JE SUIS UNE LEGENDE (Sidney Salkow et Ubaldo Ragona)

REALISATEURS

Sidney Salkow et Ubaldo Ragona

SCENARISTES

Logan Swanson (Richard Matheson), William F. Leicester, Ubaldo Ragona et Furio F. Monetti, d’après le roman I am Legend de Richard Matheson

DISTRIBUTION

Vincent Price, Franca Bettoia, Emma Danieli, Giacomo Rossi-Stuart…

INFOS

Long métrage américain/italien
Genre : horreur
Titre original : The Last Man on Earth
Année de production : 1964

Suite au succès de l’adaptation cinématographique de L’Homme qui rétrécit (1957) signée Jack Arnold, les producteurs se sont vite intéressés aux autres écrits du romancier et scénariste Richard Matheson. Les droits de Je suis une Légende, publié en 1954, furent d’abord acquis par la Hammer. Comme pour L’Homme qui rétrécit, Richard Matheson s’est lui-même chargé du scénario mais la production s’est alors heurtée au refus de la censure britannique. Anthony Hinds, l’un des principaux responsables de la Hammer, a ensuite vendu le script à Robert Lippert, un de leurs associés américains et producteur de séries B.
Pour réduire les coûts, Lippert décida de tourner le film en Italie, avec une équipe et une distribution presque entièrement italienne…à l’exception de la star Vincent Price.

Richard Matheson était un grand admirateur de Vincent Price, qui était à l’affiche du Cycle de Poe réalisé par Roger Corman et en grande partie écrit par ses soins (La Chute de la Maison Usher, La Chambre des Tortures, L’empire de la Terreur, Le Corbeau)…et pourtant l’écrivain a toujours regretté le choix de l’immense acteur à la voix profonde pour le rôle du docteur Robert Neville (changé en Robert Morgan à l’écran), devenu le dernier homme sur Terre après qu’une épidémie ait transformé les humains en vampires.

Dans l’ensemble, Richard Matheson a avoué avoir été déçu par le résultat final produit pour un budget modeste, notamment par les réécritures successives et la réalisation, que l’on doit en grande partie à l’américain Sidney Salkow (qui venait de diriger Vincent Price dans le film à sketches Twice-Told Tales). Le scénariste et metteur en scène italien Ubaldo Ragona a également mis en boîte quelques scènes, sans être crédité dans les copies américaines du long métrage. Pour la petite histoire, Robert Lippert avait à l’origine assuré à Richard Matheson que le film serait réalisé par un Fritz Lang alors en fin de carrière.
Matheson a alors demandé que son nom soit remplacé au générique par le pseudonyme Logan Swanson.

Je ne partage pas du tout les réserves de l’écrivain à propos de Vincent Price. Par l’intermédiaire de la voix-off, le comédien déclame ses répliques comme s’il avait perdu tout espoir, ce qui contribue grandement à l’atmosphère extrêmement pessimiste de ce film d’horreur post-apocalyptique. Je suis une Légende parle dans un premier temps d’aliénation et de solitude et n’épargne rien des tâches morbides et répétitives de Morgan. S’occuper du générateur, remplir les réserves de nourriture, vérifier s’il ne manque pas d’ail, tailler des pieux en pointe, traquer des vampires pour les détruire, jeter les corps dans l’immense décharge à ciel ouvert et les brûler…

Une autre journée à affronter…je ferais mieux de m’y mettre…

Le noir et blanc, les montages de rues et de monuments jonchés de corps, les images saisissantes du bûcher funéraire ne sont quelques uns des éléments qui participent à la création d’une ambiance lugubre et profondément triste. Un long flashback se charge d’expliquer les circonstances de cette fin du monde (et n’échappe pas à quelques longeurs) tandis qu’un rebondissement final se charge d’inverser les rôles entre Robert Neville/Morgan et ses victimes dans le fascinant dernier acte.

Dans cette première transposition à l’écran du roman de Richard Matheson, qui sera suivie par Le Survivant avec Charlton Heston en 1971 et Je suis une Légende avec Will Smith en 2007, les contaminés se transforment en “vampires zombifiés”…et par ce choix, les scènes d’assaut de la maison du héros en font un véritable précurseur de La Nuit des Morts-Vivants de George Romero !

Voici l’affiche américaine de The Last Man on Earth…qui n’a pas vraiment grand chose à voir avec le sujet et l’atmosphère du film (elle ressemble plus à une affiche d’un long métrage du cycle Edgar Allan Poe de Roger Corman) :