Tiens, je pensais avoir évoqué Adventures of Superman #462, un très chouette épisode de Noël (genre qui me gonfle dans une grande majorité de cas) et qui, en tant qu’il conduit un personnage secondaire à la conclusion de sa longue et personnelle intrigue, représente un exemple parfait de la méthode que le responsable éditorial Mike Carlin a mise en place à la fin des années 1980 sur les titres Superman.
Mais un récent message de Marko m’a fait prendre conscience que ce n’était pas le cas.
Il est donc temps de revenir sur le personnage d’Alice, jeune femme à tout faire dans la rédaction du Daily Planet. Elle semble partout, connaît tous les membres de l’équipe, se charge d’aller chercher les dossiers et de faire le lien entre diverses sections du journal et gère quelques fonctions secondaires sans qualification qui fluidifient le fonctionnement du journal. Elle fait son apparition discrètement dans Superman #5, écrit et dessiné par John Byrne, première partie d’un diptyque dans lequel le héros va sauver Lois des ressortissants d’une société depuis longtemps disparue. Pour l’instant, elle n’a pas de nom : c’est le cas de plusieurs membres de la rédaction qui seront nommés et identifiés au fil des numéros et des années (un certain Bob comptent parmi ces journalistes qui sortent lentement de l’anonymat).
Dans Superman #7, on comprend qu’elle s’occupe aussi de fouiller dans les archives et la documentation, puisqu’elle apporte des dossiers et des informations sur le bureau de Clark. À l’occasion de cette scène, on découvre son prénom : Alice. On notera que Mike Carlin so-édite ces épisodes avec Andrew Helfer, qui a accompagné John Byrne depuis la mini-série, et que les responsables s’attachent à construire un environnement crédible et récurrent dans le petit monde du Daily Planet.
Dans Superman #9, Alice est encore là (non loin de Whit, qui aura droit à une séquence dialoguée des années plus tard dans Adventures #462…) quand Clark Kent ouvre un colis contenant un « scrapbook » composé d’article concernant des catastrophes métropolites évitées de justesse : une longue intrigue qui trouvera sa conclusion trois bonnes années plus tard.
Alice apparaît aussi, en arrière-plan et sans dialogue, dans les épisodes réalisés par Marv Wolfman et Jerry Ordway, à l’exemple d’Adventures of Superman #434.
Dans Superman #16, alors que le Prankster sème le chaos dans les transports en commun métropolites, Perry White trouve la rédaction vide, à l’exception d’Alice qui est déjà au boulot.
Dans le même épisode, la jeune femme prouve sa vivacité d’esprit et sa capacité à se tenir au courant de tout, un comble au sein d’une rédaction dont les membres devraient savoir les choses dès qu’elles se produisent.
Dans Adventures of Superman #439, écrit par John Byrne et illustré par Jerry Ordway, c’est encore Alice qui donne à Clark l’information cruciale. On remarquera dans le même épisode que ce n’est pas elle qui se charge du courrier, mais une figure bien connue… des lecteurs de Marvel.
C’est dans Superman #20 qu’on voit l’un des indices les plus intéressants concernant Alice. Alors que Perry White et Lois Lane arrivent à la rédaction, tôt comme à leur habitude, Alice est déjà là. C’est l’occasion pour le rédacteur en chef de faire une petite blague à laquelle l’employée répond innocemment, et tout le monde repart avec le sourire.
Byrne, qui semble le grand promoteur d’Alice, va encore se consacrer à la « Supergirl Saga » avant de quitter DC pour retourner chez Marvel travailler sur She-Hulk, Namor, les titres Avengers et différents autres projets… Alice retourne à son relatif anonymat, apparaissant ici et là (comme Bob ou Whit), croisant à l’occasion Clark Kent, Lois Lane, Perry White ou encore Cat Grant, comme dans cette petite scène de Superman #36, où figure également Whit à gauche, toujours aussi taiseux, et Bob à droite, plus disert.
Nous sommes à la fin de l’année 1989, Superman est rentré de son exil spatial mais son héritage kryptonien va bientôt le rattraper. La suite, notamment son départ du Daily Planet pour devenir rédacteur d’un magazine, est acté à cette époque (d’ailleurs, dans la suite de cette séquence, il discute avec Perry à ce sujet) et les intrigues tournent autour des différentes réactions au sein de la rédaction : il est donc normal que les journalistes et leurs assistants apparaissent fréquemment dans les pages.
C’est ainsi qu’Alice apparaît dans Superman #39, quand Clark accepte définitivement l’offre d’emploi qui lui a été faite (on remarquera encore Whit). Pour la petite histoire, et outre la blague sur les lunettes qui rendent méconnaissable, ce numéro est mémorable pour son épatante couverture, mais aussi pour son intrigue, qui donne une suite à un récit de civilisation perdue datant de la période Byrne tout en résolvant le subplot concernant le père de Jimmy Olsen : encore une réussite de Roger Stern, cette fois aidé par Kerry Gammill et Bob McLeod.
On retrouve la jeune femme dans Adventures of Superman #461, écrit et dessiné par Dan Jurgens (avec un encrage de George Pérez). On remarque qu’elle porte l’un de ses sweat shirts fétiches floqués du logo du Daily Planet dans lesquels elle fait ses régulières apparitions, qu’elle semble avoir un peu progressé dans l’échelle sociale du journal, mais aussi qu’elle paraît dissimuler un secret qu’elle n’est pas prête à dévoiler. Jurgens s’amuse à jouer la carte du mystère, d’autant que celui qui utilise, d’ordinaire, le débarras de la rédaction, surtout s’il dispose d’une fenêtre, c’est Clark.
On en arrive donc à Adventures of Superman #462. Daté de janvier 1990, il paraît vers octobre-novembre et s’inscrit dans la grande tradition des récits de Noël, où les personnages partagent cadeaux et amitié avec des malheureux dans la froidure et la neige. L’épisode s’ouvre sur Clark qui doit se changer en hâte afin d’aider un chantier de construction à vaincre ses soucis techniques. De retour au Daily Planet, il rencontre une atmosphère plutôt glaciale, mais la rédaction a fait semblant de le bouder afin de mieux le surprendre et lui souhaiter bonne chance pour sa nouvelle aventure éditoriale. À l’occasion d’un subplot, on a des informations sur Luthor, qui se débat encore avec Brainiac, ce dernier étant parvenu à contrer les manipulations du magnat (là aussi, une intrigue qui a commencé au début de l’année).
S’éloignant un peu de ces collègues journalistes qui lui témoignent leur soutien, Clark perçoit des sanglots. Ses pouvoirs lui permettent de découvrir, de l’autre côté de la porte du cagibi, Alice qui pleure.
Bien entendu, il propose son aide à la jeune femme qui travaille depuis de six longues années dans les mêmes locaux que lui, et très vite, Perry et Lois sont au courant.
Alice raconte donc son histoire, un récit somme toute classique, surtout en Amérique : un accident de la vie, des factures qui s’accumulent, un propriétaire peu conciliant… On dirait un documentaire sur l’Amérique d’aujourd’hui, et visiblement, à la fin 1989, c’était déjà comme ça. Le récit bouleverse les membres de la rédaction qui proposent leur aide.
Le scénario est écrit par Roger Stern, qui connaît bien la série et, surtout, qui dispose d’un talent évident pour faire s’exprimer les personnages selon des schémas cohérent : la compassion un peu paternaliste de Clark, l’énergie décisive de Perry… Dans la bouche de ce dernier, il met des paroles qui renvoient directement à l’épisode de Byrne ou le rédacteur en chef et l’assistante plaisante ensemble.
L’une des premières conséquences est un article de Perry White, dont le scénario nous donne à lire les grandes lignes tout en regardant de quelle manière il impacte les Métropolites.
Homme d’action, Perry abrite un temps Alice chez lui, avant de mettre en branle son réseau et son influence afin d’obtenir à sa subalterne un salaire suffisant pour qu’elle obtienne un logement. Le scénariste en profite pour opérer un petit changement : « Alice » est également le prénom de l’épouse de White, et la présence de celle-ci est le prétexte pour que nous apprenions que la jeune coursière est souvent appelée « Allie », un prénom sous lequel elle apparaîtra par la suite.
L’épisode est une petite réussite d’humanité, pétrie de bons sentiments, un peu prévisible, mais charmante et optimiste. Le récit se conclut par une énième visite à la ferme des Kent, sorte de phare servant de repère à Clark dans cette version post-Crisis. Le scénario de Roger Stern est sensible et équilibré, très humain sans jamais oublier les intrigues en cours. Jurgens assure bien, et l’encrage d’Art Thibert, plus cassant, donne à la fois de l’énergie et un niveau de détail vraiment agréable.
Quant à Alice, rebaptisée Allie, elle continue à faire quelques apparitions, jusqu’à la période, bien des années plus tard, où le Daily Planet est menacé de rachat au sein du groupe LexCom (là aussi, une intrigue qui se nourrit d’éléments posés depuis longtemps dans les comics).
Comptant parmi les personnels licenciés, Allie trouvera un nouvel employé dans un fast-food, à la grande surprise de Jimmy Olsen dans Adventures of Superman #564.
Encore bien des années plus tard, Dan Jurgens se souviendra d’Allie en la faisant apparaître dans Action Comics #965. On remarquera qu’il s’agit d’une période où la continuité de Superman est restaurée et l’apparition d’Allie semble jouer un rôle symbolique, comme l’affirmation d’une formule et d’un casting qui ont fait leurs preuves.
Jim