LES HORREURS DE FRANKENSTEIN (Jimmy Sangster)

REALISATEUR

Jimmy Sangster

SCENARISTES

Jeremy Burnham et Jimmy Sangster

DISTRIBUTION

Ralph Bates, Kate O’Mara, Veronica Carlson, Dennis Price, Jon Finch, David Prowse…

INFOS

Long métrage britannique
Genre : horreur
Titre original : The Horror of Frankenstein
Année de production : 1970

Le cycle Frankenstein de la Hammer, célèbre studio britannique principalement connu pour ses films d’horreur et de science-fiction, est composé de 7 longs métrages sortis entre 1957 (Frankenstein s’est échappé) et 1974 (Frankenstein et le monstre de l’enfer). Contrairement au cycle de Dracula, la Hammer avait tenu à maintenir une certaine régularité pour sa série (librement) inspirée de l’oeuvre de Mary Shelley : Terence Fisher en fut le principal réalisateur (à deux exceptions près) et le grand Peter Cushing fut l’interprète idéal du Baron Frankenstein à six reprises. Mais les ennuis financiers qui touchèrent la société de production au début des années 70 poussèrent la Hammer à tenter de nouvelles choses et à donner un coup de fouet à la franchise en changeant de ton et en imposant un acteur plus jeune dans le rôle du Baron.

Sixième entrée du cycle, Les Horreurs de Frankenstein est donc ce qu’on appelle communément de nos jours un reboot, mettant en scène un Frankenstein trentenaire, bien décidé à percer coûte que coûte les secrets de la vie et de la mort tout en étant ouvertement plus libidineux que la version immortalisée par Peter Cushing. Lorsque le patron de la Hammer, lui demande de réécrire le scénario de Jeremy Burham, le scénariste Jimmy Sangster se rend compte qu’il s’agit d’un remake un peu trop fidèle de l’histoire qu’il a écrite 13 ans plus tôt pour Frankenstein s’est échappé.
Ne voyant pas trop l’intérêt de refaire exactement la même chose, Jimmy Sangster décida d’y injecter plus de sexe, plus de morts violentes, une bonne dose d’humour noir et une certaine irrévérence. Et il put obtenir de passer pour la première fois derrière la caméra…

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Jimmy Sangster, l’une des forces créatrices de la Hammer, était là depuis le renouveau de l’horreur britannique (Frankenstein s’est échappé, Le Cauchemar de Dracula, La Malédiction des Pharaons…). En tant que réalisateur, sa contribution au genre fut moins mémorable : après Les Horreurs de Frankenstein, il réalisera La Soif du Vampire (d’après Carmilla de Sheridan Le Fanu) avant de signer une poignée de téléfilms pour le petit écran U.S.
Malgré un dernier acte faiblard, sa première expérience en tant que metteur en scène est, malgré ses quelques défauts, plutôt convaincante, aidé en cela par le très bon travail du chef opérateur Moray Grant, un autre habitué du genre (The Vampire Lovers, La Tombe de Ligeia, Les Vierges de Satan…).

Dans le rôle du Baron Frankenstein, on retrouve Ralph Bates, un acteur venu du théâtre et de la télévision et propulsé nouvelle star de l’horreur du studio dans le but d’attirer un public plus jeune. Il sera notamment l’année suivante à l’affiche de l’une des plus étonnantes variations sur le thème de Jekyll & Hyde, Doctor Jekyll et Sister Hyde, dans laquelle le bon docteur, sous l’effet de son élixir de vie à base d’hormones féminines, se transforme en une magnifique et maléfique jeune femme (campée par Martine Beswick).
Ici, il est parfaitement à l’aise dans le rôle écrit par Jimmy Sangster : un savant aussi fou que calme et réfléchi, avec un désintérêt total pour la vie et la dignité humaine et une attitude consternante envers les femmes de son entourage…sa servante à la poitrine généreuse n’est là que pour réchauffer son lit après une journée de travail et la blonde naïve qui a eu le malheur de tomber amoureuse de lui ne verra pas ses avances récompensées, loin de là.

Le personnage du Baron, qui arbore fièrement son complexe divin, se réserve les meilleures scènes et les meilleures répliques. Le reste de la distribution ne se garde que quelques miettes (tout au plus se dégage du lot la belle Kate O’Mara en maîtresse de maison sexy et manipulatrice) et (et c’est là l’un des plus gros défauts du film) la créature se révèle extrêmement décevante. Interprété sans grande conviction par le bodybuilder et haltérophile britannique David Prowse (le futur Dark Vador !), le monstre créé de toutes pièces par Victor Frankenstein n’est qu’un toutou meurtrier sans substance au maquillage pas très élaboré et ses apparitions manquent sérieusement de tension dramatique.
C’est ce qui fait que le dernier acte se révèle moins réussi qu’une première heure à l’ironie mordante…à part un dernier plan tout de même assez savoureux.

Les Horreurs de Frankenstein fut un échec et la Hammer mit la série en pause quelques années avant de mettre en chantier en 1974 un ultime volet, Frankenstein et le monstre de l’enfer, qui enregistra les retours conjugués du réalisateur Terence Fisher et du comédien Peter Cushing. Malgré son inepte prestation, David Prowse fut rappelé pour prêter à nouveau son imposant physique au monstre…mais cette fois-ci, il eut droit à un maquillage beaucoup plus prononcé et un aspect nettement plus hirsute !