RÉÉDITIONS DC : TPBs, Hardcovers, Graphic Novels

Le deuxième tome compilant les Brave and the Bold de Waid et Pérez s’intitule « The Book of Destiny », et propose son lot d’action, de caractérisation et de références.

À la fin du sixième épisode, donc du premier recueil, Supergirl, remise de ses émotions mais souffrant d’une amnésie sélective qui a effacé les souvenirs de sa lecture du Livre du Destin, ne se rappelle qu’un nom unique : Megistus. L’intrigue de la nouvelle fournée d’épisodes va permettre de mettre un visage et des enjeux sur ce nom.

Tout commence avec une mission menée par Wonder Woman et Power Girl, qui les conduit à affronter Doctor Alchemy dans la Forteresse de Solitude de Superman.

L’épisode est dense, riche, plein d’astuce. Les héros semblent avoir réussi à se débarrasser de la menace, la pierre philosophale du méchant ayant été jetée dans le soleil.

À la fin du chapitre, nous retrouvons les Challengers of the Unknown, qui ont la garde du Livre du Destin. Ayant longtemps échappé au leur, ils sont les seuls à pouvoir en parcourir les pages sans sombrer dans la folie. Mais bon, ça reste épuisant, hein… Et le nom de Megistus revient dans le récit.

Rompant avec la structure en passage de relais qui avait défini la première fournée d’épisodes, les auteurs passent ensuite à une histoire où Wally West et sa petite famille rencontrent la Doom Patrol, dans une ambiance parodiant les films de fantômes, qui convient assez bien à cette équipe de « monstres ».

Dans l’épisode suivant, ce n’est pas un cross-over mais trois que nous proposent les auteurs, avec la rencontre entre les Metal Men et Danny, le jeune possesseur du cadran de Dial H for Hero…

… une mission commune aux Boy Commandos et aux Blackhawk durant la Seconde Guerre mondiale (où l’on découvre que Mark Waid n’a visiblement pas d’amis français et qu’il rédige les dialogues français à l’aide d’un traducteur automatique…)…

… et une alliance entre Ryan Choi, le nouvel Atom, et Hawkman, face au Warlock of Ys.

Ce dernier chapitre permet de donner une explication à l’assaut que subissent les Challengers dans leur QG.

Trois récits également dans l’épisode 10 : les Challengers affrontent leur assaillant, composé des pages du Livre du Destin…

… tandis que Superman, dans le passé, croise le fer et le chemin du Silent Knight…

… et que les Teen Titans d’origine assistent au mariage d’Aquaman et de Mera. Ces récits éloignés dans le temps et l’espace permettent de mettre en valeur la menace de Megistus, qui semble se faire sentir partout.

La onzième livraison marque une rupture puisque Jerry Ordway remplace George Pérez. C’est toujours très chouette, mais on sent une petite baisse de régime et surtout on assiste à un passage de relais graphique alors qu’on s’achemine vers la fin du récit : dommage.

Tandis que Superman affronte Ultraman et rencontre l’équivalent de Monsieur Mxyzptlk sur Terre-3, les Challengers font face à un Metamorpho possédé par Megistus et qui vient de s’emparer de la batterie de Green Lantern.

La rencontre avec Mister Mixyezpitelik, « chevalier de l’ordre de la voyelle », permet de mettre, comme je le disais plus haut, un visage sur le nom de Megistus, et de préparer les héros et les lecteurs au grand final.

Le dernier chapitre pâtit un peu d’un syndrome bien connu, celui de la révélation du mystère. Megistus, dont l’ombre plane sur la série depuis six mois, apparaît pour ce qu’il est, un sorcier moustachu capable de manipuler les gens à travers le temps et l’espace. Un gros Mordru, quoi.

À la fin du onzième chapitre, le soleil est devenu vert et met à mal tant Superman qu’Ultraman, faisant aboutir les indices dispensés dans les épisodes précédents. The Brave and the Bold #12 met en scène une vaste alliance de héros et tricotant une intrigue cohérente sur l’ensemble de la série.

Hal Jordan parvient à canaliser le pouvoir dispersé de sa batterie, les héros libèrent Métamorpho, et June, dernière recrue des Challengers, se « sacrifie » afin de mettre un terme à la menace de Megistus. L’ensemble va un peu vite par rapport à tout ce qui a été mis en place. Peut-être aussi que Jerry Ordway, tout excellent dessinateur qu’il soit, n’a pas le sens de la démesure d’un George Pérez lancé à fond.

Ce dernier chapitre ouvre sur deux idées intéressantes : d’une part, Megistus affirme avoir entrepris tout cela afin de préparer l’univers à la prochaine « Crise ». Je ne sais pas trop s’il est apparu ailleurs (je crois comprendre qu’il est mentionné dans Futures End, mais je n’en sais pas plus), mais l’idée est intéressante. A-t-elle débouché sur quelque chose de concret ?

L’autre idée astucieuse, c’est que June n’apparaît plus dans le Livre du Destin, reconstitué et à nouveau à la garde de Destiny. Cela veut dire qu’elle a échappé à la mort, comme ses collègues Challengers, et donc qu’elle est toujours vivante. Cela ouvre sur une potentielle série des aventuriers, mais je ne crois pas qu’elle existe. Si ?

Bref, ces chapitres 7 à 12 sont très agréables à la lecture, mais un poil plus faibles que les six premiers, qui avaient mis la barre très haut, il faut l’avouer. C’est bien, souriant, plein de couleurs, riche, dense, convoquant des idées et des personnages qui font le sel du genre super-héros. Disons simplement que la fin, pour chouette qu’elle soit, marque une petite baisse de régime par rapport au début.

Jim

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La partie graphique en jette, même si la colo est trop prononcée à mon goût.

Je pense que c’est l’affichage écran. Sur papier, c’est un peu atténué.
Même si ça reste… chatoyant !

Jim

Pour le dire poliment.

Sourire

J’ai récemment retrouvé dans une pile un recueil que je n’avais pas lu (et que je ne me rappelle pas avoir acheté, en plus…), Superman / Batman: Torment.

Il rassemble les épisodes 37 à 42 de la série précédemment lancée par Jeph Loeb et Ed McGuinness (et dont je découvre, en cherchant un peu, qu’elle a duré quand même quatre-vingt-sept numéros, une longévité qui m’étonne), chapitres en l’occurrence écrits par Alan Burnett et illustrés par Dustin Nguyen.

L’histoire commence de manière assez banale avec un braquage effectué par Killer Croc pour le compte d’un commanditaire inconnu. L’affaire mobilise Batman, mais la présence d’inscriptions kryptoniennes l’incite à contacter Superman. La fin du premier chapitre voit des masses de Kryptonite verte envahir Metropolis.

Le deuxième épisode apporte la première déception flagrante du récit, à savoir que ce phénomène géologique est en réalité un cauchemar, induit par le Scarecrow. Celui-ci semble de mèche avec un étranger dont on apprend l’identité à la fin du deuxième chapitre : Desaad. Son maître, Darkseid le seigneur d’Apokolips, apparaît également, mais visiblement diminué et moins colérique que d’ordinaire.

Diminué aussi, Superman tombe sous la coupe des ressortissants d’Apokolips. Plusieurs détails sont oubliés en route : que devient Croc ? que signifient les allusions de Pete Ross ? quelle est l’implication de Luthor ? Si l’on peut légitimement accorder à certaines sous-intrigues le statut de fausses pistes destinées à tromper le lecteur, il faut bien reconnaître que certains éléments du scénario semblent changer de nature, un peu comme si Burnett improvisait au fil de l’eau.

Le troisième épisode voit Batman enquêter sur la disparition de Superman, ce qui l’amène à rattraper Scarecrow et récupérer la Mother Box qui lui a été confiée. Le justicier de Gotham est projeté dans un monde transformé en forteresse et cerné de Paradémons. La confrontation entre le héros nocturne et son associé lumineux survient, les sbires de Darkseid jetant leur nouveau pion à l’assaut de Batman.

Arrive donc le quatrième volet. Batman, sérieusement endommagé après son court combat contre un Superman qui ne se contrôle plus, est sauvé par Bekka, l’épouse d’Orion, qui le soigne. L’épisode est l’occasion d’expliquer tout le bazar : toute l’affaire tourne autour de la disparition du sceptre du Highfather, et d’une précédente défaite de Darkseid qui l’a laissé sans ses pouvoirs Omega. On comprend que Desaad est à la manœuvre afin de ramener le sceptre à son maître et de restaurer sa puissance, et on devine que le tortionnaire garde à l’esprit ses propres ambitions.

Ce chapitre est long, bavard, compliqué. Visiblement, les auteurs tentent d’expliquer ce qu’ils ont précédemment embrouillé. Une pause soporifique au milieu d’un récit brouillon.

Les deux derniers chapitres retrouvent un semblant de souffle épique, avec un Superman projeté au-delà du Mur-Source et un Batman en mode teigneux qui s’en prend directement à Desaad, au moment où ce dernier a tenté son putsch contre Darkseid.

Malgré l’énergie palpable dans les deux derniers chapitres, l’ensemble est bordélique, disparate, annonçant des subplots avant de les abandonner. Visiblement, Burnett a eu les yeux plus gros que le ventre en se frottant au monde des New Gods, dont apparemment l’éditeur ne sait trop quoi faire au demeurant. Les épisodes sont datés de la fin 2007 : je n’ai pas vérifié les dates, mais je me demande si cela n’annonce pas la mini-série Death of the New Gods de Jim Starlin. C’est en tout cas ce que pourrait laisser croire la dernière séquence où l’on devine la présence d’un tueur mystérieux…

En plus d’un scénario bancal, ces six chapitres sont illustrés par Dustin NGuyen, un dessinateur dont je ne goûte que fort modérément le style. S’il est supportable en aquarelle, quand il travaille au trait ses faiblesses graphiques apparaissent nettement. Et il a beau convoquer des tics graphiques empruntés à Mike Mignola ou à Walt Simonson, ses personnages inexpressifs et laids se posent sur des décors vides à la manière de stickers collés au hasard sur des livres d’image.

Jim

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Les premières sagas de cette longue série visaient l’arrivée d’un météore de Kryptonite sur Terre, puis la chute de quantité de fragments partout.
Le tout étant un subplot pour préparer l’arrivée (retour) de Supergirl.
Ce « cauchemar » peut être un rappel de la continuité du titre.

C’est exactement ça.

Ou juste un scénario mal écrit avec des révélations à trois sous.

Jim

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Tu sais que je suis gentil. :wink:

Ça te perdra.

Jim

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J’ai Waze !

Tu l’as perdu.

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Hehe

Bon, c’est pas le tout de causer de Marvel. Faudrait aussi parler de DC, tiens. Et c’est pas parce que le Seigneur de Babylone a déjà évoqué le premier tome de la collection Batman - The Caped Crusader que je dois me taire !

La série a été lancée à peu près en même temps qu’une autre réédition, Batman - The Dark Knight Detective. Les deux collections couvrent les séries Batman et Detective Comics à partir de l’arrivée de Denny O’Neil au poste de responsable éditorial, en gros après le cross-over Crisis. Plus précisément, The Caped Crusader reprend la série Batman. Et le tome 1 débute avec Batman #417, premier volet de la saga « Ten Nights of the Beast ».

Les plus attentifs noteront que l’ère O’Neil commence un peu plus tôt, et que les premiers récits de Jim Starlin remontent à quelques épisodes. Pour les curieux, il faut donc aller voir le recueil Batman - Second Chances qui compile les récits de Max Allan Collins et les premiers épisodes de Starlin. Le découpage, un peu étrange, peut s’expliquer par le fait que les épisodes de Collins, plus drôles et ironiques, ne rentrent pas réellement dans le canon qu’O’Neil est en train de définir, et que les deux premiers épisodes de Starlin montrent un Batman en solo, car le scénariste n’apprécie guère Jason Todd, le nouveau Robin.

Avec « Ten Nights of the Beast », Starlin rentre dans le vif du sujet. Il oppose Batman à un nouvel adversaire venu de la lointaine URSSS, KGBeast, une créature puissante mais également opiniâtre et intelligente. Un adversaire de poids pour le Détective de la Nuit. C’est un duel à mort auquel il nous invite, où KGBeast est capable de se trancher le poignet si cela peut précipiter la chute de son adversaire.

Par sa corpulence et son caractère inéluctable, KGBeast semble annoncer ce que sera Bane plus tard. Comme si O’Neil avait gardé l’idée en tête et raffiné la recette.

Les quatre épisodes de la saga, formidablement mis en valeur par les couvertures de Mike Zeck, permettent à Starlin de réfléchir à Robin. Ce dernier ne fait qu’une maigre apparition dans la tétralogie, mais il prendra une importance plus grande par la suite. Batman #421 et 422 raconte la traque d’un tueur de femme. Le sujet permet au scénariste d’aborder l’aspect juridique de ce genre d’affaire, où l’absence de preuves conduit à relâcher un assassin dont tout le monde est convaincu de la culpabilité.

L’expérience de Gordon et de Batman fait qu’ils savent quand ils sont battus et quand il faut reprendre l’enquête, repartir à la quête de preuves. Mais Robin, lui, ne se satisfait pas de cette situation, sa vision de la justice est plus radicale. À la fin du récit, c’est une femme qui parvient à tuer l’assassin. Interrogée par les hommes de Gordon, elle les met au défi de trouver un jury capable de la condamner, elle qui a débarrassé le monde d’un sadique.

Pour Robin, ça va. Il se satisfait à l’idée qu’elle puisse échapper à la prison. Pour Batman, la justice doit être pour tous. Un fossé se creuse entre le maître et son apprenti, mais c’est encore très discret.

Le sommaire passe ensuite par la case Batman Annual #12, un récit réalisé par Mike Baron, Ross Andru et Denis Rodier, où Bruce Wayne participe à une sorte de « murder party » dans la haute société. Très sympathique, plein d’idées, mais bizarrement l’excellent encrage de Rodier ne semble pas convenir à Andru.

Batman #423 constitue une espèce d’exception dans le monde très noir qu’explorent O’Neil et Starlin, puisqu’il traite du thème de l’enfance malheureuse, mais avec une forme de sourire, d’optimisme et de confiance en l’avenir qui tranche avec le reste. On y voit même Batman verser une larmichette, ce qui fait de ce numéro une sorte de pépite rare.

Batman #424 et 425 constituent le développement des indices jusque-là disposés autour de Jason Todd. Le Duo Dynamique croise le chemin d’un homme violent qui terrorise les femmes, mais qui parvient à échapper à la justice à cause de son immunité diplomatique. Robin le traque et, quand Batman arrive, l’homme a basculé de son balcon, tombant dans le vide. Jason ne semble ressentir aucun remords, et Batman a des doutes. La faille entre les deux se creuse.

La deuxième partie de ce récit montre la suite du récit : le père de Felipe, afin de venger son fils et d’atteindre Robin, capture Gordon, un Gordon grisonnant, assez fidèle à la version pré-Crisis. Batman tente de faire comprendre à Robin que les causes ont toujours des conséquences, mais rien n’y fait, le justicier juvénile semble avoir son idée bien arrêtée de la justice.

C’est la manière qu’à trouvé Starlin pour rendre le nouveau Robin intéressant à ses propres yeux. Et personnellement, je trouve assez fort de mettre dans l’esprit d’un ado, qui devrait être un personnage souriant, enjoué, optimiste, une telle vision de la justice, presque manichéenne, en tout cas impitoyable. Ce durcissement du personnage, palpable en comparaison de l’approche Collins et surtout de la période pré-Crisis, ne semble toujours pas emporter les suffrages.

Le recueil ne reprend pas les quatre épisodes de Death in the Family, souventes fois réédités (mais bon, c’est pas une raison pour ne pas reluquer une belle couverture de Mignola). Pour les nouveaux venus, il s’agit du récit durant lequel Robin, à la recherche de sa mère, est violemment agressé par le Joker, qui le laisse pour mort : le sort du jeune homme, dans le dernier épisode, est soumis aux votes des lecteurs qui choisissent, en fait, de ne pas faire survivre le jeune apprenti.

Le recueil reprend à Batman #430, dernier épisode de Starlin, très bien mis en scène par Jim Aparo. Batman est confronté à un sniper fou. Tandis que des souvenirs douloureux lui reviennent, il se montre sans pitié. Quant à Gordon, dont Starlin laisse entendre qu’il soupçonne des choses, mais est-ce au sujet de Robin ou de l’identité même du héros, il ne peut que constater que le Croisé à la Cape a changé. De bien belles subtilités pour un épisode tout en finesse.

Le dernier épisode, écrit par James Owsley et dessiné par Jim Aparo, confronte Batman à son passé en la personne de ninja, au fil d’une enquête où on le voit accumuler les indices et croiser les informations.

Un véritable détective, accessible aux émotions, qui se confronte aux problèmes de la société et qui est entouré d’un casting, certes peu nombreux, mais présent. On a vraiment l’impression, en parcourant ce recueil, de lire un tout autre Batman.

Jim

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Si la série Batman - The Caped Crusader reprend les Batman de l’ère O’Neil, son pendant, Batman - The Dark Knight Detective, compile les épisodes de Detective Comics correspondant à la même période.

Le premier tome de Batman - The Dark Knight Detective couvrait, en gros, la période Mike Barr, et s’arrêtait juste avant l’arrivée d’Alan Grant et John Wagner, deux auteurs britanniques transfuges de 2000 A.D. Avec ce tandem d’auteurs irrévérencieux, associés à un jeune dessinateur prometteur, Norm Breyfogle, qui développe très rapidement des idées précises quant au traitement graphique de Batman, Denny O’Neil semble avoir trouvé l’équipe en or. À raison. Et d’un coup, la série est électrisée.

Le premier épisode du recueil est Detective Comics #583. On y parle de trafic de drogue, de petite délinquance, et on y observe un Batman qui fonce, véritable rouleau compresseur au milieu des malfrats. Action, vitesse, rapidité, et mauvais esprit. Cet épisode, quand il est sorti, a fait causer. Je me souviens qu’à l’époque, je lisais une rubrique chroniquant les sorties américaines (était-ce dans USA Magazine ou dans Pilote & Charlie, je ne sais plus…) et les chroniqueurs se sont arrêtés sur cette scène du premier épisode du tandem où Batman plonge la tête d’un bandit dans les toilettes puis tire la chasse.

Breyfogle, de son côté, dessine un Batman tout en mouvement, élancé, étiré même au gré des déformations anatomiques qu’il impose au personnage. Les traits de mouvements sont nombreux, accélérant plus encore la sensation d’accélération est saisissante. De plus, il commence à cadrer Batman en contre-plongée, et comme il rallonge les oreilles du masque, il établit un code graphique assez étourdissante, celui d’un visage pyramidal, presque symbolique. Au début, Breyfogle est encré par Kim DeMulder mais, bien vite, il sera associé à Steve Mitchell, et le résultat dispose d’une personnalité vraiment affirmée. Detective Comics trouve en quelque sorte sa voix plus vite que Batman.

De leur côté, Grant et Wagner choisissent de privilégier les rapports de Batman à la criminalité, comme si les soucis personnels étaient réservés à la série Batman. Et dans cette perspective, ils apportent un bataillon de nouveaux vilains, qui auront un succès plus ou moins grands, mais dans l’ensemble, le tandem de scénaristes fait mouche.

Les épisode 583 et 584 font intervenir Scarface, le vilain ventriloque, un personnage que les deux scénaristes avaient d’abord envisagé d’opposer à Juge Dredd. Dans l’univers de Batman, le méchant connaîtra une belle carrière. Dans les deux chapitres suivants, ils confrontent Batman au Ratcatcher, qui aura lui aussi un parcours plutôt honorable. Pas mal, pour deux créations. Leur troisième méchant, le Corrosive Man, qui occupe les épisodes 587 à 589, n’aura pas le même bonheur, mais ce criminel pathétique, qui rappelle le Clayface de Len Wein et plein de méchants marvéliens.

La suite du sommaire donne l’occasion de découvrir un « Bonus Book », petite histoire réalisée par des débutants, consacré à Poison Ivy, ainsi que Detective Comics Annual #1, réalisé par Denny O’Neil, Klaus Janson et Tony DeZuniga (Janson ne s’encrant pas, pour une fois, ce qui donne un résultat aussi surprenant qu’agréable). Le scénariste en profite pour faire intervenir Ra’s Al Ghul, Talia et Question, un héros dont il écrit les aventures à la même période : la suite d’ailleurs de cet Annual se trouvera dans un numéro équivalent dédié à Vic Sage.

Les auteurs venant de la lointaine Angleterre, il fallait bien qu’un jour Batman fasse le voyage en sens inverse : c’est ainsi qu’il fait un détour par Londres dans Detective Comics #590. L’équipe est complètement efficace, et l’action le dispute au drame et aux sentiments. Parfaitement rodé.

Le dernier épisode confronte Batman au « Temps du Rêve » des aborigènes australiens, dans cette logique amenée par Grant et Wagner (mais qui semble plaire à O’Neil, lui-même adepte d’un Batman globe-trotter) de sortir le justicier de sa zone de confort, de sa jungle urbaine. Encore une occasion pour jouer aussi sur les perceptions du personnage, comme souvent avec les deux scénaristes.

Un TPB qui montre comment une série, en renouvelant tout son personnel, parvient à trouver son ton, sa voix, sa singularité.

Jim

On a déjà évoqué la carrière éditoriale du personnage Anarky à l’occasion de l’évocation du recueil Anarky - The Complete Series. Cela dit, le personnage a eu une vie éditoriale précédente, naissant dans les pages des aventures de Batman.

Le recueil est publié en 1998, soit une petite dizaine d’années après l’arrivée du personnage dans Detective Comics #608 et 609. Une fois de plus, ce justicier qui s’en prend aux puissants a été créé par Alan Grant et John Wagner, les deux scénaristes venus du monde de Judge Dredd : décidément, le tandem aura marqué Gotham City par ses nombreuses nouvelles menaces. Cependant, contrairement à l’une de leurs inventions les plus durables, à savoir le ventriloque Scarface, pensé à l’origine pour évoluer dans Mega-City One puis retoqué afin de s’intégrer à Gotham, Anarky n’est pas un transfuge, mais plutôt une copie. En effet, Grant et Wagner (comme le premier le précise dans sa préface) ont inventé Chopper, un jeune homme anarchiste rencontrant un vif succès auprès des lecteurs de 2000 A.D., et ils envisagent de rééditer l’exploit dans les aventures qu’ils écrivent pour le Chevalier Noir.

Ils ont pour complice Norm Breyfogle, qui s’est imposé comme la nouvelle force graphique de l’univers de Batman, apportant ses nombreuses innovations au monde du justicier nocturne. Le dessinateur a suivi les consignes de Grant, à savoir créer un personnage à la croisée des espions de Spy vs Spy et du « terroriste » de V for Vendetta. D’ailleurs, il est intéressant de noter que Breyfogle utilise la même structure pyramidale pour représenter son nouveau personnage, recourant aux contre-plongées qui ont rendu sa version de Batman célèbre. Un parallèle évident est construit entre le héros de la série et son nouvel adversaire.

Cependant, de nombreux points les distinguent. Par exemple, ce sont les convictions politiques et non le traumatisme dû à un drame familial qui guident le nouveau personnage. De même, si Batman s’en prend à la criminalité, Anarky estime que la société est manipulée par des profiteurs qui tiennent la population dans la peur et les règles oppressantes, et vise par conséquent les élites politiques ou bancaires. Bref, l’ordre établi. Grant, qui signe une préface expliquant sa propre vision politique, mène donc une réflexion sur la place de Batman dans la société, à la fois dans et hors du cadre légal.

La conclusion du diptyque permet de placer une autre différence entre Batman et Anarky : Lonnie Machin, le jeune homme qui se cache sous le masque, est en fait un enfant. Cela permet d’inverser le propos par rapport à Batman, qui est resté un enfant dans son cœur, épris de justice et entouré de jouets de luxe, là où Lonnie est déjà un adulte impliqué dans la vie politique. Un jeu complexe de miroirs.

Anarky passe ensuite par la case Batman Chronicles #1, où il réapparaît à l’occasion d’une histoire courte écrite par Grant et dessinée par Stewart Johnson. Le jeune justicier s’en prend clairement au monde politique. Mais c’est dans les pages de Batman - Shadow of the Bat #40 et 41 que sa carrière prend un tournant dramatique. Sous des couvertures de Brian Stelfreeze, ce sont John Paul Leon et Brendan McCarthy qui se chargent respectivement du dessin et de l’encrage, pour un résultat qui évoque étrangement la première manière de Chris Bachalo (saupoudré d’un zest de Mignola et de miette de Steve Rude…).

Lonnie, en probation depuis ses « méfaits », vit chez ses parents quand survient une menace apocalyptico-épidémio-millénariste. Le gamin se lance dans l’action et reprend son identité d’Anarky en cachette. Face aux agissements du gourou, et comprenant que ses parents sont en danger tant qu’il mélange sa vie civile et sa mission, Lonnie fait un choix surprenant : il fait semblant de mourir afin qu’ils ne soient plus sujets aux dilemmes que ses décisions leur imposent.

Bon, à la fin de Shadow of the Bat #41, il semble clair que le personnage est mort, même si, dans la lettre que lit son père, Lonnie parle d’avenir, ce « jour » qu’il attend de tout son cœur où le pouvoir sera rendu au peuple. Bien entendu, Alan Grant avait des idées en tête à propos de son personnage (qu’il avait envisagé comme un possible nouveau Robin avant de se faire griller la priorité par Marv Wolfman avec Tim Drake). Et Lonnie Machin revient à l’occasion de la mini-série Anarky publiée au milieu de l’année 1997.

Cette mini-série est un petit peu le chaînon manquant entre les débuts « street level » du personnage et les envolées cosmiques de sa série régulière. N’oubliant pas que l’action se déroule à Gotham, Grant ouvre son récit sur le Démon Etrigan, que le créateur, Jack Kirby, avait placé dans la sombre métropole de Batman. Au fil des quatre épisodes, il fait intervenir de nombreux personnages à la carrure avérée. C’est ainsi qu’Anarky se frotte à Darkseid et au Quatrième Monde de Kirby.

Dans le même temps, le justicier juvénile tente de mettre en application ses préceptes politique et de développer ses capacités intellectuelles et mentales afin de redevenir maître de son destin. Grosse évolution par rapport au jeune activiste présenté dans Detective Comics : mais le sous-titre de la mini-série n’est-il pas « Metamorphosis » ?

La mini-série est parsemée de pleines pages dans lesquelles Anarky donne des leçons de philosophie à son chien, Yap, afin de définir plus précisément ses propres positionnements politiques, qui correspondent à ceux du scénariste.

Bien entendu, les actions d’Anarky attirent l’attention de Batman, qui tente de l’arrêter dans son entreprise visant à libérer, de force, le libre-arbitre du peuple. Un dysfonctionnement de la machine construite par Lonnie le conduit à comprendre sa propre erreur : la volonté d’imposer sa vision, à l’encontre même de ses convictions. À nouveau, l’anarchiste et le justicier se séparent, campant sur leurs positions.

Le recueil permet de couvrir la première partie de la carrière du héros, avant sa série mensuelle puis le relatif oubli qu’il subira à l’époque des cross-overs grandissants (et les départs de Grant puis O’Neil le renverra au fonds de catalogue batmanien dont quelques auteurs, plus ou moins inspirés, le sortiront à l’occasion), et de savourer deux interprétations par Breyfogle, à quelques années d’écart, sous les encres inspirées mais différentes de Steve Mitchell puis Joe Rubinstein.

Jim

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Au gré de mes visites chez les soldeurs, je suis tombé récemment sur un recueil d’épisodes provenant de la série Superman / Batman, celle que Jeph Loeb et Ed McGuinness ont lancée en 2003. L’album Sorcerer Kings rassemble plusieurs histoires tirées des épisodes 78 à 84, réalisés par plusieurs équipes différentes.

Le premier épisode casse un peu la formule de la série, qui propose des aventures du tandem des World’s Finest. Ici, deux récits, avec deux équipes de héros. La première histoire, écrit par Joe Kelly et Jack Kelly et illustrée par Ed Benes, se penche sur la question de savoir qui gagnerait, de Batman ou de Superman, à travers le regard de deux fanboys déchaînés.

Le second récit, par Amanda McMurray et Brett Booth, met en scène Powr Girl et Huntress, face à un extraterrestre perdu sur Terre, comme la première des deux héroïnes. Le récit s’arrête sur le « mensonge » de l’équipe, qui promet de trouver un moyen de renvoyer le visiteur chez lui. C’est un postulat classique dans les récits de super-héros, et si la scénariste décrit cela comme un pieux mensonge, c’est aussi une manière de commenter les lieux communs propres à ces péripéties.

Passées ces deux petites curiosités sympathiques mais anecdotiques, le sommaire propose de retrouver un diptyque écrit par Chris Roberson et illustré par Jesus Merino, dans son style le plus pachequien qui soit.

Le récit met en scène Epoch, le « Maître du Temps », et débute dans le lointain futur exploré par Grant Morrison dans la série JLA et le cross-over DC One Million. Le super-vilain, poursuivi par le Superman du futur (aidé de son compère Superman de la même époque) parvient à s’échapper dans le passé (notre présent, ou presque).

C’est foisonnant, bourré d’idées, généreux, très proche de l’esprit morrisonien et retrouvant cette version moderne du « sense of wonder » que le scénariste est parvenu à constituer dans sa version de la Ligue. Les textes, notamment les voix off, laissent entrevoir un monde plus vaste encore, aux concepts novateurs et surprenants. D’une grande richesse et avec cette sensation de lire quelque chose d’ambitieux qui fait rêver et emporte au loin.

L’astuce de Roberson consiste également à opposer Epoch à nos héros contemporains… mais issus d’un passé un peu Silver Age. Le récit s’étale donc entre le lointain futur morrisonien et le passé classique des personnages.

Divisé en deux époques, ce diptyque nous offre la possibilité de suivre deux tandems. Les deux équipes tombent dans des pièges temporels tendus par Epoch et parviennent à s’en sortir à l’aide d’astuces réellement ingénieuses qui contribuent à cette atmosphère merveilleuse. Une franche réussite.


Le recueil se conclut sur un gros morceau, une saga en quatre épisodes écrits par Cullen Bunn et illustrés par Chriscross. Ce dernier œuvre dans un style moins caricatural et outrancier que d’ordinaire, et assez agréable à regarder. Quant à Bunn, je fais partie de ceux qui apprécient en général son travail, que ce soit sur ses séries indés mais aussi sur ses prestations chez les gros éditeurs, où il mélange les genres souvent avec astuce.

Ici, le scénariste mélange voyage temporel, enjeux à la Terminator / Days of Future Past, monde magique et double des héros. L’affaire commence par une intervention du groupe magique Shadowpact (ce qui m’a donné envie de relire la série, tiens…), qui repousse une invasion de créatures mystiques aux côtés d’un étrange chevalier en armure. Ce dernier tombe sous les coups des assaillants. Une fois ces derniers partis, les membres du Shadowpact comprennent qu’il s’agit de Superman. Mais un Superman alternatif, puisque le vrai est bien vivant.

Tandis que le Batman alternatif vient chercher le « vrai » Superman et l’emporte dans son monde, le « vrai » Batman enquête sur la disparition de son allié. Il est épaulé par Detective Chimp et Doctor Occult (que le chimpanzé surnomme « Doc Occ ») puis Klarion. Bunn peut donc mener en parallèle le récit de Superman, dans le monde alternatif qui s’avère en fait une version future et dystopique de notre univers, et l’enquête de Batman dans le présent.

Tout tourne autour d’une cabale menée par Felix Faust, Blackbriar Thorn, Morgaine le Fey et Brother Blood, qui ont lancé un sort faisant basculer la Terre, et donc ses héros, dans une version heroico-fantasyfiée. Et autour de la chronomancie, un voyage temporel d’origine magique qui relie le futur où Superman s’est retrouvé au présent où Batman tente d’arrêter la cabale. C’est plutôt bien troussé, bien rythmé, et en mélangeant les genres, en appliquant une intrigue de SF à un monde de fantasy et en faisant intervenir de nombreux personnages secondaires de l’univers DC, Bunn signe quatre épisodes très agréables à lire.

Bref, un recueil que j’ai pris un peu par hasard, et curiosité, sans doute motivé par un prix modique, et donc je ne regrette absolument pas l’acquisition.

Jim

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Découvrir la saga « Sorcerer Kings » de Cullen Bunn et Chriscross dans Superman / Batman m’a donné envie de me replonger dans les aventures d’un groupe que l’on aperçoit dans ce récit : le Shadowpact. Il s’agit d’une équipe de héros magique constituée à l’occasion de la mini-série Day of Vengeance située dans les mois précédant Infinite Crisis.

La mini-série a été compilée dans un recueil datant de 2005. Ce tome comprend également les trois épisodes de Superman (Action Comics #828, Adventures of Superman #639 et Superman #216) voyant Eclipso revenir et tenter de prendre possession de Superman, en passant par une scientifique de S.T.A.R. Labs et par Lois Lane.

L’intrigue de ce triptyque, rédigée par Judd Winick, est assez simple, pour ne pas dire bourrine. On y suit la voix off d’Eclipso, que l’on identifie tardivement quand ses possédés apparaissent avec le fameux croissant de lune plaqué sur leur visage.

Quand Superman est possédé, il affronte Captain Marvel dans une baston solide et spectaculaire. L’ensemble est dessiné par Ian Churchill, qui n’officie pas encore dans son style cartoony. C’est pas génial, mais ça fait son office.

La révélation forte survient à la dernière page de l’épisode, quand on découvre que Jean Loring, l’épouse d’Atom emprisonnée à l’asile Arkham après les tragiques événements d’Identity Crisis, est désormais possédée par Eclipso.

Je pense avoir dit combien cette période de l’histoire éditoriale de DC m’insupporte. On sort d’une grosse quinzaine d’années où les différentes équipes éditoriales sont parvenues à moderniser les personnages et les séries sans réellement rien casser. L’univers s’est développé, accueillant de nouvelles figures (pensons à Hitman) et des voix originales (Ostrander, Grant & Wagner, Ennis…). La publication d’Identity Crisis, récit superbement dessiné par Rags Morales où l’écrivain Brad Meltzer explore les limites morales des héros, marque un tournant, signe d’un nouveau règne éditorial et d’une transformation de l’ensemble de l’univers mis en scène. Cette période est marquée par la figure de Dan Didio, qui oriente le catalogue DC vers autre chose, vers de vastes sagas emportant tous les héros dans leur sillage et formant une sorte de colossale méta-histoire se répandant dans tous les titres et portant ses conséquences sur tous les personnages. Les séries perdent un peu leur identité et beaucoup leur indépendance et de gros événements sont placés au centre de copieux cross-overs qui orientent la direction éditoriale. C’est un peu la même chose chez Marvel à la même époque (les deux éditeurs se marquent à la culotte, un regard attentif montre que, dans les grandes lignes, ils racontent un peu la même histoire à peu près au même moment), et on en connaît pour apprécier. Je n’en fais pas partie.

Mais bien sûr, même les périodes les plus difficiles à lire comportent de belles petites pépites, des séries souvent secondaires qui trouvent dans ce terrain acide un terreau susceptible de permettre leur épanouissement. Souvent, dans le cas de grosses machines éditoriales impactant toutes les séries, ce sont dans les mini-séries périphériques que l’on trouve de bonne choses (et en l’occurrence, bien souvent, les projets estampillés « Countdown to Infinite Crisis » sont bien sympas). Et quelques séries de troisième ordre, constituant ce que Nikolavitch appelle des « chemins de traverse », proposent d’agréables et surprenante lectures.

Le Shadowpact remplit ces deux caractéristiques : le groupe, qui se forme dans Day of Vengeance, est au centre d’une chouette mini-série qui tire son épingle du jeu sordide de déconstruction, ou plutôt de démontage voire de casse, mené par Didio. Et l’équipe sera l’héroïne d’une série mensuelle qui s’ensuivra et livrera de forts convaincants moments de lecture, avec des héros attachants et une évidente autonomie au milieu des grandes manœuvres.

Day of Vengeance commence quand Jean Loring, possédée par Eclipso, s’échappe. Au même moment, le Spectre, privée de son ancre humaine, dérape et se met à sanctionner des pécheurs de tous ordres, mais souvent auteur de péchés véniels. C’est sous l’influence (séduisante, reconnaissons-le) d’Eclipso que le Spectre s’en prendra à la magie du monde. Dans le même temps, des héros magiques ayant survécu au massacre se rassemblent de manière informelle afin de trouver une parade. Bill Willingham, assisté des dessinateurs Justiniano et Ron Wagner, remet sur le devant de la scène Detective Chimp (j’ai bien l’impression que c’est à l’occasion de cette mini que ce vieux personnage revient : il s’est imposé depuis, puisqu’on le revoit notamment dans Justice League Dark), qu’il entoure d’Enchanteress, Ragman et quelques autres seconds couteaux mystiques.

Le scénariste s’intéresse notamment à Enchanteress et Ragman, faisant du second un héros frustré et troublé, et de la première une sorcière craignant de tomber du côté obscur. Cette caractérisation n’est pas là pour faire joli, puisqu’il décrit le plan de l’enchanteresse, qui tente de canaliser toutes les énergies magiques afin de soutenir Captain Marvel face au Spectre. Bien entendu, la jeune femme perd le contrôle, ce qui rajoute des péripéties.

Le troisième épisode, dessiné par Ron Wagner, est aussi celui du recrutement de Black Alice. Willingham s’amuse avec les dialogues de Detective Chimp, à qui il calque un cynisme gouailleur qui le rapproche de John Constantine, avec qui le singe partage un goût évident pour l’alcool et le tabac. Le scénariste consacre toute une séquence sur le nom potentiel de l’équipe, revenant même sur la fameuse dénomination de la « Trenchcoat Brigade » suggérée par Neil Gaiman dans la première mini-série Books of Magic.

Pour bien rythmée qu’elle soit, la mini-série n’est pas sans dimension métalinguistique. Ou, tout simplement, il est possible de la lire au deuxième degré. Après tout, c’est l’histoire du Spectre, possédé par des forces qui le dénaturent. Un Spectre qui en est réduit à se battre comme un chiffonnier contre un Captain Marvel alimenté par les flots d’énergie magique du globe. D’une certaine manière, les héros ne se ressemblent plus, sous une influence extérieure qui n’est autre, d’une certaine manière, que Dan Didio.

La mini-série revient sur des idées fortes : par exemple, qu’Eclipso est la première incarnation de la vengeance, dévoyée puis remplacée par le Spectre, ce qui fait d’eux deux forces sœurs, voisines, complémentaires, égales en puissance. Si je ne me trompe pas, il me semble que c’est dans la série Spectre d’Ostrander que cette origine commune est énoncée pour la première fois (à vérifier, cela dit).

De même, c’est l’occasion de consolider des idées posées jadis et jamais réellement exploitées, à l’exemple de l’Oblivion Bar, le pub où se réunissent les héros magiques autour de Jim Rook, le Nightmaster, un personnage secondaire inventé dans Showcase en 1969. Avec Day of Vengeance puis Shadowpact, l’endroit deviendra l’un des points incontournables de l’univers DC. Les initiatives de Didio n’auront pas que des effets négatifs.

Le recueil se conclut sur la formation du groupe, mais n’intègre pas le numéro spécial qui sera publié au début 2006 (sous une autre couverture élégante de Walt Simonson, qui fait un clin d’œil à Mike Kaluta). Cet épisode servira à lancer une nouvelle saga autour du casque de Doctor Fate. Il faudrait que je vérifie si cette histoire a été compilée (et si je l’ai quelque part…).

Jim

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De Ray Palmer (mon chouchou), et qui tuera Sue Dibny, femme de Elongated Man, dans cette piteuse mini-série Identity Crisis, si je peux me permettre.

Ah oui, tu as raison, je vais corriger ça.
Je n’ai pas relu Identity Crisis depuis sa sortie, je crois…

Jim

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Ne t’impose pas ça.
Ca a très mal vieilli. C’est représentatif de l’air du temps de l’époque, avec une volonté de faire sombre/glauque et de « salir » une époque plus pure dans un souci de « réalisme ».
C’est, au-delà de ça, surtout une enquête bien pauvre et faible, sans que jamais le lecteur ne puisse découvrir le responsable. On peut critiquer Batman: Hush / Silence pour son mystère « facile », mais au moins le « jeu » est réel pour le lecteur qui avait des éléments pour capter. Là, qui pouvait deviner, bon sang, que Sue avait été tuée par une Jean Loring folle (!), qui a utilisé une bio-ceinture (!) que son ex lui a laissée (!) pour « visiter » Sue dans l’oreille (!) et, se rendant compte qu’elle lui a fait du mal, l’a brûlée au lance-flammes (!).
Et, comme je le fais comprendre aussi, je n’ai que mépris envers cette « solution », complètement pétée et piteuse.

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