UN BAQUET DE SANG (Roger Corman)

REALISATEUR

Roger Corman

SCENARISTE

Charles B. Griffith

DISTRIBUTION

Dick Miller, Antony Carbone, Barboura Morris, Julian Burton…

INFOS

Long métrage américain
Genre : comédie/horreur
Titre original : A Bucket of Blood
Année de production : 1959

Les américains ont une expression particulière pour désigner les acteurs “de second plan” : les character actors…ces comédiens dont le grand public se rappelle le visage mais jamais le nom et dont les plus doués sont capables de voler la vedette et d’accaparer l’écran le temps de quelques minutes de présence ou de quelques lignes de dialogues mémorables.
Mon character actor préféré, c’est Dick Miller.

Si je me souviens bien, j’ai aperçu sa ganache pour la première fois dans Terminator de James Cameron, où il joue l’infortuné propriétaire de l’armurerie visitée par le T-800. Et puis bien sûr, il eut un rôle un peu plus consistant, et certainement le plus célèbre, dans Gremlins de Joe Dante : l’amusant ronchon Mr Futterman, toujours à pester contre cette “saloperie de camelote étrangère”. C’est après que j’ai appris que Miller était de tous les Joe Dante, et c’est bien pour ça que Mr Futterman est revenu dans Gremlins 2 alors qu’il semblait avoir connu une funeste fin dans le premier volet.

James Cameron et Joe Dante ont un autre point en commun : ce sont deux poulains de Roger Corman…tout comme Dick Miller, qui eut sa première opportunité dans un western de Corman et qui tourna ensuite très régulièrement pour le roi des séries B U.S.

Dick Miller débuta en 1955 dans Apache Woman de Roger Corman et pour la petite histoire, il campe dans ce western deux petits rôles : un cow-boy et un indien. Et pendant l’un des gunfights, son personnage de cow-boy tue son personnage d’indien ! Se tuer soi-même, pas mal pour un début !

Pendant toute sa carrière qui couvre six décennies (on pourra le revoir cette année dans le prochain Joe Dante, Burying the ex), Dick Miller resta cantonné aux seconds rôles et aux cameos. Il ne fut en tête d’affiche que trois fois : dans le drame musical Rock All Night, dans le film de S.F War of the Satellites et dans la comédie horrifique Un Baquet de sang, tous les trois de Roger Corman.

Dans Un Baquet de sang, Dick Miller est Walter Paisley, un serveur dans un café beatnik un peu benêt et impressionné par les créateurs qu’il croise tous les jours. Se sentant une âme d’artiste, il se met à la sculpture…mais se rend vite compte qu’il n’a aucun talent. C’est alors qu’il tue accidentellement le chat de sa logeuse. Il décide alors de recouvrir le chat d’argile et montre sa “sculpture” plus vraie que nature à son patron. Walter est acclamé par les clients qui l’encouragent à faire d’autres sculptures…mais Walter ne trouve son inspiration que dans le sang…

Roger Corman et son fidèle scénariste Charles B. Griffith avaient déjà mêlé horreur et science-fiction (Not of this earth par exemple), mais Un Baquet de Sang marque leur première essai dans la comédie horrifique, ce qu’ils réitéreront à l’occasion du nullissime La Créature de la Mer Hantée et du nettement plus réussi La Petite Boutique des Horreurs.
En 1959, la firme American International Pictures propose à Roger Corman de réaliser un film d’horreur en cinq jours pour un budget de 50.000 dollars. Corman a bien sûr accepté le challenge mais n’était pas intéressé par l’idée de tourner un film d’horreur sérieux (c’était avant ses adaptations de Poe…même s’il n’a finalement pas pu s’empêcher d’orienter sa version du Corbeau vers la comédie). Avec son scénariste, il a préféré développer l’idée d’une comédie noire, une satire du milieu beatnik.

Après avoir écumé les cafés beatnik et en observant les réactions de leurs habitués (et également en s’inspirant de Masques de Cire, un film de Michael Curtiz sorti en 1933), les deux compères tenaient leur histoire…histoire dont Griffith réutilisera la structure deux ans plus tard pour La Petite Boutique des Horreurs. Et comme pour La Petite Boutique, l’humour passe beaucoup par l’excellente galerie de personnages aux savoureuses répliques mitonnées par un Charles Griffiths dont le sens du timing fait mouche quasiment à tous les coups. On retrouve également un feeling très EC Comics dans le destin de ce pauvre gars qui veut à tout pris sortir de l’anonymat et se laisse embarquer dans une inexorable spirale meurtrière.

Les acteurs, Dick Miller en tête, sont tous très bons, même (et surtout) dans l’exagération; les éléments comiques et horrifiques sont bien dosés; le rythme est délicieusement jazzy et il n’y a pas de temps morts grâce à l’habituelle durée ressérée des productions bis de l’époque (en gros, à peine une heure comme tous les quickies).

Tout en reconnaissant les qualités de l’oeuvre, il ne faut pas oublier les limites du modeste budget qui amoindrissent le rendu des “statues” de Walter Paisley ainsi que l’efficacité de la toute dernière scène, ce que n’a pas manqué de faire remarquer Dick Miller lors d’une interview. Mais cela n’empêche pas Un Baquet de sang de faire partie des meilleurs métrages du duo Corman/Griffiths et d’avoir permis à Dick Miller de livrer l’une de ses prestations les plus reconnues.

D’ailleurs, le nom de Walter Paisley a été en quelque sorte adopté par Dick Miller pour plusieurs de ses cameos dans les films des réalisateurs formés chez Roger Corman, un peu comme une private joke : ainsi, il est Walter Paisley dans Hollywood Boulevard de Allan Arkush et Joe Dante, Hurlements de Joe Dante, La Quatrième Dimension (dans le segment, vous l’aurez compris, de Joe Dante), Chopping Mall de Jim Wynorsky et Shake, Rattle and Rock de Allan Arkush.