LISA ET LE DIABLE (Mario Bava)

REALISATEUR

Mario Bava

SCENARISTES

Mario Bava et Alfredo Leon

DISTRIBUTION

Telly Savalas, Elke Sommer, Sylva Koscina, Gabriele Tinti, Alida Valli…

INFOS

Long métrage italien/allemand/espagnol
Titre original : Lisa et il diavolo
Genre : horreur
Année de production : 1973

La dernière partie de la carrière de Mario Bava (Le Masque du Démon, Les Trois Visages de la Peur, La Planète des Vampires…) a été marquée par une série d’échecs commerciaux qui obligèrent le maestro à naviguer régulièrement entre des oeuvres de commande (comme le western comique Roy Colt et Winchester Jack et la “sexy comédie” Quante volte…quella note) et des projets personnels de plus en plus difficiles à financer.
C’est justement grâce à la rentabilité de l’un de ces longs métrages de commande, le film d’horreur Baron Vampire avec Joseph Cotten, que Bava reçut carte blanche de la part de son producteur Alfredo Leone pour son opus suivant (inspiré par une idée de feu son père Eugenio Bava).

Le résultat fut Lisa et le Diable, conte gothique et labyrinthique rejeté en son temps par pratiquement tous les distributeurs italiens et internationaux (on trouve toute de même trace d’une exploitation française en 1973) qui ne lui virent aucun potentiel commercial. Après deux ans à prendre la poussière sur les étagères, le producteur Alfredo Leone décida de redonner une nouvelle vie au métrage en refaisant le montage et en le lardant de nouvelles scènes pour capitaliser sur le succès de L’Exorciste de William Friedkin. L’actrice Elke Sommer fut donc rappelée pour imiter Linda Blair vomissant sa purée de pois et Mario Bava préféra prendre ses distances avec cette version titrée La Maison de L’Exorcisme qui a été attribuée à un certain “Mickey Lion” (Mario Bava pour les scènes originales et Alfredo Leon pour les reshoots).

Au final, La Maison de l’Exorcisme fut un échec critique et commercial et Lisa et le Diable finira par trouver le chemin des salles de cinéma (pour les Etats-Unis, ce fut après la mort de Mario Bava).

Il n’y a donc aucune trace de possession démoniaque dans Lisa et le Diable qui suit la déroutante errance surréelle et surnaturelle d’une touriste, Lisa Reiner, qui enchaîne les rencontres étranges après s’être éloigné de son groupe lors d’un voyage organisé à Tolède. En compagnie d’un couple de bourgeois qui l’ont prise en stop, elle finit par se retrouver dans une vieille demeure habitée par une famille d’aristocrates qui cache un lourd secret…Lisa va comprendre qu’elle est le portrait craché d’Elena, l’ancienne compagne du fils de la maison…et que le serviteur Leandre n’est pas qu’un simple majordome…

Ces quelques lignes ne rendent pas vraiment justice au film car Lisa et le Diable échappe (à mon avis) à toute tentative de résumé compte-tenu du caractère non linéaire et non rationnel (de par son onirisme prononcé) de son scénario. Dès les premières scènes, Lisa (interprétée par l’allemande Elke Sommer, que Bava avait déjà dirigée dans Baron Vampire) s’éloigne du “monde réel” pour pénétrer dans un univers morbide qu’elle ne quittera quasiment plus. Bava plonge son actrice principale…et le spectateur…dans un univers morbide où la frontière entre le rêve et la réalité est brouillée, une très longue nuit où le temps n’a plus prise (sensation renforcée par l’image récurrente de la montre cassée) et où le passé et le présent se mêlent dans un violent cauchemar éveillé aussi confus que d’une beauté graphique fascinante.

La mort règne dans ces décors superbement élaborés et photographiés (voir notamment la splendide scène du réveil de Lisa en tenue d’Eve dans le dernier acte), où errent des personnages maudits qui ne sont plus que des cartes à jouer, des marionnettes (autre figure récurrente) entre les mains d’un diable narquois, qui observe et manipule les âmes damnées d’un air détaché. Telly Savalas n’était pas encore Théo Kojak au moment du tournage de Lisa et le Diable, mais la sucette était déjà là…élément caractéristique recommandé paraît-il par Mario Bava à l’acteur qui souhaitait arrêter de fumer !