LA MACHINE À EXPLORER LE TEMPS (George Pal)

REALISATEUR

George Pal

SCENARISTE

David Duncan, d’après le roman de H.G. Wells

DISTRIBUTION

Rod Taylor, Yvette Mimieux, Alan Young, Sebastian Cabot…

INFOS

Long métrage américain
Genre : aventures/science-fiction
Titre original : The Time Machine
Année de production : 1960

Après un détour par la fantaisie (Les Aventures de Tom Pouce en 1958), George Pal, magicien des effets spéciaux, réalisateur et producteur, est revenu à la science-fiction pour son quatrième long métrage derrière la caméra, La Machine à explorer le temps. Ce n’était pas la première fois que George Pal s’attaquait aux écrits de Herbert George Wells puisqu’il avait produit une adaptation de La Guerre des Mondes en 1953. D’ailleurs, George Pal avait dans un premier temps envisagé de transposer l’intrigue à l’époque moderne, comme pour La Guerre des Mondes, avant de changer d’avis et de conserver le cadre historique du court roman de H.G. Wells, la fin de l’époque victorienne.

Je n’ai jamais lu La Machine à explorer le temps (de H.G. Wells, je n’ai lu que L’Homme Invisible et La Guerre des Mondes) mais d’après le résumé disponible sur le net, le début est assez fidèle au roman. Un soir de janvier 1900, à peine quelques jours après le début de la nouvelle année, quatre hommes sont réunis chez leur ami inventeur qui les a invités à dîner. En retard, leur hôte surgit soudainement dans la salle en manger, les vêtements en lambeaux. Il entreprend alors de leur raconter les différentes étapes de son incroyable voyage vers le futur !

TimeMachine

L’australien Rod Taylor, jusque là plus habitué aux seconds rôles et aux séries télévisées , tenait pour la première fois le haut de l’affiche (il sera ensuite le héros des Oiseaux d’Alfred Hitchcock) en savant déçu par ses contemporains et qui va se mettre à la recherche d’une époque où sa vision d’une société utopique se réaliserait (c’est peu dire qu’il sera déçu). George Pal et son scénariste ont ajouté quelques escales au voyage temporel de l’inventeur, jouant d’abord sur une ambiance légère (avec l’utilisation du mannequin) avant de développer une jolie histoire d’amitié.

À bord de l’engin de son invention (au design délicieusement victorien), l’homme y va d’abord doucement, petit bond par petit bond, avec des astuces visuelles qui ne manquent pas d’une certaine poésie pour témoigner du temps qui passe. Le voyageur fait trois arrêts et le hasard ne fait pas bien les choses : il atterrit d’abord en 1917, puis en 1940 et ensuite en 1966, peu de temps avant l’explosion d’une bombe nucléaire (peur récurrente des séries B de S.F. de la décennie précédente). Pour ce passage, le travail sur les maquettes est un peu plus grossier sans vraiment gâcher l’impression d’ensemble.

Pour échapper au feu nucléaire, le voyageur va encore plus loin dans le futur et se retrouve en l’an 802701 (c’est ici que l’adaptation reprend le cours du récit de H.G. Wells). Là, il découvre que l’humanité a évolué en deux castes, les paisibles et oisifs Elois vivent à la surface et sont les esclaves des monstrueux Morlocks, sortes de mutants cannibales aux yeux luisants qui habitent dans un réseau de cavernes. Au fur et à mesure des épreuves de l’inventeur, le récit monte bien en puissance jusqu’à un final intense et plus porté sur l’action avant un dernier plan touchant. La Machine à explorer le temps est un très beau divertissement et l’un des meilleurs films de George Pal.

Si j’ai bien compris, le voyageur du temps n’est pas nommé dans le roman. Dans le film, il s’appelle George…comme George Pal mais aussi comme Herbert George Wells dont on retrouve le nom sur une plaque posée sur la machine à explorer le temps. On peut donc supposer que Wells est le héros et le créateur de la machine, idée reprise dans l’excellent C’était demain de Nicholas Meyer.

1 J'aime

La Machine à explorer le temps a été adapté en comic-book chez Dell, avec Alex Toth aux dessins.

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En intégralité ici :

Alex Toth, c’est une bonne idée, surtout dans son style de l’époque, moins épuré.
Merci pour le lien.

Jim

M’avait énormément marqué ce film. J’ai dû le voir avant mes 10 ans.
A noter qu’une réplique de la machine est utilisée pour un épisode de Big Bang Theory

Je l’adore aussi. La simplicité efficace des effets spéciaux, le rendu du temps qui passe à travers la verrière, c’est splendide.

Jim

Ça fait un moment que je n’ai plus vu ce film (plutôt sympathique dans mon souvenir), donc je ne pourrais pas dire si le raccourci vient de là ou du résumé, mais dans le roman en tout cas c’est un petit peu plus compliqué que ça. Les Eloïs et les Morlocks sont une parabole de la lutte des classes, poussée à son paroxysme par ce socialiste de Wells.

Les Eloïs, c’est l’upper class, les aristos, les fortunés, les « heureux du monde », de « belles personnes » qui s’intéressent aux arts et jouissent du monde sans arrière-pensée. Élégants, insouciants, pas méchants, hein, mais pas fututes non plus, et infoutus de se faire une omelette. Les Morlocks, c’est le Lumpenproletariat, la classe ouvrière et laborieuse, vivant dans les ténèbres du monde industriel. Ce sont eux qui fournissent habits et nourriture qui permettent aux Eloïs de vivre (comme les ouvriers fabriquent les vêtements et fournissent la nourriture des classes plus fortunées), sauf qu’à défaut d’avoir pris ouvertement le dessus (comme le feront les soviets quelques années après la rédaction du bouquin), comme ils ont quand même pour eux le nombre, la force et l’intelligence pratique, ils utilisent en fait les Eloïs comme du bétail — parce que ces derniers sont trop bêtes pour se rendre compte que leur domination sur le monde est en fait illusoire (enfin, ils ont quand même compris qu’il valait mieux ne pas se promener la nuit dans certains quartiers…).

Oui, il y a des différences. Par exemple, dans le film les Elois ne s’intéressent pas aux arts, ils ne s’intéressent plus à rien du tout. Leurs seuls livres sont laissés à l’abandon et s’effritent quand le voyageur veut les ouvrir, provocant sa colère face à une telle perte de connaissances…