LA CHAMBRE DES TORTURES (Roger Corman)

Horreur
Long métrage américain
Réalisé par Roger Corman
Scénarisé par Richard Matheson, d’après Edgar Allan Poe
Avec Vincent Price, John Kerr, Luana Anders, Barbara Steele…
Titre original : The Pit and the Pendulum
Année de production : 1961

La Chute de la Maison Usher fut un coup de poker pour la firme American International Picture, qui n’avait pas encore produit de long métrage horrifique de ce genre (un film d’époque), sans créature caoutchouteuse. Et ce coup de poker fut gagnant car tourné pour 200.000 dollars, le premier volet de ce qui deviendra le cycle Poe de Roger Corman en rapporta plus d’un million. En attendant ces résultats, le pape de la série B ne s’est pas tourné les pouces puisqu’il a réalisé La Dernière Femme sur Terre, La Créature de la Mer Hantée (avec un beau spécimen de craignos monster) et le péplum ultra-fauché Atlas…tout en tournant ses pensées vers le projet qui l’intéressait le plus, une deuxième adaptation d’Edgar Allan Poe.

Pour son deuxième Poe, Corman a hésité entre deux histoires, Le Masque de la Mort Rouge et Le Puits et le Pendule mais comme il pensait que la première présentait trop de similitudes avec Le Septième Sceau de Ingmar Bergman (dans les premières ébauches du scénario), il a alors opté pour la deuxième (avant de revenir au Masque en 1964, signant par la même occasion un de ses meilleurs films). Bien entendu, la nouvelle Le Puits et le Pendule d’Edgar Allan Poe n’avait pas de matière assez suffisante pour justifier un métrage de 80 mn, le scénariste et romancier Richard Matheson a gardé l’image du supplicié et du lourd pendule tranchant pour le dernier acte, élaborant une intrigue « à la Poe » qui évoque celle de La Chute de La Maison Usher, avec l’une des hantises régulières de l’écrivain américain, celle de l’enterrement vivant.

Comme dans Usher, le monstre est donc la maison…c’est en tout cas ce qui est suggéré pendant la première moitié de La Chambre des Tortures (titre V.F. de The Pit and the Pendulum). Un château à l’atmosphère pesante qui cache d’horribles secrets et qui est celui de Nicholas Medina (toujours impeccable Vincent Price), fils d’un impitoyable inquisiteur espagnol (également campé par Price dans des flashbacks fiévreux). Don Medina reçoit la visite de Francis Bernard (John Kerr, de la série TV Peyton Place), frère d’Elizabeth (troublante Barbara Steele), l’épouse décédée de Nicholas. Avec l’aide de Catherine (Luana Anders, Dementia 13), la soeur de Medina, Francis est bien décidé à découvrir la vérité sur la mort d’Elisabeth. Il va alors se rendre compte que Don Medina sombre peu à peu dans la démence car il est persuadé d’avoir enterré son épouse vivante…

La Chambre des Tortures renferme donc quelques éléments connus mais trouve vite son identité grâce à un suspense maîtrisé, aux révélations bien dosées. Si quelques astuces visuelles accusent le poids des années (tel le traitement visuel un chouïa trop psychédélique des retours vers le passé), le film bénéficie d’une superbe direction artistique de Daniel Haller, mêlant habilement décors gothiques et matte-paintings soignés. Roger Corman et Richard Matheson ont orchestré une implacable descente dans la folie et Vincent Price s’est visiblement régalé à incarner les différentes facettes de son pathétique personnage. Le grand final est intense…et se referme sur l’un des meilleurs derniers plans du cinéma de Roger Corman !

La Chambre des Tortures a récolté encore plus d’argent que La Chute de la Maison Usher, plus de deux millions de dollars, devenant même le plus grand succès d’AIP. Roger Corman a donc enchaîné avec L’Enterré Vivant, le seul Poe sans Vincent Price (car à cause d’une petite dispute d’ordre financière, le projet a brièvement débuté sous une autre bannière qu’AIP qui avait l’acteur sous contrat…avant que Nicholson et Arkoff, les boss du studio, arrivent à « magouiller » pour ramener Corman dans leur giron).

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Basil Gogos :