WATCHMEN (Zack Snyder)

Watchmen: Inadaptable ?!

Si Snyder avait réussi à contenter les studio et séduire le public avec l’adaptation de 300 à base de filtre et de slow motion en veux tu en voilà, je suis resté assez sceptique quand à sa capacité à adapter une histoire ou l’intérêt ne résidait pas dans la testostérone et le combat épique. Sceptique quand on sait le nombre de projet et de réalisateur qui ont caressé le rêve de filmer Watchmen.

Je me suis donc présenté devant son Watchmen par curiosité, sans avoir relu la BD et sans avoir jeté de coup d’œil à la BA.

Watchmen: Pas une histoire de super-héros.

Si pour vous The Dark Knight et Iron-Man représente la noirceur et le côté torturé; Que le gentillet geek Peter Parker et son alter ego arachnophile Spidey sont l’incarnation du doute, de la question existentielle, et de la schizophrénie du super-héros: Vous aimez les super-héros américains typiques quart-badguy mi-samaritain quart-poseur.
Si vous allez voir Watchmen pour les effets spéciaux et les scènes épiques de combats bien/mal: n’allez pas le voir.

Si on y retrouve quelque schéma classique du comics de super-héros c’est à leur paroxysme: au delà des lois et de toute morale ils sont tout puissant et à la fois vulnérable, eux même enfermés dans le carcan d’être un héros à tout prix.
Caricature kitsch et décomposée de héros transposés dans un monde qui n’est pas le leurs, en perte de repère: il n’y a qu’un héros dans cette histoire entouré d’une brochette de dingues dont l’asile d’Arkam ne voudrait pas.

Watchmen: un bon film? Oui mais non.

Tout sauf grand publique, tout sauf une histoire de gentil tapant du méchant; On peut dire que Snyder respecte le matériau d’origine mais peut-être trop. Après relecture de la version papier on se rend compte qu’elle a servie de story board plus que de fil conducteur et qu’à trop copier son modèle on fini en décalque voir en pastiche.
Malheureusement ce qui passe très bien en image fixe devient d’une longueur monotone une fois animé… le film est donc long et pas seulement à cause du temps (moins de 3h) mais à cause de sa construction trop peu linéaire par moment; J’en reviens même à me dire que l’adaptation aurait dû être épurée, allégée.

La grande force du livre tient beaucoup dans sa construction graphique et narrative (mise en abime, renvoi aux codes graphiques de comics, caricature et décomposition de héros de comics existant, courbure de la réalité historique…) et paradoxalement une des faiblesse du film, trop brouillon, trop décalé, graphiquement maitrisé mais d’une narration trop chaotique trop peu cinématographique.

Snyder livre donc une copie conforme, pas un grand film, un peu kitsch, un peu long, un peu surdéveloppé… Au final ca manque cruellement de rythme et ça s’essouffle au milieu. Zach Snyder aura une belle carrière de metteur image de blockbuster, de réal à commande pour gros studio peut-être mais comme un élève trop studieux il ne sera jamais un génie.

Pas une grosse déception, le film se classe quand même bien au dessus d’un -Daredevil-Elektra-Spawn-insert supernavet here- mais on est loin des hauteurs du genre, juste sauvé par le matériau d’origine, l’histoire atypique et le personnage de Rorschach seul perso un temps soit peu maitrisé de la version cinématographique.

Ca aurait pu être pire, bien plus sûrement que mieux mais ça reste complètement indomptable.

Lisez Watchmen, lisez Kick-Ass, lisez Civil War. Regarder Batman, Spiderman, Ironman.

Rhoooooooo, je me pose encore mille questions sur ce film, l’oeuvre d’Alan Moore m’avait bien marqué à l’époque et je ne veux pas être déçu par cette adaptation. J’ai déjà préféré ne pas aller voir V pour Vendetta, mais là, je vais quand même tenter le coup, malgré ton conseil.

je trouve que tu résume bien la pensée générale que la majorité des lecteurs/fans de watchmen ont pu avoir
cependant mon principal reproche reviendra à la censure d’un certains nombre de passages (notamment la fin pour ne citer que ça )
heureusement un rumeur persistait aux états unis comme quoi une version plus fidèle a l’œuvre originale serait présente sur la version DVD(celle qui devait passer à la base mais qui a du être changée à la suite de l’intervention du comité de censure de la sainte mère des stazunis)
bon ensuite je trouve aussi que le film est déjà quand même sacrement fidèle a l’œuvre originale et parfois même un peu trop mais le film étant à mi chemin être l’adaptation totale au plan près pour certain passages et et une adaptation plus ou moins libre pour d’autres ça ne m’étonne qu’a moitié que le film ait quand même du mal a trouver vraiment un public .

Ensuite je dois avouer avoir eu un peu de mal avec certains membres du casting, autant pour le comédien, rorschach et le docteur manhattan (faut dire qu’il est plutôt bien aidé par les “FX” celui là) j’ai vraiment trouvé les acteurs convaincants, en revanche les autres persos sont tellement transparents que j’ai limite tout oublié d’eux dans le film
d’autant plus que comme In-S l’a justement remarqué le film est au final très long dans tous les sens du terme .

Au final j’en suis ressorti avec la même impression qu’en allant voir 300
bien que l’adaptation ne soit pas une totale réussite, le matériau final est quand même convaincant et ne manque absolument pas d’intérêt au contraire
contrairement à In-S je le classerais plus volontiers dans le haut du tableau (ne serait ce que par les thématiques abordées et par l’originalité de l’approche scénaristique … bien qu’a la base rien ne soit inventé puisqu’entierement adapté)
certes Snyder n’est pas un tueur mais il prends son Boulot très au sérieux (par comme certains qui nous ont pondus de sombres étrons dans le milieu des adaptations de super héros , In-S en a cité plusieurs mais il en a oublié le plus bel exemple: catwoman assez phénomenal dans le genre) et au final ça se ressent , reste à voir s’il va continuer dans l’optique “adaptation de comics franchement pas mainstream” surtout que si ça peut aider de très bons comics comme watchmen ou 300 à mieux se vendre et a se faire connaitre du grand public on ne va tout de même pas s’en plaindre.

Moi j’attends la sortie en DVD, en ce moment je suis en pleine lecture de la BD alors je préfère ne pas voir le film. Ensuite après la BD je vais me matter la version animé et d’ici là le DVD sera chez nous. Je n’ai pas envie de faire d’amalgame entre la BD et le film alors je préfère attendre avant de le voir.

Attention, le résumé en 5 secondes :

[spoiler]https://www.youtube.com/watch?v=1m_De0pCtv8

http://smileys.sur-la-toile.com/repository/Messages/jesuisdehors.gif[/spoiler]

[quote=“In-S-Teamable”]
Snyder livre donc une copie conforme[/quote]

Bah non, justement : en changeant la fin, il change le propos politique de la BD.
Y a de fortes chances qu’il l’ait fait sous la pression des studios, mais le résultat est là, quand même.

Jim

Ayant personnellement trouvé le comics particulièrement chiant (pause pour les huées), j’ai trouvé le film du même acabit ce qui à mes yeux, en fait une bonne adaptation >)

Y a quand même une épidémie du “chiant”, par ici, qui m’épate.
Et tu m’excuseras (peut-être) d’être direct, mais j’ai vraiment l’impression que dès qu’un auteur propose de réfléchir, il est entassé dans le vaste fourre-tout du “chiant”.

Jim

C’est surtout que même sans être récéptif aux reflexion de Moore j’ai du mal à concevoir Watchmen comme chiant. Le dessin de Gibbons insuffle tellement d’énergie dans l’histoire que jamais on ne s’ennuie. Pour peu que la comparaison vaille quelque chose je sais que je tombe souvent From Hell de mes mains lors de la visite de Londre par Gull et son serviteur alors que Watchmen me sidère a chaque fois par ses niveaux de lecture. Ce n’est que quelques années après ma première lecture que je me suis rendu compte de la symetrie d’un des épisodes par exemple.

(le genre de chose qui te fait dire d’ailleurs que la BD est difficilement adaptable surtout en copiant/collant les cases de la bd)

Entièrement d’accord.
(bon, pas tellement sur From Hell, surtout sur ces passages-là, qui sont parmi mes préférés, mais je peux comprendre l’aridité de la scène…)
Et puis, y a tellement de ruptures narratives, par exemple entre les scènes d’action, les scènes d’enquêtes (les flics, Rorschach, le psy…), les flash-backs, les scènes intimistes, le voyage sur Mars… C’est difficilement “chiant”, dans le sens où les registres sont tellement larges qu’on est constamment sollicités.

Jim

Ah ben tu vois, moi, c’est exactement l’inverse.
J’ai trouvé From Hell passionnant et didactique là où Watchmen m’a ennuyé.
J’ai trouvé l’histoire plate, et au niveau du bouquin en lui-même, toutes les interruptions avec les histoires de pirate ne m’apportaient mais rien de rien si ce n’est un profond désarroi en attendant que ça passe.
Et pourtant, je le relis régulièrement (environ tous les 5 ans), tant je me dis que je dois louper quelque chose devant la masse de gens en admiration devant ce livre, mais non. Rien à faire, je le trouve chiant (oui, Jim Lainé, tu es excusé, car je n’ai rien contre les bd qui font réfléchir).

A côté de ça, puisqu’on est quand même sur le sujet du film, je le trouve chiant aussi mais pour différentes raisons. L’histoire a été simplifié et surtout ramené à son essentiel, mais le problème que j’ai par rapport au film (et avec Snyder en général) tient plus à sa façon de filmer. Ah ça, c’est chiadé, c’est beau, c’est propre, c’est esthétique, mais c’est plat. Pour prendre une comparaison avec le papier, ce mec ne fait pas de bd, il fait des illustrations qui se suivent. C’est très beau, mais c’est plat. Même quand il a tout en main pour faire un truc qui dépote (genre Sucker punch, qui doit être la plus grosse collection de fantasme geek (en tout cas en ce qui me concerne)), il fait un truc tellement esthétisant que oui, c’est beau à regarder, mais c’est froid.

[quote=“cubik”]
J’ai trouvé l’histoire plate, et au niveau du bouquin en lui-même, toutes les interruptions avec les histoires de pirate ne m’apportaient mais rien de rien si ce n’est un profond désarroi en attendant que ça passe.[/quote]

Pourtant, c’est très intéressant, puisque c’est un commentaire de ce qui se passe dans l’histoire, dans la rue. C’est une sorte de résonance qui permet de faire écho au récit de super-héros. C’est une métaphore, en quelque sorte.

Sans compter que, dans un monde où les super-héros existe, le genre dominant de la BD ne peut pas être le super-héros. C’est donc les pirates. C’est un éclairage intéressant sur l’univers mis en place. Et c’est aussi une mise en abyme, une réflexion sur le support BD et son histoire.

Et puis, les pirates, c’est la liberté, l’homme seul face à son destin. C’est intéressant aussi, là, si on compare à un monde où les super-héros sont soit à la retraite soit mis sous tutelle du gouvernement.

Jim

Je comprends bien que c’est une métaphore et que par là, Moore montre aussi que son media est un bon baromètre de ce qui se passe dans une société, qu’il le valorise et qu’en faisant ça, il fait une mise en abyme avec le comics Watchmen qui lui-même montrait que ce media peut être considéré sérieusement. Sauf que ça casse le rythme de la lecture et que ça éparpille l’attention. Ca me sort de l’histoire.
C’est trop subtil pour que je le lie à l’histoire principale (que je trouve déjà lu, mais là, c’est probablement un problème de chronologie de lecture (non, je ne l’ai pas lu à sa sortie)), et les histoires en tant que tel du pirate déchu m’ont profondément ennuyé, même en les lisant à part.

Tant qu’à vouloir être didactique par rapport au media comics, je préfère largement ce qu’il fait dans Promethea.

En même temps, le principe d’éparpiller l’histoire, et donc d’en restituer une description par petites touches, c’est le principe de Watchmen. Une écriture presque impressionniste, à ce niveau.
Et ça fait écho aussi à la structure d’enquête : collecter des indices.

Je comprends.
L’approche est un poil différentes dans le sens où Moore, dans Promethea, parle des comics, de la peinture, de l’écriture, de la fiction au sens large. Et que le mystère de la création est au centre du projet (alors qu’il n’est que périphérique dans Watchmen).

Jim

[quote]Ah ben tu vois, moi, c’est exactement l’inverse.
J’ai trouvé From Hell passionnant et didactique là où Watchmen m’a ennuyé.[/quote]

Pour From Hell c’est vraiment ce passage qui m’assomme. En plus je le commence avec enthousiasme

“hahaha cette fois je vais t’avoir petit enfoiré, je vais te dévoré avec délectation”

quelques pages avant la fin du chapitre “ZZZZZZZZZZZzzzzzzzzzzzzzzzz Gné NON Je dors pas chérie !!!”

(par contre tout le reste et notamment les annotations et le travail de recherche sont passionnant. Je fulmine à chaque fois que j’écoute des émissions d’enquête abordant le cas de Jack et qui cite quelques tocards sans jamais parler de l’oeuvre de Moore à ce sujet)

[quote=“Lord-of-babylon”]
(par contre tout le reste et notamment les annotations et le travail de recherche sont passionnant. Je fulmine à chaque fois que j’écoute des émissions d’enquête abordant le cas de Jack et qui cite quelques tocards sans jamais parler de l’oeuvre de Moore à ce sujet)[/quote]

Peut-être parce que Jack l’Éventreur est en quelque sorte un prétexte dans cette BD, qui est là surtout pour parler de Londres et de l’Angleterre. Et qui préfigure ce qu’il fait dans La Voix du Feu, par exemple, si j’ai bien compris.

Jim

Ce qui ne l’empêche pas d’avoir creusé le sujet et de pouvoir être placé en référence quand même :slight_smile:

C’est certain, mais je me dis que son centre d’intérêt a évolué au fil de l’écriture du truc…

(purée, ça me donne envie de le relire…)

Jim

J’ai eu le même probleme sur from hell. Ce passage est très intéressant, mais qu’est ce qu’il est aride! Tout le bouquin est passionnant, mais il est truffé de passages qui font mal.

Pour en revenir à Watchmen, la première fois que j’ai lu cette bd, les passages écrits me faisaient souffrir. Ca me passait complètement au dessus. Par la suite j’ai bien plus apprécié tout ces “à côté”. L’histoire trouve son équilibre avec tout ce qui entoure l’histoire principale. C’est entre autre, ce qui manque au film.
J’aime beaucoup le film, mais c’est clair qu’il lui manque la profondeur du bouquin.

[quote=“Jim Lainé”]

[quote=“In-S-Teamable”]
Snyder livre donc une copie conforme[/quote]

Bah non, justement : en changeant la fin, il change le propos politique de la BD.
Y a de fortes chances qu’il l’ait fait sous la pression des studios, mais le résultat est là, quand même.[/quote]

[quote=“Rael”]Pour en revenir à Watchmen, la première fois que j’ai lu cette bd, les passages écrits me faisaient souffrir. Ca me passait complètement au dessus. Par la suite j’ai bien plus apprécié tout ces “à côté”. L’histoire trouve son équilibre avec tout ce qui entoure l’histoire principale. C’est entre autre, ce qui manque au film.
J’aime beaucoup le film, mais c’est clair qu’il lui manque la profondeur du bouquin.[/quote]

La profondeur, mais aussi le propos.
Là encore, et plus que dans V For Vendetta (que j’aime bien en version film, mais bon…), les studios sont enquiquinés par le propos anarchiste de Moore.

Dans la BD, le poulpe télépathique qui envoie des rêves terrifiants dans l’esprit de tons les médiums du monde (au passage, c’est Cthulhu, hein : on sait le goût de Moore pour Lovecraft…) et meurt en explosant, est interprété par l’humanité comme l’avant-poste d’une invasion extraterrestre. Du coup, l’humanité se met à imaginer la race extraterrestre en question, ses projets, l’avenir qu’elle réserve à la Terre, et imagine par la même occasion les moyens de contrer l’invasion. C’est donc “l’imagination au pouvoir” qui unifie l’humanité, au moins pour un temps.
Dans le film, l’attaque se concrétise par un cratère gigantesque qui a effacé une ville de la carte, et qui a laissé, volontairement, les traces du pouvoir de Doc Manhattan. Or, le film nous l’a répété, “Dieu existe et il est américain”. Ce cratère apparaît comme une trace du courroux d’un dieu jaloux, et si l’humanité est unifiée, c’est non pas dans l’imagination, mais dans la peur du courroux divin.

Et là, du coup, ça change tout.
En passant d’une menace qu’on suppose extraterrestre à une menace qu’on pense terrienne (mais à l’allure divine…), on change toute la portée de la BD.

Là où Moore une fois de plus défendait les vertus d’une humanité qui devait s’émanciper de toutes formes d’autorité et s’échapper du carcan social en créant son propre destin (c’est le véritable côté “surhomme nietzschéen” de Watchmen, ça…) et sa capacité à créer une société proprement anarchiste, fût-elle mue par la peur, le film présente une peur venant d’une autorité quasi-divine, et présente aussi cette autorité immanente comme fructueuse puisqu’elle permet d’unifier la planète.
On passe donc d’une pensée rebelle et subversive à une vision conservatrice et réactionnaire où l’humanité baisse la tête devant l’expression d’un pouvoir qu’elle reconnaît comme scientifique et américain.
De la paix planétaire à la pax américana.

Et là, dans le genre trahison de l’esprit, c’est fort.

Jim