BRÛLE, SORCIÈRE, BRÛLE ! (Sidney Hayers)

REALISATEUR

Sidney Hayers

SCENARISTES

Charles Beaumont et Richard Matheson, d’après le roman Ballet de sorcières de Fritz Leiber

DISTRIBUTION

Peter Wyngarde, Janet Blair, Margaret Johnson…

INFOS

Long métrage britannique
Genre : drame/horreur
Titre original : Night of the Eagle (UK)/Burn, witch, burn ! (USA)
Année de production : 1962

“I DO NOT BELIEVE”. “JE NE CROIS PAS”.

Brûle, sorcière, brûle ! débute par ces mots, écrits sur le tableau noir d’une salle de classe d’une école britannique. L’homme qui ne croit pas est Norman Taylor, un professeur de sociologie qui donne un cours sur les superstitions et les névroses. Profondément rationaliste, Taylor est un homme à qui tout réussit et sa carrière brillante commence à faire des jaloux autour de lui.
Mais doit-il son avancement rapide à ses propres talents ou aurait-il reçu une aide disons…surnaturelle ? Un jour, Norman découvre que sa femme Tansy pratique des rites magiques depuis leur retour d’un voyage en Jamaïque. Tansy est persuadée que tout ce qui leur arrive de bien vient des sorts qu’un sorcier lui a appris. Le cartésien Norman la force alors à brûler tout son attirail de sorcières.

Presque immédiatement, la petite vie bien tranquille de Norman Taylor tourne au cauchemar…

Brûle, sorcière, brûle ! est l’adaptation de Conjure Wife (Ballet de sorcières en V.F.), un livre de Fritz Leiber, romancier notamment connu pour son Cycle des Epées. Le scénario est l’oeuvre de deux autres écrivains, Charles Beaumont (The Intruder) et Richard Matheson (L’Homme qui rétrécit, Je suis une Légende…), avec une contribution non créditée de George Baxt. Au début des années 60, le duo travaillait régulièrement pour la télévision et le cinéma, notamment sur le cycle Edgar Allan Poe de Roger Corman et ce sont eux qui ont proposé le film à James H. Nicholson, l’un des boss de American International Pictures, principal pourvoyeur de séries B dans les années 50 et 60.
Tout en gardant les droits de distribution pour l’Amérique (où Night of the Eagle est devenu le plus sensationnaliste Burn, witch, burn !), Nicholson a passé le projet à des collaborateurs réguliers, les anglais de Anglo-Amalgamated (ce qui explique le changement de lieu de l’histoire, qui se déroule aux Etats-Unis sur papier).

Compte-tenu du budget très limité (50.000 £), le réalisateur Sidney Hayers (Le Cirque des Horreurs) a opté pour un style qui rappelle fortement l’approche du fantastique adoptée par le producteur Val Lewton et le réalisateur Jacques Tourneur dans les années 40 (La Féline, Vaudou, L’Homme-Léopard) : l’irruption du surnaturel dans un environnement familier; une menace le plus souvent suggérée; une photographie en noir et blanc à l’ambiance palpable (ici l’oeuvre de Reginald Wyer, qui fait un usage remarquable des ombres et des contrastes tout au long du métrage); et l’utilisation des effets sonores et de la musique pour transmettre efficacement les doutes et la terreur ressenties par les protagonistes.

Bien servi par une solide distribution, Brûle, sorcière, brûle ! est un suspense qui monte graduellement en puissance, jusqu’à conduire ses principaux protagonistes au bord de la folie. Privilégiant jusque là l’atmosphère, la barrière entre le rationnel et le surnaturel s’effrite de plus en plus et permet à Sidney Hayers de composer des scènes envoûtantes et mystérieuses (comme le périple qui mène Taylor et sa femme en bord de mer) et de recourir aux effets spéciaux pour le final (ils ne sont pas pleinement convaincants mais quelques visuels furtifs sont saisissants).

Et dans ces instants de terreur, le plan le plus réussi intervient au moment où Norman Taylor se réfugie dans sa salle de classe et se blottit contre le tableau. Lorsqu’il se relève, l’inscription du début du film est en partie effacée et on peut alors lire…

“I DO BELIEVE”. “JE CROIS”.

J’avoue que j’ai été très troublée par ce titre car je ne le reliais pas à un livre de Fritz Leiber. En cherchant un peu, j’ai retrouvé que c’est le titre exact d’un roman d’Abraham Merritt… qui aurait inspiré Les poupées du diable de Tod Browning (en partie si j’en crois l’introduction de mon livre).

J’avoue ne pas encore l’avoir lu, même si j’ai l’intégrale des 8 romans de l’auteur. De Merritt, j’aime beaucoup Les habitants du mirage ou La nef d’Ishtar qui n’ont pas inspiré de scénarios de cinéma, me semble-t-il.

Oui, ça peut prêter à confusion : le titre U.S. de Night of the Eagle, qui a été repris pour la traduction française, est en effet identique à celui du livre de Abraham Merritt qui a en partie inspiré Les Poupées du Diable de Tod Browning.
Et si les bouquins de Fritz Leiber n’ont pas souvent été adaptés au cinéma, Ballet de sorcières l’a été à 3 reprises : Weird Woman avec Lon Chaney Jr en 1944, Night of The Eagle/Burn, witch, burn ! en 1962 et Witches’ Brew en 1980 avec Teri Garr.