SEVEN SOLDIERS (Grant Morrison / collectif)

L’un des travaux les plus marquants (et les plus ambitieux) du scénariste écossais est coincé quelque part dans sa bibliographie entre les fameux « New X-Men » et sa reprise déterminante du personnage de Batman, et ne met pas en scène des héros aussi célèbres, loin de là. « Seven Soldiers » utilise au contraire des personnages méconnus des lecteurs, ce qui n’en fait pas moins une saga cruciale pour l’univers DC. Décryptage d’un récit complexe et fascinant…

A son retour chez DC Comics aux alentours de 2003, Grant Morrison n’est pas en excellents termes avec le concurrent direct Marvel : son expérience chez eux ne s’est pas bien déroulée, mais Morrison n’oublie pas non plus en revenant chez DC qu’il y a rencontré quelques problèmes des années auparavant. Certes, il a pu travailler (et avec quel brio) sur le titre phare « JLA », mais il n’a pas pu aller jusqu’au bout de son idée de refonte de la franchise Superman (le projet « Superman Now ! » avec Mark Waid et quelques autres), ni imposer l’idée d’un mega-event intitulé « Hyper-crisis ». Il réalise à quel point il est difficile d’imposer des idées risquées / nouvelles sur les « big guns », et se met donc à travailler sur un projet impliquant plutôt des seconds (voire des troisièmes) couteaux de l’univers DC.

Initialement, ce projet prend la forme d’un spin-off de la JLA : « JL8 » devait mettre en scène une équipe de seconds couteaux traités à la « Marvel manner » des années 60 (des colosses aux pieds d’argile), calquée sur le modèle des Vengeurs. Exactement la démarche inverse à celle de Roy Thomas lorsqu’il introduit l’Escadron Suprême, version Marvel de la Justice League, dans le titre « Avengers », justement. Le Manhattan Guardian devait être son Captain America, Mister Mi-racle son Thor, Zatanna sa Sorcière Rouge, le Démon son Hulk… etc.
Morrison réalise en cours de route que son approche manque d’originalité. Il a compris que chaque équipe de super-héros reposait sur une dynamique calquée sur un groupe social fictif ou réel préexistant : selon lui, les Vengeurs sont une équipe de football, la Justice League le panthéon gréco-romain modernisé, les X-Men une école, la Doom Patrol un groupe d’entraide, les Ultimates une unité militaire, et ainsi de suite. Il est à la recherche d’une idée fraîche en la matière, et s’arrêtera sur l’idée d’une équipe « conceptuelle », une équipe qui n’en a que le nom, dont les membres affronteront une terrible menace commune, sans jamais (à une exception près…on y reviendra) avoir à se rencontrer. « JL8 » est devenue « Seven Soldiers ».

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Le nom lui-même provient du patrimoine de DC Comics et plus exactement du Golden Age : à la suite de la Justice Society of America, des équipes de super-héros rassemblant des personnages préexistants voient le jour, dont les « Law’s Legionnaires », aussi connus sous le nom de « Seven Soldiers of Victory ». La caractéristique du groupe est d’être formée par des membres quasi exclusivement dénués de facultés surhumaines : les Etats-Unis sont entrés en guerre, et les comic books jouent à fond leur rôle dans la propagande américaine. Les « Seven Soldiers of Victory » sont comme un appel à chacun de faire le maximum selon ses possibilités, voire les transcender…
D’après Morrison, c’est surtout le nom « Seven Soldiers » qui a résonné à ses oreilles, la composition initiale de l’équipe ne l’intéressant pas (même si on verra qu’il en fait quand même usage). Il conçoit son récit comme une méga-série, ou une méta-série (Morrison utilisera les deux appellations pour le qualifier), composée d’un prologue et d’un épilogue « globaux » (respectivement « Seven Soldiers 0 » et « Seven Soldiers 1 »), encadrant 7 mini-séries de 4 épisodes chacune (soit 30 numéros (!) en tout pour l’intégralité de la saga), chacune des mini-séries étant consacrée à l’un des 7 soldats. Morrison arrête son choix sur les 7 personnages suivants :

  • Le Manhattan Guardian, équipé d’un bouclier en forme de badge de police et d’une matraque, est une vieille création de Jack Kirby, et son titre met en scène un ancien flic devenu justicier / mascotte d’un tabloïd nommé le « Guardian », justement, et qui prétend ne pas se contenter de relater les affaires criminelles, mais aussi de combattre le crime, via son agent, plongé dans des aventures étranges et crapoteuses, semblant tout droit sortir d’un tabloïd.

  • Zatanna est peut-être le personnage le plus connu des « Seven Soldiers » : ancienne membre de la Justice League, et fille du puissant mage Zatara, elle est dépressive au début du récit, « accro » à la magie et traumatisée par la portée de ses actes au cours de la saga « Identity Crisis », durant laquelle elle a lavé le cerveau d’un criminel, le Dr Light, et celui de son collègue Batman.

  • Le Shining Knight, guerrier chevauchant une monture ailée, est à l’origine un membre des « Seven Soldiers of Victory » du Golden Age (qui fut aussi membre de l’Escadron des Etoiles, en bonne VF), mais ici totalement « revampé » : Sir Justin est le seul survivant des Chevaliers de la Table Brisée, et suite à la Chute de Camelot, il est projeté au 21ème siècle, où il devra continuer à livrer bataille.

  • Klarion The Witch Boy est une autre création de Kirby, apparu dans les pages de son titre « The Demon » : il s’agit d’un adolescent, membre d’une société secrète de puritains vivant sous terre, bloquée au 17ème siècle, et porté sur la pratique de la magie…

  • Mister Miracle est la troisième création de Jack Kirby à figurer dans les rangs des 7 Soldats. Initialement incarné par Scott Free dans un titre appartenant au grand cycle kyrbien chez DC « The Fourth World » (qui introduit les New Gods et toute leur cosmogonie), l’actuel Mister Miracle est un « escapologiste » appelé Shilo Norman, ancien apprenti de Scott Free, mais dont le lien réel avec les New Gods reste mystérieux.

  • Bulleteer, alias Alix Harrower, est une justicière malgré elle, qui est devenue surhumaine à la suite d’une expérience ratée de son mari, fétichiste des super-héros obsédé par l’idée d’en devenir un lui-même. Elle a repris le flambeau d’un couple de justiciers du Golden Age, Bulletman et Bulletgirl.

  • Frankenstein, comme son nom l’indique, est une variation sur le célèbre Monstre créé par le scientifique Victor Frankenstein (et surtout par Mary Shelley…), le Prométhée moderne, inspirée également par un personnage DC des années 70 (le « Spawn of Fran-kenstein ») apparu dans les pages de « Phantom Stranger » sous la plume de Len Wein.

Ces 7 personnages vont donc se retrouver confrontés à une terrible menace, celle des Sheeda, une race mystérieuse d’êtres démoniaques, qui planifient une attaque, la Moisson (« The Harrowing »), où la Terre sera dévastée mais où les survivants auront juste assez pour rebâtir une civilisation à partir des décombres, de manière à permettre une nouvelle Moisson. Les Sheeda sont déjà venus et ont ravagé des civilisations antédiluviennes. Une très ancienne prophétie Sheeda annonce cependant qu’un groupe de 7 soldats est en mesure de les vaincre. C’est pourquoi les Sheeda prennent les devants en ciblant les groupes constitués de 7 héros.

C’est ce qui arrive dans les pages de « JLA Classified » 1 à 3, sorte de prologue à « Seven Soldiers » signé par Morrison et Ed McGuiness. Neh-Buh-Loh, un mystérieux agent des Sheeda, attaque 7 membres de la JLA, les prenant pour les 7 soldats de la prophétie.
Défait, il annonce à ses adversaires le retour imminent d’une menace millénaire, et celui de sa « Reine des Ténèbres ». Il s’avère que Neh-Buh-Loh est un avatar de Nebula Man, une entité cosmique « créée » par Iron Hand, alias Ramon Solomano, un criminel manchot (comme son patronyme l’indique). Dans « Justice League » 100 à 102 (des épisodes signés Len Wein au début des années 70), la JLA et la JSA unissaient leurs forces pour sauver les « Seven Soldiers of Victory » originaux, ceux du Golden Age, vaincus par Nebula Man et dispersés à travers le temps. Nebula Man est donc de retour, et la « Reine des Ténèbres » dont il annonce le règne à venir est Gloriana Tenebrae, souveraine des Sheeda…

Pour raconter l’histoire de la lutte des 7 Soldats contre les Sheeda, Morrison va opter pour une narration modulaire : chacun des Soldats va vivre ses aventures de son côté, plus ou moins connectées avec la menace principale, mais chacun participera à sa façon à la grande trame globale. Il est possible selon l’auteur de ne s’intéresser qu’à quelques-uns des personnages, selon ses goûts, ou de lire l’ensemble des épisodes : deux expériences de lecture très différentes, évidemment, mais Morrison pousse cette « narration modulaire » jusqu’à faire de chacun des épisodes des 7 mini-séries des « stand-alones », que l’on peut appréhender à l’aune ou non du contexte global (c’est plus ou moins réussi selon les cas : si les épisodes de « Frankenstein » peuvent dans une certaine mesure se lire indépendamment du contexte global et même les uns des autres, ce n’est pas vraiment le cas de « Shining Knight » ; de même, « Mister Miracle » peut être appréhendé indépendamment de la saga principale, mais il est par contre difficile d’appréhender ces 4 épisodes indépendamment les uns des autres…).

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La saga, gigantesque par son ampleur (à tous les niveaux, nous y reviendrons), se déploie comme suit sur les 30 épisodes écrits par l’écossais :

Seven Soldiers 0 : La saga débute aux abords de Slaughter Swamp, un lieu maudit situé quelque part à mi-chemin entre Gotham City et le New-York de l’univers DC, un site caractérisé par la naissance des décennies auparavant d’une créature monstrueuse, le fameux Solomon Grundy. Un tueur à gages, Spider (une nouvelle incarnation d’un personnage du Golden Age, comme on en verra beaucoup tout au long de la saga), y est amené à rencontrer un mystérieux groupe d’individus manifestement dotés de pouvoirs considérables, les 7 Inconnus de Slaughter Swamp. Ces derniers le préparent à une mystérieuse mission. Peu de temps après, Spider et 4 autres héros (tous inspirés par ou descendants directs de héros du Golden Age) sont rassemblés par Greg Saunders alias le Vigilant, un justicier cow-boy déjà membre des « Seven Soldiers of Victory » originaux. Ils auraient dû être sept, mais le dernier membre (dont on apprendra l’identité plus tard) leur a fait faux bond.
Ils se rendent sur un autre site mystérieux situé en plein désert, Miracle Mesa, pour y combattre une monstrueuse araignée géante (en fait une « monture » des Sheeda…). Mais ils sont trahis par Boy Blue, l’un des leurs, et massacrés par Neh-Buh-Loh, le Chasseur, et ses sbires. Dans l’ombre, les 7 Inconnus de Slaughter Swamp, qui semblent lutter pour éviter l’avènement des Sheeda et leur Moisson, constatent l’échec de cette nouvelle incarnation des 7 Soldats, mais prévoient un plan B…

Shining Knight 1 à 4 : Nous sommes en -10000 avant JC, peu de temps avant le Déluge biblique. Le Camelot primordial, celui qui a inspiré ceux des diverses légendes dans les siècles ayant suivi, est sur le point de tomber, suite à l’ultime bataille entre Arthur et Mordred, le Roi mort-vivant (en fait le souverain déchu des Sheeda, Melmoth). 7 guerriers seulement ont survécu à cette bataille et les voilà évidemment pris pour cible par les Sheeda, qui souhaite profiter de cet âge d’or initié par Arthur pour dépouiller les hommes de leurs trésors. Même le puissant Galahad, le Chevalier Parfait, est vaincu. Seul demeure Sir Justin, le Shining Knight, qui se lance à l’assaut du Château Tournant, un véhicule temporel des Sheeda, pour faire face à leur souveraine, Gloriana Tenebrae. Il est projeté au XXIème siècle.
Désarçonné (littéralement), capturé par les forces de police et séparé de sa monture le cheval ailé Vanguard, Justin parvient à s’échapper et à retrouver la trace de Gloriana, qui lui oppose un Galahad zombifié et acquis à la cause Sheeda. C’est durant ce combat que la vérité concernant le Shining Knight se fait jour : c’est en fait une femme, Justina, secrètement amoureuse de Galahad et ayant masqué son genre pour combattre à ses côtés… Justin se cache dans le Chaudron de Jouvence (qui a été récupéré, comme Vanguard, par Don Vincenzo, un mafieux maintes fois ressuscité par le Chaudron, et ancien membre de la Newsboy Army), un puissant artefact garantissant l’immortalité à son possesseur, et en surgira au moment opportun au moment de la bataille finale de Manhattan.

Manhattan Guardian 1 à 4 : Jake Jordan est un ancien flic, traumatisé par une bavure, qui répond à l’annonce d’un tabloïd new-yorkais, le « Manhattan Guardian », pour un mystérieux emploi. Après avoir déjoué une attaque terroriste (factice, c’était en fait un test) sur les locaux du journal, il est embauché par Ed Stargard, l’invisible patron du Guardian. Sa première mission tournera à la tragédie, car en sauvant sa compagne Carla des griffes de « pirates du métro » (deux gangs rivaux de pirates s’affrontant dans le métro new-yorkais), il assiste à la mort du père de celle-ci, Larry.
Celui-ci était proche d’un groupe de très jeunes justiciers des années 40, la Newsboy Army, et Jake découvre que son patron Ed Stargard n’est autre que Baby-Brain, un ancien membre de ce groupe. Il explique à Jake que la Newsboy Army a été confrontée elle aussi aux Sheeda (car le groupe comprenait 7 membres), et en enquêtant à Slaughter Swamp, ils ont été confrontés au mystérieux et Terrible Tailleur du Temps, qui les a maudit en les condamnant tous à un destin atroce (mort, folie, déchéance…) pour avoir essayé de contrecarrer ses plans, consistant à provoquer la vistoire des Sheeda. Baby-Brain est alors pris pour cible par les Sheeda débarquant à Manhattan pour la fameuse Moisson, mais est sauvée par le Guardian, qui en profite pour lever une armée de new-yorkais pour faire face à l’envahisseur, et reconquérir le cœur de Carla, sa bien-aimée…

Zatanna 1 à 4 : Traumatisée par ses propres actions passées, dont le lavage de cerveau de « Identity Crisis » et une cérémonie magique durant laquelle tous ses partenaires sont morts carbonisés à la suite d’un sort raté où elle cherchait à convoquer son « homme parfait », Zatanna a perdu ses pouvoirs et se réconforte auprès d’un groupe d’entraide. Se ressaisissant, guidée par le fantôme d’Ali-Kazoom (un ancien de la Newsboy Army), elle défait « l’homme parfait », en fait un démon du nom de Gwydion, et prend en charge l’apprentissage de Misty Kilgore, une magicienne douée de capacités similaires aux siennes et pourvue d’un dé magique. Elle est ensuite amenée à combattre Zor, une entité surpuissante (un vieux personnage issu lui aussi du Golden Age), qui n’est autre que le Terrible Tailleur de Temps ayant condamné la Newsboy Army. Après un combat titanesque, elle vient à bout de son adversaire, et est contactée par les autres Tailleurs de temps, qui lui explique qu’ils appartiennent à une sorte d’ordre « angélique » chargé de veiller sur le tissu du temps et de la réalité elle-même. L’un d’eux, Zor donc, est devenu fou et s’est mis en tête de corrompre le réel et le temps en favorisant l’action des Sheeda. Il s’avère que les Tailleurs de Temps sont en fait les 7 Inconnus de Slaughter Swamp, qui « manipulent » dans l’ombre les 7 Soldats.
Zatanna découvre en parallèle que Misty est en fait la fille de Melmoth, et donc l’héritière du trône des Sheeda. Sa belle-mère Gloriana Tenebrae, après s’être débarrassée de Melmoth, a cherché à la faire tuer par son agent Neh-Buh-Loh, qui ému par la beauté de Misty, n’a pu s’y résoudre. Alors que Misty hésite à supplanter sa belle-mère sur le trône des Sheeda, Zatanna s’apprête quand à elle à lancer un sort qui permettra de coordonner de façon invisible, selon les souhaits des 7 Inconnus, l’action des « Seven Soldiers » lors de la bataille finale…

Klarion 1 à 4 : Klarion s’ennuie à mourir dans le royaume souterrain de Limbo Town. Il appartient à un ordre secret de puritains, vivant sous terre depuis le début du XVIIème siècle : le peuple de Klarion est en fait la fameuse « Colonie perdue » de l’île de Roanoke, et vénère une relique religieuse du nom de Croatoan (en fait un dé magique). En compagnie de son chat Teekl, il cherche l’aventure, et son père disparu, en gagnant Blue Rafters (le monde de la surface), et se heurte du coup à l’autorité de Judah, le chef religieux de la colonie.
Rendu à la surface (après avoir rencontré un traître, qui était en fait probablement son père disparu), il rencontre Mister Melmoth (le roi déchu des Sheeda) qui l’intègre dans une bande de jeunes délinquants travaillant à son service. Pour son compte, Klarion permet le vol d’une foreuse géante. A l’aide de cet engin, Melmoth envahit Limbo Town. On découvre à cette occasion que tous les habitants de Limbo Town sont en fait les descendants de l’immortel Melmoth, donc des hybrides humains / Sheeda. Klarion repousse finalement Melmoth (grièvement blessé mais toujours vivant à l’issue de l’affrontement), rejette son rôle de nouveau leader de Limbo Town, et regagne la surface où il jouera un rôle ambigu mais déterminant dans la bataille finale contre les Sheeda…

Mister Miracle 1 à 4 : Shilo Norman est le roi de l’évasion, un « escapologiste » qui fut le disciple du premier Mister Miracle, Scott Free, un des membres des New Gods. Tout jeune homme (il a 23 ans), il est déjà richissime. Au cours de l’un des ses « tours » les plus risqués (il doit échapper à l’attraction fatale d’un trou noir), il rencontre une entité qui n’est autre que Metron, un membre éminent des New Gods. Une guerre a eu lieu entre les Dieux, et ce sont les Dieux Maléfiques d’Apokolips qui ont gagné. Ils préparent désormais l’avènement d’une « ère sombre » (ce qui donnera lieu à « Final Crisis » du même auteur), et sont cachés sur Terre sous des avatars humains, leur chef en personne, Darkseid, s’étant incarné en un corpulent homme d’affaires vraisemblable-ment mafieux, le Boss Dark Side. Shilo réalise que les New Gods aussi sont « tombés » sur Terre, réincarnés en des sans-abris et des nécessiteux incapables de s’opposer à Darkseid.
Confrontant ses adversaires, soumis aux pires tortures et à la terrible Equation Anti-Vie (la preuve mathématique de la nécessité du contrôle absolu), Shilo parviendra néanmoins à se tirer de tous ces pièges, et comprendra qu’il est l’arme ultime des New Gods car il est immunisé contre l’Equation. Il découvre de plus que Darkseid a livré la Terre aux Sheeda en échange d’Aurakles / Oracle, un être mystérieux et surpuissant. Mister Miracle devra peut-être se sacrifier afin d’obtenir la libération de ce dernier durant la bataille finale.

Bulleteer 1 à 4 : Alix Harrower est une superbe jeune femme de 27 ans, dont le mari scientifique voue un culte aux super-héros, et cherche par tous les moyens à transformer son couple en un duo de justiciers bondissants. Malheureusement, il meurt durant l’expérience qui confère à sa compagne des pouvoirs surhumains. Revêtue d’une carapace métallique indestructible, Alix prend le nom de Bulleteer et devient une super-héroïne.
Entre deux conventions de justiciers costumés, elle assiste la police et découvre avec elle les liens entre Iron Hand, Neh-Buh-Loh / Nebula Man, et Boy Blue, le traître de Miracle Mesa (en fait le neveu / héritier du criminel Iron Hand). On découvre à ce moment qu’elle était le septième membre potentiel des 7 soldats massacrés.
Elle va également découvrir que son mari entretenait une relation adultérine avec Sally Sonic, une justicière de 75 ans enfermée dans un corps de jeune fille séduisante, devenue folle. Après avoir vaincu Sally Sonic, Bulleteer renonce à sa carrière de super-héroïne, mais en conduisant son adversaire à l’hôpital en voiture, elle va se retrouver prise dans les feux de la bataille finale de Manhattan…

Frankenstein 1 à 4 : Le célèbre monstre créé par le scientifique Victor Frankenstein n’est pas mort pris dans les glaces comme tout le monde l’avait cru, mais a gagné les Etats-Unis à la nage, où il a vécu « bien des aventures ». En 1870, il affronte Mister Melmoth au cours d’un affrontement qui voit sa disparition. Il réapparaît au XXIème siècle, et affronte des menaces liées à l’avènement des Sheeda, comme un adolescent disgracieux télépathe, extrêmement puissant. Il est recruté par le S.H.A.D.E., une agence de contre-espionnage spécialisée dans les phénomènes paranormaux, et y retrouve la Mariée (« The Bride », héroïne du film de James Whale « The Bride of Frankenstein »), elle aussi agent de l’organisation, pour affronter une nouvelle menace sheeda.
Il se rend ensuite sur Mars pour régler son compte à un Melmoth convalescent (qui lui apprend, avant de mourir, que c’est son sang et non la foudre qui a donné vie au monstre), se débarrasse également d’un Neh-Buh-Loh affaibli par son combat (préalable à la saga) contre la JLA, et se rend enfin un milliard d’années dans le futur, pour y confronter Gloriana Tenebrae et apprendre la véritable nature des Sheeda. Détruisant la quasi-totalité de la flotte de cités volantes des Sheeda, et forçant leur vaisseau amiral le Château Tournant à se matérialiser dans le présent au-dessus de Manhattan, Frankenstein provoque par ses actions la bataille finale…

Seven Soldiers 1 : Le dernier chapitre de la saga relate la fameuse bataille finale des 7 Soldats contre les Sheeda ; la narration (très morcelée) semble prise en charge par un des mystérieux « tailleurs de temps », qui coud un vêtement, un « manteau de mendiant » constitué de bouts de tissus disparates et rapiécés…
L’épisode débute par un récapitulatif de l’histoire de l’univers DC tel que Morrison la revisite. En -40000 avant JC, la Terre reçoit la visite des New Gods, qui observent la race humaine et s’entiche de la planète au point d’y bâtir quatre Cités fabuleuses, mais aussi d’y concevoir un hybride New God / Homme de Néanderthal, qui deviendra Auraklès, le premier super-héros. Ce der-nier combat les 666 Bêtes du Chaos, armé des « 7 trésors impérissables », cadeaux des New Gods, et devient le protecteur de son peuple, ce qui aboutit à un premier âge d’or de l’humanité. Les scientifiques néanderthaliens bâtissent une machine à voyager dans le temps, et explore le futur le plus lointain. Là, la machine tombe entre les mains des Sheeda : les Sheeda sont en fait les derniers humains, qui s’accrochent à leur planète qui n’est plus qu’un roc stérile et sans vie, ravagé par des millénaires d’exploitation sauvage. La machine temporelle leur permet de remonter le temps et de se piller eux-mêmes (ou plutôt leurs ancêtres) en différents points du temps constituant à chaque fois un sommet de l’évolution humaine. Ils reviennent, emmenés par Melmoth, leur roi, en -40000, dévastent la Terre qui connaissait donc un âge d’or et capture Auraklès (ce dernier sera cependant invoqué par la JLA et la JSA pour vaincre Nebula Man ; les 4 Cités seront trouvées par le Roi Ar-thur, qui voudra détruire les Sheeda et provoquera ainsi la Chute de Camelot). Le premier des super-héros est aux mains de Darkseid, et pour le libérer, Mister Miracle se livre au tyran d’Apokolips. Il s’avère que la captivité d’Auraklès (échangé par les Sheeda contre l’aide de Darkseid dans leur projet de Moisson) n’avait d’autre but que d’attirer Mister Miracle et l’amener à se livrer. Il est aussitôt abattu d’une balle dans la tête par Darkseid.
Pendant ce temps, les autres Soldats se rassemblent à Manhattan (s’ils se croisent parfois, ils ne se rencontrent vraiment jamais) : Zatanna, seule à être « consciente » du rôle des 7 Soldats, lance un sort qui constitue l’impulsion finale à la mise en place des troupes. Klarion, revenu à la surface, équipé de son dé magique, berne Misty Kilgore en lui dérobant son dé à elle (l’empêchant de succéder à sa belle-mère sur le trône sheeda) et reconstituant ainsi la Fatherbox, artefact des New Gods déguisé en une paire de dés. Il contraint via un sort Frankenstein à le ramener vers le lointain futur des Sheeda dont il devient le nouveau souverain (c’est là l’unique rencontre directe entre deux Soldats).
Le Guardian combat les Sheeda avec des new-yorkais déterminés, sauvant sa compagne Carla. Le Shining Knight surgit du chaudron pour infliger une blessure grave à la Reine des Té-nèbres, qui tombe du Château Tournant vers les rues de Manhattan, trahie et blessée plus grièvement encore par son sous-fifre Spider, en fait un agent double au service des 7 Inconnus / Tailleurs du Temps. Le coup de grâce est porté, accidentellement, par Bulleteer, qui tue Gloriana Tenebrae au volant de sa voiture, devenu incontrôlable suite au réveil inopiné de Sally Sonic. Il s’avère que Bul-leteer n’est autre que la descendante directe d’Auraklès, dont la lignée constituait en fait le septième et invisible « trésor », la « lance qui n’a jamais été lancée »…
La bataille est terminée, sur la défaite des Sheeda désormais sous la coupe du traître Klarion dans leur futur lointain. Le Manhattan Guardian est devenu un héros parmi les héros, Zatanna a retrouvé foi en sa mission, Bulleteer reconsidère sa décision de renoncer à sa carrière de justicière, Justina apprend qu’elle est destinée à retourner dans le passé pour permettre un nouvel âge d’or à l’humanité sous le nom de Reine Ystina. Le sort de Frankenstein à l’issue de la bataille est inconnu mais il a probablement été renvoyé sans dommages au XXIème siècle par Klarion (on le reverra notamment durant « Final Crisis »). Quant au dernier Soldat, Mister Miracle, celui qui a donné sa vie, en bon « maître de l’évasion », il échappera à son destin funeste en s’échappant de la tombe elle-même…

Ouf !!! Dense, ramifié et ultra-riche thématiquement, ce récit de Morrison, pour le moins. Et encore : ce résumé, même relativement « touffu », fait l’impasse sur une foule de détails permettant des connexions innombrables entre les différents pans de l’intrigue.
Mais avant de rentrer dans le détail de ce qui fait le sel de ce travail (herculéen) du scénariste écossais, il faut dire un mot sur la partie graphique. Forcément inégale (10 artistes différents…), elle est globalement d’un niveau impressionnant. Tout au plus pourra-t-on regretter que « Shining Knight » ait été confié à Simone Bianchi, dont le style s’adapte bien à l’ambiance heroic fantasy du titre, mais dont la narration chaotique et les cases surchargées pour pas grand-chose ne facilitent pas la lecture… Frazer Irving, avec son style immédiatement identifiable, ne fait pas l’unanimité non plus, mais là son style est tellement raccord avec l’ambiance de « Klarion » qu’il est difficile de faire la fine bouche devant cette adéquation. Le principal problème sur ce plan survient sur le titre « Mister Miracle », avec un Pascal Ferry qui ne tient qu’un épisode et demi, vite relayé par deux artistes bien moins talentueux (leur Mr Miracle aux muscles hypertrophiés est complètement à côté de la plaque).
Pour le reste, sans surprises, les artistes convoqués fournissent un travail à la hauteur de leur excellente réputation. Cameron Stewart livre un travail de sa veine la plus cartoony et lumineuse, dans l’esprit de son « Seaguy » avec le même Morrison, Ryan Sook fournit des planches aussi classes que pour le « X-Factor » de Peter David, Doug Mahnke est excellent même s’il n’a pas le niveau de ses production plus récentes comme « Green Lantern » par exemple. Tout au plus le dessin de Yannick Paquette, sur les planches très ouvertement « sexy » de Bulleteer, semble moins abouties que celles époustouflantes de son « Swamp Thing », au hasard.
Mais s’il y a bien un artiste dont il faut saluer le travail ici, c’est bien J.H. Williams III. Il signe le prologue et l’épilogue. Dans le premier, il livre (entre autres prouesses de découpage et autres) un hommage aussi jubilatoire qu’impressionnant au « Blueberry » d’un Jean Giraud a.k.a. Moebius. Encore plus fou, dans le second, il commence par livrer un hommage puissant à Jack Kirby, via la préhistoire de l’univers DC faisant intervenir les New Gods, puis (après avoir aussi payé son tribut à des artistes que mes maigres connaissances ne m’ont pas permis d’identifier…je pense aux pages avec Arthur), il émule en toute simplicité le style de ses 7 compères illustrateurs pour dépeindre le destin de chacun des 7 Soldats. S’il est impressionnant dans cet exercice (qui rappelle ce qu’il a fait, toujours avec Morrison, sur l’arc « L’Ile du Dr Mayhew » pour Batman), le plus beau reste son propre boulot, les pages dans son propre style (tout ce qui se passe à Slaughter Swamp… ). Chapeau bas, c’est tout simplement bluffant de maîtrise (notons quand même que le dernier numéro et le boulot occasionné auront provoqué un retard de six mois dans la publication de la fin du récit).

La virtuosité n’est toutefois pas cantonnée à la part graphique du récit : si ce ne peut être l’unique critère d’appréciation d’une œuvre de fiction, il faut reconnaître que le scénario de Morrison est techniquement ahurissant. Témoignant d’une inventivité, d’une capacité de recoupements et d’une rigueur en termes de planification assez saisissantes, le script se déploie dans toutes les directions à la fois, tant temporellement (de -40 000 à + 1 000 000 000 d’années…) que topographiquement, l’écossais mettant en scène un univers DC littéralement stratifié, avec différents « niveaux », des profondeurs de Limbo Town jusqu’au sol martien en passant par le métro et le macadam new-yorkais.
Cette narration « multi-dimensionnelle » force de plus le scénariste à opérer des associations d’idées, qui le lancent sur de nouvelles pistes et vient en feed-back enrichir la narration. D’une certaine manière, Morrison s’attaque (sans vraiment y parvenir, la lecture optimale du titre restant le déroulement linéaire recommandé par Morrison, donc…) à la linéarité de ce type de récit. Un blogger américain suggère un parallèle intéressant avec le jeu vidéo, prenant l’exemple de « Final Fantasy VII », dont l’intrigue principale (et linéaire) s’enrichit pour les obstinés d’un per-sonnage secret menant une quête parallèle, sans interagir directement avec la première, qui découvre des pans inédits de l’univers exploré. Chez Morrison, c’est le même principe, sauf qu’il n’y pas de quête principale, mais plutôt sept quêtes secondaires dont les intersections dessinent un « motif dans le tapis » (pour citer Henry James), une quête invisible et secrète. Morrison s’essaiera à ce type d’effet avec « Final Crisis », avec moins de réussite, la simple utilisation de personnages sous-utilisés jouant en sa faveur ici.
Cette innovation en termes de story-telling n’empêche pas Morrison d’explorer ses thématiques de prédilection, avec des outils familiers pour lui à ce moment de sa carrière. D’abord, Mor-rison souhaite ré-enchanter le genre, lui donner du souffle et il convoque à cette fin un vaste éventail de références, notamment liées à un corpus littéraire relatant les mythes et les légendes européennes. Ensuite, par le biais de techniques méta-textuelles que l’auteur explore depuis au moins « Zenith » et « Animal Man », Morrison réfléchit sur le genre super-héros, sur ses codes, sur son histoire et sur les artistes qui ont fait sa légende. Enfin, Morrison poursuit son exploration du thème de l’héritage, de la transmission, et son corollaire, les relations entre générations.

Sur le premier point, c’est à une véritable édification mythologique de l’univers DC que Morrison se livre ici, dans une tentative un peu comparable au travail d’Alex Ross et Jim Krueger sur « Earth X » pour l’univers Marvel. Récit des débuts et de la fin des temps, « Seven Soldiers » est le récit mythologique d’un DC un peu alternatif, en marge, quoique fortement lié (via les New Gods) au « canon ». Pour appuyer cet aspect de son récit, Morrison va convoquer tout un corpus de références, si dense et cohérent que l’impression produite est celle d’une « absorption » par l’univers DC des références mythologiques de « notre » réalité. Tout est ainsi lié, de la nature des antagonistes, les Sheeda, jusqu’au passif prestigieux de certains protagonistes, comme le Roi Arthur et ses Chevaliers. Morrison, par le biais de l’onomastique, lie ses créations malfaisantes aux peuples étranges qui hantent les récits et les chants de nombreux peuples, comme les différents visges d’un fond culturel commun : en vieil irlandais, les « sidhe » sont les habitants de « Si », une sorte d’univers parallèle, qui est nommé dans les légendes arthuriennes l’Outre-Monde (Marvel fera un sort aussi de ce mythe). Les Sheeda sont en d’autres termes le peuple des fées, des esprits, des monstres, le « peuple des collines et des forêts ». La connexion avec les mythes arthuriens est faite par Morrison à travers de très vieux textes médiévaux, comme « The Spoils of Annwn » (un poème fragmentaire de soixante lignes qui fait référence au dernier combat d’Arthur dont ne réchappent que…7 guerriers) ou les « Mabinogion ». Au détour de l’évocation du destin de Justina / Shining Knight, Morrison évoque aussi le Déluge biblique.
L’intervention des New Gods dans l’évolution humaine, qui rappelle très fortement les développements de Kirby sur « The Eternals » chez Marvel évoque quant à elle les thèses évhéméristes (où dieux, extra-terrestres et personnages de légendes réels ou fictifs se mêlent). Les 7 trésors impérissables légués par eux sont en outre assimilés aux quatre trésors des légendes arthuriennes (dont le plus célèbre est l’épée Caliburn Ex Calibur…).
Enfin, inutile d’être médiéviste pour reconnaître certains renvois plus voyants de Morrison. Qui dit fées dit conte de fées ; Morrison évoque de façon transparente l’un des plus fameux à travers la trajectoire de Misty Kilgore, la jeune sidekick de Zatanna, qui n’est autre qu’un avatar de Blanche-Neige. Condamnée à mort par sa belle-mère Gloriana (fréquemment représentée croquant une pomme), elle est épargnée par Neh-Buh-Loh le Chasseur, tout ça est donc assez limpide. Neh-Buh-Loh lui-même, avec son crâne orné de cornes, évoque les hommes sauvages de diverses lé-gendes païennes, ou l’un de ses avatars possibles, le Dieu Cornu des légendes celtes (et de bien d’autres). Quant à Melmoth, son patronyme vient du roman “gothique” (un précurseur en la matière) de Charles Robert Maturin, “Melmoth l’homme errant”…
Un corpus riche sommairement évoqué ici, mais que l’on ne s’y trompe : on est loin du name-dropping stérile, la cohérence thématique et formelle de ces emprunts est forte. Un exemple : en mêlant à l’origine des Sheeda un argument SF qui fait du récit une boucle temporelle, Morrison retrouve les structures circulaires des légendes antiques, calquées sur les cycles saisonniers, où mort et renaissance ne sont souvent que deux temps d’un même événement…

En ce qui concerne les techniques méta-textuelles courantes chez l’auteur, elles prennent ici diverses formes. D’abord, le choix même des 7 titres composant cette saga, et celui des personnages mis en jeu, Morrison se ménage la possibilité de partir dans 7 directions différentes, comme autant de directions possibles pour les comics en général. Ainsi, « Shining Knight » ou « Mister Miracle » empruntent entre autres choses une noirceur et un côté « héros messianique » hérités des années 70, alors que « Bulleteer » évoque dans l’esprit des productions bien plus récentes (Morrison appelle ce titre son « Bendis book »). Pour élargir le tableau, on peut dire que Morrison s’intéresse au statut du super-héros sous toutes ses formes, de son incarnation la plus proche des héros mythologiques (le pont est Auraklès), à des itérations plus modernes, comme le real-life super-héros voire simplement le cosplayer des conventions geeks (toujours dans « Bulleteer »). Le récit devient donc en pratique un exposé sur les possibilités élargies du genre.
Morrison réexplore les apports de certains travaux des années 60 ou de son propre « Animal Man », à travers l’exploration du fameux quatrième mur (dans « Zatanna »). Zatanna rencontre les 7 inconnus de Slaughter Swamp, mais le fait en s’exonérant des limites du cadre de la case ou de la page (à ce titre, le combat contre Zor est une merveille d’invention formelle). De même, quand le Shining Knight affronte la Reine des Sheeda en un combat que Morrison veut proprement mythique, c’est en débordant des cases, et donc du temps de la BD elle-même, leur combat devenant proprement intemporel et s’inscrivant dans un temps mythique.
Au sujet de l’identité des 7 Inconnus, Morrison a présumé que les lecteurs ne découvriraient pas le fin mot de l’histoire, chacun de ses personnages « étant apparus dans des comics DC, mais jamais en même temps », comme ses 7 Soldats en somme. Il semble néanmoins probable que les fans les plus perspicaces aient percé à jour l’écossais : les 7 Inconnus seraient 7 scénaristes (dont Morrison lui-même) s’étant mis en scène dans les comics, comme Elliott Maggin, Gardner Fox ou John Broome… Un élément discret mais passionnant, qui n’éclaire en rien l’intrigue « au premier degré », mais plutôt la portée allégorique de celle-ci : si le « manteau de mendiant » de l’épilogue évoque la narration modulaire de Morrison, c’est aussi une image des différentes générations de scénaristes enrichissant, réglant des « plot-holes », ou « retconnant » des univers fictionnels comme celui de DC.
Enfin, toujours dans le cadre de son exploration de l’histoire du genre, Morrison rend aussi hommage à au moins trois de ses illustres confrères, à savoir Jack Kirby, Len Wein et Alan Moore. Les apports de Kirby à « Seven Soldiers » sont évidents, sans même prendre en compte l’hommage flamboyant de J.H. Williams III : 3 personnages principaux sur 7, tout le background du Quatrième Monde, etc… C’est peut-être moins évident pour ce qui concerne Len Wein, mais c’est pourtant de ce dernier que provient l’idée de reprise des Seven Soldiers of Victory, mais aussi Nebula Man / Neh-Buh-Loh. Et surtout, Morrison insiste lourdement en interview sur sa reconnaissance à Wein et sa dette à l’égard des apports issus de son imagination. Le dernier hommage est plus problématique, à l’image de la relation de Morrison à son « frère ennemi » Alan Moore. « Zatanna » est un hommage évident à « Promethea » et ses apports formels, mais peut-être aussi un coup de pied. D’autres passages (la redite de la mort de Zatara dans « Swamp Thing ») sont des citations directes qui respirent un peu plus l’hommage sincère, mais au nombre des coups de pied on peut aussi noter le parallèle avec Zor, le barbu démoniaque (qui se vante d’avoir « une barbe sublime »… !). Une relation émi-nemment complexe : Morrison semble tiraillé entre l’envie de tirer un coup de chapeau, et une volonté de « tuer le père » artistiquement. Leur relation semble résumée dans « Manhattan Guardian » de manière humoristique par le duel entre « All-Beard » (Moore, évidemment) et « No-Beard » (Morrison, bien sûr…).

Morrison explore enfin une thématique récurrente de son œuvre : la question de la transmission ; comment s’assurer qu’elle se déroule dans les meilleures conditions, sans qu’une génération en dévore une autre, ou que les acquis ne se perdent ? Les personnages de « Seven Soldiers » ont en tout cas, par nature, des problèmes de ce type à régler. C’est évident dans le cas des héros « dynastiques » (une grande tradition DC) mais c’est aussi le cas de Frankenstein, qui a lui aussi d’évidents problèmes d’ascendance et d’identité paternelle, ou le Guardian, qui voit mourir son père de substitution pour en gagner un autre (Baby-brain, un bébé sénile, d’ailleurs : joli paradoxe).
Morrison se range souvent dans le camp de la jeunesse dans cet affrontement inter-générationnel, condamnant comme il le fait parfois sans sens de la demi-mesure (comme dans le récent « Batman Inc.) l’univers des parents et des adultes. C’est flagrant ici dans « Klarion » qui met un adolescent (un peu proto-type du Kid Loki de Marvel plus tard) en butte à l’autorité et au monde des adultes. Melmoth est le géniteur d’un bon nombre des protagonistes de l’histoire, et c’est un démon malfaisant.
Cette tendance lourde à la condamnation sans appel des adultes / géniteurs est tout de même ici bridée, à plus d’un titre. Il faut voir par exemple que les grands méchants du récit sont tout de même les derniers enfants de l’humanité, ou encore de constater que Klarion tourne mal avant même de rentrer dans l’âge adulte… Il existe même des images positives de la paternité (Zatara, dans un possible et furtif hommage au propre père décédé de Morrison). Finalement, à travers cette histoire de héros dépassés par le cadre d’un récit qui les dépasse et auquel ils n’ont accès que par bribes, c’est plutôt à un éloge de la tradition, au sens noble et premier du terme (que l’on peut définir comme une tâche, un devoir dont on accepte la responsabilité et on assume la reprise de flambeau, sans en comprendre la pleine portée, selon René Guénon) que se livre Morrison.

C’est aussi, enfin, et toujours selon les termes de Morrison, un appel au « héros latent en chacun de nous ». En effet, les protagonistes de « Seven Soldiers » ne sont pas à proprement parler des super-héros. Ils n’en ont en fait que le costume, mais leur rôle est autre : Guardian est un flic mâtiné de journaliste, Klarion et le Shining Knight sont hors de leurs temps, Frankenstein et un monstre, Mr Miracle et Zatanna des entertainers, Bulleteer le fantasme sexuel d’un obsédé. Mais à travers le récit, occasion leur est donnée de se révéler des héros. Tout comme le lecteur, qui tel un membre secret des Tailleurs du Temps, a joué son rôle en recomposant le « manteau de mendiant » qu’est cette saga imposante à la portée insoupçonnée.

Passionnant. Merci et bravo :smiley:

(le genre de texte qui me servira de base lors d’une relecture)

Merci bien, Lord !
Ce texte est précisément le fruit d’une relecture, qui m’a bien bluffé…
Ouais, je le vois comme un bon guide pour qui veut s’y replonger.

Chapeau bas, monsieur Photonik! :wink:

Très bonne analyse, qui a permet effectivement de bien prendre l’ampleur de l’oeuvre de part ses nombreux thèmes abordés (je me rends compte qu’il y avait pas mal de choses que je n’avais pas vues).

Du coup, j’ai envie de relire la série :mrgreen: .

Sevens soldiers, ça reste aussi pour moi un des plus beaux moments épiques de lecture, avec Frankenstein sur Mars ou son assaut sur la flotte Sheeda.

C’est aussi une galerie de méchants incroyables (Mr Melmoth ou Neh-Buh-Loh) tout autant que de personnages complètement décalés (Klarion, Baby-Brain et la Petits Reporters…).

Bref, une excellente série.

Merci beaucoup pour cette analyse éclairante et complète!

Merci à toi, ça fait plaisir.
Il y aurait eu beaucoup de choses supplémentaires à dire, sur la “Newsboy Legion” par exemple, mais ça me semblait déjà assez fourni comme ça…
Pour “Frankenstein”, j’imagine qu’il y a également un clin d’oeil à John Carter (les fameux passages sur Mars), mais je connais bien mal le matériau d’origine.

En conclusion, je ne dirai qu’une chose : il faut qu’Urban Comics réédite The Seven Soldiers of Victory! :smiling_imp:

[size=85]En fait, il faudrait qu’Urban réédite tout Morrison.[/size]

[size=50]Oui, tout. Je sais, c’est le fanboy qui parle…[/size]

Une réédition de “Seven Soldiers”, oui, voilà une bonne idée, avec un accompagnement à la “Grant Morrison présente Batman”, ce serait pas inutile…

ouaip l’accompagnement serait une bonne chose

J’étais très enthousiaste au moment de la parution de cette série, en fait un peu avant même puisque je crois me souvenir qu’il y avait eu pas mal de promotion autour d’elle ; malheureusement à la lecture j’ai très vite déchanté.

Comme tu l’écris quelque part dans ton billet on est du côté du conceptuel, et il me semble que d’une part ce genre d’approche ne marche pas sans sa dose d’explications, et d’autre part même avec tout un arsenal de ce type ça n’a pas du tout marché avec moi.

C’est une question que je me suis posé, et la réponse me semble évidente après coup : oui, “Seven Soldiers” nécessite quand même quelques recherches (même les docteurs ès-comics ne sont pas forcément au jus de tout le background utilisé ici), ou autres guides de lecture annotés. Sinon on passe à côté de pas mal de choses qui font le sel de ce travail.
On en avait parlé au sujet de “Final Crisis” : on peut le déplorer, on peut juger sans problème qu’un récit se doit d’être auto-contenu, etc… Ces arguments se tiennent.
Les travaux de Morrison du type “Seven Soldiers” appartiennent à une autre catégorie, celle de l’intertextualité et des citations un peu pointues…

D’ailleurs, et pour aller dans le sens de “l’hermétisme” de ce boulot, je recommande vivement une lecture “d’une traite”, enfin, d’affilée, quoi. Une première lecture en suivant le rythme de parution de la VF (des tomes espacés de nombreux mois…) m’avait semblé assez nébuleuse (même si j’avais déjà été bluffé par la conclusion). Une deuxième lecture m’a révélé que je n’avais pas capté le dixième des ressorts de la narration.

Après, est-ce qu’un titre un peu “high concept” comme ici se doit forcément d’être accompagné pour fonctionner ? Pas sûr. Ici, ce que l’on intègre le plus facilement, c’est le concept de base justement : une équipe qui n’en est pas vraiment une…

[quote=“artemus dada”]
Comme tu l’écris quelque part dans ton billet on est du côté du conceptuel, et il me semble que d’une part ce genre d’approche ne marche pas sans sa dose d’explications, et d’autre part même avec tout un arsenal de ce type ça n’a pas du tout marché avec moi.[/quote]

Personnellement, je n’avais pas une grande connaissance de l’univers des comics quand je l’ai lu (je ne savais pas par exemple qui était Kirby ni ce qu’il avait apporté chez DC) et je n’ai eu aucun mal à suivre les histoires et les apprécier.

Le seul point réellement compliqué a été la conclusion, où là ce fut plus rude.

Toutefois, j’ai tout lu d’une traite, dans l’ordre de publication Panini.

Et moi qui l’ai d’abord lu lors de sa parution en V.O, nébuleux ça l’était aussi. :wink:

Une équipe qui n’en est pas vraiment une dis-tu, oui, et alors serais-je tenté de dire. :slight_smile:

Eh bien, ce qui est intéressant (me semble-t-il), c’est que ça change la dynamique habituelle des titres collectifs.
Pas d’interactions (du type soap pour le dire vite) entre les persos, et pourtant quelque chose se passe entre eux, ce “quelque chose” étant le coeur de l’histoire de Morrison : ils sont unis par une tâche qui les dépasse, dont aucun n’a vraiment idée, mais chacun a son rôle à jouer dans cet accomplissement.

Il est du coup intéressant de relever comment des interactions adviennent malgré tout : sans les évènements de “Shining Knight”, Zatanna ne mettrait pas la main sur Vanguard, et pourtant les deux persos ne se croisent pas. Sans les évènements de “Manhattant Guardian”, Klarion n’échapperait pas à l’Horigal (le monstre à ses trousses, écrasé par le métro apparaissant dans “Manhattan Guardian”), et ne pourrait gagner la surface, avec toutes les conséquences qui en découlent pour le récit.
Tous les personnages interagissent, mais comme on dit en science, ce sont des “liaisons faibles” (des questions de temsp et de lieu), et pas des “liaisons fortes” du type deux persos de la même famille, ou amis, ou amants, etc…

Et ça me semble assez original comme approche, et totalement raccord avec le discours de Morrison qui me semble, comme je le dis dans le post, un éloge de la tradition. Des personnages ne se connaissant pas partageant un but en commun.

Excuse-moi, j’ai dû interrompre abruptement ce que je disais.

Sur l’équipe qui n’en est pas une, c’est plutôt anecdotique (du moins dans mon souvenir), sans compter que le concept d’une équipe qui n’en est pas une me semble pas viable. Où est l’intérêt ?

J’ai trouvé le premier numéro excellent, l’équipe en plus me plaisait bien et artistiquement c’est très réussi.
Pour le reste je me suis copisusement ennuyé.
Et même après avoir lu ton billet, qui d’habitude me remotive pour relire telle ou telle série, je ne me remémore que les “défauts” à cette série. :wink:

C’est là que le premier bât blesse : une équipe qui n’en est pas une est peut-être conceptuellement une bonne idée, mais sur le papier ça ne marche pas, les Seven Soldiers ne sont pas une équipe quoi qu’en dise Morrison.

Je n’ai pas vu, malheureusement pour moi, ce “cœur de l’histoire” dont tu parles.

Cette problématique me semble présent dans bon nombre d’histoire, je suis par exemple en train de relire Watchmen et c’est très présent aussi, voir essentiellement.

C’est le moins que pouvait faire **Morrison ** pour le coup, même si dans mon souvenir de lecteur ce n’est pas aussi évident que tu le dis.

Oui je te le concède c’est assez faiblard. :wink:

Oui original, d’accord, mais après ?

Comme ça, sans arguments ? :wink:

[quote=“artemus dada”]
Cette problématique me semble présent dans bon nombre d’histoire, je suis par exemple en train de relire Watchmen et c’est très présent aussi, voir essentiellement.[/quote]

Alors ça c’est intéressant. Je n’aurais pas fait le rapprochement avec “Watchmen”, mais c’est bien possible. Et du coup, je dirais aussi de “Watchmen” que c’est une équipe qui n’en esr pas une, d’ailleurs…
Un parallèle intéressant.

[quote=“artemus dada”]
C’est le moins que pouvait faire **Morrison ** pour le coup, même si dans mon souvenir de lecteur ce n’est pas aussi évident que tu le dis. [/quote]

C’est pourtant truffé de liens de ce type, de tous les côtés. Je ne cite ici que quelques trucs qui me reviennent en mémoire.

[quote=“artemus dada”]
Oui je te le concède c’est assez faiblard. :wink: [/quote]

HA HA !! Saligaud. :wink:

[quote=“Photonik”]

ne sont pas une équipe quoi qu’en dise Morrison.

Comme ça, sans arguments ? :wink: [/quote]

Oui :wink: , ce que je voulais dire c’est que **Morrison ** est dans le performatif lorsqu’il dit les Seven Soldiers sont une équipe, cependant l’aspect “conceptuel” fait qu’il ne sont pas une équipe.
Puisqu’il ne forme pas une équipe. Alors appelée équipe conceptuel ce qui ne ressemble en rien à une équipe me semble assez vain.
Ceci dit, pourquoi pas.

Seulement pour moi, ça ne marche pas puisque ce qui fait d’une équipe qu’elle en est une (justement être une équipe) ne se retrouve pas dans la série.

[quote]

[quote=“artemus dada”]
Cette problématique me semble présent dans bon nombre d’histoire, je suis par exemple en train de relire Watchmen et c’est très présent aussi, voir essentiellement.[/quote]

Alors ça c’est intéressant. Je n’aurais pas fait le rapprochement avec “Watchmen”, mais c’est bien possible. Et du coup, je dirais aussi de “Watchmen” que c’est une équipe qui n’en esr pas une, d’ailleurs…
Un parallèle intéressant.[/quote]

Oui mais **Moore ** ne parle jamais d’une équipe conceptuelle, ce sont les actions des personnages qui donnent cette impression (d’autant que les personnages se rencontrent entre eux à plusieurs reprises) ; et en plus ça marche beaucoup mieux dans **Watchmen ** que dans Seven Soldier.
Du moins de mon point de vue.
Même si avant cette discussion je n’aurais peut-être pas parlé “d’équipe conceptuelle”

[quote]

[quote=“artemus dada”]
C’est le moins que pouvait faire **Morrison **[/quote]

pour le coup, même si dans mon souvenir de lecteur ce n’est pas aussi évident que tu le dis.

C’est pourtant truffé de liens de ce type, de tous les côtés. Je ne cite ici que quelques trucs qui me reviennent en mémoire.[/quote]

Je veux bien te croire.

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[quote=“artemus dada”]
Oui je te le concède c’est assez faiblard. :wink: [/quote]

HA HA !! Saligaud. :wink:[/quote]

:smiley:

Une équipe, c’est quoi ? Un groupe d’individualités qui travaillent ensemble pour atteindre un but commun ? Fondamentalement, les membres de Seven Soldiers répondent à cette définition sans le savoir : ils essayent de dépasser leurs statuts, leurs drames, leurs pertes (Shining Knight qui perd les siens et son époque, Zatanna qui a perdu la foi, Frankenstein qui est un monstre, Bulleteer qui a perdu son humanité et son mari, Klarion qui est un enfant rejeté et incompris, Manhattan Guardian qui a perdu sa dignité, Mr Miracle qui est un insatisfait car il ne trouve pas sa place dans l’univers en s’échappant toujours), pour aller de l’avant, devenir “meilleurs” et en somme des héros. Ils travaillent ensemble à vaincre la menace qui leur apparaît, qui les accule et les pousse à se dépasser pour devenir “meilleurs”, car ils ne peuvent pas rester sans rien faire (leur véritable nature, héroïque, se révèle alors).

Personnellement, je suis très fan de Seven Soldiers, une oeuvre dense, énorme, impressionnante, mais qui ne fonctionne pas forcément autant que Morrison l’espérait. C’est peut-être voulu trop complexe, trop troublé pour une histoire finalement simple… j’adore, mais je trouve ça un peu inachevé. J’ai été plus conquis par Final Crisis, peut-être moins ambitieux mais plus “direct”.

Après, j’ai beaucoup aimé le principe des mini-séries : sur quatre épisodes, je crois que Morrison voulait deux épisodes d’origine, un épisode “one-shot” qui jetait les bases d’une éventuelle ongoing sur le personnage (et le numéro 3 de Manhattan Guardian est assez génial, comme Frankenstein), et un dernier épisode pour lier tout ça directement avec la bataille finale. C’était fort, et à part Bulleteer et Mr Miracle, c’est réussi à chaque fois.

Tu apportes des tas de précisions intéressantes. Notamment sur l’aspect “humain” de la saga, sur lequel je n’ai probablement pas assez insisté (dans ce genre de billet, je me rends compte que j’ai tendance à me focaliser sur l’aspect formaliste, alors que mon expérience de lecteur est toute autre…).

C’est marrant, moi j’ai plutôt une préférence pour “Seven Soldiers” par rapport à “Final Crisis”, pour comparer deux sagas comparables, effectivement. Je suis soufflé aussi par ce travail plus récent, mais je ne sais pas, il me semble que “Seven Soldiers” est plus beau, plus puissant.

Ta précision du dernier paragraphe est également juste, tout au plus pourra-t-on compléter en disant que chacune des mini-séries devait également intégrer un ennemi “personnel” du héros, plus déconnecté des enjeux de la saga initiale…

Oui, cette définition est pas mal ; et c’est pourquoi les Seven Soldiers ne sont pas une équipe : ils travaillent séparément. :wink:

Ceci dit ce n’est qu’un aspect de cette série.

Mais je te rejoins sur plusieurs points, non seulement Seven Soldiers ne marche pas avec moi mais en plus il y a un aspect d’inachevé.
Et c’est voulu trop complexe, **Morrison ** comme souvent oublie que faire simple est compliqué.
Il y a chez lui un goût de la complexité pour elle-même, me semble-t-il qui demande une vivacité d’esprit aux lecteurs que je n’ai pas. :slight_smile: