RÉÉDITIONS DC : TPBs, Hardcovers, Graphic Novels

Je confirme. Un excellent recueil pour un dessinateur extraordinaire

Les épisodes avec Wolfman, c’est un peu tout ce que j’aime dans Superman : des grosses menaces, du cosmique, du dépaysement, un héros malmené mais qui parvient à fédérer des énergies et des volontés.

Jim

La collection de recueils Diana Prince Wonder Woman rassemble la fameuse période « powerless » durant laquelle la princesse amazone renonce à ses attributs immortels et entame une vie dans la société des hommes.

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Le premier recueil, comme il se doit, commence avec l’épisode 178. Sa légendaire couverture, sur laquelle apparaît une Diana Prince en tenue branchée à côté d’une affiche la représentant dans sa version classique, mais barré d’une croix à la peinture, est un peu trompeuse : la véritable transformation ne se situe pas ici. Cependant, cet épisode est un peu un galop d’essai, un tour de chauffe pour le scénariste Denny O’Neil, le dessinateur Mike Sekowsky et l’encreur Dick Giordano, trois des piliers de l’entreprise en cours.

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Dans ce premier chapitre, Steve Trevor, qui décidément se met toujours dans des situations embarrassantes, est accusé de trahison. La seule personne qui pourrait le disculper est une belle blonde qu’il a rencontrée dans un bar hippie (bonjour les fréquentations) et dont la seule information qu’il puisse donner à son sujet, à part qu’elle soit belle et blonde, c’est qu’elle possède une bague en forme de tête de chat.

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Diana, qui cherche à sauver l’homme qu’elle aime, en appelle à Vénus afin d’obtenir un conseil. Estimant que son allure de militaire au chignon strict la ferait repérer illico, elle décide de changer de look afin d’infiltrer les milieux de la jeunesse branchée qui gâche sa belle énergie dans des lieux de perdition comme le Tangerine Trolley.

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Croisant sur son chemin des adolescents aux cheveux longs et des motards hirsutes, la justicière parvient à remonter la piste de la belle blonde à bague féline et à démasquer l’homme qui voulait faire tomber Trevor. Bien fait, na !

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Ce qui est intéressant dans cet épisode, c’est que les auteurs, en plein test des limites, commencent à prendre la mesure de leur marge de manœuvre. Sekowsky dessine Wonder Woman sur le modèle de la version de Ross Andru, mais entame l’évolution graphique de Diana. Quant à O’Neil, il s’essaie à des formules narratives jamesbondiennes, qui seront la marque de fabrique de la période qui s’amorce. Bref, pour le coup, un épisode de transition, avant que les choses sérieuses commencent dans la livraison suivante.

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La série est alors bimestrielle. C’est donc dans le numéro daté de décembre 1968 que Denny O’Neil et Mike Sekowsky sortent l’artillerie lourde. Tout commence avec une scène pré-générique, très jamesbondienne là encore, dans laquelle on voit Steve Trevor feindre la trahison. Après son évasion, son supérieur, dans une bulle de pensée, espère de tout cœur que cette mission sous couverture lui permettra de débusquer le sinistre Doctor Cyber qui mobilise tant de ruse.

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De son côté, Diana est convoquée sur l’Île du Paradis. Sa mère l’informe que la magie des Amazones s’épuise et que, en vue de refaire le plein, les guerrières doivent s’exiler un temps dans une autre dimension. O’Neil a la sagesse de ne pas donner à ces propos un caractère définitif, l’idée de pouvoirs rafraîchis étant glissée entre deux lignes, laissant la porte ouverte à un éventuel retour. Encore au début de sa carrière, le scénariste n’en est pas moins déjà rusé.

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Diana, quant à elle, choisit de rester sur Terre, sans pouvoirs ni costumes (elle peut quand même rentrer en Amérique dans son avion invisible, les Amazones ne sont pas radines). À peine vient-elle de louer un appartement au-dessus d’un magasin vide qu’elle fait la connaissance de I Ching, un vieil asiatique aveugle qui n’en est pas moins un maître des arts martiaux. Ce dernier propose ses services à Diana, à qui il enseigne ses talents et l’aide dans sa mission, retrouver Steve Trevor. Une mission qui se résout assez vite puisque ce dernier surgit, blessé, à leur seuil. Diana et Ching sont alors confrontés à des assassins appartenant à une secte orientale, ce qui va enclencher un périple à travers le monde.

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Le récit est typique des épopées qu’affectionne O’Neil, et qu’il développera par la suite autour du personnage de Ra’s al Ghul et de la Ligue des Assassins, dans les titres consacrés à Batman : des sectes exotiques et inquiétantes, des paysages lointains, des contrées exotiques, des bagarres savamment orchestrées. Ici, O’Neil ajoute un personnage de son invention, un détective privé du nom de Tim Trench, qui va épauler les deux protagonistes dans leur quête.

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Tous trois sont attaqués par les sbires du fameux Doctor Cyber, dont on parle depuis le début. Encore une séance d’entraînement, l’exploration d’un repaire secret… et Diana, Ching et Trench retrouvent enfin Steve Trevor (qu’on avait pourtant laissé comateux à l’hôpital dans l’épisode précédent, mais une bulle nous informe qu’il a été enlevé par les troupes de Cyber…), qui meurt dans la fusillade.

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C’est aussi là que nous avons la confirmation d’un soupçon diffus depuis le début de l’affaire : les hommes de main de Cyber étant des femmes de main, serait-il possible que le comploteur, que les services secrets pensent être un homme… soit une femme ? Hé bien oui, chers lecteurs !

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La belle brune tente de corrompre Trench dans un épisode qui déroule tout un catalogue de jamesbonderies : le repaire sous l’eau, la poursuite dans la station de sports d’hiver… L’action se conclut au numéro suivant où les plans de Cyber sont déjoués (même si elle parvient à s’enfuir) mais où les alliances de Diana s’avèrent très fragiles. L’héroïne, qui se sent trahie, par seule dans la brume…

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Si l’histoire est ici entièrement réalisée par Sekowsky, qui prend le relais d’un O’Neil de plus en plus surchargé, il faut reconnaître que sur l’ensemble de la saga, totalement lisible par ailleurs, l’héroïne officiellement affranchie de son rôle d’icône doit tout de même s’entourer de beaucoup d’hommes (Ching, Trench et même Reggie), et malgré les dialogues d’O’Neil visant à bien faire comprendre qu’elle n’a besoin de personne, les faits disent le contraire.

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La série, en dépit de ce qu’affirme la page du courrier des lecteurs, peine à trouver sa nouvelle identité. Sekowsky, dès l’épisode 183, renvoie Diana sur l’Île du Paradis, qui vient de subir une invasion. Si elle ne porte pas de costume héroïque, c’est tout de même le signe que malgré les intentions affirmées de rompre avec le passé et d’aller de l’avant, l’équipe éditoriale (la supervision est assurée par Jack Miller) a du mal à faire le deuil de l’héritage mythologique.

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Passons sur l’étrangeté de la présence de I Ching sur l’Île des Amazones (le fait que celle-ci se situe alors dans une autre dimension favorise-t-il l’arrivée des hommes sur son sol ? Ou bien l’invasion menée par Arès a-t-elle désacralisé l’endroit au point que pas une Amazone n’ait à y redire ?). Sekowsky enquille sur une intrigue où l’hirsute Arès fait les gros yeux aux ressortissantes de son nouveau territoire conquis. Le dieu de la guerre cherche le secret du voyage dimensionnel et entend bien que rien ne l’empêche de s’en emparer.

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Diana, au chevet de sa mère plongée dans un sommeil enchanté sur l’ordre du dieu de la guerre, se dresse face à celui-ci, empêchant l’enlèvement de la souveraine inconsciente et menant ses sœurs au combat, sur les conseils de I Ching qui suggère qu’Arès, en dieu oublié d’une partie de ses fidèles, aurait perdu de sa puissance depuis l’antiquité.

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En pleine forme, Sekowsky réalise des planches magnifiques, qui restituent toute la dimension du conflit, qu’il s’agisse des heures de vieille en attendant le lever du soleil et l’annonce du combat, ou des scènes de bataille souvent épiques.

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La stratégie de Diana relève d’une astuce narrative assez intéressante : partant du principe que les Amazones vivent désormais dans une autre dimension, il doit exister ailleurs des dimensions où continuent à exister les grands héros des légendes, de Lancelot à Arthur en passant par Roland… Dans l’épisode 184, Diana passe donc d’une dimension à une autre afin de rallier à la cause des Amazones et des Valkyries d’autres forces. Si l’idée est ingénieuse, on peut s’étonner là encore que tout le récit consiste à montrer que la fière héroïne indépendante soit obligée de rameuter… des hommes pour triompher.

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Mais on ne boudera pas le plaisir de regarder les dessins modernes et énergiques de Sekowsky, et sa volonté visiblement sincère de redynamiser les aventures de l’Amazone, dont le retour sur Terre, en fin d’épisode, annonce de nouvelles aventures… pour le tome 2 de cette réédition.

Jim

Le deuxième tome de Diana Prince Wonder Woman reprend le déroulé de la série alors que l’héroïne revient de la dimension où vivent ses sœurs Amazones. Désormais, Mike Sekowsky, depuis le départ de Denny O’Neil, écrit, dessine, et supervise le titre. On sent qu’il profite de cette liberté.

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Alors qu’elle rentre dans la boutique de mode qu’elle a installée au rez-de-chaussée de son appartement, Diana rencontre une jeune fugueuse, Cathy, harcelée par un groupe de harpies hippies (des harppies ?) visiblement du mauvais côté de la loi : elles se font appeler « Them ».

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Prenant la jeune fille sous son aile, Diana parvient à repousser les criminelles, qu’elle fait arrêter, non sans avoir perdu sa boutique dans un incendie allumées par ces dernières. Mais dans sa lutte, elle a gagné des amis, qu’il s’agisse de voisins, les Petrucci, ou des parents de Cathy. Sekowsky a la bonne idée, plutôt que d’accumuler des soutiens masculins, de diversifier le casting autour de l’héroïne, même si, à la longue, il n’en fera pas grand-chose.

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Dans l’épisode suivant, tout ce petit voisinage, ainsi que I Ching de retour et les copines de classe de Cathy (qui a donc repris sa scolarité) s’allie afin de contrer les visées de Morgana la Sorcière.

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En effet, l’une des camarades de Cathy demande de l’aide à Diana, son petit ami ayant été transformé en crapaud par la vilaine magicienne.

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De l’épisode émane une atmosphère frappadingue qu’on pouvait trouver dans les titres DC à l’époque, et dans l’ensemble c’est assez réjouissant, d’autant qu’on y trouve une Diana souvent dépassée par les pouvoirs magiques de son adversaire et fulminant à force d’agacement.

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Le recueil fait une pause dans la réédition de la série, dédiant les pages suivantes à deux prestations de l’Amazone dans les séries des petits camarades. Le premier, on en a déjà parlé ailleurs, c’est Superman’s Girl Friend Lois Lane #93, écrit par Robert Kanigher, le précédent scénariste de la série, visiblement décidé à faire un sort à cette nouvelle Wonder Woman.

Le second détour nous conduit dans la série The Brave and the Bold #87, un épisode où Diana et I Ching assistent à une course automobile à laquelle est inscrit Bruce Wayne.

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Ce dernier se retrouve face au fils d’un soldat allemand que le héros a défait bien des années plus tôt, et l’héroïne doit tout faire pour éviter l’assassinat du premier par le second.

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Il s’agit là aussi d’un production de Sekowsky, encore assisté de Dick Giordano à l’encrage, et qui remplace ici Neal Adams, habitué du titre. L’auteur livre un récit amusant, enlevé, tordu, farci de péripéties un brin capillotractées, mais c’est très distrayant.

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Le recueil reprend ensuite l’ordre de publication de la série Wonder Woman, en oubliant au passage quelques traits jolis teasers, comme celui qui figure à la fin du numéro 186 (voir ci-dessus) et annonce l’arrivée d’un nouveau personnage.

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L’épisode 187 annonce un drame en couverture. En réalité, il s’agit plutôt de la suggestion d’un drame possible. Tout commence avec un coup de fil inquiétant qui conduit I Ching à recourir aux services de l’aviateur Patrick McGuire, qui semble avoir bourlingué autant que le vieux mentor aveugle. Ce dernier a déjà une passagère, mademoiselle Lu Shan, ainsi que des clandestins, qui entreprennent de détrousser la première avant de s’enfuir en abandonnant l’avion en mauvaise posture. Diana et I Ching interviennent, et ce dernier découvre que la jeune passagère porte en guise de bague la moitié d’une pièce de jade, dont lui-même possède l’autre partie.

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Les nouveaux amis remontent la piste du gang qui les a attaqués, le Tiger Tong, mais découvrent bien tardivement que Lu Shan les a trahis et menés entre les griffes du… Doctor Cyber (planche originale ici).

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Il s’avère que Lu Shan est la fille de I Ching et qu’elle voue envers son géniteur une haine farouche depuis la mort de sa mère. La bagarre qui s’ensuit provoque un accident et un incendie, et Cyber se trouve défigurée. Mais elle parvient à s’enfuir avec l’aide de Lu Shan. L’épisode se conclut sur un nouveau teaser aussi joli qu’évocateur.

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Cyber, qui a désormais une énième et bonne raison de se venger, s’apprête à frapper un grand coup à l’aide de son « Earthquaker », une machine à tremblement de terre dont elle décide de se servir.

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Comme pour l’épisode précédent, Sekowsky livre un récit dense, aux cases nombreuses, et raconte plein de choses, tout en trouvant l’espace nécessaire pour décrire les destructions engendrées par la machine de Cyber.

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L’auteur conclut sa trilogie de Cyber par un voyage en Chine communiste. En effet, c’est là que s’est rendue Lu Shan, et son père, bien décidé à reconquérir sa fille, l’y a suivi. Dès la fin de l’épisode 188, Diana a pris sa décision. Nous la retrouvons donc en route de l’autre côté du rideau idéologique.

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Déguisés en paysans chinois, Diana et McGuire finissent par retrouver I Ching, qui a momentanément abandonné la traque de sa fille pour se ranger aux côtés des habitants de la bourgade d’Ashai. Les compères rejouent Les Sept Mercenaires, avec un budget réduit puisqu’ils ne sont que trois, mais Sekowsky ne lésinent pas sur les effets spéciaux.

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Après ces épisodes, qui s’inscrivent dans le schéma proposé par O’Neil (voyages, aventures, actions, exotisme, fascination pour l’Orient, ambiance à la James Bond…), Mike Sekowsky semble avoir trouvé sa voie, et une voix pour Diana Prince.

Jim

Reprenons le cours de notre lecture de la période « Powerless » de Wonder Woman, avec le troisième recueil souple, sur quatre.

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À l’époque, Mike Sekowsky est l’auteur de la série, dont il assure à la fois le scénario, le dessin et le suivi éditorial. Il propose des aventures riches et diverses, alternant les genres (guerre, aventure, heroic fantasy, chroniques sociales…) et parvenant à mélanger bonheur et drame, avec ce qu’il convient de reconnaître comme étant un égal bonheur. Car si la série attise les polémiques, force est de reconnaître qu’il parvient à rompre avec la mièvrerie sentimentale que Robert Kanigher (par ailleurs formidable scénariste de récits de guerre) avait imposée au titre pendant des années.

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Ce recueil s’ouvre sur le numéro 190. Prise d’un vague à l’âme (des « glooms », que I Ching qualifie d’ « americanism »), Diana Prince décide d’aller rendre visite à sa mère, qui rappelons-le vit désormais dans une autre dimension, avec ses sœurs Amazones, le temps que leur magie refasse le plein. Oui mais voilà, en chemin, l’héroïne est prise dans une tempête dimensionnelle et se retrouve sur un autre monde.

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Sekowsky débute son récit par une mise en scène inventive, racontant ce parcours à deux niveaux, la partie avec I Ching dans une image centrale et le « détour » dimensionnel dans les cases fondues au noir qui l’entourent. Cette astuce témoigne de la volonté de l’auteur d’utiliser la série comme terrain d’expérimentation formelle, et bien entendu thématique. En gros, il se passe des trucs, dans Wonder Woman !

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Diana se retrouve donc sur Chalandor, où se déroule une guerre pour le pouvoir, et elle décide de s’unir aux rebelles contre la despotique reine locale (tandis que l’Amazone Leda tente de rejoindre l’Île du Paradis afin de prévenir la mère de l’héroïne). Le système mis en place par Sekowsky se retrouvera dans d’autres récits : afin d’évoquer la place de la femme dans la société, l’auteur distribue les rôles féminins de part et d’autre de l’échiquier, entre les gentilles et les méchantes. Il reprendra l’astuce dans d’autres récits.

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L’épisode 191 est en grande partie constitué de rééditions, puisqu’il reprend le numéros 179 (premier chapitre de la nouvelle formule), sous une couverture de Dick Giordano sur laquelle Diana pose, dans une de ses tenues modernes, entre deux reproductions des covers des numéros 177 (le dernier Kanigher) et 178 (le chapitre de transition par O’Neil). Sekowsky signe pour l’occasion quelques pages d’accompagnement situées sur Chalandor.

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La rébellion de Chalandor reprend donc au numéro 192, où Sekowsky raconte un siège douloureux. Cette fois, pourtant, il inverse les rôles : les héros (en tout cas, le camp que Diana a choisi) n’est pas retranché dans le camp fortifié mais bien à l’assaut des murailles du pouvoir : l’héroïne fait partie des assaillants. Tout l’épisode est une suite lancinante d’assauts sans cesse repoussés par la Reine de Chalandor, et sait faire sentir la fatigue et le désespoir qui atteignent les rebelles, dont la victoire, pourtant à portée de main, semble inaccessible.

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On remarquera que l’auteur ne manque pas d’imagination pour les décors. Le château-fort de la Reine arbore une façade en forme de crâne rouge : Castle Skull évoque un autre château, dit « des ombres », qui fera fureur auprès d’un jeune public dans la décennie suivante.

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Ce signe évident, mais anecdotique, de modernité en cache un autre, plus discret. Ce n’est en effet pas la première fois que Sekowsky plonge son héroïne dans un contexte de bataille épique. Ici, il en fait une conseillère de guerre avisée, capable d’enseigner la fabrication de canons à poudre au camp qu’elle a rallié. La couverture elle aussi apporte une réponse à une question qui a été posée dans la discussion dédiée à l’anniversaire de l’Amazone :

Il me semble que Sekowsky propose ici, donc en 1970, l’une des plus anciennes représentations de Wonder Woman l’épée à la main. Certes, elle n’est « que » Diana Prince, et doit donc recourir aux armes afin de compenser son absence de pouvoir, mais elle s’impose en combattante, et d’ailleurs l’auteur s’en amuse : à la fin de l’épisode, un des « barbares » qu’elle vient d’aider se moque à l’idée de « femmes guerrières », et reçoit en plein nez une garde d’épée de la part de l’Amazone devant qui il riait.

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Dans sa logique visant à explorer différents genres, Sekowsky consacre l’épisode suivant au casting de voisins qu’il a installé autour de son héroïne, à l’occasion d’un chapitre lorgnant vers le thriller. Il ramène la famille Petrucci, prise dans un suspense angoissant annoncé par la couverture.

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L’épisode suivant, inspiré par l’intrigue du Prisonnier de Zenda, roman d’Anthony Hope (qui est d’ailleurs cité dans l’épisode sous son nom complet : Anthony Hope Hawkins), à base de sosie et de têtes couronnée, entraîne Diana dans le petit pays de Daldonia, où elle est confondue, par les services de sécurité de la monarchie, qui, après avoir pris conscience de leur erreur, demandent à l’aventurière de remplacer la princesse Fabiola, elle-même sur le point de se marier. Sous une couverture qui convoque à la fois les codes des romance comics et ceux des précédentes périodes de Wonder Woman dans lesquelles celle-ci se retrouve bien souvent dans des situations saugrenues, Sekowsky continue son exploration des possibilités de la série, non sans une certaine dose d’humour.

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C’est ainsi que Wonder Woman #195 est l’occasion pour Sekowsky de se frotter au genre fantastique avec « The House That Wasn’t »’. De la couverture au sujet, il s’inscrit dans la tradition, bien implantée chez DC, du récit de fantômes et de hantise qui vaut à l’éditeur de publier tous les mois des anthologies ayant pour vocation de provoquer l’effroi.

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L’épisode présente la particularité que les crayonnés de Sekowsky sont ici encrés non pas par Dick Giordano comme d’habitude, mais par Wally Wood. Le résultat est tout bonnement magnifique, et si l’on sent parfois l’un des deux dessinateurs l’emporter, dans le meilleur des cas leur collaboration marche sur les terres d’un Alex Toth, notamment dans la peinture de la petite société réunie dans une auberge perdue par une tempête de neige menaçante. Des planches magnifiques.

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Ici, le sommaire du recueil fait un crochet et s’arrête sur World’s Finest #204, un épisode dans lequel Diana Prince, toujours dans une de ses immaculées tenues sexy, fait équipe avec le héros principal du catalogue, Superman. L’épisode s’ouvre sur une manifestation d’étudiants sur le point de mal tourner. Nous sommes en 1971 et le traumatisme de la fusillade de l’université de Kent, dans l’Ohio (connu en anglais sous les appellations Kent State shootings ou Kent State massacre) est encore vif.

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Sous une couverture magnifique de Neal Adams, le récit, écrit par Denny O’Neil et dessiné par Dick Dillin et Joe Giella, témoigne de la gestion éditoriale de Julius Schwartz : une histoire tordue empilant les concepts de science-fiction un brin capillotractés, auxquels le scénariste ajoute une portée sociale.

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Tout commence alors que Clark Kent et Diana Prince s’inscrivent à un programme informatique de rencontres (Meetic avec quarante ans d’avance). Bien décidé à passer tout de même une soirée agréable, les deux amis se retrouvent projetés dans un futur improbable, en 2171 (deux siècles plus tard, donc), où l’unique survivant, un être cybernétique, leur explique que la seule manière d’empêcher cet avenir effroyable d’advenir est de sauver la vie… d’un étudiant membre des manifestants évoqués plus haut. Les deux héros passent donc l’épisode à revenir dans le présent, à arrêter quelques délinquants, avant de sauver le John Connor local, la petite touche sociale d’O’Neil résidant dans le fait que le sauveur de l’humanité est ce chevelu dépenaillé qui jette des fleurs aux forces de l’ordre (bon, dessiné par Dick Dillin, ce n’est pas si voyant, avouons-le).

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Le troisième recueil se conclut sur Wonder Woman #197, dont l’intrigue utilise les ressorts classiques du diplomate et du garde du corps. Sekowsky rajoute à la recette une pincée de jeu de la séduction et un zest d’usurpation d’identité, maintenant le suspense jusqu’à la dernière page.

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Ce chapitre marque la fin du règne de Sekowsky, qui est remplacé, au poste éditorial, par Dorothy Woolfolk. Celle-ci travaille dans le monde de la bande dessinée depuis les années 1940, où elle a officié en tant que responsable éditoriale chez DC, chez Timely ou chez EC Comics (avant l’émergence de la « New Trend » sous l’impulsion d’Al Feldstein), mais également en tant que scénariste, puisqu’elle a écrit plusieurs aventures de Superman en 1949 et 1950 (et, de manière officieuse et sans en être créditée, de nombreux épisodes de Wonder Woman du temps où Moulton était encore vivant). Réputée pour son caractère trempé (la légende veut qu’elle ait rencontré son troisième époux, William Woolfolk, en refusant l’un de ses scripts pour Superman), elle s’est attiré l’inimitié de plusieurs auteurs qui n’ont pas manqué d’exprimer à son égard des avis bien misogynes.

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Le nom de Woolfolk n’apparaît dans les crédits de Wonder Woman que sur deux épisodes, les #197 et #198 (précédés de planches utilisant des dessins de Sekowsky), qui sont constitués de rééditions et arborent des couvertures signés Dick Giordano et fonctionnant sur le modèle du #191, à savoir Diana entre deux images renvoyant à ses aventures passées (les deux couvertures sont reproduites dans les dernières pages du recueil).

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Le départ de Sekowsky, le passage éclair de Woolfolk et la réédition d’épisodes précédents laisse entendre que c’est un peu le bazar dans la rédaction. DC semble ne pas savoir que faire du personnage, et ne plus pouvoir maintenir une équipe stable à la barre. On y reviendra au moment de l’évocation du quatrième et dernier recueil, qui marquera la fin de cette période mouvementée mais, rétrospectivement, d’une grande modernité et d’une audace évidente.

Jim

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Tu parles de ça :

Ou bien de ça :
unnamed (6)

C’est ça ? ~___^

Tori.

1 « J'aime »

Je savais que tu réagirais, mais tu trouves encore le moyen de me surprendre.

Jim

À dire vrai, je pensais à la grotte du Phantom ou au Rocher du crâne de Peter Pan… C’est en cherchant les images que je suis tombé sur le roman.

Du coup, ce n’est pas pour rien que c’est une histoire avec Superman, alias Clark Kent

Tori.

Héhéhé.
Peut-être.

Jim

Le quatrième et dernier recueil de l’édition 2008 de Diana Prince Wonder Woman couvre les derniers mois de cette période légendaire, portée par sa réputation, mais finalement assez méconnue. Et qui mérite la redécouverte, cette nouvelle relecture ayant ravivé les bons souvenirs (mais flous) que j’en gardais.

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Donc, le sommaire reprend après les deux épisodes supervisés par Dorothy Woolfolk. Cette fois-ci, Denny O’Neil reprend la direction éditoriale du titre ainsi que le scénario, avec la complicité du dessinateur Don Heck et de l’encreur Dick Giordano, pour l’épisode 199. Je suis particulièrement client des planches de Don Heck, un dessinateur académique au style nerveux, dont le rendu final dépend beaucoup du travail de l’encreur. En l’occurrence, l’association des deux illustrateurs nous vaut un très bel épisode, où le maniérisme du premier et le réalisme crispé du second font merveille.

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L’histoire commence alors que Diana Prince fait la rencontre, musclée, avec Johnny Double, un personnage de détective privé créé par Marv Wolfman et Len Wein dans Showcase #78, en 1968. Ce dernier entraîne son équipière improvisée dans une mission de protection auprès de Fellows Dill, un magnat de la presse ayant fait fortune sur la plastique de jolies femmes, et dans lequel on pourrait reconnaître la figure de Hugh Hefner ou de Larry Flynt.

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Avec sa légèreté habituelle (on ne peut pas reprocher à O’Neil sa volonté d’aller grattouiller là où ça démange et de s’intéresser à la société qui l’entoure, mais ses scripts résonnent souvent du bruit que font ses gros sabots, surtout quand ça touche au féminisme), le scénariste pointe du doigt les petites tenues de playmates et des serveuses et la chosification de la femme, mais il enrobe tout ceci avec de l’humour : quand Diana refuse d’enfiler une de ces tenues, le lecteur ne peut que penser, avec un sourire au visage, aux maillots à étoiles qu’elle a pourtant portés pendant des années.

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Autre chose de remarquable dans le script d’O’Neil, sa volonté de faire revenir l’expression « Wonder Woman » à la moindre occasion. Si Diana est l’héroïne toute de blanc vêtue, le scénariste cherche à rappeler qu’elle est une super-héroïne, qu’elle mérite de porter le titre de la revue. Est-ce aussi un moyen de préparer son lecteur à un éventuel retour à l’ancienne formule, l’auteur sentant le vent tourner ? C’est discutable, d’autant que nous sommes à dix mois de la transition violente, et qu’il est un peu tôt pour pressentir quoi que ce soit. Cela dit, comme on l’a vu précédemment (et comme ça sera évoqué un peu plus loin dans ces lignes), Wonder Woman est le théâtre d’opération d’une véritable guerre de tranchées éditoriale opposant de fortes personnalités de la rédaction, parmi lesquelles des vétérans du métier. Et ça, O’Neil devait le sentir, d’autant qu’il a la charge du titre et qu’en toute logique il doit fréquenter les locaux bien souvent et en prendre régulièrement la température.

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L’intrigue d’O’Neil entraîne Diana Prince et Johnny Double dans une lutte contre une secte mâtinée d’organisation secrète, avec ses faux airs de Ku-Klux-Klan, partie en croisade contre le mauvais goût qu’incarne Fellows Dill et sa dégradation de l’image de la femme. Le scénariste ponctue son récit de séquences qu’il affectionne, notamment les scènes d’entraînement de la belle aventurière. Il revient à la structure qu’il avait exploitée dans les tout premiers récits de cette formule, et on pourra lui reprocher, une fois de plus, d’avoir associé Diana à un personnage masculin. Certes, ce dernier est un faire-valoir, et on sait que les faire-valoir sont là afin de fournir au personnage central un contrepoint, un interlocuteur. Mais tout de même, pour une série censée mettre en scène une héroïne indépendante, le passage de Sekowsky à O’Neil se fait sentir.

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L’épisode se conclut quand Double est victime d’un tir… et c’est Dill qui a appuyé sur la détente ! Le chapitre suivant est dessiné par Dick Giordano, qui n’a rien à prouver sur sa manière de dessiner de sportives héroïnes (en 1975, il dessinera Stephanie Starr dans Star*Reach, et ça sera aussi beau).

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L’intrigue évolue : on découvre que Fellows Dill a subi un lavage de cerveau, ses pensées étant contrôlées par quelqu’un d’autre. Cette personne, qui « déteste la beauté », s’avère être le Docteur Cyber, à nouveau de retour, portant un masque de fer dissimulant les horribles cicatrices héritées de sa dernière apparition. Ainsi, Denny O’Neil intègre les idées et les avancées de Sekowsky (dans l’épisode précédent, avec Heck, il avait déjà mis en scène Diana brandissant une hache : la guerrière est bien là !) et solidifie le modèle Modesty Blaise qu’il a imposé deux ans auparavant.

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Une partie de l’entreprise d’O’Neil consiste à replacer Diana Prince dans l’univers DC. Certes, ce n’est pas le pan le plus spectaculaire et le plus coloré de ce monde de fiction, mais la série n’évolue plus en vase clos. Outre la continuité renforcée et la présence de Johnny Double, on note la présence du Doctor Moon, qu’il vient de faire apparaître dans Batman au mois de mars de la même année.

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Le phénomène s’accélère avec le diptyque suivant (toujours illustré par Giordano), où Diana Prince et I Ching affrontent une secte asiatique que ce dernier reconnaît, et embarquent pour un périple en Orient où ils sont suivis par une mystérieuse blonde. Il s’avère que celle-ci n’est autre que Catwoman perruquée. Leur périple les conduit à s’emparer d’une pierre mystique dont les pouvoirs insoupçonnés les transporte dans un autre monde, Newhon, où ils font la rencontre… de Fafhrd et du Grey Mouser.

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Ces deux personnages sont les héros d’un ensemble de textes signés Fritz Leiber et connus sous le nom du « Cycle des Épées ». Il se trouve qu’à la même période, Denny O’Neil supervise et écrit une série d’adaptations dans le titre Sword of Sorcery, où les épisodes seront illustrés par les futures vedettes que sont Howard Chaykin, Walt Simonson ou encore Jim Starlin.

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L’apparition des deux brigands dans la série Wonder Woman est une sorte de vitrine destinée à attirer l’attention sur la nouvelle production d’O’Neil. Pour les plus curieux, opérons un petit détour rapide :

Pour l’occasion, Denny O’Neil cède l’écriture à Samuel R. Delany qui, à l’époque, est déjà un auteur de science-fiction renommé et récompensé. L’épisode que ce dernier écrit démontre une aisance toute particulière à faire vivre l’ensemble des personnages sans qu’aucun ne l’emporte sur les autres. O’Neil semble avoir trouvé le nouveau scénariste de la série. L’intrigue met également en scène le retour de Lu Shan, la fille maléfique de I Ching, et on ne peut s’empêcher de songer que, tout en réintégrant Diana dans l’univers DC, O’Neil cherche aussi à ranger les jouets, à préparer la sortie. Même si ce sentiment est sans doute injustifié pour les raisons évoquées plus haut, il demeure présent.

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Le sommaire de ce quatrième tome fait un petit détour par les pages de The Brave and the Bold #105, écrit par Bob Haney et illustré (magnifiquement) par Jim Aparo. Bruce Wayne et Diana Prince se retrouve mêlés à une guerre de rues opposant les révolutionnaires exilés de la petite république de San Sebastian et leurs opposants politiques. Comme souvent avec Bob Haney, qui semblait avoir plus d’idées qu’il n’était capable d’en canaliser, la caractérisation des personnages est un peu à l’emporte-pièce, le scénariste rajoutant des éléments étranges et saugrenus à son récit, comme cette Amazone « ange gardienne » qui vient sauver Diana au dernier moment, ce qui ne fait que diminuer l’héroïne dans le récit.

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Le sommaire reprend avec un récit écrit par Delany, illustré par Giordano et supervisé par O’Neil. Cette fois-ci, Diana vient en aide à son amie Cathy, dans une vague affaire de lutte salariale qui tourne au braquage dans un grand magasin dont le patron arbore les traits de Carmine Infantino.

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Le ton est plus sérieux et d’une certaine manière comparable à ce que Denny O’Neil a déjà fait dans Green Lantern / Green Arrow. Delany témoigne de la volonté de se frotter aux problèmes de son époque et à ce que l’on appellerait aujourd’hui un patriarcat toxique. La légende veut que le scénariste et le responsable éditorial aient prévu six histoires en tout couvrant la thématique du patriarcat, et l’on est en droit de se demander, à la lecture de ce premier volet (qui a ses maladresses et ses lenteurs, mais qui ne manque pas de qualités) si on n’aurait pas eu, pour l’Amazone, l’équivalent des légendaires épisodes de deux guerriers émeraude.

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Hélas, le projet est tué dans l’œuf. Le mois suivant, Denny O’Neil est remplacé, en tant que scénariste et responsable éditorial, par Robert Kanigher. Ce dernier, en vingt-trois pages, orchestre une attaque concertée contre Diana, la mort de I Ching, l’arrestation musclée du sniper, le retour comme en transe de l’héroïne sur son île (les Amazones sont rentrées de villégiature), les retrouvailles avec la Reine, un nouveau tournoi, la rencontre avec Nubia et le retour dans le « Monde des Hommes » où Diana Prince obtient un poste à l’ONU.

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Kanigher n’y va pas de main morte. Il fait table rase des apports d’O’Neil et Sekowsky, intitule le récit « The Second Life of the Original Wonder Woman », place l’héroïne en position de faiblesse sur la couverture… Il signe cependant un texte dans lequel il salue son prédécesseur, la moindre des choses envers quelqu’un dont il piétine le travail avec autant d’acharnement.

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C’est ainsi que Kanigher, dans une vaste entreprise de revanche, revient à ce qui semble pour lui « les sources », à savoir une héroïne effacée, cachée derrière ses lunettes (fort seyantes, certes), loin de l’aventurière indépendante qu’elle a été pendant de courtes années. Il reste de cette période une exploration assez passionnante avec le recul des possibilités de l’héroïne, et de nombreuses idées en germe qui mettront des années à donner des fruits.

Jim

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La série JLA a marqué un cap à la fin des années 1990, en proposant une version surboostée de la Ligue de Justice, dont les membres, tout à leur mission, affrontent des menaces d’ampleur cosmique. Menée tambour battant par Grant Morrison, avec l’aide de Mark Waid qui reprend la série dans la foulée, JLA peut se regarder aujourd’hui comme l’ancêtre de séries telles que Authority ou Ultimates. Avec l’arrivée de Joe Kelly, si les grandes menaces sont toujours présentes, l’adjonction de nouveaux personnages et l’exploration des sentiments des membres réguliers orientera un peu le titre vers une direction différente, plus classique.

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Au départ de Kelly, l’éditorial, à l’instigation de Mike Carlin, revisite les règles de la série et confie le groupe à des équipes éditoriales tournantes, parvenant à l’exploit de réunir Chris Claremont et John Byrne pour l’arc « The Tenth Circle ». Suivront plusieurs équipes proposant chacune leur vision du groupe. JLA gagne des arcs mémorables, mais perd un peu de son âme, la rotation des équipes créatrices évoquant un peu la série JLA Classified (et donc faisant doublon avec celle-ci).

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Le scénariste Chuck Austen et le dessinateur Ron Garney se chargent de l’arc « Pain of the Gods », qui s’étale des numéros 101 à 106. L’enjeu du récit consiste à confronter les surhommes, dont le statut quasi divin a fait l’objet de plusieurs réflexions dans la série, aux sentiments douloureux nés de missions ratés et d’échecs personnels.

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Tout commence alors qu’un incendie ravage un bâtiment. Superman vient prêter main forte aux pompiers locaux, sauvent les ouvriers, et rencontrent un super-héros du coin, qui participe à la mission. Malheureusement, ce dernier meurt dans l’explosion finale. Superman, habitué à réussir ses interventions, encaisse mal le choc, malgré le soutien de John Stewart.

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Le protecteur de Metropolis se met en tête de veiller sur l’orphelin qui vient de perdre son père. Pendant ce temps, l’échec du héros réveille chez ses coéquipiers des sentiments semblables, chacun d’eux étant confronté à ses propres limites et à son incapacité à tout régler. Chaque chapitre se consacre à tour de rôle à un héros, en commençant par Flash, et les titres sont autant d’appellations dédiées aux personnages (« Scarlet Speedster », « Emerald Warrior »…).

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JLA #106, consacré à Flash, est intéressant à plus d’un titre, notamment parce que la douleur, la frustration et l’angoisse s’expriment par la colère et l’indignation. Wally West (du temps où il était bien écrit) est incapable de dissimuler ses émotions, nourries par un investissement sincère dans ses entreprises.

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L’épisode consacré à John Stewart met en scène un phénomène souvent évoqué mais rarement matérialisé, la fatigue, celle qui mène à des maladresses et des erreurs supplémentaires. Celui dédié au Martian Manhunter, peut-être le plus bavard de tous, montre comment le personnage cherche à fuir toute relation en changeant d’identité et en se plongeant dans une vie civile factice.

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Le chapitre consacré à Wonder Woman s’ouvre sur une violente baston contre une super-vilaine inconnue, en mesure de tuer l’Amazone.

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L’héroïne, pourtant élevée par les Amazones et, à l’époque, morte, divinisée puis ressuscitée, se retrouve ici confrontée à la perspective de mourir, mais surtout à la haine farouche d’une inconnue qui désire la tuer sans raison ni prétexte.

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L’astuce du scénario de Chuck Austen est de mettre en évidence la solitude de l’Amazone au milieu du groupe majoritairement composé d’hommes, et où la camaraderie est parfois un effet de surface.

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Épuisée par un combat vide de signification, elle cherche un réconfort, un contact, l’occasion d’un échange, et n’en trouve pas. Flash et Green Lantern, qui ne voient en elle qu’une « femme formidable » que rien ne peut ébranler, ne se rendent pas compte du désarroi de leur équipière. Elle pense trouver une oreille attentive avec son équipier martien, mais ce dernier se contente de lui indiquer que Superman est sur Terre. La scène, assez amusante, est en même temps empreinte d’une tristesse saisissante.

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Superman, quant à lui, continue à veiller sur l’orphelin. À la fin du chapitre, Clark et Diana découvrent que l’enfant dispose également de pouvoir. Le dernier volet, qui se concentre sur Batman, raconte l’enquête des héros, qui apprennent que l’accident ayant conféré au héros inconnu ses capacités a aussi donné au reste de la famille des pouvoirs, que la veuve utilise afin de traquer le chef de chantier qui a rogné sur les coûts, provoquant indirectement le décès de son mari.

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Si le Chevalier Noir reste aussi mutique que d’ordinaire, l’épisode, qui confronte les justiciers à deux enfants à pouvoir souffrant de l’absence de leur père, fait écho à sa propre expérience. À la différence de ses équipiers, Batman a appris, depuis des décennies, à vivre avec le deuil. Ce qui n’empêche pas Austen et Garney de continuer leur exploration des fragilités de ces demi-dieux.

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Récit un peu oublié, un peu mésestimé, « Pain of the Gods » constitue pourtant une jolie petite pépite de la série, avec un portrait astucieux des personnages et surtout une vision du groupe, bien moins solidaire qu’on le pense.

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Quant à Ron Garney, qui s’encre lui-même, il livre des planches impressionnantes de force et d’énergie, dans le style qu’il avait imposé avec Waid sur Captain America. Ses personnages hiératiques sont définitivement plus grands que nature, ce qui convient à merveille au propos.

Jim

Merci du rappel qui permet de confirmer que Chuck Austen vaut mieux que sa réputation.

Ces changements fréquents d’équipes créatives pourraient d’ailleurs donner à Urban une excuse pour sélectionner les meilleurs arcs et les sortir en tomes uniques, d’autant qu’une bonne partie de cette période reste inédite en VF.

Ses Superman (qu’il a dû terminer sous pseudonyme) ne sont parait-il pas honteux. A croire qu’il utilisait les séries qu’il avait chez Marvel pour se défouler en leur refourguant toutes ses idées absurdes ou un peu olé olé.

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J’avais bien apprécié son War Machine qui était rentre-dedans et assez déconne (et collait bien au label dans lequel il était publié, « Max », je crois). Et j’ai un souvenir plutôt pas mal de ses X-Men, pas tous, mais dans l’ensemble, je trouvais ça sympa. Je me souviens d’épisodes sur le droit animal qui étaient très chouettes.

Jim

En 2008 paraît un recueil intitulé Batman: False Faces, et organisé autour du scénariste Brian K. Vaughan.

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Le titre est un poil mensonger puisque le sommaire n’est pas entièrement dédié au Chevalier Noir, deux épisodes consacrés à la Princesse Amazone figurant également dans le recueil.

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Après une préface de Vaughan lui-même dans laquelle il explique que l’existence de l’ouvrage remonte à une remarque de Kurt Busiek, lors d’une dédicace, le sommaire s’ouvre sur trois épisodes de la série Batman, les numéros 588 à 590. À l’époque, Larry Hama vient de quitter le poste de scénariste, Ed Brubaker a réalisé quatre épisodes, la série a été intégrée au cross-over « Officer Down », et Vaughan débute ici une trilogie qui constitue son galop d’essai pour la reprise du titre à long terme. Sauf que, entre-temps, le lancement de Y The Last Man changera un peu la donne, et Batman reviendra à Brubaker.

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Dans « Close Before Striking », Vaughan revient sur la personnalité de Matches Malone, l’alter ego de Bruce Wayne quand ce dernier choisit d’infiltrer les bas-fonds plutôt que d’en arpenter les ruelles sombres dans son costume de chauve-souris. Le récit s’ouvre sur la rencontre inattendue entre les deux personnages : pour les lecteurs attentifs, c’est impossible, puisqu’il s’agit du même bonhomme sous deux déguisements différents.

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Très rapidement, Vaughan construit son scénario afin de nous expliquer que Dick Grayson a endossé le costume de Batman tandis que Bruce revêtait le costume à carreaux de Malone, afin de tromper les témoins et de faire en sorte que le mâchouilleur d’allumettes soit présenté au boss, à savoir le Ventriloque. Tout ceci est plutôt bien amené, ménageant assez de suspense pour que même les lecteurs de longue date soient intrigués, tout en faisant avancer l’intrigue et en démontrant une grande connaissance de la caractérisation des personnages. Carton plein.

Sauf que très vite, les choses dérapent, puisque ce premier volet nous apprend que Malone vient d’être abattu dans un bar. Si Nightwing apprend que Matches Malone est une vraie personne, pas simplement un alias, le lecteur de longue date se rappelle que ce personnage, créé par Denny O’Neil et Irv Novick, apparaît dans Batman #242, daté de juin 1972. Il s’agit d’un bandit que le héros cherche à recruter dans sa lutte contre Ra’s al Ghul (à une période où il fait croire à la mort de Bruce Wayne). Malheureusement, Malone meurt dans l’affaire (mais hors-champ, ce qui permet toujours des retours possibles).

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À la faveur, donc, des évolutions de continuité, Vaughan étoffe l’histoire de Malone, précisant que ce dernier avait simulé sa mort et disparu à Hoboken, avant de revenir quand il a appris que quelqu’un usurpait son identité à Gotham. Malheureusement, son retour attire l’attention… des mauvaises personnes. Batman, de son côté, découvre que Malone n’est pas mort. Le deuxième volet de cette saga débute en trombe, alors que Nightwing fait part à Oracle de son inquiétude concernant son mentor. Il raconte ce qui vient de se passer (Batman retrouve Malone mourant et lui promet de le venger), et se rend compte que Bruce commence à se prendre pour son alter ego à lunettes.

La troisième partie confronte le héros, habillé en Malone, au Ventriloque, dans un cinéma désaffecté et à moitié en ruines (nous sommes dans la période qui a suivi le tremblement de terre, rien n’est intact à Gotham). Et l’intrigue, qui parle de masques et de fausses identités, renvoie Bruce à ce qu’il est vraiment : non pas un justicier masqué, non pas un mafieux infiltré, non pas un milliardaire play-boy, mais un petit garçon qui vient de perdre ses parents : en effet, le cinéma où se déroule le duel est celui dans lequel le petit Bruce a vu Zorro avant le drame qui a bouleversé sa vie.

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Cette trilogie, très belle réussite illustré par un Scott McDaniel en pleine possession de ses moyens, est typique du travail de Vaughan sur les super-héros : une caractérisation forte et audacieuse, des personnages poussés à bout, une action dense (il s’en passe des choses, dans ces épisodes), plusieurs couches de signification… C’est sans doute le meilleur d’un sommaire qui, par ailleurs, ne démérite pas.

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Le scénario de Detective Comics #787 a été commandé à Vaughan en guise d’« inventory story », un récit à garder sous le coude dans le cas où la production serait en retard. Le scénariste signe donc une histoire dans laquelle Jervis Tetch, le Chapelier Fou, capture Kirk Langstrom, alias Man-Bat, afin de l’obliger à fabriquer un sérum provoquant des mutations qu’il compte inoculer à un psychiatre de l’Asile Arkham. L’histoire est déjà dense mais Vaughan parvient à y mêler Francine Langstrom, Harvey Bullock, des considérations sur le contenu des écrits de Lewis Carroll et sur les connaissances encyclopédiques du héros, et une bonne rasade d’action avec un monstre géant. Le tout servi par un Rick Burchett en belle forme.

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Suivent deux chapitres de la série Wonder Woman. Dans les numéros 160 et 161, illustré par un Scott Kolins qui n’a pas encore imposé le style dynamique qu’on lui connaît depuis Flash, Vaughan confronte la Princesse Diana (l’autre) à Clayface. Le diptyque « A Piece of You » est bâti sur une idée toute simple : l’Amazone est née de l’argile, et cette argile intéresse de très près Basil Karlo, alias… Gueule d’Argile.

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Tout commence alors que la Cheetah fout le bazar à New York. Flairant quelque chose de louche, Wonder Woman, par un moyen astucieux et détourné (et qui mobilise l’attention de son lecteur, technique fréquente chez Vaughan), obtient la preuve qu’il ne s’agit pas de son ennemie. Face à Clayface, l’héroïne se retrouve débordée, littéralement. Elle est absorbée puis recrachée par le monstre, qui découvre très vite de nouvelles capacités (il peut voler, par exemple). De son côté, Diana trouve refuge dans la Tour des Titans et Donna Troy comprend que sa « grande sœur » a rajeuni… et perdu une partie d’elle-même.

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La seconde partie du récit explique de quelle manière les deux héroïnes s’allient afin de piéger leur ennemi, Diana parvenant à récupérer cette partie d’elle-même qui lui manquait et à retrouver son apparence adulte.

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Si, du propre aveu du scénariste, ces deux épisodes ne sont pas aussi fouillés et construits que ses autres prestations, il n’en demeure pas moins qu’ils sont riches en dialogues fournis, qui proposent une caractérisation réussie et plein de petites allusions à l’univers de la Ligue de Justice. C’est rondement mené, assez souriant, et ça témoigne d’une bonne connaissance des personnages.

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Le recueil se conclut sur une histoire courte réalisée pour Batman Gotham City Secret Files, et illustrée par Marcos Martin. Vaughan nous y présente The Skeleton, un comploteur capable de prendre l’apparence des grands super-vilains de la ville, et qui semble nourrir une haine farouche et revancharde envers la famille Wayne. Cependant, cette annonce d’une intrigue au long cours n’a jamais été suivi d’un quelconque développement, si bien que les lecteurs n’ont toujours pas le fin mot de l’histoire. Et sachant que le scénariste n’est pas près de revenir chez les deux majors pour y animer leurs super-héros, ils resteront sans doute encore longtemps sur leur faim.

Jim

Complètement, Jim.
Il fait même plaisir à lire.

Je vais regarder cela. J’ai commencé à lire Batman juste après.

Merci Jimbo!

Et on va avoir ça en VF ?

Aucune idée.

Jim

Si on ne peut même pas compter sur toi …