SALUDOS AMIGOS (Collectif Disney)

Feb-6-1943-saludos-amigos

REALISATEURS

Norman Ferguson, Wilfred Jackson, Hamilton Luske, Jack Kinney et Bill Roberts

SCENARISTES

Collectif Disney

INFOS

Moyen Métrage américain
Genre : animation
Année de production : 1942

Sorti en 1942, Saludos Amigos est le premier “package movie” des studios Disney. On désigne généralement par ce terme les compilations réalisées dans les années 40 afin de réduire les coûts de production et de maintenir la compagnie à flots pendant une période troublée (échec de grosses productions comme Pinocchio et Fantasia, grève des employés, conflit mondial qui vit de nombreux animateurs servir sous les drapeaux…). De 1942 à 1949, les gros projets furent repoussés et à la place la priorité fut donc donnée à un format anthologique, ce qui a permis de rentabiliser les courts et moyens métrages déjà tournés ou en cours de tournage.
Ces compilations sont composées de chapitres de longueur variable, reliés (ou non) par un fil rouge ou un “présentateur”.

En 1941, le second conflit mondial faisait rage en Europe, mais l’Amérique n’était pas encore officiellement en guerre. Sous couvert de la “Politique de bon voisinage” de l’administration Roosevelt, le département d’Etat demanda à Walt Disney de représenter son pays au cours d’un voyage diplomatique en Amérique Latine. Plusieurs gouvernements latino-américains entretenaient des liens avec l’Allemagne Nazie, ce que voulaient contrer les Etats-Unis. Walt Disney devait alors servir d’“ambassadeur de bonne volonté”, vu que ses films et ses personnages étaient alors très populaires en Amérique Latine.

Disney accepta…en négociant des garanties financières pour la production de plusieurs courts métrages. Il emmena avec lui une équipe d’auteurs et d’artistes afin qu’ils trouvent dans ce voyage de nouvelles sources d’inspiration. Cette expédition fut filmée et elle sert de fil rouge entre les 4 segments qui composent Saludos Amigos. Il se dit même que cet aspect presque documentaire du dessin animé contribua grandement à changer l’opinion publique américaine sur l’Amérique du Sud.

La première histoire fait de Donald Duck une caricature de touriste américain qui visite le lac Titicaca. Voyage qui ne sera pas de tout repos et qui implique également un jeune joueur de flûte et son lama. Ce segment au rythme enlevé fonctionne grâce à de savoureux gags visuels et à la mécanique comique née de l’emportement du colérique palmipède.
On passe ensuite à l’histoire la plus faible de l’ensemble, celle du petit avion postal Pedro, qui est l’un des premiers personnages d’objet mécanique humanisé (avec des caractéristiques anthropomorphiques) de Disney. Ce cartoon qui dégouline de bons sentiments n’a pas le dynamisme des autres parties de Saludos Amigos.

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L’intérêt remonte avec le troisième segment, Dingo vacher argentin, qui décrit de manière comique le quotidien d’un gaucho. La réalisation est excellente (avec notamment des transitions joliment travaillées) et les gags sont irrésistibles.
Le dernier sketch, Aquarelles du Brésil, est une fantaisie musicale chatoyante et pétillante qui permet de retrouver Donald. Le célèbre canard termine son voyage en découvrant la culture brésilienne au son de la samba et en compagnie d’un nouveau personnage, le perroquet José Carioca, qui jaillit littéralement du pinceau de l’artiste sous les yeux du spectateur.

D’une durée de 42 minutes, Saludos Amigos est le plus court des classiques de l’animation Disney et offre un divertissement aussi agréable que complètement décousu, qui peut être considéré comme le “prologue” du long métrage suivant, Les Trois Caballeros, qui prolongea cette excursion en Amérique Latine avec Donald Duck, Jose Carioca et le coq Panchito Pistoles.

alors, une rectification : si Fantasia est un four, Pinocchio a été un fracassant succès (seul Autant en Emporte le Vent fait plus d’entrées, cette année là). Le seul problème, c’est que sa séquence d’ouverture a coûté tellement cher (dans les 1000 dollars de l’époque par seconde) que ça finit de planter la boîte. C’est précisément pourquoi Alice, auquel Walt Disney tenait beaucoup, est repoussé, et Dumbo réalisé à l’économie.

Les trois années suivantes, ce sont surtout les films de propagande payés par l’armée qui maintiennent Disney à flot (et une bidouille boursière de Roy Disney).

Saludos Amigos, je l’ai découvert récemment, avec ma petite dernière. je n’en connaissais que des séquences éparses, diffusées hors contexte (Donald au Pérou, par exemple, vu à l’occasion d’une projection scolaire).
C’est un objet filmique très curieux mais qui fait date aussi parce que c’est le début de la constitution d’une “légende Disney” entretenue et développée par Disney lui-même.

(Anecdote factoïde : lors du voyage de bons offices de Walt, il fait avion commun avec un certain Orson Welles. je me suis toujours demandé si ces deux géants auraient eu des trucs à se dire à cette occasion)

D’après différentes sources, Pinocchio a engrangé un peu moins de 2 millions de dollars sur la durée totale de sa première exploitation…ce qui est beaucoup pour 1940, mais on était alors loin derrière l’énorme succès de Blanche-Neige. Combiné au fait que le film a couté très cher (2,6 millions de dollars), je n’appellerais pas vraiment ça un fracassant succès. Ce sont les différentes ressorties après la Guerre qui ont rentabilisé le film…