L'ANTECHRIST (Alberto De Martino)

REALISATEUR

Alberto De Martino

SCENARISTES

Alberto De Martino, Gianfranco Clerici et Vincenzo Maninno

DISTRIBUTION

Carla Gravina, Mel Ferrer, Arthur Kennedy, George Coulouris, Alida Valli…

INFOS

Long métrage italien
Genre : horreur
Titre original : L’Anticristo
Année de production : 1974

La carrière du réalisateur italien Alberto De Martino est jalonnée de “démarquages” des grands succès américains. Dès 1967, il fut ainsi le tout premier à capitaliser sur le succès des Douze Salopards avec le “macaroni combat” De la gloire à l’enfer, dont le titre et l’accroche américaine ne se donnaient même pas la peine de cacher l’inspiration initiale (Dirty Heroesthey fight a dirty dozen different ways). On le connait aussi pour le rip-off de La Malédiction de Richard Donner, Holocauste 2000, et pour son Superman du pauvre, le croquignolet nanar L’Homme-Puma.
L’un de ses plagiats…euh, l’un des ses films les plus connus dans ce domaine est L’Antéchrist, production qui a reçu très vite le feu vert après que L’Exorciste de William Friedkin ait traumatisé la planète entière (L’Exorciste est sorti en Amérique le 26 décembre 1973 et L’Antéchrist est sorti en Italie le 22 novembre 1974…un temps de réaction vraiment très rapide).

L’Exorciste de William Friedkin plonge une famille d’une petite banlieue calme dans l’horreur absolue. Dans L’Antéchrist, Alberto De Martino et ses scénaristes (qui travailleront sur des longs métrages de Lucio Fulci dans les années 80) ont déplacé cette histoire de possession démoniaque au sein d’une famille aristocratique romaine. Ippolita, la fille aînée d’un prince, souffre de paralysie nerveuse et ne peut plus marcher normalement depuis l’accident qui a coûté la vie à sa mère. Après avoir essayé en vain plusieurs méthodes, elle accepte d’être l’objet de séances d’hypnose qui font remonter des souvenirs d’une vie antérieure : elle découvre qu’elle est la réincarnation d’une ancêtre jugée pour sorcellerie et devient alors la proie du démon qui tourmentait la pauvre femme brûlée quatre cent ans auparavant…

Cette histoire de réincarnation apporte une petite (mais vraiment toute petite) touche d’originalité à un scénario qui se contente surtout de reprendre les thèmes et les moments-chocs du long métrage de William Friedkin. Donc on retrouve bien cette opposition entre science et foi religieuse, la perversion d’une jeune femme (même si Ippolita n’est plus vraiment une adolescente), les crises d’hystéries aussi vulgaires que blasphématoires, des têtes tournées à 180°, le vieux prêtre qui pratique l’exorcisme final ou encore les obligatoires grosses giclées de vomi vert.
Mais la réalisation d’Alberto De Martino peine à reproduire l’intensité de son modèle et repose trop souvent sur des effets datés qui en réduisent l’impact.

Dans l’ensemble, L’Antéchrist n’est pas une grande réussite (un peu trop long, parfois un peu ridicule, les personnages sont globalement antipathiques)…et pourtant , il ne manque pas d’éléments troublants, principalement quand le métrage verse dans la surenchère, dans ses passages les plus bis et l’évocation de tabous pour lesquels l’actrice Carla Gravina, qui hurle, crache et vomit encore plus que Linda Blair, donne abondamment de sa personne.

La scène du Sabbat satanique est ainsi particulièrement frappante : brume, chants païens, orgies, cérémonie d’initiation bien trash où l’héroïne avale une tête de crapaud en guise d’hostie et lèche goulûment l’anus d’un bouc avant d’être pénétrée par Satan (avec un montage habile et une musique envoûtante de Ennio Morricone et Bruno Nicolai). Bien travaillée dans l’ensemble (sauf lors de l’étalage d’effets spéciaux pourris), la photographie est l’oeuvre de Aristide Massacessi, plus connu des amateurs du genre sous le pseudonyme de Joe D’Amato, futur spécialiste du gore dégueulasse (Antropophageous) avant sa reconversion dans le porno (Rocco et les Sex Mercenaires).

Qui dit bis italien des années 70, dit acteur hollywoodien en fin de carrière. Le père d’Ippolita est campé par Mel Ferrer, qui joua dans les années 50 dans Les Chevaliers de la Table Ronde, Scaramouche et Guerre et Paix avant de cachetonner vingt ans plus tard dans Le Continent des Hommes Poissons de Sergio Martino, La secte des cannibales et L’Avion de l’Apocalypse de Umberto Lenzi. Dans un rôle secondaire, on retrouve également Alida Valli, vue notamment dans ces deux chefs d’oeuvre que sont Les Yeux sans Visage de George Franju et Suspiria de Dario Argento.

Une distribution solide pour un premier ersatz de L’Exorciste qui a connu un joli succès en son temps…et le filon était loin d’être épuisé…