dont le moment fort, c’est la mini-série d’ouverture. Un régal.

Jim

Rooh, ne généralise pas : Bendis aime beaucoup les vilains ringards !

Pour mieux les ridiculiser. :unamused:
Autant pour Pete Pot-de-Colle, cela ne me gêne pas puisque les blagues et les running gags le concernant ne datent pas d’hier (de Fantastic Four #265 à la mini Spider-Man/Human Torch), mais Bendis a vraiment l’art de déterrer des personnages obscurs dans le principal but de placer au détour d’une réplique l’opinion défavorable qu’il a d’eux. À chaque fois qu’il ramène Démolition-Man, c’est toujours la même rengaine.

Oui, oui, bien sûr. Je n’ai pas mis de smiley, mais c’est ce que je sous-e,te,dais en l’évoquant (parce que c’est de notoriété publique)

Pourtant il a fait de l’homme pourpre un vilain de premier plan avec Jessica Jones, , Gladiateur (à ne pas confondre avec Gladiator) est devenue plus dangereux et a eu une grande profondeur lors de son run sur Daredevil. Je pense que ça dépend des méchants.

Je pense que ça, c’était avant ! Entre temps, il a pris les Vengeurs et les X-Men …

pas faux, en même temps les vilains dans son run sur les vengeurs il y en a pas 15. Red Hood et son gang Nefaria sur un épisode, le raft au début et pis c’est marre. Le reste c’est du déjeuner et de la baston entre collègues.

Ah, et les Gardiens de la Galaxie … où même Thanos est ridicule !

C’est là ou je me dis que j’a un peu pris en sagesse, au lieu de faire du complétive comme je l’ai fais sur les X-Men, j’ai lâché les gardiens. Donc je ne sais pas ce qu’il a fait.

Dans mon souvenir, c’est surtout Miller qui a le plus développé Melvin Potter.

Pour contrebalancer, la tendance de Bendis à utiliser des personnages tertiaires a quand même eu parfois un impact bénéfique de temps à autre (quand il ne se contente pas d’en ramener un brièvement pour se foutre de sa gueule, comme il a pu le faire avec U.S. Archer).
Alors certes, Dan Slott l’avait devancé en la ramenant dans sa série “Great Lake Avengers”, mais c’est bien le retour sur le devant de la scène de Squirrel Girl dans “New Avengers” qui a permis ensuite le lancement de son propre titre. Ce n’est pas forcément Bendis qui en a fait un personnage intéressant (le mérite revient plutôt à Slott, North et Ewing), mais il l’a remise sous le feu des projecteurs.

Toi aussi, tu t’es mis à l’écriture inclusive ?

Jim

AHAHAHAHAHAH

Tout à fait, mais depuis Miller on ne l’avait plus revu et il est revenu grâce à Bendis et pas en petit personnage.

Tous les soirs, j’essaie de lire un peu. En ce moment, je plonge dans mes étagères, où s’alignent plein de trucs que j’ai achetés et seulement feuilletés, sans encore les lire en détail. Ce qui permet d’alimenter cette rubrique, au demeurant.
Et donc, là, je suis dans la série Heroes for Hire de la fin des années 1990, qui vient d’être rééditée en deux tomes assez épais.

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Le premier reprend les débuts de la série, précédé d’un épisode de Spider-Man Unlimited, où le héros période Ben Reilly et mèche blonde, est plongé dans une aventure contre le Scorpion atrocement dessinée par Joe Bennett à qui l’on a dit de copier McFarlane et pas John Buscema, puis d’un épisode du Marvel Fanfare de la même époque, dont je ne dirai rien par charité.
Les choses sérieuses, et bien plus jolies à regarder, commencent donc au troisième volet, qui est le premier épisode de la série régulière. Ce dernier est co-écrit par Roger Stern et John Ostrander, le premier se chargeant de l’intrigue et le second des dialogues (bref, l’inverse de ce qui s’était passé sur Legends quelque douze ans avant, où Ostrander se chargeait de l’intrigue et Wein des dialogues). Dès le deuxième épisode, Ostrander se charge de tout. Mais vu les thèmes et les personnages, j’ai l’impression qu’il reprend une bonne partie des notes de son co-auteur.
Il lance la série selon deux axes : d’une part, des menaces qui proviennent de toute la continuité Marvel (Nitro, les U-Foes, les Eternals et les Deviants…), d’autre part la construction d’un groupe ingérable, traitée par petits pas. Une technique d’ailleurs qu’Ostrander affectionne : dans ses séries, même quand il lance des grandes sagas, il envoie ses personnages se heurter aux limites de leur contexte, afin de le définir au gré de l’évolution du titre. C’est un peu ce qu’il a fait dans Suicide Squad, et c’est ce qu’il ressente ici. La vitalité du marché n’étant pas la même, Heroes for Hire ne connaîtra pas la même pérennité, cependant.
De son côté, Pascual Ferry, dessinateur principal de la série (remplacé deux fois par Martin Egeland et une fois par Mary Mitchell), fait des progrès à vue de nez. Ses premières planches laissent transparaître un goût pour Simonson, des constructions à la Miller et peut-être un coup d’œil sur le boulot des fistons Kubert, très “all the rage” à l’époque. Au fil des épisodes, on voit aussi qu’il se nourrit des Iron Fist de Byrne, qu’il cite visuellement, et qu’il a une capacité à réinterpréter l’univers kyrbien dès qu’il évoque les Eternals. Bref, ça gagne en qualité, et même s’il ne s’est pas définitivement trouvé, c’est de mieux en mieux au fil des épisodes.
Ostrander anime un groupe qui peine à se former, avec des héros qui partent et qui arrivent, des équipiers qui entretiennent leurs petits secrets, et une incapacité à réagir qui nuit à leur crédibilité, tout en entretenant un petit jeu des trahisons. Il pousse des idées un peu plus loin, notamment en développant les liens mystiques et mentaux qui unissent Iron Fist à K’un-Lun ou Black Knight à Avalon. De même, il profite de deux épisodes pour donner une suite et fin à sa série Punisher, pourtant fort sympathique mais hélas écourtée.
Chose amusante, Ostrander joue avec la voix du narrateur, retrouvant un ton complice avec le lecteur, qui dédramatise peut-être à outrance, mais remet en avant ne côté “serial” de ce genre de publications. L’arrivée de She-Hulk dans le casting est l’occasion d’une scène de deux pages qui pousse encore plus loin le truc, et c’est très drôle.

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Le second volume, qui met un terme à la saga du Master (formidablement écrit, ce personnage), accueille également le cross-overSiege of Wundagore”, que nous avons déjà évoqué ici à l’occasion de commentaires sur le recueil consacré à la série Quicksilver. On ne reviendra pas dessus : c’est sympa, rythmé, là encore Ostrander ajoute de nouvelles idées (la vitesse de Quicksilver serait-elle une manifestation de pouvoirs comparables à ceux de son père et axé sur le magnétisme ?). La série Heroes for Hire survit à ce cross-over plus longtemps que Quicksilver, mais pas beaucoup. Mais le scénariste aura pu faire avancer certains personnages, remettant en selle (haha) le Black Knight, par exemple, et jouant avec la continuité de manière très agréable.
Les prestations d’Ostrander chez Marvel n’auront jamais eu la chance de marquer l’univers Marvel comme son travail chez le concurrent l’aura fait. Pourtant, on sent le foisonnement d’idées et l’enthousiasme du scénariste.
Autre chose marquante à la relecture, la série semble être le creuset de tas d’idées reprises depuis lors : le premier épisode s’ouvre sur une évasion de super-vilains, le premier gros vilain est Nitro, le groupe est une déclinaison des Defenders, à savoir un groupe incapable de cohésion, les héros affronte des doublons à tête de Skrulls, etc etc, autant de détails et de structures que l’on retrouve dans New Avengers, Civil War, Secret Invasion et plein d’événements qui marqueront la décennie suivante. Ce qui alimente la thèse (que je soutiens) selon laquelle les grosses machines des années 2000 ne sont jamais que des reprises d’idées déjà exploitées.
À la lumière de ça, on voit finalement que le boulot d’Ostrander chez Marvel n’a pas été si vain qu’on pourrait le croire.

Jim

Je garde un très bon souvenir de cette série. Je ne l’ai pas lue en entier, mais j’avais pu récupérer les 13 premiers épisodes en V.O…très bien écrit, avec une partie graphique très agréable…