J’ai longtemps entendu parler de Mémoires d’un 38, un album écrit par José-Louis Bocquet et Jean-Luc Fromental et dessiné par Franz, dont chaque chapitre constituait pour ce dernier une occasion de s’échapper du monde équestre qu’il affectionnait. Ce deuxième Opus Humano est l’occasion d’en retrouver tous les chapitres, publiés à l’origine dans Métal Hurlant Aventures.
Le principe est simple : chaque histoire de sept pages met en scène un protagoniste (un flic, une fugueuse, un marin…) ayant en sa possession un revolver. Le même calibre, véritable fil rouge d’une succession de tranches de vie, de drames humains qui finissent mal en général. Les épisodes ont été conçus afin de permettre au dessinateur de s’arroger quelques pauses dans un planning chargé, en les réalisant à son rythme. Leur publication s’est étalée sur une petite décennie, ce qui fait de ces histoires courtes un choix évident dans le sommaire de cette compilation.
Les chapitres ont été à l’origine publiés en noir et blanc dans Métal Hurlant Aventures, et ont eu droit à une colorisation à la faveur de l’édition en album, en 1989. Chose étrange, la rédaction d’Opus Humano a décidé d’en reproduire un grand nombre en noir & blanc et de conserver la couleur pour quelques autres. Pourquoi pas une homogénéisation ? N’étant pas particulièrement fan du travail de Franz, je dois confesser une certaine préférence pour les épisodes en couleur.
On sent une évolution dans ces récits réalisés sur une décennie. Les dialogues, un peu raides au début, s’assouplissent. La voix off se fait plus ironique, parfois plus lyrique. Le dessin également est plus épuré sur la fin, et les compositions de planches plus équilibrées. Il manque une élégance, quelque chose de mieux construit (Franz est un élève de Jijé mais j’ai toujours eu du mal à voir en lui autre chose qu’un Gérald Forton qui aurait fait les bonnes rencontres éditoriales). L’ensemble est donc assez chouette (avec ce côté presque eisnerien de portraits cabossés), composant une toile intéressante, mais à la réputation peut-être plus grande que le résultat final (même si le dernier chapitre est vraiment très bien, jouant sur l’absurde des destins, y compris celui du flingue).
Le sommaire de cet Opus Humano s’ouvre sur une histoire courte de Beb Deum tirée de son album Bürocratika. Je dois confesser que je n’ai jamais été sensible à son travail, et que le seul album que j’ai lu, c’est E-Dad, dont je ne sais toujours pas si je le trouve malin ou naïf, beau ou laid…
Quoi qu’il en soit, ce petit récit (ainsi que le texte de contextualisation qui le précède) donne bien envie d’en savoir plus. Bürocratika est un recueil d’histoires courtes qui se situent dans un monde où la bureaucratie est érigée en système de gouvernement, à la croisée de l’URSS (l’album sort l’année de la chute du Mur), des univers kafkaïens et de Brazil (film dont l’influence est signalée dans le texte de présentation).
Cette histoire courte, si elle donne le ton, promet un album succulent. On y suit un citoyen bien décidé à déclarer sa flamme à l’être aimé et, pour ce faire, à remonter le fleuve de la paperasse. Sauf que l’objet de ses emportements, c’est précisément la préposée qui l’accueille, et elle n’a cure de ses émois car elle est dévouée corps et âme au régime et à ses exigences bureaucratiques.
L’ensemble est court, amusant, incisif, assez inventif en matière de dialogues, laissant entrevoir tout un monde d’absurdité paperassière qui invite à la découverte.
Si tu sèches, tu me tiens au courant.
Ce serait un prêté pour un vomi. Pardon : pour un rendu.
(et il reste aussi l’option de commande chez le libraire.)
Sur les produits estampillés Métal, c’est ce que je fais (et désormais, Métal Hurlant lui-même, plus besoin de commander, la boutique le fait directement).
J’allais dire que je l’ai vu dans le point presse où je prends Spirou, mais je me rends compte que je pense à Métal Hurlant, que j’ai effectivement vu. Pour Opus Humano, je ne suis pas totalement sûr de l’avoir vu, et je me demande s’ils sont réellement distribués en kiosques aussi.
Si c’est bien le cas, je pense que c’est un souci logistique localisé.
Mais si ça se trouve, ils ne sont disponibles qu’en librairie.
Pourtant à sa sortie, j’en ai vu pleins dans des kiosques et certains libraires. À Paris, à Clichy, à Levallois, à l’Isle-Adam, à Franconville et dans la gare d’Ermont-Eaubonne, chez le petit relay… on ne peut pas dire que ça n’a pas été distribué ou que la couverture est gênante (oui, elle est gênante quand tu passes à la caisse devant une caissière qui te méprise et devant des femmes qui m’ont regardé presqu’avec dégoût - j’ai été obligé de faire un sourire (quoique gêné) pour faire le gentleman pervers qui s’excuse )
#metoo
EdIt: c’est plutôt le dernier kiosque marvel de je ne sais plus quelle année, que je ne trouve pas… j’vais finir par le commander… edit2: je parlais de LES LÉGENDES DE MARVEL 4 : 1979
Moi, je les achète en librairie, donc je ne peux rien assurer, mais si on m’avait demandé, j’aurais spontanément répondu que c’était dispo aussi en kiosques.
(Moi, depuis le premier numéro de la relance de Métal Hurlant, dont mon exemplaire avait un défaut, j’ai pris l’habitude de commander chez ma libraire, ce qui permet des échanges plus facilement. Donc j’avoue que je ne fais plus tellement attention de la présence des numéros en kiosques…)