RÉÉDITIONS DC : TPBs, Hardcovers, Graphic Novels

On a déjà évoqué la carrière éditoriale du personnage Anarky à l’occasion de l’évocation du recueil Anarky - The Complete Series. Cela dit, le personnage a eu une vie éditoriale précédente, naissant dans les pages des aventures de Batman.

Le recueil est publié en 1998, soit une petite dizaine d’années après l’arrivée du personnage dans Detective Comics #608 et 609. Une fois de plus, ce justicier qui s’en prend aux puissants a été créé par Alan Grant et John Wagner, les deux scénaristes venus du monde de Judge Dredd : décidément, le tandem aura marqué Gotham City par ses nombreuses nouvelles menaces. Cependant, contrairement à l’une de leurs inventions les plus durables, à savoir le ventriloque Scarface, pensé à l’origine pour évoluer dans Mega-City One puis retoqué afin de s’intégrer à Gotham, Anarky n’est pas un transfuge, mais plutôt une copie. En effet, Grant et Wagner (comme le premier le précise dans sa préface) ont inventé Chopper, un jeune homme anarchiste rencontrant un vif succès auprès des lecteurs de 2000 A.D., et ils envisagent de rééditer l’exploit dans les aventures qu’ils écrivent pour le Chevalier Noir.

Ils ont pour complice Norm Breyfogle, qui s’est imposé comme la nouvelle force graphique de l’univers de Batman, apportant ses nombreuses innovations au monde du justicier nocturne. Le dessinateur a suivi les consignes de Grant, à savoir créer un personnage à la croisée des espions de Spy vs Spy et du « terroriste » de V for Vendetta. D’ailleurs, il est intéressant de noter que Breyfogle utilise la même structure pyramidale pour représenter son nouveau personnage, recourant aux contre-plongées qui ont rendu sa version de Batman célèbre. Un parallèle évident est construit entre le héros de la série et son nouvel adversaire.

Cependant, de nombreux points les distinguent. Par exemple, ce sont les convictions politiques et non le traumatisme dû à un drame familial qui guident le nouveau personnage. De même, si Batman s’en prend à la criminalité, Anarky estime que la société est manipulée par des profiteurs qui tiennent la population dans la peur et les règles oppressantes, et vise par conséquent les élites politiques ou bancaires. Bref, l’ordre établi. Grant, qui signe une préface expliquant sa propre vision politique, mène donc une réflexion sur la place de Batman dans la société, à la fois dans et hors du cadre légal.

La conclusion du diptyque permet de placer une autre différence entre Batman et Anarky : Lonnie Machin, le jeune homme qui se cache sous le masque, est en fait un enfant. Cela permet d’inverser le propos par rapport à Batman, qui est resté un enfant dans son cœur, épris de justice et entouré de jouets de luxe, là où Lonnie est déjà un adulte impliqué dans la vie politique. Un jeu complexe de miroirs.

Anarky passe ensuite par la case Batman Chronicles #1, où il réapparaît à l’occasion d’une histoire courte écrite par Grant et dessinée par Stewart Johnson. Le jeune justicier s’en prend clairement au monde politique. Mais c’est dans les pages de Batman - Shadow of the Bat #40 et 41 que sa carrière prend un tournant dramatique. Sous des couvertures de Brian Stelfreeze, ce sont John Paul Leon et Brendan McCarthy qui se chargent respectivement du dessin et de l’encrage, pour un résultat qui évoque étrangement la première manière de Chris Bachalo (saupoudré d’un zest de Mignola et de miette de Steve Rude…).

Lonnie, en probation depuis ses « méfaits », vit chez ses parents quand survient une menace apocalyptico-épidémio-millénariste. Le gamin se lance dans l’action et reprend son identité d’Anarky en cachette. Face aux agissements du gourou, et comprenant que ses parents sont en danger tant qu’il mélange sa vie civile et sa mission, Lonnie fait un choix surprenant : il fait semblant de mourir afin qu’ils ne soient plus sujets aux dilemmes que ses décisions leur imposent.

Bon, à la fin de Shadow of the Bat #41, il semble clair que le personnage est mort, même si, dans la lettre que lit son père, Lonnie parle d’avenir, ce « jour » qu’il attend de tout son cœur où le pouvoir sera rendu au peuple. Bien entendu, Alan Grant avait des idées en tête à propos de son personnage (qu’il avait envisagé comme un possible nouveau Robin avant de se faire griller la priorité par Marv Wolfman avec Tim Drake). Et Lonnie Machin revient à l’occasion de la mini-série Anarky publiée au milieu de l’année 1997.

Cette mini-série est un petit peu le chaînon manquant entre les débuts « street level » du personnage et les envolées cosmiques de sa série régulière. N’oubliant pas que l’action se déroule à Gotham, Grant ouvre son récit sur le Démon Etrigan, que le créateur, Jack Kirby, avait placé dans la sombre métropole de Batman. Au fil des quatre épisodes, il fait intervenir de nombreux personnages à la carrure avérée. C’est ainsi qu’Anarky se frotte à Darkseid et au Quatrième Monde de Kirby.

Dans le même temps, le justicier juvénile tente de mettre en application ses préceptes politique et de développer ses capacités intellectuelles et mentales afin de redevenir maître de son destin. Grosse évolution par rapport au jeune activiste présenté dans Detective Comics : mais le sous-titre de la mini-série n’est-il pas « Metamorphosis » ?

La mini-série est parsemée de pleines pages dans lesquelles Anarky donne des leçons de philosophie à son chien, Yap, afin de définir plus précisément ses propres positionnements politiques, qui correspondent à ceux du scénariste.

Bien entendu, les actions d’Anarky attirent l’attention de Batman, qui tente de l’arrêter dans son entreprise visant à libérer, de force, le libre-arbitre du peuple. Un dysfonctionnement de la machine construite par Lonnie le conduit à comprendre sa propre erreur : la volonté d’imposer sa vision, à l’encontre même de ses convictions. À nouveau, l’anarchiste et le justicier se séparent, campant sur leurs positions.

Le recueil permet de couvrir la première partie de la carrière du héros, avant sa série mensuelle puis le relatif oubli qu’il subira à l’époque des cross-overs grandissants (et les départs de Grant puis O’Neil le renverra au fonds de catalogue batmanien dont quelques auteurs, plus ou moins inspirés, le sortiront à l’occasion), et de savourer deux interprétations par Breyfogle, à quelques années d’écart, sous les encres inspirées mais différentes de Steve Mitchell puis Joe Rubinstein.

Jim

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