IL ÉTAIT UNE FOIS LA RÉVOLUTION (Sergio Leone)

Western/guerre
Long métrage italien/espagnol/américain
Réalisé par Sergio Leone
Scénarisé par Sergio Donati, Luciano Vincenzoni et Sergio Leone
Avec Rod Steiger, James Coburn, Romolo Vali, Maria Monti, Rik Battaglia…
Titre original : Giu la Testa
Année de production : 1971

La révolution n’est ni un dîner de gala, ni une œuvre littéraire, ni un dessin, ni une broderie. On ne la fait pas avec élégance et courtoisie. La révolution est un acte de violence. (Mao Tsé-Toung)

Il était une fois la Révolution n’est généralement pas le premier titre qui vient à l’esprit lorsque le deuxième grand cycle de la carrière de Sergio Leone est évoqué, un peu éclipsé entre les monumentaux Il était une fois dans l’Ouest et Il était une fois en Amérique. Leone n’avait même pas l’intention de le réaliser, juste de le co-écrire et de le produire en le confiant à un réalisateur capable de suivre ses traces et de reproduire ses effets et son style. Peter Bogdanovich avait notamment été envisagé avant de renoncer parce qu’il pensait qu’il ne pouvait pas imprimer sa personnalité au projet.

Sergio Leone a alors choisi son assistant Giancarlo Santi qui a débuté les prises de vues. Au bout de dix jours, les têtes d’affiche Rod Steiger et James Coburn ainsi que les producteurs ont exigé que Leone dirige lui-même le film…et fort heureusement, il a fini par accepter (la carrière de réalisateur de Giancarlo Santi fut très courte, seulement trois titres dont le très bon Le Grand Duel avec Lee Van Cleef sorti en 1972).

S’il mélange des éléments de western et de films de guerre, Il était une fois la Révolution s’inscrit pleinement dans ce sous-genre du western spaghetti qu’est le « zapata western », dont les histoires s’inscrivent dans des thèmes politiques et qui est souvent emmené par un duo formé selon la combinaison du révolutionnaire/bandit mexicain et d’un étranger débarquant sur le continent américain. Tout en respectant cette figure établie, Leone et ses scénaristes ont apporté plus de nuances à cette dynamique par le biais d’un regard plus critique et d’une déconstruction d’un « certain romantisme révolutionnaire » tout comme Il était une fois dans l’Ouest avait mis à mal une certaine vision romantique et hollywoodienne de l’Ouest américain (ce n’est pas pour rien s’il avait confié le rôle du monstre à Henry Fonda).

Il y a de l’humour dans la présentation de Juan Miranda (excellent Rod Steiger, qui a eu une relation de travail compliquée avec Sergio Leone avant de n’en dire que du bien après avoir vu le résultat final), plus truand que révolutionnaire. Après avoir ridiculisé une bande de notables racistes avec l’aide de son gang composé en grande partie de ses enfants, Juan fait la connaissance de John Mallory (impeccable James Coburn), un irlandais exilé et spécialiste des explosifs. Une rencontre mouvementée…mais après quelques accrocs (occasion de quelques saynètes souriantes), Juan et John acceptent de collaborer pour dévaliser la banque de la ville de Mesa Verde, le but ultime de Juan qui est loin de se douter qu’il va se retrouver plongé jusqu’au cou dans la révolution qui secoue son pays…

Le ton du métrage va se faire progressivement plus sombre, la description des événements ne manquant pas de passages forts et cruels (les exécutions collectives font froid dans le dos). Au milieu de ce chaos, il y a tout de même de la place pour un peu d’espoir et d’autres touches comiques comme lorsque Juan devient un héros malgré lui en libérant des centaines de prisonniers politiques alors qu’il croyait braquer une banque. Hélas pour le vagabond, son implication va lui coûter cher (magnifique interprétation de Rod Steiger dans la scène de la grotte, habilement mise en scène en dévoilant peu à peu sa portée dramatique)…

Le coeur de cette aventure picaresque est avant tout l’histoire d’amitié entre deux hommes que tout opposait à priori. L’intellectuel campé par James Coburn (dont l’histoire est révélée à travers des flashbacks qui se passent de mots pour laisser la place à la belle musique du maestro Ennio Morricone) reçoit même une leçon du naïf mexicain (comme Leone décrivait Juan) dans une discussion pleine de sens et de symbole. Et ce n’est que l’un des moments-clés d’un long métrage qui en compte beaucoup, mémorable deuxième entrée de ce qui a été appelé aussi bien la Trilogie Il était une fois que la Trilogie du Temps…et il aura fallu du temps à Sergio Leone pour la conclure avec Il était une fois en Amérique en 1984.

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Ouais :smiling_face_with_three_hearts: :heart_eyes:

Musique !

Ah ouais :heart_eyes:

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