On en a parlé récemment, je reviens donc rapidement sur ce TPB, Lois & Clark: The New Adventures of Superman, que j’ai ressorti de mes étagères pour le refeuilleter :
Le recueil s’ouvre sur une préface de John Byrne, chose un peu étonnante puisque le sujet de cette compilation est l’évolution du couple, notamment après son départ en 1988. L’auteur rappelle l’évolution de Lois (surtout elle) et Clark depuis leurs débuts en 1938, déplorant que la jeune journaliste a cessé peu ou prou d’être une « career woman » dans les années 1950, à l’image de la société américaine. Il revient sur ses interrogations d’auteur, nourries par ses premières lectures, et aussi sur l’importance de l’interprétation que Christopher Reeve a donnée du personnage. Texte assez intéressant.
C’est aussi une démonstration du plaisir qu’éprouve John Byrne à parer Lois Lane de nombreuses tenues différentes (bon, il ne s’ennuie pas non plus avec Cat Grant, reconnaissons-le…).
J’aime particulièrement cet épisode, pour mille raisons, parmi lesquelles la capacité à moderniser un classique un peu rétro et culcul du patrimoine supermanien, l’occasion de parler de la maltraitance animale et la caractérisation forte et réussie. Sans parler bien entendu des planches de Ron Frenz et Brett Breeding.
Parmi les épisodes que je n’ai pas évoqués la première fois que j’ai conseillé ce recueil, il y a la première rencontre entre Superman et Mister Mxyzptlk en version post-Crisis (dans Superman #11), où Byrne s’ingénie à représenter le nabot de la Cinquième Dimension sous les traits d’un bellâtre appelé Ben DeRoy et évoquant le Beyonder de Jim Shooter, petite pique revancharde dans la vieille tradition des transfuges entre éditeurs.
Je serais curieux de connaître la lecture que peuvent en faire les jeunes aujourd’hui, tant Lois est présentée comme évaporée et volage puis placée dans le rôle de la victime et réduite à l’état de mannequin. L’épisode est présent au sommaire sans doute à cause de sa dernière séquence, quand Lois découvre la relation qu’entretiennent Clark Kent et Cat Grant.
Dans un genre d’idées un peu voisin, le recueil compile également une back-up intéressante, « Metropolis 900 Mi » (parue à l’origine dans Superman #9, où le héros affronte le Joker), où Luthor tente de manipuler une serveuse d’un restaurant routier. Le récit n’implique ni Lois, ni Clark, mais insiste sur le côté « prédateur sexuel » (pour employer une terminologie qui n’existait sans doute pas à l’époque) du magnat : certes, d’autres auteurs ont fait nettement plus explicite sur le sujet du droit de cuissage exercé par le patron, mais le récit a un bon rythme, une caractérisation forte et servira de socle à une péripétie quand Lex Luthor, quelque treize ans plus tard, se lancera dans la campagne pour la Maison-Blanche.
Le sommaire accueille également une back-up extraite d’Action Comics #600 et consacrée à Lois Lane, en infiltration. L’intrigue est signée John Byrne, les dialogues Roger Stern et les dessins Kurt Schaffenberger, un illustrateur durablement associé à Lois dans les années 1950 et 1960.
Autre épisode compilé, Adventures of Superman #445, dans lequel Jimmy Olsen fait face à Brainiac sur fond de drame social autour des clochards. L’épisode se situe à l’époque où Lois fréquentait José Delgado (alors coincé sur une chaise roulante).
On trouve bien entendu Adventures of Superman #462, un épisode de Noël écrit par Roger Stern et dessiné par Dan Jurgens, qui met l’accent sur Alice, l’apprenti journaliste à tout faire au sein de la rédaction du Daily Planet (et donc nous avons déjà évoqué le parcours).
Alors je me suis un peu avancé, en 2018, quand j’ai affirmé cela. La mémoire, tout ça… Les fiançailles, oui, la révélation de l’identité, non.
En fait, le recueil se conclut sur la republication de deux épisodes. d’abord Adventures of Superman #466, qui marque l’apparition d’un quatuor de cosmonautes finissant mal après l’exposition à des radiations cosmiques : ce pastique des Quatre Fantastiques est aussi la première aventure impliquant Hank Henshaw, chef d’équipe, qui sera appelé quelques années plus tard à entamer une carrière respectable en tant que Superman Cyborg.
La fin de l’épisode montre l’officialisation de la relation entre Lois et Clark, et la ruine des derniers espoirs de José Delgado.
Le tout dernier chapitre est la réédition d’Action Comics #655, un épisode où, une fois de plus, Lois est en infiltration. Le scénariste Roger Stern et le dessinateur Bob McLeod la confrontent au chef d’un groupe paramilitaire dans Habitat, l’étrange lieu sylvestre créé par Kirby et repris dans les aventures supermaniennes depuis quelques années. Pour l’anecdote, l’adversaire en question, Morrison, est le fils d’un autre fou de guerre dans un épisode dessiné par Jerry Ordway quelques années plus tôt : avec Roger Stern, les derniers fils d’intrigue sont bouclés.
L’épisode contient un bonus, une plongée dans le livre de photos de la famille Kent, qui n’est pas repris dans ce recueil mais que j’ai vu récemment : peut-être dans le gros albums fêtant les quatre-vingts-cinq ans du personnage et publié par Urban, il faudrait que je vérifie.
On notera que le papier de l’époque, assez agréable, un brin cheap, aux antipodes du papier glacé affectionné par trop d’éditeurs des deux côtés de l’Atlantique, rend justice aux couleurs en les absorbant un peu sans jamais les éteindre.
Petit bémol, les couvertures ne sont pas reproduites et les épisodes sont enquillés les uns après les autres sans transition : à l’ancienne, quoi.
Jim