BLADE RUNNER 2049 (Denis Villeneuve)

À chaque nouvelle annonce, ce film, qui ne m’emballait pas vraiment sur le principe, m’intéresse de moins en moins.

Jim

[size=200]INTERVIEW DU REALISATEUR DENIS VILLENEUVE[/size]

[quote=« Jim Lainé »]

) est actuellement en négociations pour rejoindre la distribution de Blade Runner 2, que réalisera Denis Villeneuve.

À chaque nouvelle annonce, ce film, qui ne m’emballait pas vraiment sur le principe, m’intéresse de moins en moins.

Jim[/quote]

Ryan Gosling a bien rejoint la distribution de Blade Runner 2. La nouvelle a été confirmée par le réalisateur Denis Villeneuve.

j’y pense, mais cela a peut-être déjà été évoqué ce Blade Runner 2 ne reprend-il pas le roman de K.W. Jeter, justement intitulé Blade Runner 2 The Edge of Human ?

je ne veux pas dire mais on dit souvent que le cinéma est un art de l’adaptation, à comprendre qu’il est peu créateur de ses propres histoires, pourtant si on regarde le cinéma ricain des années 70/80, au niveau de la pop culture, il fut plutôt créatif.

Le nouvel Hollywood, mais aussi la télé américaine lança nombre de ce qui devint des licences.

Si les séries restent aujourd’hui très novatrices, la qualité en plus (the wire face à k 2000, disons que c’est de l’ordre du transcendant, voir du religieux) le cinéma lui a abandonné toute prétention à l’invention.

Depuis Matrix (on ne dira jamais assez la grande œuvre qu’est la trilogie matrix), qui était déjà une exception de son époque (allez rajoutons pirate des caraïbe, histoire de ne pas prêter le flanc à un contre exemple trop facile) où sont les inventions ?

Parrain, star wars, prédator, terminator, alien, retour vers le futur, blade runner, indiana jones, la pop culture à l’américaine faisait à l’époque feu de tout bois.

Abrahams, dont on attend tous fébrilement le prochain star wars, et qui passe pour l’héritier des lucas et autre spielberg, qu’a t il à proposer comme filmographie : mission impossible 3, star trek 13 et 14 (au pif), star wars 7.

L’écart avec ses prédécesseurs est abyssal.

Lecteur de comics, nous sommes tous bien placés pour savoir que swampthing 21 peut s’avérer être un chef d’œuvre et que s’inscrire dans une série n’est donc pas obligatoirement synonyme de moindre créativité ou de talent.

Pourtant j’aurais plus que des hésitations à considérer que la comparaison entre comics et films puisse être faite d’autant plus qu’aujourd’hui les comics de super héros sont la matière même des blockbuster hollywoodiens.

Je sais qu’ici les déclarations à l’emporte pièce de quelque critique concernant la surabondance de film de super héros a rencontré une fin de non recevoir de la part de plusieurs forumer, chiffre à l’appui.

Ces forumers n’ont pas tort. Je persiste à penser pourtant que le règne des super héros au cinéma frise la catastrophe en terme de pérennité à moyen terme de l’industrie du divertissement des films hollywoodiens.

Je ne demande qu’à être démenti, qu’a être, plus précisément, enseigné tant je connais mal ce secteur, mais il me semble que les chiffres mirobolants du cinéma, chaque année dépassant l’année d’avant, ne doivent pas être pris pour un signe de bonne santé du médium : Augmentation du prix des places, des budgets du marketing ont bien du mal, peut être, à rivaliser avec l’augmentation des budgets des films.

Silver et brukenheimer n’ont ils pas été remerciés ? Assistons nous, avec la monté en puissance de kevin feige, à une simple passation de flambeau ou est ce le signe, non pas d’un retour à un cinema de producteur, mais d’une mutation nouvelle : un cinéma de franchise et de studio.

Le modèle du cinéma de blockbuster avec ses budgets en inflations avait rendu précaire toute l’économie du cinéma hollywoodien, lorsqu’un échec pouvait entrainer une faillite, si j’en crois mes lectures. Le cinéma de super héros est venu sauver ce modèle moribond et l’a renforcé. Est ce vraiment une bonne chose ?

A quoi assistons nous depuis ? Un seul type de décors, un seul type de scénario, un seul type d’ambiance matinée d’humour de la part de marvel. Chacun aura son film à citer comme contre exemple (le mien, winter soldier, hulk 2 ne donnant pas suite). Si la formule n’est pas visible, c’est qu’on est aveugle ! Où est la créativité la dedans ? On en est réduit à espérer que warner fasse différemment.

Nous félicitons nous d’un coté de la monté d’image, en espérant la fin du règne des big two pour en arriver à compter au cinéma)sur l’apparition des big two comme promesse de pluralisme d’ambiance?

Entre les deux ? il n’y a plus d’argent pour risquer quoique ce soit.

est ce là, la réalité ? Ou est ce que l’image que je m’en fais est à coté de la plaque : projection théorique sur une réalité dont j’ignore quasi tout ?

Je résume : le cinéma ne produit plus ses propres icônes. L’adaptation des super héros et le développement d’autre star wars n’est pas le retour à un cinéma de producteur ni à un cinéma de studio à l’ancienne mais l’arrivée d’un cinéma de franchises aux formules identiques qui coutent tellement cher qu’elles asphyxient toute création éventuellement du coté des franchises mais surtout à l’extérieur de celle ci.

Assistons nous du coté d’hollywood à l’éclipse du cinéma comme art, fut il pop culturel, grâce à la consécration du genre que nous aimons tant lorsqu’il est s’imprime au file des pages ?

Personnellement, je ne crois pas qu’aucun critique puisse être en mesure de défendre le point de vue qu’un seul des films marvel rivalisent avec les licences produites dans les années 70/80.

si je me félicite de l’arrivé du « à suivre » au cinéma, je déplore en même temps qu’il s’accompagne d’un gel de toute inventivité.

Je ne suis pas optimiste, vous l’aurez compris et ce n’est pas le recyclage des icones/licences du passé comme blade runner qui seront susceptibles de me faire changer d’avis.

Ce sera une histoire originale, pas l’adaptation de ce roman.

Nemo, c’est l’incarnation du triangle de feu : il est son propre comburant, son propre combustible et sa propre étincelle. Il n’a besoin de personne pour se lancer dans des logorrhées totalement inattendues !

[quote=« Le Doc »]

ne reprend-il pas le roman de K.W. Jeter, justement intitulé Blade Runner 2 The Edge of Human ?

Ce sera une histoire originale, pas l’adaptation de ce roman.[/quote]

Dacodak ! Merci.

ça me trotte dans la tête depuis un bout de temps.

a priori que dans la mienne.

C’est pas ça ! Mais ça sort si soudainement, sans prévenir, que ça surprend ! C’est presque de l’immaculée conception comme post (je ne parle pas du contenu).

oui bien sur, j’avais compris.

mais dés fois ça me prend. aucune idée de pourquoi là

Je suis d’accord avec toi : nous passons d’un cinéma de producteurs-acteurs stars (Will Smith est le meilleur exemple) à un cinéma de franchises. L’élément-clé n’est plus le producteur, le réalisateur ou l’acteur, mais bien l’univers dans lequel ces gens travaillent. Robert Downey Jr est à l’origine de millions chez Marvel à chacune de ses apparitions, mais ses films déconnectés de Tony Stark alternent entre échecs et pseudo-succès (The Judge, qu’il a porté lui-même).
Je reviens sur Smith, qui est l’exemple-type de ce changement de fonctionnement. Jadis acteur-star, roi de Hollywood (en dix/douze ans, il avait un gros hit à chaque film), il a pris une pause pour lancer ses enfants (bien mal lui en a pris), et a échoué à renouer avec le succès sur l’ancien mode (sa propre franchise Men In Black ou bien le récent film de voleur dont j’ai zappé le nom) ; et voilà que, pour se relancer, il intègre un film choral de super-héros où il n’est qu’un parmi d’autres, et dont la promo ne s’axe pas sur lui (mais sur Leto et Robbie). Le roi est devenu simple pion.

oui cela ne fait pas trop débat, je pense.

Mon interrogation est double : 1) est ce une bonne chose en terme économique, où est ce qu’à force de tirer sur la corde du toujours plus cher, du toujours plus gros carton, ne se prépare t il pas une sacré dégringolade ?

de la même façon que dans les comics le nombre d’acheteur n’augmente que peu et que le genre vit surtout de l’augmentation du pouvoir d’achat de ses lecteurs (de enfant à adulte), de la même façon que ce lectorat est confiné dans des magasins spécialisés, est ce que l’économie hollywoodienne, à force de favoriser des grosses productions qui alimentent de toujours plus gros multiplex, n’en arrive t elle pas à une impasse similaire.

La franchise à laquelle colle très bien le genre super héroïque, est pour le moment le seule modèle industriel capable de maintenir rentable ce modèle économique. Mais après la franchise qu’est ce qui sera susceptible de soutenir ce modèle ?

J’imagine que le cinéma a connu durant son histoire des creux économiques sévères. Avec le prix de la place actuelle, avec la nécessite de faire des cartons pour remplir des multiplex avec 30 salles, il suffit que le public n’ai plus autant d’argent à mettre pour que ce soit tout le modèle entier qui se crash. Ca a du déjà commencé.

  1. ma seconde question vise les conséquences en terme artistique de la rencontre entre le modèle de la franchise et le modèle du blockbuster.

Tout l’argent va aux franchises, cela veux dire aussi une diminution de la prise de risque artistique dans le cinéma. Combien de grand réalisateur ont du être soutenu par le passé avant de rencontrer leur publique ? Est ce qu’avec ce modèle, c’est encore possible ? a l’extérieur des franchises il n’y a plus d’argent.

Et sur les franchises, pour l’instant la marge de manœuvre est plus que réduite, comme semble en témoigner les départs nombreux pour différence artistique.

Actuellement, les conditions ne m’apparaissent pas réunies pour permettre l’arrivée d’un équivalent d’indiana Jones, d’un star wars pour notre époque.

J’y suis particulièrement sensible, donc je bloque la dessus, mais les décors et/ou lumière des films marvel sont pour moi une horreur. Combien de film maintenant avec ces mêmes décors ? Comme avec les coloristes aujourd’hui et les encreurs par le passé, qui assurent la continuité graphique d’une série, la prod artitisque est sacrément monomaniaque sur les franchises afin d’assurer l’unité de l’univers de la franchise.

Ca me semble contre productif pour les auteurs, les artistes. Ceux d’aujourd’hui comme ceux de demain qui auraient besoin de se faire les dents aujourd’hui avec un minimun de liberté. (un blogeur dont je me souviens plus du nom insistait beaucoup la dessus, il était assez convaincant)

  1. Il y a déjà de vraies, grosses dégringolades. En fait, ce qui fonctionne vraiment, c’est soit les films adaptant des personnages hyper-connus, populaires avant ces nouveaux films : je pense ici à Superman (même si Man of Steel n’a pas été meilleur que Superman Returns sur le sol américain), Batman, Spider-Man ; soit les films suivant la Marvel Way, initiée par le hit surprise d’Iron Man puis d’Iron Man 2. En suivant cette « méthode », ça fonctionne très bien en ce moment. Mais jusqu’à quand ?
    Après, je peux citer Lone Ranger ou John Carter, quand même très super-héroïques dans l’idée et le déroulement, et qui ont été d’énormes échecs pour Disney. Donc du coup, il y a déjà d’énormes gadins, pour les films qui ne sont pas balisés à l’avance.

En fait, le vrai problème est l’augmentation des prix d’accès aux films (billets, raréfication des cinémas de quartier d’où le déplacement souvent plus cher en faux frais jusqu’aux grands trucs comme UGC). Vu la période de crise, les gens ne se déplacent que pour les films qu’ils savent qui vont aimer, les films balisés d’avance : ceux sur les héros qu’on connaît, ceux qui suivront globalement la méthode qu’on a aimée dans les précédents. C’est triste, mais c’est compréhensible que les gens aient moins l’opportunité de découvrir et de donner une chance vu qu’ils peuvent être déçus, et que du coup c’est une certaine somme « perdue ».

  1. Bien entendu que l’aspect artistique est grandement affaibli. Sauf exceptions, qui concernent généralement les « premiers films » qui fonctionnent et lancent la mode (Whedon sur Avengers, Gunn sur Guardians of the Galaxy, Snyder sur MoS, Abrams sur Star Trek), les réalisateurs de ces grands films suivent un cahier des charges très lourd et très imposé. Wright a quitté Ant-Man pour différends artistiques, mais il s’en remettra car il a déjà un historique avant.
    Cependant, et malgré les réserves que j’ai à son encontre, quelle peut être la carrière de Josh Trank maintenant ? Son premier film était imparfait mais intriguant, le deuxième est un gigantesque accident industriel qui finit en règlement de comptes pathétique. Tu demandes si un réalisateur peut encore être supporté avant de réussir, à mon avis Trank va être l’exemple malheureux de cette politique qui broie les espoirs en les envoyant trop haut, trop vite.

Comme pour les spectateurs, les producteurs doivent engloutir désormais énormément pour espérer le succès. Un échec devient catastrophique, et pourrait anéantir un studio s’il n’y avait quasiment plus, maintenant, que quelques immenses super-producteurs aux reins solides, mais qui deviennent méfiants. Or, envoyer ainsi au casse-pipe Trank, c’était stupide et fou ; mais la Fox s’en fiche, ils vont passer outre, mais la machine aura broyé un jeune auteur prometteur.

Finalement, on en vient à confier ces gros, gros projets à des faiseurs efficaces, qui suivent habilement un cahier des charges, réussissent à donner un peu de corps à quelques scènes personnelles et à beaucoup d’action, mais sans aucune pure idée visuelle ou de mise en scène. Les frères Russo, le type qui a fait Jurassic World et fera le prochain Star Wars, sont les exemples parfaits ; bons, mais pas brillants. Et c’est vers eux, les bons mais pas géniaux, que la machine va de plus en plus aller, en brisant ou en zappant carrément ceux qui essayent de changer plus le truc.

C’est triste également.

voilà, je vois assez la chose comme ça.

[quote=« BenWawe »]
Après, je peux citer Lone Ranger ou John Carter, quand même très super-héroïques dans l’idée et le déroulement, et qui ont été d’énormes échecs pour Disney. Donc du coup, il y a déjà d’énormes gadins, pour les films qui ne sont pas balisés à l’avance.[/quote]

et parait il que cela a mis vraiment en péril les studios. D’ailleurs est ce à la suite de ces gadins que disney a racheté star wars pour avoir une franchise de sur ?

les modes passent. Pas sur que la prochaine mode soit susceptible d’épouser le modèle blockbuster, et là ça va vaciller sévère.

C’est aussi le serpent qui se mort la queue. Le prix des places n’a t il pas augmenté aussi pour rentabiliser ces immenses multiplex ?

et puis si tu paries sur quelqu’un, à quoi ça sert de faire machine arrière au milieu du guet. planté pour planté, autant laisser le gars aller au bout de son truc. Surtout qu’à priori c’est la fin du film, celle qui aurait été faite par le studio, qui s’attire le plus de critique.

On est pas optimiste donc

[quote=« n.nemo »]voilà, je vois assez la chose comme ça.

(…)

et parait il que cela a mis vraiment en péril les studios. D’ailleurs est ce à la suite de ces gadins que disney a racheté star wars pour avoir une franchise de sur ?[/quote]

John Carter est sorti en 2012, Lone Ranger en 2013, Disney a racheté Star Wars fin d’année 2012. Je pense que l’échec du premier a poussé Disney à vouloir avoir des piliers solides au cas où ses nouvelles franchises ne fonctionneraient pas, et l’échec du second a conforté cette volonté de se concentrer sur les bases qui ont déjà fait leurs preuves.
A ce jour, Disney produit les films Marvel qui sont un énorme succès, les films Star Wars qui vont être relancés sur la méthode Marvel (plusieurs films liés, des réunions régulières des personnages), les dessin-animés « classiques » et les films dérivés de ces dessin-animés. Je pense ici à Maleficent, Cinderella… qui sont à mon avis plutôt sans intérêt, mais qui fonctionnent ; on va avoir Dumbo par Burton, Livre de la Jungle par Favreau, Belle & la Bête avec Emma Watson.
En gros, Disney produit Marvel, S.W., son coeur de marché et les adaptations live de son immense catalogue (qui attirent autant les spectateurs des films dessin animé que d’autres, nostalgiques de ces histoires et moins rebutés par des acteurs que par des dessins). Finalement, Disney couvre quasiment l’intégralité de la population, là. C’est énorme ; et flippant.

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les modes passent. Pas sur que la prochaine mode soit susceptible d’épouser le modèle blockbuster, et là ça va vaciller sévère.[/quote]

Oui, mais quelque chose prendra le relais. J’avais du mal à imaginer qu’on puisse sortir de la mode producteurs-acteurs bankables à la Will Smith, et ce modèle est entièrement aux oubliettes.

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C’est aussi le serpent qui se mort la queue. Le prix des places n’a t il pas augmenté aussi pour rentabiliser ces immenses multiplex ?[/quote]

Oui. Multiplex réalisés autant pour capitaliser des sommes énormes que pour « amener » le cinéma à des espaces géographiques qui en étaient privés. C’est un sacré cercle vicieux.

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et puis si tu paries sur quelqu’un, à quoi ça sert de faire machine arrière au milieu du guet. planté pour planté, autant laisser le gars aller au bout de son truc. Surtout qu’à priori c’est la fin du film, celle qui aurait été faite par le studio, qui s’attire le plus de critique.[/quote]

Tout à fait. Tu choisis quelqu’un, tu assumes : ou bien tu le vires dès le début, ou bien tu le vires après. Trank a été choisi car il a un « style », et il avait une « vision » qui tranchait clairement avec ce qui avait été fait avant (ces quelques minutes post-voyage dimensionnel, avec découverte horrifique des pouvoirs qui transforme le film en histoire fantastico-horrifique bien faite, sont à mon sens l’essence même de ce qu’il voulait faire). La Fox l’a pris en connaissance de cause ; autant aller jusqu’au bout et espérer une bonne surprise au box-office, plutôt que cette crise de nerfs.

Pas trop. Après, j’aime Marvel au cinéma, plus qu’en comics actuellement, car ça garde le côté simple & sympa des comics que j’aimais. Je commence à tiquer sur quelques choix, mais en général ça me plaît bien. Après, je n’y cherche pas autre chose qu’un divertissement assez basique qui joue sur la nostalgie de mes lectures de jeunesse, avec quelques beaux effets et des phrases qui claquent.

Ce que vous décrivez là me fait penser à un phénomène vieux comme Hollywood. Les blockbusters d’aujourd’hui, pilotées en vérité par des producteurs, sont des quasi-décalques de ce qui se faisaient quand des Zanuck ou Warner ou O’Selznick initiaient des films. Personne ne considérait tellement le talent qu’avaient Michael Curtiz, Raoul Walsh, John Ford, Vincente Minelli, Alfred Hitchcock, etc, avant que les critiques français des « Cahiers du cinéma » ne les réhabilitent et que les auteurs du New Hollywood ne reconnaissent ce qu’ils devaient. Dans ses entretiens avec Cameron Crowe, Billy Wilder explique très bien, avec un humour acide, que les patrons de studios se fichaient que les réalisateurs aient du talent, ils préféraient qu’ils soient obéissants.

La différence, c’est que le temps a fait son oeuvre et qu’aujourd’hui on dispose du recul nécessaire pour voir ce que même des cinéastes moyennement prestigieux pouvaient apporter à des films de genre hollywoodiens des années 40-50. Par exemple, Richard Thorpe ou George Sidney étaient jugés comme des techniciens compétents mais sans véritable personnalité pendant longtemps, mais revoyez « Ivanhoé » ou « Scaramouche » et vous avez des films flamboyants, très divertissants, qui sont à l’évidence des commandes réalisées avec un vrai sens esthétique.

Jon Favreau ou Zach Snyder ont en commun avec Thorpe ou Sidney d’être les réalisateurs de films qui sont d’abord des films de producteurs. Kevin Feige ne sera jamais Zanuck ou Warner ou O’Selznick, mais sa manière de travailler est similaire : il emploie des bonhommes dociles, qui suivent ses instructions, qui livrent des films respectant l’esthétique du studio.

Quant à la création d’icônes cinématographiques, il s’agit souvent d’accident, ou alors c’est le résultat d’une volonté de rendre hommage à des icônes antérieures (comme Indiana Jones, Luke Skywalker, qui n’étaient pas des héros évidents sur le papier). Ce qui est le plus déplorable, c’est, pour moi, cette manie de vouloir réincarner des héros sans leur ajouter grand-chose, plus pour surfer sur une certaine nostalgie (les versions live des DA Disney, ou les remakes genre « Robin des bois », ou comme ici faire une suite à « Blade Runner »).

à t’entendre ce serait en fait le hollywood 70/80 qui serait une exception et l’on assisterait aujourd’hui à une sorte de retour à la normale.

C’est ça ?

Perso je suis assez d’accord avec ce constat, en tout cas.

Pour l’âge d’or hollywoodien, c’est plus compliqué à mon sens ; il est possible que les producteurs se fichaient du talent des réalisateurs, il n’empêche qu’il y avait une tripotée de cinéastes de grand talent, et très actifs qui plus est. Un critique de cinéma disait que dans les années 40, il y avait peut-être 50 ou 60 réalisateurs à suivre de très près à Hollywood quand aujourd’hui on en trouvera 10 ou 12 grand maximum. Le « système » de l’époque n’était pas moins axé sur le pognon, mais il s’avère qu’il permettait de produire de très bon films (voire des chefs-d’oeuvre occasionnellement) pratiquement à la chaîne.

A mon sens, le fait que les producteurs de l’époque n’étaient « que » producteurs de cinéma quand ceux d’aujourd’hui sont parfois issus du département marketing de Vivendi (ou de tout autre conglomérat ayant racheté un studio hollywwodien, sans que « l’amour du cinéma » ne rentre une seul fois en ligne de compte) joue pour beaucoup là-dedans.

[quote=« n.nemo »]à t’entendre ce serait en fait le hollywood 70/80 qui serait une exception et l’on assisterait aujourd’hui à une sorte de retour à la normale.

C’est ça ?[/quote]

C’est ça.

Ce retour à la normale est d’autant plus flagrant qu’on peut constater que certains des cinéastes actuels les plus intéressants finissent par quitter le grand écran pour le petit.
Plus grand monde ne se fait d’illusion, des artistes aux spectateurs sur la capacité d’Hollywood à soutenir un cinéma à la fois sophistiqué et accessible, tandis que la télé attire ou génère de grands talents, en proposant des productions stimulantes.
On parle plus désormais de séries en vue que de films, dont on a l’impression qu’ils sont vite vus, vite oubliés. Alors que les séries télé encouragent non seulement à se fidéliser (la logique du « à suivre » propre au format) mais surtout parce qu’esthétiquement et narrativement, on trouve désormais des choses aussi, sinon plus intéressantes qu’au cinéma. Quel film peut se vanter de susciter autant de commentaires que « Games of throne », « Mad Men » ou même des titres moins prestigieux (mais pas moins bien fichus) ?
Il arrive même, je trouve, que des cinéastes deviennent plus intéressants en produisant pour la télé : Bryan Singer avec « Dr House », David Fincher avec « House of cards »…