RETOUR VERS LE FUTUR : la trilogie

Ah mais complètement.
C’est ce que dit Mark Fisher, et je partage son analyse : en mettant l’individu en avant, et donc les revendications identitaires (en lieu et place des revendications de classe), le capitalisme consolide sa vision du monde comme la seule possible (dans la logique du « there is no alternative » de Margaret Thatcher). Et tout le but du capitalisme est de continuer à flatter l’individu de sorte que la pensée et l’action collective ne puisse plus jamais émerger.

Jim

Tu attribues toujours une intentionnalité au capitalisme.

La seule intentionnalité qu on puisse lui attribuer, pour marx du moins, c est celle d extraire la plus value.

Les manifs suite a la mort de George floyd, ne sont elles pas des actions collectives ?

On peut noter qu elles sont en tout cas strictement compatible avec la logique capitaliste.

C’est ce que je dis : c’est du collectif basé sur de l’identitaire. Et qui fait le jeu du capitalisme parce qu’elle éloigne de toute action collective de classe (j’aurais dû rajouter « de classe », je vais le mettre partout, désormais).
Parce que c’est encore et toujours une affaire de classe. Celle-ci n’est plus l’aristocratie d’avant la Révolution ou la bourgeoisie du XIXe siècle, c’est désormais une sorte de ploutocratie médiatique, mais ça reste toujours le même débat : les privilégiés contre les démunis. Et si les démunis se focalisent sur l’identité (qui est souvent teintée de déterminisme, ne serait-ce que biologique), ils oublient l’aspect « lutte des classes ».
Or, tout est affaire de construction de l’individu. Et un individu se construit en fonction de son sexe, de sa langue, de sa couleur, de sa sexualité, de l’environnement culturo-politique de son pays, mais aussi de sa classe sociale. Tout ces éléments compte pour l’individu. Mais pour le capital (et le capitalisme en tant que biotope social), y a pas grand-chose qui compte, à part la classe sociale. Les premiers éléments définissent des marchés potentiels et donc des bassins de clientèle. L’environnement culturo-politique ne compte guère, Stieglitz ou Ziegler expliquant bien que tous les régimes sont dans des logiques productivistes basées sur du pillage (des ressources naturelles ou humaines, des richesses des pays voisins, qu’ils soient colonisés annexés ou conquis…). Donc qu’est-ce qui reste ? La classe sociale, qui demeure la cheville ouvrière des mécanismes de domination (par l’argent d’abord, puis par l’accès à l’éducation, la santé, la culture, tout étant lié).
En ce sens, je pense (dans la foulée de Mark Fisher, qui selon tes propos « attribue une intentionalité au capitalisme », et je le suis complètement dans son raisonnement) que l’actuelle montée de revendication contre « l’homme blanc hétérosexuel dominant » est un écran de fumée, une diversion de prestidigitateur pour faire oublier le fond du problème : la confiscation des richesses par les riches au détriment des pauvres.
En gros, selon moi (mais Fisher l’a dit avant moi et de manière bien plus structurée), dire « mon patron m’a refusé une augmentation, il est misogyne / homophobe / raciste car je suis une femme / gay / de couleur », ça fait peut-être gagner des procès, mais ça dessert totalement la cause de la classe ouvrière / employée. L’employé qui ne peut attaquer son patron ni pour misogynie, ni pour homophobie, ni pour racisme, se retrouve un peu tout seul. Ce qu’on voit aujourd’hui, les dérives du mouvement woke, c’est le fruit de trente à quarante ans d’émasculation du langage à grand coup de politiquement correct. On a arrêté d’appeler un patron par son nom (à preuve, l’avènement du mot « employeur », qui est l’annonce de l’épouvantail « chômage »). Alors que le principe reste le même : le patron cherche à ne pas dépenser de sous. S’il refuse une augmentation, ce n’est pas misogynie, par homophobie ou par racisme, c’est parce qu’il juge que ne le mérite pas. Un patron misogynie brossera quand même sa meilleure vendeuse dans le sens du poil, parce que c’est sa meilleure vendeuse et qu’elle lui rapporte des sous (ou alors c’est définitivement un psychopathe, mais ça, c’est une autre affaire).

Jim

La plus plus grande part des libertés, des droits et des acquis sociaux n ont pas été fruit de lutte au nom de la classe.

La lutte des classes est descriptive, mais toutes les strategies qui en ont été tirées, ont été plus que des échecs.

Je trouve assez peu effectif le concept de domination, il a pour effet de rendre impensable la question du pouvoir qui ne saurait etre rabattu sur le seul abus de pouvoir, ce qu a tendance a faire le terme de domination.

La question de la démocratie n est elle pas d arriver a accorder du pouvoir à chacun ?

En limitant la question a la domination on arrive vite a ne vouloir de pouvoir pour personne, si ce n est ceux qui décrètent qui dominent qui. Et encore , avant qu ils se fassent bouffer aussi.

Pas tant un ecran de fumé que la poursuite de nombreux effets , notamment ceux du capitalisme mais pas seulement.

Il y a aussi par ex :

Qui repose paradoxalement sur un croyance en la pzrformativite totale du langage. Heritage dévoyé du tournant linguistique de la philo et de lacan.

Mais c est réel, c est un remaniement des affects :

Une chose est sur, ca ne produira pas grand chose de supportable.

Les patrons seront touchés aussi. Ils le sont déjà dans le monde du spectacle et du divertissement où l on voit de puissant studios s aplatir devant les mouvements woke.

Les firmes deviennent des acteurs de la morale publique et cela va nous faire regretter le temps où l on pouvait se plaindre de leur absence de morale.

Dans l’absolu, oui, mais une démocratie directe est inaudible, en tout cas à l’échelle d’un pays. À l’échelle d’un village ou d’un quartier, c’est sans doute plus accessible.
Donc la démocratie passe par la représentation. Qui finit par générer son élite, par créer sa déconnexion, et par nourrir ses ressentiments.

Le mot clé étant « dévoyé ».
Comme toujours.

Effet secondaire de la vague identitariste ?
En gros : ne pas froisser le public, dont on veut l’argent ?

Jim

Ah là on touche a ce qui ferait une différence politique irréconciliable.

La grande erreur de marx, que l on paie encore aujourd’hui aura ete sa critique stupide des droits de l homme comme droit bourgeois de la propriété et de la démocratie représentative comme démocratie bourgeoise.

Marx est passé à côté d une vérité fondamentale : la première des propriétés, c est celle de son corps. C est pourtant au coeur de son analyse du salariat, mais il l.oublie des qu il.analyse la révolution française, la démocratie et les droits de l homme. Toucher aux droits de l homme c est autoriser de s en prendre au corps. Les communismes nous ont montré a quoi conduisait une telle erreur.

L opposition droit formel, égalité reelle est l erreur logique qui tue la gauche depuis lors.

C est parce que les droits sont formels qu ils sont effectif s, qu ils s appliquent à tous.

L égalité réelle empeche de penser ce qui doit se penser a gauche : renforcer encore et toujours le pouvoir de chacun. Pas de tous, de chacun .

Robespierre disait de sa constitution qu elle permettrait a un enfant de resister à plus puissant des hommes.

On ne retrouve rien de tel dans le woke, où le pouvoir de chacun s efface dans le pouvoir des minorités, on ne retrouve rien de tel dans le communisme ou le pouvoir de chacun se dissout dans le pouvoir de la classe.

Mais pour revenir a des propos portant sur le sujet des comics, je me souviens d une site woke du style newsrama ou cbr. J ai oublié le nom.

Ils n ecrivaient pas trop mal. C etait avant le dc you et le new marvel.

Ils tensaient dans leur critique le manque de représentativité des comics, le manque d inclusivite.

Comme c etait avant l echec total du dc you et du new marvel, ils pouvaient promettre des ponts d or a qui s adresseraient a telle ou telle minorité en comics. Ils se lamentaient de la stupidité des big two de passer a côté de tels marchés qui a coup sur sortiraient les comics de la crise.

Le site ne survécu pas longtemps apres l echec du dc you et du all new marvel.

Mais pendant son existence, dans le monde des comics en tout cas, a ete flagrant l osmose entre le woke et la logique capitaliste.

Aujourd’hui l écart peut sembler plus important. La vindicativite des woke en résulte, mais n oublions pas cette lune de miel.

Que nous reserve la génération woke lorsqu elle écrira des histoires ?

Des idées ?

Un cross over avec arnold et willy ?

Ca risque d etre drôle de le voir.

Je crois que sur bien des points, on est d’accord.

Ça me semble assez logique, ouais.

Jim

e-woke ?

Zut, ça fait un moment que je cherchais comment placer l’ewok (qui est l’anagramme, voire le verlan de woke), et je n’ai pas pensé à l’e-woke !

Bien joué !

Tori.

J aurais pu y penser ! Grrr

Je vous le revends, si vous le voulez tellement.

Ca vaut cimbien un ewoke maintenant que le grogu a été lancé ?

Grosse dévaluation

Je pense que même sans argent il y a une base de classe social, notre système depuis l’âge de pierre repose la dessus. Un homme fort et chasseur aura une plus haute classe sociale qu’un cueilleur, puis un marchand aura une plus haute classe sociale que l’autre car même sans argent il a plus de produit et peut donc faire plus de trocs. Nous avons toujours vécu en bandes avec un systèmes d’offre et de demande basé sur nos besoins. Ce système implique un système de classe.