GLASS (M. Night Shyamalan)

Alors…
Puant d’orgueil, je ne sais pas, mais raté, sans aucun doute.
Oui, il y a un clin d’œil au genre qui cartonne en salles. Mais le vrai drame de ce film, c’est qu’il est écrit pour donner une cohérence à un univers, alors que ni Incassable ni Split n’en avaient besoin, et qu’il enquille les mauvaises idées. À un point que c’en est aberrant.
McAvoy est le plus méritant du trio d’acteurs. Il fait de son mieux pour incarner ses personnalités multiples. Il le fait bien. Mais Shyamalan est tellement à côté de son sujet qu’il n’en tire pas une bonne matière. Quant à Willis, il ne mérite pas les reproches que tu lui fais sur ce film-là, Lord. La liste des navets où il est au minimum syndical est déjà bien assez longue comme ça. Dans le film présent, il joue juste. C’est le scénario qui est en carton, et le réalisateur aux abonnés absents. L’arythmie du fight final à rallonge en est la démonstration la plus triste.
Mêmes les twists finaux - sa spécialité - sonnent creux. Ils sont balancés sans génie.
Dommage de finir sur cette note.

Je lis ça à l’instant dans le journal local … j’ai pas vu le film, mais y a comparaison qui me fait monter ma température interne … j’ai quand même l’impression que la vision du super-héros DC et Marvel est mono-prismatique (je pense que ça ne va pas ensemble, en fait, mono et prismatique)

https://www.ouest-france.fr/culture/glass-6180872

J’aime bien le “trait d’union inespéré entre Incassable et Split”. Moi, personnellement, je n’espérais rien. Au contraire.

Jim

Vous savez ce qu’il y a de plus affligeant dans le propos que Shyamalan tente de développer dans son film ? C’est que, donc, certains critiquent se branlent la nouille dessus heureux de trouver un contrepoint cérébrale aux “horreurs” de Marvel.

Ok, pourquoi pas. Mais bon quand on réfléchis un tout petit peu on se dit qu’il y a quelqu’un qui a déjà traité tout ce qu’a fait le Schpountz ici au sein d’un film et de sa suite. Un mec du nom de Brad Bird

Tellement inespéré qu’il était posé à la fin de Split

Laisse la température redescendre, ce n’est pas de la critique de film, c’est dix lignes de rien données à remplir à quelqu’un qui n’a rien à dire. Au coup d’œil, ça aligne tellement les généralités, les idées reçues et les formules toutes faites à l’emporte-pièce, que ça pourrait parfaitement été écrit par quelqu’un qui n’a pas même vu le film. Si ça se trouve, c’est le cas, d’ailleurs.

(À comparer avec ceci, allez, au pif… ou presque…)

Il faut être honnête : si Incassable était sorti quinze plus tard, tout le monde aurait crié au génie (souvenez-vous de l’accueil de Chronicle de Josh Trank, qui ne boxe pourtant pas tout à fait dans la même catégorie…). Sauf que le film de Shyamalan est sorti en 2000, à un moment où bien malin qui pouvait encore se douter de la vague de films de super-héros qui allait déferler, et auquel il pourrait faire “contrepoint”. Et qu’il est passé largement pour un film mineur coincé entre Sixième Sens et Signes (deux films que personnellement je trouve surcotés, pour ne pas dire carrément foirés).

Tant pis pour eux comme pour lui.
Ça finit de l’enterrer, à mes yeux.

J’ai aimé Sixième sens à la première vision : le fait de m’être fait balader grâce à des cadrages ingénieux et à un certain sens du silence (Shyamalan n’était pas encore trop bavard, à l’époque). Depuis, c’est l’un de ses films que je revois avec le plus de plaisir.
Au contraire, Incassable m’avait un peu déçu, à l’époque. La déconstruction m’avait semblé un peu trop poussée, et surtout la galerie d’art, avec des dessins assez moches et pas pensés en termes d’histoire des comics (foutre un tâcheron post-Image pour représenter l’ère Adams…) m’avait complètement fait décrocher. J’ai appris à l’apprécier, ce film, mais il m’a laissé un brin circonspect, au début.
Quant à Signes, c’est un peu pareil, j’ai appris à l’aimer, à cause de sa construction, de l’implication des acteurs, mais au début, j’ai trouvé ça super décevant.
Et je me rends compte que si j’aime une bonne partie de la filmo, j’ai toujours pensé confusément que Shyamalan vivait sur une première réussite, et n’avait pas réussi à dépasser ça. Et je continue à le penser.

jim

Tu amoindris grandement l’accueil du film et le contexte de l’époque. Si celle-ci était sans commune mesure avec aujourd’hui, on est dans une période d’arrière comète de la Batmania, où les X-Men ont un gros succès, où Matrix a remis dans l’air du temps les super-héros et où Spider-Man est en production. 6ème sens est de plus sorti en début d’année en France est son immense et inattendu carton est encore dans les mémoire. Incassable à fait la couverture de plusieurs magazines et notamment d’Impact et l’Ecran Fantastique.

Difficile alors de dire que personne ne s’est enthousiasmé dessus et il était impossible à l’époque de le considérer comme un film mineur

Il y a un truc malin je trouve dans cela. Ça contribue à insinuer dès le départ la méchanceté d’Elijah (en plus de son code couleur vestimentaire). Alors que sa mère se sert d’un comic pour le faire sortir de chez lui, on découvre qu’il considère par la suite ceux-ci comme une forme d’art auquel les enfants n’ont pas à avoir accès. Cela s’oppose à David Dunn dont la mythologie se construit à travers les yeux de son fils.

En retour on remarque aussi qu’Elijah, alors blessé et au plus bas, retrouve sa foi dans un comicshop tout ce qu’il y a de plus classique.

Faut pas tout mélanger non plus. La queue de comète de la Batmania avait quand même pris un sale coup grâce à Joel Schumacher. Le rapprochement de Matrix avec le genre super-héroïque n’avait rien d’une évidence pour le grand public — à supposer que ce soit une évidence maintenant, ce qui me semble discutable. Spider-Man était en production, la belle affaire, il était “en production” depuis le milieu des années 80, je ne suis même pas sûr que Raimi avait déjà été choisi comme réal’ en 2000 (il y a eu tout une période de flottement après le désistement de James Cameron) ; le film lui-même, du reste, est sorti deux ans plus tard, c’est facile de faire de la “prospective a posteriori”… mais dire : “bien sûr qu’en 2000 tout le monde sentait que les super-héros étaient dans l’air du temps, Spider-Man allait sortir deux ans plus tard”, c’est absurde. Reste le succès du premier X-Men l’été avant la sortie du film de Shyamalan, oui. Mais c’était quand même pas encore la vague emportant tout sur son passage qu’on connait aujourd’hui avec le MCU et le DCEU.

Quant à faire les couvertures — outre le fait que tu cites des magazines assez “spécialisés” et que là on parlait plutôt de la réaction de la critique mainstream — c’est de la promotion qui précède, plus ou moins largement, la sortie des films. Combien de films ont fait la une de mags des mois à l’avance avant de se faire dézinguer quand on a vu le produit fini ?

Et oui il y avait une Shyamalan-mania suite à la sortie de Sixième Sens, mais c’est justement par contraste qu’à la sortie du film le film a été assez largement accueilli comme une relative déception. Et si tu ne veux pas croire les souvenirs que j’ai de l’époque, il suffit de regarder les chiffres. Sixième Sens : 85 % de critiques positives selon Rotten Tomatoes ; Incassable : 68 %. Sixième Sens : 293,5 millions de dollars de recette sur le territoire nord-américain, 672,8 millions au niveau mondial ; quasiment 8 millions d’entrées en France. Incassable : 95 millions de dollars de recette seulement sur le territoire nord-américain, 248 millions au niveau mondial (autrement dit moins que ce que le précédent avait fait rien qu’aux U.S. et Canada) ; moins de 3,5 millions d’entrées en France. C’est quand même pas loin de la déculottée.

Alors que, je le répète, Incassable en tant que film me semble assez largement supérieur à Sixième Sens. Le premier me semble beaucoup reposer sur des effets qui ne sont franchement pas aussi bien maîtrisés que ça. Franchement, à la troisième fois où le montage fait un cut entre Bruce Willis devant la porte fermée de son bureau et Bruce Willis de l’autre côté de la porte fermé de son bureau, ça va, quoi. Incassable, en revanche, dans son genre, ça me semble pas loin d’une certaine idée de la perfection, dans le sens où on on ne pourrait rien en retirer : le moindre mouvement de caméra, la moindre ligne de dialogue donne l’impression d’être essentiel, c’est au cordeau, pas de “gras”, pas de superflu, c’est assez impressionnant de ce point de vue-là.

Totalement*. Heureusement que ce n’est pas ce que j’écris. Tu devrais un peu faire attention avec cette manie de faire dire à tes interlocuteurs ce qu’ils n’ont même pas pensé c’est pas la première fois que je t’y prend.

Je ne vais pas revenir sur chacun des points de contre-argumentations c’est inutile parce que tu sembles t’offusquer sur totalement autre chose que ce je disais. Quitte à répéter des choses que j’ai écris.

Dans le message que j’ai cité, tu semble faire une corrélation entre la médiatisation du genre super-héroïque et l’accueil critique du film (“Il serait sorti 15 ans plus tard tout le monde crié au génie” belle prospective a priori au passage). C’est sur cela que je ne suis pas d’accord puisque le film à eu un traitement tout à fait logique et normal (avec des journalistes très enthousiastes) et que le genre super-héroïque n’était pas alors quelque chose d’inconnu.

*et je dirais autant qu’écrire qu’Incassable, au moment de sa sortie, était considéré comme un film mineur bloqué entre 6ème sens et Signe (film que bien sur tout le monde connaissait alors)

C’est bien cette année-là qu’il a eu le job. Tout du moins l’année de l’annonce officielle :

« I got the job for Spider-Man in 1999. »

Mad Movies avait même fait un article pour l’annoncer et, mes souvenirs sont exacte, je me rappelle même avoir lu un petit article dans Le Parisien de l’époque

Je ne m’offusque pas, je débats. Et je répète ce avec quoi je suis d’accord, pour dire que je suis d’accord. C’est-à-dire en l’occurrence un point et demi sur les six que tu soulevais.

En même temps si quand je répète tu me reproches de répéter, et quand je reformule tu me reproches de reformuler, le débat risque de ne pas aller loin.

Oui mon message initial faisait de la “prospective”, mais je me permets de ne pas placer tout à fait sur le même plan une hypothèse uchronique purement théorique — tout le monde sait que le film n’est pas sorti en 2015 — et un argument “réécrivant le passé” en justifiant un point A par un élément de contexte B qui lui est, en fait, postérieur, en aplanissant le tout sous la même perspective. Maintenant, si tu considères que je te fais dire ce que tu n’as pas dit, je t’en prie, ne te gêne pas pour clarifier ton propos initial (ce que tu n’as pas fait dans ta réponse).

Histoire de balayer devant ma porte, ma formulation était effectivement maladroite quand j’évoquais Signes. Pour clarifier ce “court-circuit”, ce que je voulais dire est qu’Incassable a été majoritairement accueilli à sa sortie comme une déception par rapport à Sixième Sens et que cet avis a été reconduit à la sortie de Signes avec un consensus pour saluer le retour d’inspiration de Shyamalan au niveau de Sixième Sens, Incassable se trouvant de facto, au moins pour un moment (la revalorisation est arrivée plus tard) relayé au rang de film mineur entre les deux.

Maintenant, dire qu’il y a eu déjà à l’époque “des journalistes très enthousiastes” n’est pas faux, strico sensu, mais ne veut pas dire grand chose non plus au niveau des grandes tendances. Les chiffres que j’ai donnés montrent qu’objectivement il y a eu nettement moins de journalistes enthousiastes que pour le film précédent, et que le public n’a pas suivi.

Quant à affirmer que “le genre super-héroïque était alors quelque chose d’inconnu”, ce n’est absolument pas ce que j’ai dit (tu devrais un peu faire attention, etc., etc.) ; j’ai dit qu’à l’époque on n’était pas du tout dans les proportions de “la vague de films de super-héros qui allait déferler”. Techniquement, les films de super-héros existent depuis presque aussi longtemps que les super-héros. Mais leur domination sur le paysage culturel varie d’une époque à une autre, c’est l’évidence.

Deux films Batman dans les années 90, un X-Men à l’été 2000, ajoutons un Spawn entre les deux. Blade n’a pas vraiment été perçu par le grand public comme un “film de super-héros” (Matrix encore moins, et pour cause). Spider-Man n’était encore qu’un projet. Du coup, ouais, je pense pouvoir affirmer que la perception du genre, à l’aune de trois-quatre films sortis lors de la décennie précédente, n’était pas tout à fait la même qu’à l’heure actuelle, où sur une période semblable Hollywood a aligné plus de quarante adaptations à gros budget de DC et Marvel, avec les résultats au box office que l’on sait.

Je prends note.

Tu peux l’affirmer et tout le monde sera d’accord, j’ai moi-même posé ce point dès le départ d’où mon étonnement à te voir mettre ce point en avant pour appuyer un propos qui me parait un peu obscur. Maintenant je voudrais bien savoir ce que cela à a voir avec ce dont on discutait c’est à dire la réception critique du film qui aurait été différent (“tout le monde aurait crié au génie”) si celui-ci était sorti aujourd’hui. Je pense que non (notamment sur la question du contexte vis à vis du genre mais on pourrait également s’appuyer sur l’image dégradé du réalisateur), toi c’est l’inverse. Je trouve tes argument intéressant à l’exception de l’appuie sur Rotten Tomatoes ou les chiffres du box-office qui s’il montre un succès moindre que le gigantesque succès surprise de 1999 n’appuie en rien l’idée d’un échec (surtout si on compare par rapport à son budget)

5 :wink:

J’en compte trois, moi :

  1. Batman - Le défi
  2. Batman forever
  3. Batman et Robin

Tori.

Le compte est bon avec Mask of the Phantasm et SubZero.

Oncle Hermes parlait des films live, je crois… De plus, SubZero est sorti directement en vidéo.

Tori.

Oui oui, tout ça, c’est assez malin.
Ce que je veux dire, c’est qu’ils auraient pu se payer les services d’un Rich Buckler ou d’un Ron Frenz pour faire une chouette copie de Neal Adams ou Jack Kirby, afin de séduire les fans (comme moi). Parce que, face au discours du galeriste qui explique la grosse mâchoire et tout ça, moi, personnellement, j’étais déjà sorti du film. C’est bien joli de déconstruire, c’est bien joli de s’adresser à autre chose que les fans, mais si on largue les fans, dans ce genre de propos, c’est ballot.
Il m’a fallu des années avant que je revienne à de meilleures dispositions vis à vis du film.

Jim

Mais je pense que les deux ont servi de tremplin au genre. Parce que bon, pas percus par le grand public, ouais. Mais perçus par les fans. Et par les producteurs. Ces derniers ont compris un truc avec Spider-Man, c’est qu’il fallait s’adresser au papa, qui était prescripteur à l’époque (parce que ancien lecteur, blablabla). Et s’ils ont compris ça, c’est sans doute parce qu’ils ont vu un film “de vampires” à peu près fidèle au personnage et aux codes, et un film de SF qui reprenait les codes, justement.

jim