HAPPY ! t.1-15 (Naoki Urasawa)

C’est tout le charme des mangas, ça !
:wink:

Jim

Hé hé, c’est sûr mais quand on a droit à 3000 pages de grandes qualités, quel bonheur. Banana fish, j’ai adoré par exemple. Caractérisation des personnages, enjeux dramatiques, rythme…
Happy ! par contre. J’avais un peu l’impression de regarder une série Netflix. Faire en huit heures ce qu’on peut faire en deux.

Ça me tente, ça.

Hahahahahahaha.
C’est pas la première fois qu’Urasawa tire à la ligne. Il fait ça très bien, d’ailleurs, il est rusé et roublard. Mais je dois avouer que ça passe mieux chez moi quand il me fait rire que quand il veut m’inquiéter.

Jim

Oui, mais dans Pluto, j’avais trouvé que fil était tiré avec finesse. Que l’émotion restait au premier plan.
Dans Monster, il tire trop à mon goût mais j’adhère quand même.

20th Century boys par contre, j’ai adoré le premier tiers/première moitié et me suis ennuyé comme un rat mort ensuite.
Parce que je considère qu’il triche.
Des trucs comme : « Qui ça pouvait être ? Nous n’étions que trois ce jour-là ! Or nous sommes tous là. » Et trois tomes plus tard, « Ah en fait nous étions quatre, on avait oublié untel. C’est donc lui le coupable. »
Je n’arrive plus à y croire, je vois la formule et plus le récit. Donc l’émotion reste à quai.
Et j’avais le même souci avec Happy ! A mon sens, il triche avec cette fille qui ne voit jamais rien. Très vite je n’y crois plus.

Alors peut-être que par la suite les choses évoluent mais jusqu’au cinquième tome, j’attendais toujours que ça démarre.

L’une des très rares séries de bd que j’ai abandonné en route.

C’est vachement plus court, aussi : huit tomes simples. Il est sec, économe.

Y a quelques longueurs. Son errance à la Bruce Banner vers le début, c’est sympa, mais bon, on sent qu’il gagne du temps (et il ramènera plus tard des personnages, ça justifiera cette rallonge…). De même, l’incendie dans la bibliothèque, c’est long.

Oui, complètement : il fait tout un épisode sur Miyuki qui cavale en tous sens à la recherche du troisième court et qui échoue sur un chantier de construction. Clairement, il joue la montre, il délaie. Du Balzac, quoi !
:wink:

En fait, ça a déjà démarré. Depuis longtemps. Depuis le moment où elle décide de reprendre le tennis. En gros, deux ou trois chapitres. Mais en fait, Urasawa utilise des techniques narratives de vaudeville : confusion d’identités, quiproquos, absence, portes qui claquent, tout ça…

Moi, ça me surprend, parce que je m’attendais à un truc soit chiant (le tennis) soit sordide (le lupanar). Et il louvoie entre les deux, rajoutant des personnages qui repoussent l’échéance au rythme où Miyuki franchit ses obstacles. Et j’avoue qu’il me fait bien marrer à faire ça.

Jim

C’est en ça que je fais un parallèle avec Netflix. Oui ça a démarré depuis longtemps. Mais les enjeux placés n’avancent jamais. En ce sens, le côté feuilletonesque ne fonctionne plus pour moi. Et au bout de 1000 pages je finis par lâcher.
Un peu a contre cœur parce que oui, il y a des qualités indéniables, mais j’ai besoin d’enjeux, que ça avance, y compris dans la caractérisation des personnages. Et la jeune fille (Miyuki donc ?) m’a achevé.

Sans doute y lis-tu des subtilités qui m’ont échappées.
Pour ça aussi que je suis curieux de lire ton avis sur les cinq premiers tomes.

C’est clair qu’en amenant de gros méchants dont dépendent les méchants du début, qui ont d’autres projets, Urasawa offre à la promesse du lupanar un moratoire à rallonge. C’est aussi, je pense, une manière de dire que ce n’est pas là le plus important.
Un peu, d’ailleurs, comme dans certains contes où la première menace n’est pas la vraie menace. (En fait, Miyuki, c’est James Bond !)

On a tous des clés de lecture auxquelles on est plus sensible que d’autres. Moi, ici, c’est la relecture des contes. Je trouve ça marrant. La scène de la paire de baskets sur mesure, en guise de soulier de vair, ça m’a fait marrer.

J’avance dans le troisième. Je me marre pas mal. Qu’il est con, ce Keishiro.

Jim

Je suis bien d’accord, mais comme j’ai vite compris, j’attends le véritable enjeu. Qui tarde à venir. Qui prend son temps peut-être. Qui se fait attendre.
Y a moyen que Godot déboule avant.

HAHAHAHAHAHAHAHA

Jim

C’est plus vicieux que cela et sans dénié le fait d’étirer l’intrigue (parce qu’éditorialement il faut continuer), il y a une cohérence dans cette idée. Celle de l’ignorance et de la mort sociale, un des aspects centrales de l’histoire de 20th notamment par l’évolution et la construction des personnages vis à vis de la vision des autres et le seul qui n’en est pas l’objet se trouve être AMI

(dont l’identité est révélée dans l’une des premières scènes de la BD si je me rappelle bien)

Oui mais il y a aussi une réflexion et une déclaration d’amour, à l’œuvre fictionnelle.
A la musique (Urasawa en est féru) et bien sûr aux manga, aux feuilletons.
Et puis je n’y ai pas cru.
Or, et c’est ce que je trouve magnifique dans la fiction, c’est que j’y crois, que j’accepte d’y croire.

Des couleurs et du texte sur des feuilles de papier et j’y vois un monde. Extraordinaire.
Mais si je n’arrive plus à y croire, alors que je le souhaite ayant adoré le début, ça passe à côté pour moi. Je n’ai justement plus la fiction mais l’artiste qui montre qu’il fait de la fiction.
Et ça, d’une certaine manière, je m’en fous un peu.

Mais tant mieux si d’autres ont adhéré jusqu’au bout.

En lisant Happy!, je me faisais la réflexion suivante : les personnages d’Urasawa sont souvent des gens très doués dans un domaine mais qui sont amenés soit à le quitter et à y revenir par la suite (Miyuki a abandonné le tennis avant le début du récit, Tenma a abandonné la chirurgie sous la contrainte, les deux Kevin qui renoncent au dessin dans Billy Bat avant de renouer avec leur activité…), soit à relever un défi au sein de ce domaine d’expertise (Tenma doit revenir le chirurgien génial qu’il était afin de résoudre l’insoluble défi moral qui l’attend, Miyuki doit reprendre le tennis).
Et d’une certaine manière, sachant que ce sont des virtuoses qui inventent des formes, ils accèdent au rang d’artiste, quelque peu (Asa au manche de son avion est un peu dans ce cas aussi…), et servent de vecteur pour Urasawa, qui explore à chaque le mystère de la création. Dans Monster, la « création chirurgicale » qui devient un danger…

Cela implique un « pacte de lecture », en quelque sorte. Mais ce pacte varie à chaque œuvre, à chaque auteur, à chaque lecteur aussi. Dans mon cas personnel, j’ai accepté le pacte de lecture « pastiche de conte », ce qui me permet de lire la série non pas comme un suspense, mais comme une aventure humoristique.
Peut-être aussi qu’inconsciemment, je cherchais aussi à rompre un peu avec l’Urasawa « maître du suspense » qui plaît tant à la critique, et que j’ai été sensible à une autre facette de son travail.

Jim

Je comprends.
Mais je crois que ce « pacte de lecture » a été rompu avec que j’ai appelé de la triche. Et j’ai peut-être été déçu qu’« on » ait cassé mon jouet en somme.

Il triche aussi dans ses polars.
Mais les intentions ne sont pas les mêmes.

Et pour ma part, j’aime bien voir les mécanismes. Je les vois aussi dans Monster, ou dans Pluto : quand il consacre un épisode à un élément différent, c’est intéressant. Pareil quand il répète une séquence afin de lui offrir un éclairage différent, ou un sens complémentaire…

Sauf qu’ici, le projet n’est pas le suspense. Mais plutôt le cocasse, la comédie de situation. Je pense vraiment qu’il écrit son vaudeville, et le principe du vaudeville, c’est de constamment repousser les révélations à plus tard.
Un vaudeville avec un candide au centre.

Jim

J’entends.
Mais la qualité d’un vaudeville réside, à mon sens, dans le rythme (comme tout oeuvre bien sûr mais c’est particulièrement vrai dans le vaudeville) et la surprise.
Important d’avoir un ou deux coups d’avance sur le spectateur. Tu lui fais croire qu’il sait ce qu’il va se passer et finalement, paf, c’est pire encore. Et ça fait rire.

Disons que sans surprises, je ris moins. Et si en plus le cocu ne rentre jamais chez lui…

Hier soir, j’ai fini le tome 3 en quelques bouchées.
Question rythme, j’étais dedans.

Jim

Dites, les amis culturés, je me posais une question : hier soir, en lisant mon troisième tome de Happy!, je me disais que ce format était vachement agréable : plus grand que le format tankobon, mais pas aussi grand que certains Taniguchi ou la récente édition de Blue Hole / Blue World, c’est très agréable, assez en adéquation avec le nombre de cases et le lettrage.
Est-ce que vous savez si ce format a un nom ? Moi, je l’associe à plein d’édition qualifiées de « Perfect », mais je me demande si c’est le nom officiel. Je pense que non.

Jim

C’est un roman graphique, voyons, Jim !

Un roman fleuve, alors, parfois !

Jim

Lors des grandes marées et des tempêtes.