SUMURU, LA CITE SANS HOMMES (Jess Franco)

REALISATEUR

Jess Franco

SCENARISTE

Bruno Leder et Harry Alan Towers, d’après les personnages de Sax Rohmer

DISTRIBUTION

Shirley Eaton, Richard Wyler, George Sanders, Maria Rohm…

INFOS

Long métrage allemand/espagnol/américain
Genre : espionnage/science-fiction
Titre original : Die sieben Männer der Sumuru/The Girl from Rio
Année de production : 1969

Dans les années 60, le producteur (et à ses heures scénariste) de films bis Harry Alan Towers acquiert les droits du personnage de Fu Manchu, génie du mal créé par l’écrivain Sax Rohmer, et se lance dans la production d’une série de longs métrages dont la qualité déclinera inévitablement au fur et à mesure des années…il faut dire que les derniers opus ont été réalisés à la va-vite et sans un rond par ce grand tâcheron devant l’éternel qu’est l’espagnol Jess Franco (comme son compatriote italien Joe D’Amato, Franco a touché à tous les genres et s’est surtout vite vautré dans le Z et le porno crado).

Harry Alan Towers s’est également intéressé à une autre création de Sax Rohmer, la super-criminelle Sumuru, pendant féminin de Fu Manchu. Il confie ce rôle à Shirley Eaton, rendue célèbre par son apparition dans Goldfinder de Guy Hamilton, le troisième Bond interprété par Sean Connery, tout d’abord dans The Million Eyes of Su-Muru de Lindsay Shonteff en 1967, puis dans Sumuru, la cité sans hommes en 1969, que bâcle Jess Franco dans la foulée de ses deux Fu Manchu.

Le détective Jeff Sutton est envoyé en mission au Brésil afin de retrouver la fille disparue d’un milliardaire. Transportant avec lui une mallette pleine de dollars qui attise toutes les convoitises, il atterrit à Femina, une cité futuriste uniquement peuplée par des femmes. Dirigées par Sonanda (oui, Sumaru se fait appeler ici Sonanda…ne me demandez pas pourquoi, ce n’est jamais expliqué), ces amazones modernes veulent asservir l’espèce masculine. Les choses dégénérent quand Sir Matthews, un baron du crime local qui convoite l’argent de Sutton, cherche à s’emparer de la réserve d’or de Femina…

Même si son héros n’est pas à proprement parler un espion, Sumuru est catégorisé dans le genre “spy-fi”, sous-genre qui désigne les films d’espionnage qui incluent des éléments de science-fiction (plusieurs exploits de James Bond font d’ailleurs partie de cette classification). La personnalité du personnage principal ainsi que l’ambiance générale du film en font également un de ces sous-Bond qui ont déferlé sur les écrans après le succès de James Bond contre le Dr No. Mais la comparaison avec Bond s’arrête là…
Alors que le scénario abracadabrant aurait pu être prétexte à une aventure aussi délirante que bondissante, le résultat est d’une platitude et d’un ennui mortel. Le héros a le charisme d’une huître pas fraîche, les méchants sont caricaturaux à l’extrême (et sans que ce soit vraiment divertissant), les scènes d’action sont toutes ratées (faux raccords et trucages pourris à foison lors du final) et l’ensemble est aussi exotique qu’une carte postale.

Jess Franco oblige, les Amazones de Femina ont toutes l’air de sortir d’un catalogue BDSM kitsch et le metteur en scène n’a d’ailleurs pas pu s’empêcher de rajouter un insert saphique qui n’a pas été du goût de Shirley Eaton (qui refusa de la tourner et pour laquelle elle fut doublée).
Cet érotisme de bas étage ne réveille pas un métrage d’une grande mollesse, bourré à craquer de séquences de remplissage insistant lourdement sur les décors (certes paradisiaques, mais quand le plan dure plus que de raison, cela donne juste envie de bailler) et l’ambiance du carnaval de Rio. C’est dans ces moments où on peut se demander si le monteur ne s’est pas endormi sur sa table de travail ou si ces scènes ne sont là que pour que la pelloche atteigne péniblement la durée de 90 mn.

Qui dit bis des années 60/70, dit star hollywoodienne en bout de course et ici la place est occupée par l’immense George Sanders, bien loin de L’Aventure de Madame Muir, Eve, Ivanhoé et Les Contrebandiers de Moonfleet, pour ne citer qu’eux. Triste fin de carrière placée sous le signe du Z…

Ça aurait pu faire une belle affiche pour un James Bond.