COCKRUM encré par Dan GREEN
UNCANNY X MEN 107 PAGE 26 1977
Tu as raison d’évoquer le « regard d’éditeur ». Je crois que c’est toute la question, que l’on regarde micro (une série, une période, un run…) ou macro (l’histoire du genre). Une sorte de dialectique petite histoire / grande histoire.
Le genre super-héros, comme sans doute tous les genres, fonctionne autour de remises en cause régulière, soit du statu quo en proposant autre chose et en impulsant une direction, soit de la nouvelle formule en revenant aux racines, aux bases. Ces mouvements (de balancier : c’est une image que j’utilise souvent mais je crois que plein de choses s’articulent de la sorte, pas seulement dans le monde de l’édition) se déroulent souvent à l’échelle micro (mais il y a des exceptions : la publication de Crisis on Infinite Earths chez DC, c’est clairement un contre-exemple, le « back to basis » impulsé par Tom de Falco chez Marvel à la fin des années 1980, c’en est un autre).
Mais bon, admettons que les choses se passent au niveau micro : par exemple, O’Neil et Adams réalisent Green Lantern / Green Arrow et ouvrent une porte, celle des « relevant comics » et du discours social. La porte est refermée presque aussitôt, mais « le mal est fait » en ce sens où les lecteurs, les critiques, les responsables éditoriaux et les autres auteurs savent qu’on peut le faire. Impossible de défaire, impossible d’oublier, impossible de faire semblant. Comme dit Erik Larsen : « on ne peut pas remettre le dentifrice dans le tube ». Et ça prendra le temps que ça prendra, mais d’autres auteurs s’empareront du truc et ça donnera l’alcoolisme de Tony Stark, la dépression de Hank Pym, le cancer de Mar-Vell…
Et là, le micro commence à influencer le macro, les idées se répandent.
Dans le cas des X-Men de Claremont, la série influençait une bonne partie de la production, chez Marvel et ailleurs, depuis longtemps. La période australienne, qui correspond à un pic de popularité (gros cross-overs, périodicité bimensuelle en été) est peut-être aussi le moment où le « test des limites » est allé trop loin (c’est d’ailleurs marrant : pendant des années, Uncanny X-Men a montré la voie possible, défrichant pour les autres titres, c’était l’exemple à suivre, et puis, à un moment, la série est partie en éclaireur sans être réellement suivie, un peu comme Marty McFly qui se lance dans son solo de guitare et derrière qui on entend les musiciens s’arrêter un à un, parce qu’ils ne comprennent plus et qu’il est parti trop loin pour eux). On peut imaginer aussi une guerre des ego, sans doute entretenue par Harras (Claremont est lentement et discrètement dépouillé de Wolverine dont les origines sont racontées par Barry Smith puis développées par Larry Hama), qui divise pour mieux régner aussi. Ne jamais oublier le facteur humain.
Mais reculons et regardons à l’échelle macro. La période australienne, avec ces héros souvent sans costume qui se téléportent pour intervenir dans des pays étrangers et agir avant plutôt que réparer après, c’est déjà un peu Stormwatch, c’est beaucoup Authority (Gateway, c’est le Carrier des Mutants). C’est le cross-over Galactic Storm des Avengers. Et plein d’autres choses.
Et là, on peut aussi se poser une autre question : quand le micro est freiné, quand un editor donne un coup d’arrêt à l’exploration de quelque chose de nouveau, sachant que le robinet n’est pas réellement fermé comme on l’a vu plus haut, est-ce que, tout simplement, les choses ne vont pas déborder ailleurs ? Pas obligatoirement par les auteurs en question, mais peut-être par leurs lecteurs plus tard ? Des super-héros interventionnistes, fatalement, ça allait rejaillir ailleurs, parce que la pompe était amorcée. Les diktats éditoriaux ne font que retarder ou décaler. Donc au final, la décision de Harras, qui est l’artisan de la grosse machine à cross-over que deviendra la licence mutante au départ de Claremont, a peut-être contribué à faire évoluer le genre dans son ensemble, plus efficacement que si Claremont était resté ?
Jim

Certes, mais au depend de marvel et des x men qui n ont plus été à la pointe.
À la pointe du genre, ouais.
Mais pas à la pointe des ventes.
Et selon le « regard d’éditeur » que tu évoquais, c’est très bien.
Notre regard de lecteur, lui, nous amène à penser autrement, sans doute.
Jim
Voilà.
Ils ont refait le coup entre morrison et whedom.
Quesada aura vraiment soufflé le chaud et le froid. Il commence comme révolutionnaire puis tres vite il mettra l edifice sous clef qui est encore ainsi aujourd’hui : très sterilisé.
En compagnie de Bill « fuck la continuité » Jemas (les autres s’opposent à un reboot de l’univers Marvel, alors il propose la gamme Ultimate pour couper la poire en deux).
Et pour le coup, heureusement.
Le reboot c est la fausse bonne idée : on va tout changer puis on arrive très vite à recycler les histoires.
D un autre côté, elles sont recyclées de toute façon.
DC l’a prouvé depuis New 52.
Les demoiselles de Paul Smith à la verticale, où l’indéniable atout charme de ses numéros des 80’s :




Quand Jim Lee passe après Marc Silvestri (encore une fois) :
Uncanny X-Men #251 cover recreation by Jim Lee
Alan Davis, bien conscient du considérable impact commercial des X-Men post-Claremont des 90’s :
Jean Grey : « Si cela n’augmente pas les ventes, rien ne le fera ! »
1992 - Anatomy of a Cover Excalibur #52 by Alan Davis and Mark Farmer
Ouais, voilà : on veut du changement, mais pas trop.
(Enfin, surtout par Morrison : parce que Whedon, somme toute, c’est un peu un fanboy qui s’est pas remis de l’ère Claremont / Byrne.)
Et finit comme réactionnaire ?
C’est l’histoire du monde, ça.
C’est le truc casse-gueule par excellence.
DC est parvenu à l’imposer en 1986, mais en fait, ils ont surtout dépoussiéré les personnages, en les débarrassant des scories de la continuité. Mais fondamentalement, ils ont modernisé des éléments anciens, ils n’ont pas changé ces éléments.
Je ne sais pas s’ils en avaient conscience à l’époque (en tout cas, le jeune lecteur que j’étais à l’époque n’en avait pas conscience du tout), mais peut-être avaient-ils flairé que, tôt ou tard, les vieux machins poussiéreux qu’ils avaient écartés allaient revenir. Les années 2000 l’ont démontré, avec le retour de la cousine Supergirl, de Hal Jordan en costume vert, de Barry Allen, etc…
Et cette époque, c’était celle des grosses ventes et d’une présence encore forte en kiosques. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas : le lectorat est fidèle, et partant de là, connaisseur. Donc plus prompt à se manifester quand quelque chose lui déplaît. Et donc, les réfections guidées par la nostalgie ou simplement par le bon sens sont plus rapides. Après le nioufiftitou, les éléments écartés de Superman sont revenus plus vite (on refait Doomsday sans tarder, et on finit rapidement par fusionner les versions du héros) qu’ils ne sont revenus après Crisis. Le mouvement de balancier s’accélère, figeant les personnages dans une version à la fois consensuelle et universelle.
Donc non : rebooter les univers, ça ne sert à rien.
(Enfin si : à court terme, ça fait plein de pognon, ça, coco !)
Jim













