LES CICATRICES DE DRACULA (Roy Ward Baker)

REALISATEUR

Roy Ward Baker

SCENARISTE

Anthony Hinds

DISTRIBUTION

Christopher Lee, Dennis Waterman, Jenny Hanley, Patrick Troughton, Michael Ripper…

INFOS

Long métrage britannique
Genre : horreur
Titre original : Scars of Dracula
Année de production : 1970

Le cycle Dracula, associé au légendaire studio Hammer et au regretté Christopher Lee, est composé de 9 films, sortis entre 1958 (Le Cauchemar de Dracula de Terence Fisher) et 1974 (La Légende des 7 Vampires d’Or de Roy Ward Baker). Dès le début, Christopher Lee avait fait preuve de certaines réticences à reprendre le rôle. Ainsi, le deuxième long métrage, Les Maîtresses de Dracula n’utilise pas, malgré son titre, le comte Dracula. Ce n’est pas avant 1966 et le Dracula, prince des ténèbres de Terence Fisher que l’acteur reprit la cape et les crocs de la célèbre création de Bram Stoker.

Mécontent de l’écriture du rôle (dans Dracula, prince des ténèbres, le transylvanien est quasi-muet), Christopher Lee interprètera malgré tout son emblématique rôle à 5 autres reprises, prétextant un “chantage émotionnel” de la part de la Hammer. En cette fin des années 60/début des années 70, les affaires étaient moins bonnes pour le studio britannique, dont l’horreur gothique était “ringardisée” face au renouveau du genre made in U.S.A. Les distributeurs américains voulaient absolument Christopher Lee dans le rôle et la Hammer ne pouvait se permettre de perdre l’argent apporté par les investisseurs internationaux.

Christopher Lee se plaignait régulièrement que les différentes entrées dans la série des Dracula de la Hammer n’étaient pas assez fidèles au roman de Bram Stoker (c’est pour cela qu’il accepta de jouer dans Les Nuits de Dracula de Jess Franco) et que les scénarios ne lui donnaient pas assez de choses à jouer. La tendance s’était pourtant inversée pour Les Cicatrices de Dracula. L’histoire concoctée par Anthony Hinds (déjà à l’oeuvre sur Dracula et les femmes et Une Messe pour Dracula) est parsemée de références à Bram Stoker : on retrouve un comte en hôte au charme glacial, une “fiancée de Dracula” avec qui il se dispute l’infortuné “invité” et pour la première fois, Dracula est montré en train de ramper sur les murs de château, scène tirée directement du bouquin.

Avec un peu plus de temps de présence à l’écran, Christopher Lee déploie une présence étrange et menaçante, surtout lorsqu’il entre dans une explosion de rage sadique et sanglante. Signe des temps, le gore est ici plus explicite et l’érotisme de moins en moins suggéré, même s’il reste tout de même assez sage pour un regard actuel. Mais les décolletés plongeants des actrices de la Hammer sont toujours aussi affriolants.

Hélas, l’histoire est tout de même assez faiblarde : la continuité avec les épisodes précédents est de plus en plus chamboulée et la succession d’événements qui amènent les principaux protagonistes au château Dracula est beaucoup trop pratique (how convenient !, comme disent les américains). Les héros de l’histoire sont d’ailleurs assez fades et il faut regarder du côté des seconds rôles pour des compositions un peu plus solides : les habitués des films de la Hammer reconnaîtront Michael Gwynn et Michael Ripper…quant au tragique esclave grotesque et échevelé de Dracula, il est incarné par un ancien Seigneur du Temps, Patrick Troughton (le deuxième Dr Who), qui livre l’une des interprétations les plus intéressantes de l’ensemble.

Après Les Cicatrices de Dracula, la Hammer décida de relancer la franchise et de ressusciter une énième fois le comte à l’ère moderne…ce qui a donné les décevants Dracula '73 et Dracula vit toujours à Londres. Ce fut le coup de grâce pour Christopher Lee qui rangea sa cape au placard…pour la ressortir une toute dernière fois en 1976 à l’occasion de la comédie française Dracula, père et fils de Edouard Molinaro avec Bernard Ménez !

Eh oui, Kab a pris un coup de vieux hier … ça se voit un peu quand même !