PUNISHMENT PARK (Peter Watkins)

REALISATEUR & SCENARISTE

Peter Watkins

DISTRIBUTION

Patrick Boland, Kent Foreman, Carmen Argenziano, Luke Johnson, Scott Turner…

INFOS

Long métrage américain
Genre : drame/thriller
Année de production : 1971

En 1950, Patrick McCarran, le président de la Commission d’enquête sur les activités non-américaines, propose un projet de loi visant à interdire toute personne ayant été membre ou sympathisant d’un mouvement “subversif” (et vu l’époque, vous pouvez remplacer le mot “subversif” par “communiste”) d’obtenir un emploi dans la fonction publique ou un passeport et aussi de mettre un terme à toute organisation “ayant pour but avoué ou inavoué d’obtenir un changement de régime politique aux U.S.A”. Par extension, la loi visait également à retenir dans des camps n’importe quel suspect “aussi longtemps que le requiert l’enquête sur le danger supposé que ces individus font courir à la Nation et sans qu’ils puissent avoir recours à un avocat ou communiquer avec l’extérieur”.
Le président Harry Truman s’était opposé à cette loi (“Nous devons protéger notre sécurité nationale, certes, mais nous abandonnerions notre plus précieuse tradition si nous laissions restreindre nos libertés fondamentales. Le coup fatal porté à la Déclaration des Droits ravira les dictateurs du monde entier car il ridiculise notre volonté de servir d’exemple pour la liberté dans le monde”), mais elle fut tout de même votée et elle est toujours en vigueur de nos jours.

20 ans ont passé. La guerre du Vietnam est un bourbier et l’Amérique est secouée par des émeutes et un important mouvement de contestation. Le président Richard Nixon décrète alors l’état d’urgence et s’appuie sur le McCarran Act pour justifier une vague d’arrestations arbitraires. Pacifistes, objecteurs de consciences, supposés communistes, militants des droits civiques…tous sont emmenés en plein désert pour être jugé par un tribunal “populaire”.
Au terme d’une parodie de procès, ils auront le choix entre une peine de prison disproportionnée et un “séjour” à Punishment Park.
Punishment Park est le nom de code d’un lieu d’entraînement pour les policiers et les militaires situé en plein désert. Là, les condamnés sont séparés en petit groupe et doivent traverser le désert en trois jours, sans eau ni nourriture, sur 85 km pour atteindre un drapeau américain et obtenir l’amnistie…avant que les flics lancés à leur poursuite ne les rattrapent…

Le premier chapitre ci-dessus fait partie de l’Histoire…le second résume une uchronie, une déviation de l’Histoire, format que le réalisateur Peter Watkins a choisi pour établir un constat implacable d’une Amérique divisée.
Peter Watkins est notamment connu pour La Bombe, là encore un “faux documentaire” spéculatif sur les effets d’une attaque nucléaire sur le sol britannique, et pour Les Gladiateurs, tourné en Suède et influencé par les événements survenus en Europe pendant l’année 1968. Chaque film fut l’objet de vives critiques…attaqué, Peter Watkins décida de s’exiler aux Etats-Unis pour tourner un documentaire sur l’Histoire Américaine. Mais traumatisé par la fusillade de l’université d’État de Kent (où la Garde Nationale tira à plusieurs reprises sur des étudiants lors d’une manifestation pacifique), il eut l’idée de Punishment Park, qui met en scène de façon radicale les affrontements idéologiques qui secouaient le pays.

Pour appuyer son propos, Peter Watkins utilise à nouveau le style du “mockumentaire” : le spectateur suit parallèlement deux groupes amenés à Punishment Park. Pendant que les membres du groupe 637 parcourent à bout de souffle les kilomètres de désert qui les séparent du drapeau et d’une source d’eau, ceux du groupe 638 sont jugés chacun à leur tour. Le gouvernement américain a autorisé deux équipes de télévision européennes à filmer (ce qu’elles font pendant un premier temps de façon très complaisante) les actions des policiers et des militaires d’un côté et les décisions du tribunal de l’autre.

La partie “Punishment Park” est un survival anxiogène, une chasse à l’homme telle que le cinéma en a connu énormément depuis le film fondateur du genre, La Chasse du Comte Zaroff. Watkins réussit l’équilibre entre les codes du documentaire (les déclarations face caméra) et les ressorts fictionnels (le grain de sable qui va tout faire déraper, les prises de conscience des journalistes…) qui maintiennent très efficacement la tension jusqu’au final.

Comme souvent, Peter Watkins a utilisé des acteurs non-professionnels, à qui il a donné une liberté d’improvisation, d’exprimer pleinement leurs réactions instinctives, ce qui renforce la véracité des face-à-face des différents procès (et cela a même provoqué quelques incidents sur le tournage). Les jeunes font tous partie des mouvements qu’ils représentent et ceux qui campent les jurés véhiculent tous des idées radicalement opposées…l’une des scènes les plus fortes oppose ainsi une jeune chanteuse folk à une mère de famille qui personnifie la petite bourgeoisie des années 50. Et cela va sans dire, le dialogue est à sens unique, chacun campant fermement sur ses positions.

Amer, paranoïaque, militant, Punishment Park propose une effrayante vision alternative d’une Amérique qui se nourrit de sa propre jeunesse…ce qui, par de nombreux aspects, n’était pas très éloigné de la vérité. Les réactions négatives ne se firent donc pas attendre et le film fut très rapidement retiré de l’affiche (après quatre jours d’exploitation). En France, Punishment Park est sorti finalement en 1973, avec une interdiction aux moins de 18 ans. À cette époque, Peter Watkins continuait son tour d’Europe et était à l’oeuvre en Norvège sur un sujet moins polémique, un documentaire sur le peintre Edvard Munch.