LE CYNIQUE, L'INFÂME, LE VIOLENT (Umberto Lenzi)

REALISATEUR

Umberto Lenzi

SCENARISTES

Ernesto Gastaldi, Umberto Lenzi et Dardano Sachetti, d’après une histoire de Sauro Scavolini

DISTRIBUTION

Maurizio Merli, Tomas Milian, John Saxon, Gabrielle Lepori…

INFOS

Long métrage italien
Genre : action/policier
Titre original : Il cinico, l’infame, il violento
Année de production : 1977

Le poliziottesco, ou néo-polar italien, était un sous-genre du cinéma d’exploitation transalpin particulièrement en vogue pendant les années 70. Influencé par les développements de la société italienne de l’époque, le néo-polar se distinguait notamment par un mélange de genres à connotation bis, des histoires marquées par les faits divers qui secouaient l’actualité et une violence marquée.
La critique italienne ne prisait guère le néo-polar, qu’elle trouvait généralement mal ficelée, à la limite du fascisme et aux protagonistes beaucoup trop portés sur la justice sauvage.

Le réalisateur Umberto Lenzi est principalement connu pour ses films d’horreur aussi gorasses que racoleurs, des choses comme L’Avion de l’Apocalypse et Cannibal Ferox (et ceux qui suivent ces colonnes savent à quel point je déteste ce pan du cinéma horrifique italien)…mais comme nombre de ses collègues contemporains, Lenzi oeuvra dans quasiment tous les genres et livra des séries B tout à fait correctes (comme Kriminal…mais pas comme Pistolets pour un massacre).

À partir de La Guerre des Gangs en 1973, Umberto Lenzi devint l’un des représentants les plus prolifiques du poliziottesco et connut plusieurs succès avec ces polars violents. Il en enchaîna neuf en 5 ans, jusqu’à Echec au gang en 1978. Parmi ses acteurs fétiches, on retrouve l’excellent Tomas Milian et Maurizio Merli…qui sont bien entendu en têtes d’affiche du Cynique, l’Infâme et le Violent.

Avec ses faux airs de Franco Nero, Maurizio Merli a incarné deux personnages récurrents du poliziottesco, les flics Betti (dans 3 films) et Tanzi (2 films). Tanzi était déjà apparu en 1976 dans Brigade Spéciale de Umberto Lenzi.
Au début du Cynique, l’Infâme et le Violent, Tanzi a été mis au rencard à cause de ses méthodes expéditives et de son caractère un brin réac. L’ex-commissaire tente donc de se reconvertir en écrivain de polar. Mais son passé le rattrape quand le gangster surnommé le Chinois (qui n’a rien d’asiatique) sort de prison après 3 ans et envoie ses hommes tuer Tanzi pour se venger. Tanzi réchappe à l’attaque et se fait passer pour mort afin d’avoir les mains libres et se met à la poursuite du Chinois.
Pendant ce temps, le Chinois rejoint l’organisation criminelle du gangster italo-américain Frank Di Maggio, à la tête d’un profitable racket…

Si l’intransigeant flic moustachu dur-à-cuire occupe principalement l’écran, les rôles dit “secondaires” ne sont pas en reste. Tomas Milian (Colorado, Saludos Hombre…) incarne le Chinois avec une sobriété inaccoutumée (en tout cas personnellement, je l’ai rarement vu jouer de cette façon…mais je suis loin d’avoir vu tous ses films) et une nonchalance toute ironique. Di Maggio, c’est John Saxon, prolifique second couteau américain qui passa toutes les années 70 et une partie des années 80 à faire des allers-retours entre les Etats-Unis et les bisseries italiennes. Il est ici légérement sous-employé mais le scénario lui offre tout de même quelques savoureux moments (notamment lorsque Di Maggio règle son compte à un traître à coups de balles de golf avant de le donner à bouffer à ses dogues allemands).

À propos du scénario, celui-ci est parfois un peu brouillon, avec un enchaînements des situations pas toujours très clairs et quelques ellipses qui peuvent gêner la compréhension générale. Mais ces réserves sont compensées par un bon suspense (comme lors du passage du cambriolage dans l’immeuble) et le traitement des scènes d’action, nerveuses à souhait et soutenues par une très bonne bande-originale.

Si je souligne tout de même deux ou trois légères chutes de rythme (ce que j’ai retrouvé dans tous les Lenzi que j’ai pu voir), Le Cynique, l’Infâme, le Violent est un polar d’une grande efficacité, porté par une belle distribution, une sacrée galerie de vieux routiers de la série B.