
Contretemps (1967)
Saison 1, épisode 28
Réalisateur : Joseph Pevney
Distribution : William Shatner, Leonard Nimoy, DeForest Kelley, Joan Collins, James Doohan, Nichelle Nichols, George Takei…
Le romancier et scénariste Harlan Ellison (Dangereuses Visions, La Bête qui criait amour au coeur du monde, Hitler peignait des roses…) a fait partie des premières plumes engagées par Gene Roddenberry pour travailler sur Star Trek. À cette période, l’écrivain avait même été primé pour son travail sur l’épisode « Demon with a glass hand » de la série Au-delà du réel. Harlan Ellison n’a pas eu que des expériences heureuses pour le petit écran et avait même un pseudonyme qu’il imposait lorsque le résultat final ne lui plaisait pas (comme pour son épisode de Voyage au fond des mers par exemple), Cordwainer Bird.
Contretemps (The City on the Edge of Forever en version originale), l’un des plus célèbres et l’un des meilleurs épisodes de la série classique, aurait ainsi pu bien pu porter la mention « écrit par Cordwainer Bird », mais Gene Roddenberry a écarté cette possibilité. Contretemps est l’un des épisodes dont le développement a duré le plus longtemps (l’une des versions du scénario incluait même le personnage de Janice Rand qui n’a été présente que dans 8 épisodes de la première moitié de la saison 1). Harlan Ellison a proposé son pitch en mars 1966 et de réécritures en réécritures (notamment par D.C. Fontana et Gene L. Coon, non crédités au générique), le script prêt à filmer n’a été livré qu’en février 1967.

Dans Contretemps, le Dr McCoy est atteint de démence suite à une injection accidentelle de cordrazine. Il se téléporte sur une planète proche, où une perturbation temporelle vient d’être détectée. Kirk et Spock le suivent alors avec une équipe de secours. Sur place, le détachement découvre une entité qui se fait appeler Le Gardien de l’Eternité, un portail doué de conscience qui permet de voyager dans le temps. « Le Gardien de l’Eternité » fut l’un des causes des désaccords entre Ellison et l’équipe de production, notamment à cause du coût trop important des descriptions de la planète et de l’entité imaginées par l’écrivain et qui auraient nécessité des effets visuels beaucoup trop élaborés pour le budget modeste de la série. Au final, le portail diffuse des stock-shots de vieux films de la Paramount en guise d’« images du passé »…
Toujours sous l’effet de la cordrazine, McCoy passe à travers le portail (dans le script original de Ellison, c’était un lieutenant de Starfleet condamné à mort pour trafic de stupéfiants, élément refusé par Roddenberry pour qui les problèmes de drogue ne correspondaient pas à sa vision du XXIIIème siècle). Le Gardien les informe instantanément que le temps a été changé et que la Fédération et les voyages spatiaux n’existent plus. Kirk et Spock remontent le temps avant l’arrivée de McCoy pour l’empêcher de modifier le futur…et se retrouvent à New-York après la Grande Dépression…

Le récit suit alors le déroulé de l’histoire prévue par Harlan Ellison, mais en ajoutant un peu plus d’humour pour jouer sur le décalage représenté par les uniformes futuristes de Kirk et Spock ainsi que l’apparence du Vulcain (ce qui n’a pas plus à Ellison) et en retirant une dispute entre les deux héros qui, selon les producteurs, allait à l’encontre de la « Bible » des personnages (idem). Il y a comme souvent une dynamique très intéressante entre Kirk et Spock dans cet épisode, la logique du vulcain s’opposant aux sentiments de l’humain qui naissent au contact de la douce et passionnée Edith Keeler, la directrice d’un centre pour défavorisés incarnée par Joan Collins (La Terre des Pharaons, Bravados…et Dynasty dans les années 80).
Car au coeur de l’épisode, il y a cette situation dramatique à laquelle est confrontée le capitaine Kirk. L’anomalie temporelle est justement Edith Keeler, la femme dont il tombe éperdument amoureux. Une personnage douée de bonnes intentions mais qui doit mourir pour que le temps suive son cours (pour une raison que je ne dévoilerai pas ici). La résolution ne peut donc être que déchirante…car ce qui est utile à beaucoup l’emporte sur les désirs du petit nombre…ou d’un seul…





















