Sécurité, veuillez reconduire ce monsieur à la sortie.
Jim
Sécurité, veuillez reconduire ce monsieur à la sortie.
Jim
Jimbo, tu me l’as faite il y a dix ans, celle-là.
Oldies, but goodies.
Jim
Laisse, ça le rajeunit !
Je reste partagé sur ce point. Il y a des cas où je me dis que ça va trop vite, que les éditeurs peuvent prendre des décisions trop rapides sur la base d’un seul témoignage (la présomption d’innocence, tout çà a déjà été évoqué au-dessus).
Mais dans certains cas, la « loi du silence » a poussé certains harceleurs à poursuivre leurs actes impunément. Les actes de Scott Allie étaient connus chez Dark Horse (Mike Richardson le savait) et de nombreux témoignages montrent qu’il a créé un environnement toxique autour de lui (Allie a lui-même porté la faute sur son alcoolisme mais il n’était pas non plus bourré tout le temps).
Voir cet article pour les détails :
Franchement, je trouve que des types comme Eddie Berganza (ancien éditeur de DC) et Scott Allie ont mérité ce qui leur arrivent et ne manqueront pas à cette industrie. Il ne faut pas minimiser ce qui est arrivé aux victimes car ce genre d’actes est inadmissible.
Après, je pense aussi qu’il faut prendre ça au cas par cas et ne pas mettre tout le monde dans le même panier, ceux qui ont fait deux ou trois conneries et qui les regrettent et ceux qui utilisent leur position pour briser et manipuler les autres. Mais comme ça a aussi déjà été dit plus haut, c’est compliqué…
Donc ça excuserait tous les comportements?
On connait un peu nos parcours respectifs ailleurs qu’ici et c’est ce que tu dirais à un ou une de tes collègues?
Comme je l’ai dit plus haut le licenciement pour rupture du contrat moral c’est pas nouveau. Comme l’a dit Fred toutes les procédures sont longues, lentes,difficiles et sans garantir d’aboutir et donc en attendant, et après tout (puisque que la provoc permet d’utiliser le mode de défense de ces personnes qui ont souvent beaucoup à se reprocher) il y a bien pire.
Tu te dis pas non plus que si les victimes, femmes ou hommes, ne font leurs révélations que trop tardivement ou seulement que quand quelqu’un ose avant c’est parce qu’ils et elles ont en plus à subir tout ça?
Et que c’est ce genre de provoc qui rend les choses si compliquée?
Ça, mais pas uniquement. Un processus étrange fait que la victime se sent en partie coupable ou responsable de se qui lui est arrivé (bon, les crétineries du style « En même temps, elle l’a cherché, vu comment elle s’habille » n’aident pas)…
Et, pour rejoindre ce que tu dis, le fait que d’autres témoignent enlève une partie de ce sentiment de culpabilité : « si c’est arrivé à d’autres, c’est que ce n’était pas ma faute ».
De plus, on ne parle pas ici de « Machin a mis une main aux fesses de Machine », mais de comportements répétés, apparemment à de nombreuses reprises pour certains.
Tori.
Dans l’industrie du cinéma, je le conçois. L’industrie du comic book ne me semble pas aussi puissante. Que des éditors, a fortiori, chez des indépendants, puisse avoir une telle influence me surprend au point de bénéficier longtemps d’une relative impunité. Surtout qu’aux États-Unis, les gens sont prompts à faire des procès et que dans les cas de harcèlements, le verdict est souvent favorables aux femmes, du moins, d’après ce que j’en ai lu et appris par d’autres sources… Que des situations existent aussi longtemps avant d’être dénoncées dans cette société où la dénonciation et l’humiliation publique sont si courantes, je trouve ça étonnant. ça me paraît plus facile à dénoncer là-bas qu’ici.
C’est très médiatique le harcèlement. Et c’est plus facile à combattre que la spoliation des auteurs par exemple. Il y a un mouvement qui vient des States. le rédacteur de l’article dit : "On attend de voir si notre propre industrie compte se réveiller prochainement. " Donc il sous-entend que ça existe chez nous… mais ne donne pas de cas précis. C’est ça qui me chiffonne.
On va peut-être avoir des révélations, suivies d’autres, puis une campagne, peut-être même des mises en accusation et puis, quand l’émotion retombera, on passera à autre chose.
Tu comprends ce que je veux dire ? il y a une espèce de spectacle, de jeu sur l’émotion, avec des salauds et des victimes et ça fera vendre du papier… Je pense qu’on va faire beaucoup de bruit, désigner des coupables et après, le système restera le même. Et il y aura de nouveaux abus.
Je ne crois pas aux croisades ponctuelles, je doute même de leur sincérité, si on veut changer les choses, c’est par une action constante et la mise en place de contre-pouvoirs. A commencer par des syndicats.
Ceci dit en partant du principe que les plaignantes sont de bonne foi alors que j’ai connu dans le cadre professionnel des cabales organisées sur de simples allégations avec des faux témoins - on l’a su parce qu’ils se sont rétractés - d’où ma méfiance envers les simples témoignages. Ensuite, je l’admets, les procès ne conduisent pas nécessairement à un jugement équitable ou à l’établissement de la vérité. Ils sont parfois perdus d’avance, je connais un cas précis.
Pour en revenir aux cas qui nous intéressent : et le rôle de l’employeur dans tout ça ? Il n’a rien vu, rien entendu, rien su ? Le fait de virer le malfaisant l’exonère de toute responsabilité ? Parce que, si le manège a duré, il y a peut-être bien sa part aussi.
Attention : tu vois dans DC, Marvel ou tout éditeur un employeur classique.
Ce n’est pas le cas.
Les artistes ne sont pas des salariés comme nous l’imaginons, comme nous le connaissons. Ce sont essentiellement des free-lances, payés à la prestation. Il y a des contrats d’exclusivité, qui prévoient sûrement un revenu minimum régulier basé sur des commandes régulières, et une base de protection sociale, mais ils sont rares et ne concernent pas Warren Ellis.
Typiquement, actuellement, DC embauche Warren Ellis pour faire 12 épisodes de The Batman’s Grave et deux pages d’un numéro spécial de Dark Nights : Death Metal.
Ca n’en fait pas un salarié « classique », sur lequel DC a une autorité comme un employeur classique l’a envers son salarié.
En outre, je suis persuadé que cela fait une décennie que les rapports sont essentiellement virtuels, avec très peu de rencontres et d’échanges physiques entre l’employeur et les prestataires free-lances. Une commande, un envoi par e-mail ou drive, un virement, et hop.
Sans défendre les éditeurs, où peut être son influence ? son autorité ?
Warren Ellis ne vient pas écrire dans les bureaux de DC. Ses victimes ne sont pas salariées de DC.
C’est une vraie difficulté, car les éditeurs peuvent aisément se défendre en disant qu’ils n’ont pas la même autorité sur un scénariste que sur un éditeur, par exemple, qui est un salarié et dont le job est d’être en contact avec les artistes.
C’est pour cela que Eddie Berganza, Julius Schwartz et le type lié à Hellboy dont j’ai oublié le nom me semblent être plus représentatifs du système, et plus propres à « porter » une croisade justifiée sur leurs affaires, que Warren Ellis. Qui m’apparaît comme un connard et un salaud, toujours, malgré tout.
C’est possible mais je n’en jurerais pas et surtout la question n’était pas de savoir si c’est l’un au détriment de l’autre
Tu vois, c’est le terme de croisade qui me déplait : il y a les bons, les salauds, les bourreaux, les victimes, toute une dramaturgie qui ne sert pas l’émergence de la vérité. Un délit ou un crime, ça doit se régler devant le tribunal, pas à travers les médias et les réseaux sociaux, même s’ils ont permis à la parole de se libérer.
Quant à Elis, il a parfaitement le droit d’être un connard ou un salaud - on n’est pas obligé de le fréquenter - mais se comporter comme un connard ou un salaud n’est pas un crime ou un délit. Par contre, je ne veux pas qu’on m’interdise de lire ce que ce connard/ou salaud produit. Si je décide d’arrêter de lire ce qu’il produit, c’est mon choix. Aucun groupe de pression n’a à juger ce que j’ai le droit de lire ou pas.
Relis la dernière phrase de l’article, ça fait des mois que les auteurs se battent pour la reconnaissance de leurs droits et ça n’a pas l’air de faire bouger les médias, par contre, si on découvre un scandale dans le milieu de la BD européenne qu’on pourrait relier à l’affaire Polanski ou à l’affaire Weinstein, alors-là, on va en parler. En fait, il n’y a pas de juste cause, il y a des causes médiatiques. Et c’est bien une exposition au détriment d’une autre. Est-ce que ça va vraiment servir la cause des victimes ? Ou est-ce que ça permettra à des groupes ou à des personnes de s’afficher au nom du bien ?
Et une entreprise, comme DC, peut refuser d’engager un prestataire qui ne correspond pas à ses valeurs.
Oui c’est vrai.
Une entreprise qui trafiquait des revues pornos dans les années quarante, qui a été en cheville avec la Mafia et qui a spolié ses auteurs se doit d’être exemplaire.
Je me demande si leur préoccupation ce n’est pas d’abord l’image et si leur communication est uniquement guidée par l’éthique.
Je ne comprends rien à cet argument. À tous les échelons de la société, des plus misérables aux plus ultra-friquées, il y a des « petits chefs » exerçant une position de pouvoir relatif, et qui peuvent être tentés d’abuser de ce pouvoir (pas nécessairement de façon sexuelle, mais ça fait hélas partie des possibilités).
Pour ne citer qu’un exemple que je maîtrise, de par mon boulot notamment je fréquente les cercles universitaires en lettres et sciences humaines — un « secteur » dont je pense qu’on peut affirmer qu’il n’a pas le millième de la « puissance » de l’industrie du cinéma hollywoodien…! Pourtant, des cas de prof aux mains baladeuses avec les étudiantes, ou de « mandarin » spécialistes de l’emprise sur les jeunes chercheuses, il y en a, et il y a la même culture du silence (ou des murmures feutrées, « en off »), parce que ces personnes ont un poste et un modicum de pouvoir, parce qu’ils « font partie des murs », parce qu’il « faut bien continuer à travailler avec eux ».
Oui, mais tu n’es pas aux États-Unis. Dès les années 80, on recommandait aux universitaires français qui partaient travailler aux États-Unis de garder leur porte ouverte quand ils recevaient leurs étudiantes. Et, comme dit plus haut, tu veux travailler en free lance chez un indépendant, il se comporte mal, tu peux aller travailler avec quelqu’un d’autre, tu n’es pas lié à lui. Ou tu peux lui faire un procès si tu estimes que les faits sont vraiment graves.Mais on parle des États-Unis.
Pour les mains baladeuses, mon épouse avait/a une méthode radicale : la main dans la gueule. Je peux te dire que c’est très efficace. Surtout en public.
Le Me To, ça a été un moyen de contourner l’omerta dans l’affaire Weinstein. Mais ça peut rapidement devenir du n’importe quoi. La mise en accusation d’une personne dans l’espace public, ça fait des dégâts. Chacun s’improvise procureur ou avocat sans connaître tous les faits. L’exercice de la justice requiert du temps et des expertises or le temps médiatique est court. Il faut des bons, des méchants, et après, on passe à une nouvelle affaire.
Oui, mais tu n’es pas aux États-Unis.
T’inquiète, on y arrive.
Jim
T’inquiète, on y arrive.
Une nouvelle fois, tu exprimes la vérité en peu de mots Jimbo.
Tu sais quoi, tu devrais écrire.