Je vous dis ce que je pense de votre angle éditorial. Tres posément.
Ce n est pas une accusation, c est de l ordre d un constat ou d une opinion si tu préfères : je pense que votre angle est très mauvais, le votre et celui de beaucoup d autre.
Quand je dis que vous n y avez pas assez reflechi, c est rhetorique et c est une façon de ne pas vous charger, puisque cela suppose que si vous prenez le temps de reflechir plus encore sur le comment aborder ces affaires, comme je vous y invite, vous allez realiser que vous les avez abordé avec bien trop de légèreté.
Comme à l epoque déjà, vous abordiez la question de la censure avec une nonchalance qui n etait pas de mise.
Un, deux, trois, effet cumulatif, donc on conclue : coupable.
C est bien ce que je pointe.
Bien sur qu elle accuse puisqu elle valide par avance la véracité des allegations. Si c est un phénomène, c est bien que c est vrai.
C est ce que j appelle une sociologie de comptoire lorsque c est ainsi manier par des journalistes.
Non, ce ne sont pas des faits : appeler temoignage ce qui pourrait n etre que calomnie, c est noyer le fait dans son interprétation.
C est bien parce que je sais cela que j ai bien souligné la difficulté de la position des journalistes sur ces affaires et que je te livre une critique posée que je formule sans agressivité. Pour que le debat existe. Il est nécessaire.
Que tu ne te rendes pas compte que j ai argumenté temoigne à quel point tu as du mal à concevoir et comprendre ma position.
J ai avancé :
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le fait de présenter comme info et in extenso des « temoignages », ce qui n est pas en soi une info.
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inscrire cela dans un continium ce qui efface la différence des affaires et rend implicite l interprétation à en faire.
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l effet cumulatif de " temoignages" placés aux mêmes niveau, alors qu ils sont de nature tres differentes, realisant un portrait à charge.
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et c est le plus important : placer le lecteur en position de juge. Voilà les cheffes d accusation, voilà les temoignages, fin de l article. Votre verdict ?
C est votre angle qui veut ça, il ne peut aboutir selon moi qu à ça.
Vous ne decrivez pas le shitstorm, vous l instruisez.
« Pour ses comportements envers des femmes », c est donc que ses comportements sont avérés.
Rendre compte de ces affaires est très compliqué.
En tant que journaliste, presenter des temoignages comme des faits bruts, n est pas une option satisfaisante. Et il ne s agit pas non plus d accuser celles qui parlent de mentir. Donc, c est tres tres compliqué.
Comment faire ?
Contextualiser ? Oui.
Comment ? Pas tel que vous l avez fait, qui implique la véracité des allegations et en donne déjà l interprétation à en avoir.
Contextualiser, il me semble, c est en tant que journaliste dire ce qui est avéré ou non. Ca me semble un b.a-ba auquel il faut revenir. Donc dire ce qu on sait etre vrai et dire aussi si on n en sait rien.
Contextualiser c est aussi distinguer la gravité des faits alléguées, donc distinguer les affaires et non les cumuler, par exemple aux yeux de la loi ou aux yeux de la sociologie si on le veut, mais surtout alors en distinguant les niveaux de discours.
Enfin contextualiser, c est surtout concernant ces affaires, dire dans l article même à quel point ces affaires sont dures à traiter en tant que journaliste, je crois.
Dire les hésitations et les questionnements, ne pas les evacuer comme s ils n existaient pas, parce que ce sont des affaires qui melent desir et ressenti, acte et interpretation des actes, parole de l un et parole de l autre et qu en conséquence ce sont des affaires très très compliquees à couvrir d un point de vue journalistique.
Voilà mon opinion, ma reflexion critique, je te la dis sans animosité mais avec conviction et fermeté, tu en fais bien ensuite ce que tu en veux.