[quote=« Leocomix »]
Donc c’est logique de recommencer avec un numéro 1 puisqu’on repart de zéro à chaque fois.[/quote]
Sauf que non, on ne repart pas à zéro à chaque fois.
[size=50](Déjà, je crois qu’on dit « repartir de zéro ».)[/size]
Fraction rebondit sur les idées de Brubaker concernant les mutants, Remender travaille sur les idées de Brubaker pour les Secret Avengers, Hickman travaille sur les concepts posés par Byrne ou d’autres dans Fantastic Four, la passation entre Bendis et Brubaker puis entre Brubaker et Diggle s’est passée en souplesse sur Daredevil…
Si c’était le cas, comme tu dis, alors chaque scénariste ferait table rase du travail de ses prédécesseurs. Et au final aucun ne ferait de grandes innovations ni ne construirait grand-chose à long terme, sachant justement qu’après son départ, rien ne portera à conséquence.
Mais ce n’est pas le cas. Ils continuent, chacun s’appuyant sur les briques posées par l’autre.
C’est d’ailleurs le charme des comic books, selon moi.
Pour l’essentiel, ils changeaient de titre et reprenaient la numérotation d’une autre série pour des raisons fiscales, pas pour des raisons marketing. Parce que ça leur coûtait moins cher de continuer sur une immatriculation déjà référencée que d’en enregistrer une nouvelle.
Donc rien à voir.
Explication donnée pour Flash. Mais au demeurant, quand Green Lantern a son propre titre, ou quand la Ligue de Justice a son propre titre, ça démarre au numéro 1. Donc l’explication est loin d’avoir un caractère universel, ne serait-ce qu’à l’époque.
Ah ouais, mais là, c’est parce que Marvel était limité par son contrat avec son distributeur, et que Goodman ne pouvait pas sortir autant de comics qu’il voulait. Donc refiler la numérotation, par exemple, de Tales of Suspense, à Captain America, tout en créant un titre Iron-Man, c’est au final ne créer qu’un seul nouveau titre. Ça plus l’explication fiscale citée plus haut, et on se rend compte qu’on est loin des trésors de rouerie aveugle du marketing d’aujourd’hui.
[quote=« Leocomix »]
Dans les années 40 et 50 on recommençait avec un numéro 1 chaque année (Air Fighters et Airboy)
Un nouveau numéro 1 attire l’attention d’un lectorat noyé par le nombre de séries (100 séries Marvel contre une douzaine dans les anneés 60) et a donc son utilité. [/quote]
Idéalement, oui.
Après, cent numéros 1, ça rend pas les choses plus claires.
Assez faux : dès son arrivée sur le titre, Hickman a eu une presse incroyable et une exposition de premier ordre. Sa première compilation en TPB bénéficie d’emblée du format hardcover, avec son nom mis en avant, ce qui témoigne de la confiance de Marvel et de la mise en chantier, dès le départ, d’un véritable plan de conquête. La renumérotation, c’est un peu plus d’effort pour pousser à la roue, mais c’est pas ça qui a révélé le génie à des masses innombrables.
Ça, on s’en doute.
Je dirais même que le revers de la médaille, c’est que la bonne promotion d’un comic book médiocre peut lui assurer un succès immérité, mais bon…
Non, le véritable souci de ces renumérotations aberrantes, qui ne correspondent que fort peu au contenu et à l’évolution des équipes artistiques et des statu quo, c’est qu’elles diluent complètement la continuité. Et à long terme, rendent de plus en plus complexe l’évolution d’un univers.
Je ne sais pas si tu as déjà fait attention à ce détail, mais il n’y a pas si longtemps, la quatrième de couverture des TPB listait les épisodes contenus. Cela permettait à un lecteur qui voulait compléter de se repérer dans la série, voire de classer ses achats dans l’ordre d’édition des fascicules. Bref, de reconstituer le puzzle dans l’ordre. Aujourd’hui, ça devient impossible. On a des séries de TPB qui s’articulent autour du titre (les TPB « New X-Men », par exemple, autour du travail de Morrison), et plein de TPB qui s’orientent autour des auteurs (Hickman sur Fantastic Four, par exemple). Bon, pourquoi pas. Mais le lecteur qui ne sait pas qui est Hickman ni où se situent ses épisodes dans la vaste histoire de la série, il fait comment ? Le gars qui voit « New » sur les épisodes de Morrison, et qui se dit « tiens, si c’est « nouveau », c’est que c’est plus récent », il va vers une déconvenue.
À long terme, c’est le marché de la librairie (dont on sait qu’il représente une belle grosse part pour les éditeurs américains sur leur territoire) qui devient plus difficile d’accès pour le fameux « nouveau lecteur » que tous les éditeurs nous affirment pourtant vouloir caresser dans le sens du poil. Et on sait très bien qu’une production pléthorique où il est difficile de se repérer, c’est pas bon pour un marché.
Dans la perspective de séries qui ont une continuité et évoluent dans un univers partagé, je demeure persuadé que les renumérotations sont stupides et contreproductives. En plus d’être relativement inutiles (pour les trois pelés et les deux tondus qu’elles attirent, elles finissent par perdre combien de lecteurs, paumés et lassés dans ce paysage toujours changeant ?). Ça me semble incohérent même par rapport à une volonté de construire de perpétuels cross-overs. Comme on l’a souligné plus haut, c’est de la navigation à vue : quand les récifs sortiront de la brume, il sera trop tard.
Après, je ne dis pas que ces nouvelles habitudes d’édition n’annoncent pas de nouvelles façons de faire. Il est fort possible que le marché du super-héros évolue vers des suites de mini-séries, ou de runs plus ou moins longs, confiés à chaque fois à une équipe nouvelle et repartant du numéro 1 à chaque nouveau volume. Dans ce cas, cela implique de freiner la continuité, de rester officiellement sur certains statu quo (mais bon, les rares évolutions dans les personnages sont déjà généralement suivies par des retours aux sources assez clairement marqués), et de réserver les histoires en univers partagé à l’apparition occasionnelle d’un autre personnage dans le récit, ou à des mini-séries dédiées à ces gros événements.
Bref, on aurait en gros un monde éditorial proche de ce que Stan Lee avait bâti dans les années 1960, mais avec une logique à la Disney : comme Mickey ou Donald, les super-héros seraient déclinés à toutes les sauces et les compteurs remis à zéro à chaque nouvelle aventure.
Ma foi, pourquoi pas.
Là, ça serait logique et ça pourrait marcher.
Mais dans la logique actuelle, c’est assez idiot, quand même.
Jim
