Discutez de Les cinq conteurs de Bagdad
Un concours est organisé afin de désigner le meilleur conteur du royaume. Cinq d’entre eux se distinguent du lot, et décident de partir faire un voyage, d’écouter tous les conteurs qu’ils croiseront en chemin, et de consacrer les trois ans qui les séparent du concours à l’invention du meilleur conte possible. Au préalable, ils décident d’aller consulter une voyante afin de s’assurer que c’est une bonne idée. Mais celle-ci leur raconte leur futur voyage, ponctué de mauvaises surprises en tout genre, et ils partent sans savoir s’ils ont eu raison de se lancer dans cette aventure.
Sur ce fil rouge, Vehlmann parvient à glisser de nombreuses histoires courtes et donc à se livrer à son exercice favori dans lequel il a déjà brillé à l’occasion de Wondertown ou de Green Manor. La pagination lui permet de plus de creuser ses personnages, unis pour un seul album, et de donner du sel à leur périple.
Mais l’album est surtout le prétexte d’une réflexion sur la fiction : sur sa forme, sur ses exigences, sur son impact, sur ses variations. Les conteurs rencontrent par exemple un peuple (de cannibales) dont la structure d’imaginaire est cyclique, en forme de serpent qui se mange la queue. Ou encore, ils croisent le chemin d’un alchimiste qui altère leur histoire, ce qui donne l’occasion à Duchazeau de dessiner deux fois la même séquence, de deux manières différentes, afin de matérialiser de quelle manière une même histoire peut se raconter, et se lire, de plusieurs manières.
Et bien entendu, la fin ménage une petite adresse au lecteur, qui ne fait que renforcer les interrogations perpétuelles que le récit a amenées quant à la nature et à la fonction du fait de raconter.
Jim
C’est excellent !
J’ai adoré.
Alors, je pense que tu as tout dit, donc ça va être difficile d’apporter mon grain de sel, et surtout, j’ai l’impression, à tes allusions un peu mystérieuses, que tu as détecté plus de choses que moi.
Donc, ouais, on a clairement sur un bouquin qui se pose la question de la manière dont on peu raconter une histoire, sur ce qu’on veut en faire, ce qu’on veut pour le lecteur/spectateur? … bref, plein de questions (et quelques réponses très intéressantes). Ce qui m’a fait tilt, même si j’avais bien identifié que le récit allait s’articuler sur différentes formes d’histoires, c’est l’excellente tirade de Nazim, renforcé évidemment par la partie avec l’alchimiste. ça m’a fait penser à des discussions qu’on peut avoir ici, sur la BD ou même les séries télé. J’ai l’impression qu’il y a une réflexion sur le medium, là-dedans tout de même.
Sur le fond, c’est très bon, sur la forme et le storytelling, c’est très agréable, sur la densité, y a quand même de quoi lire et, de plus, le récit réservent quand même des surprises, jusqu’au bout pour ma part.
Duchazeau, je ne suis pas sûr d’en avoir déjà lu avant. Et je trouve que son style « gribouillé » (désolé, j’ai pas mieux comme qualificatif, et c’est loin d’être du « crabouillage » comme dirait la petit) parfait pour le récit, avec cette ambiance moyen-orientale que je trouve assez réussi.
Un bouquin que je relirai et que je ferai rapidement lire çà la grande, je pense. Et je crois que je le proposerai facilement aux invités de passages (après les livres de Monsieur Lainé, bien évidemment)
Faut pas faire attention, je fais ça pour me donner l’air intelligent.
Jim
Ou être dans le thème.




