NOT OF THIS EARTH (Roger Corman)

REALISATEUR

Roger Corman

SCENARISTES

Charles B. Griffith & Mark Hennah

DISTRIBUTION

Paul Birch, Beverly Garland, Morgan Jones, Jonathan Haze, Dick Miller…

INFOS

Long métrage américain
Genre : science-fiction/horreur
Année de production : 1957

Roger Corman, c’est le pape de la série B U.S. et le producteur le plus prolifique du genre. Le bonhomme a fêté ses 60 ans de carrière l’année dernière et compte plus de 400 longs métrages à son palmarès.
En tant que réalisateur, il oeuvra surtout dans les années 50 et 60, en enchaînant tous les genres (avec une préférence pour la S.F. et l’horreur, mais il fut aussi aux manettes de quelques bons westerns et de films de gangsters comme le réussi Mitraillette Kelly avec Charles Bronson) et les productions le plus souvent fauchées (faut dire qu’il n’a jamais aimé dépensé beaucoup, le pingre). Ce manque de moyens est souvent contrebalancé par un vrai sens de la débrouillardise et de chouettes idées de mise en scène, histoire de faire oublier les limites de l’ensemble (mais pas toujours, il n’y a qu’à voir les monstres en plastoc…qui font tout de même partie du charme de ces bisseries fifties).

En 1957, Corman est en plein boom et réalise pas moins de 9 films en un an. Avant L’Attaque des Crabes Géants, il livre Not of this earth, qui ambitionne de mettre en scène une invasion extra-terrestre…pour la modique somme de 100.000 dollars !

Suite à une guerre nucléaire dévastatrice, les habitants de la planète Davana sont en train de mourir d’un empoisonnement du sang. Un émissaire de Davana est téléporté sur Terre afin de déterminer si le sang des humains serait le remède à leur extinction programmée. Aidé par une infirmière (qui ne se doute de rien), l’agent aux pouvoirs hypnotiques et télépathiques se fait passer pour un humain malade (ce qui lui donne un bon alibi pour les lunettes noires qu’il garde en permanence) et commence les différentes phases de test avant l’invasion.

Faut soigner cette vilaine cataracte…

Corman et son scénariste parent habilement aux carences du budget en faisant basculer le film vers l’horreur. La vision de l’extra-terrestre penché sur sa victime pour en recueillir le sang fait tout de suite penser à l’imagerie vampirique (d’ailleurs, la bande-annonce entretient cette ambiguité en présentant l’alien comme un vampire). En poussant l’interprétation un peu plus loin, certains y ont vu également un parallèle avec la soi-disant “menace rouge” et cette idée du “mal qui se cache parmi nous” (mais bon, à l’époque on voyait des cocos un peu partout). Ce climat de paranoïa est bien rendu par un suspense bien dosé et des enjeux qui montent graduellement en puissance. La durée ressérée du film, typique de l’époque (60 mn) participe à son efficacité en lui permettant d’aller droit au but. On peut tout de même signaler un sympathique intermède comique un poil incongru avec le petit rôle du fidèle Dick Miller, l’inoubliable Mr Futterman des Gremlins, qui était l’un des acteurs fétiches de Corman avant d’enchaîner les apparitions chez Joe Dante.

Ca, c’est un aspirateur américain, mon bon monsieur…pas de la saloperie de camelote étrangère !

Habile techniquement (notamment lors de la poursuite finale), Not of this earth ne peut tout de même pas cacher longtemps la pauvreté de son budget lorsque l’alien, qui finira bien entendu par être démasqué, sort son arme fatale : une créature volante broyeuse de cranes (qui a tout de même de faux airs de parapluie d’une autre planète). Bref, rien à voir avec le monstre présent sur l’affiche du film (ce qui n’était pas rare à l’époque).

Under my umbrella…ella…ella…eh eh…

Malgré cette ridicule bébête, Nof of this earth a plutôt bien supporté l’épreuve du temps grâce à la réalisation solide de son McGyver de metteur en scène. Le plan final, excellent, renforce son côté “petite série B paranoïaque”.

Jamais le dernier pour exploiter le fond de son catalogue, Roger Corman a produit 2 remakes de Not of this earth (dont un avec une Traci Lords à peine sortie de sa carrière X) ainsi qu’une suite au second remake. La méthode Corman dans toute sa splendeur !

Peut-être certains ne connaissent pas le nom de Roger Corman : son importance dans le cinéma américain des 60 dernières années est pourtant cruciale.
Bien sûr, il y a ses propres réalisations, souvent fauchées et interchangeables, mais parfois étonnamment inspirées (j’ai vu deux ou trois de ses adaptations des écrits de Poe avec Vincent Price, et j’aime énormément “Le Masque de la Mort rouge”, par exemple…), dans une veine “gothique” inspirée des productions Hammer britanniques ou de ce que Mario Bava commence à faire en Italie.

Mais il a aussi mis le pied à l’étrier, en tant que producteur, à certains des cinéastes les plus importants de l’époque comme, excusez du peu, Martin Scorcese, Francis Ford Coppola, et d’autres moins connus mais tout aussi géniaux comme Monte Hellman. Sa marque de fabrique, en plus des budgets de misère (mais est-ce un mal quand on débute ?), c’est la liberté totale octroyée à ses protégés, qui considèrent pour la plupart, comme Coppola par exemple, que “l’école Corman” était la meilleure.

Dick Miller !! Une vraie gueule, lui.
Je crois qu’il avait aussi tourné une scène (coupée ou pas au final, je ne sais plus…) pour le “Pulp Fiction” de Tarantino, qui adore ce genre d’excellents seconds rôles américains à la Michael Parks ou à la Robert Forster.

Oui, il y a beaucoup de choses à dire à propos du Corman producteur et dénicheur de talents. Le Dementia 13 de Coppola est d’ailleurs un bon exemple de liberté accordée à un petit jeune pour un résultat final de qualité (le film a été tourné en même temps que The Young Racers de Corman, sur lequel Coppola était assistant, avec la même équipe et les mêmes acteurs principaux, l’important pour Corman était que le jeune réalisateur ne dépasse surtout pas les délais).
De quoi alimenter de futurs billets… :wink:

Ne te gêne surtout pas !

La scène de Dick Miller dans Pulp Fiction a bien été coupée au montage (à ce qu’il paraît, elle est présente dans les bonus du DVD collector). Son personnage s’appelait Monster Joe, en hommage à Joe Dante.

Comment ne pas connaitre Corman ? Il a réalisé un des meilleurs films de super-héros (et probablement le meilleur Fantastic Four). :mrgreen: