THE TERROR (Roger Corman)

REALISATEUR

Roger Corman

SCENARISTES

Leo Gordon et Jack Hill

DISTRIBUTION

Jack Nicholson, Boris Karloff, Sandra Knight, Dick Miller, Jonathan Haze…

INFOS

Long métrage américain
Genre : horreur
Année de production : 1963

Dans la première moitié des années 60, Roger Corman connaît un joli succès avec une série de films d’épouvante gothique (et moins fauchés que ses productions habituelles) inspirés par l’oeuvre de Edgar Allan Poe : La Chute de la Maison Usher, La Chambre des Tortures, L’Enterré vivant, L’Empire de la Terreur, Le Masque de la Mort Rouge…dans lesquels il dirige des îcones du genre (dont certaines en fin de carrière, il faut le dire) comme Basil Rathbone, Peter Lorre, Vincent Price ou encore Boris Karloff. Au bout de trois ans, Corman se lasse un peu et renouvelle cette formule en y injectant de l’humour : ainsi, sa version du Corbeau est une comédie fantastique.
Parmi les derniers opus de son cycle Poe, il faut aussi citer La Malédiction d’Arkham, qui, comme son titre l’indique, mélange deux univers : celui de Poe et celui de Lovecraft pour une adaptation libre de L’Affaire Charles Dexter Ward.

Avant de clôturer son cycle gothique, Roger Corman n’oublie pas de rentabiliser au maximum ses décors, dans une logique qui rappelle la genèse de La Petite Boutique des Horreurs.
Se rendant compte qu’il lui reste quelques jours avant la destruction des décors du Corbeau et de La Malédiction d’Arkham, Corman commande un traitement au scénariste et acteur Leo Gordon et convainc Boris Karloff de tourner pour lui un squelette d’histoire pendant quatre jours non-stop. Au départ réticent, le légendaire interprète de la Créature de Frankenstein finira par accepter : il est le baron Von Leppe, occupant d’un sinistre château hanté par les apparitions de sa femme décédée dans de mystérieuses circonstances. À ses côtés, Jack Nicholson joue le premier rôle, un lieutenant de l’Armée Napoléonienne loin de son unité, fasciné par la jeune femme et qui entend bien résoudre ce mystère. Le fidèle Dick Miller incarne quant à lui le serviteur de Von Leppe.

Corman tourne le gros du film, c’est-à-dire les scènes en intérieur, en moins de quatre jours. La production est d’ailleurs dans un tel rush que les décors sont détruits au fur et à mesure alors que les acteurs déclament leurs dernières répliques. L’ensemble est ensuite retravaillé par Jack Hill, futur scénariste/réalisateur phare de la Blaxploitation (Coffy, Foxy Brown…), qui tentera de faire du patchwork déjà tourné un scénario cohérent. Bon, c’est raté : la progression est laborieuse, les scènes de remplissage ne manquent pas (Karloff n’en finit plus d’arpenter les couloirs de son château) et le twist final est improbable.

The Terror souffre aussi d’une post-production chaotique étalée sur plusieurs mois (la plus longue pour un film de Corman) et impliquant plusieurs réalisateurs de seconde équipe appelés en renfort : Jack Hill lui-même, Monte Hellman, Francis Ford Coppola (envoyé tourner quelques scènes en bordure de mer pendant 3 jours, Coppola y restera 11 jours pour au final 10 minutes utilisées dans le montage final), et même Jack Nicholson pour quelques plans.

Souvent inclus à tort dans le cycle de Poe, The Terror en reprend tout de même des éléments récurrents, autant dans l’atmosphère générale, par moment quasiment surréaliste, que dans une palette visuelle qui en renforce la singularité. Ces séquences (dont le cimetière, la mort de Gustaf, le final) sont les plus réussies d’une tambouille cuisinée sans véritable souci de cohérence. Les faux raccords abondent, le rythme est boiteux et les rebondissements sortent de nulle part.

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À noter qu’étant tombé dans le domaine public, The Terror a été exploité sous différents titres en VHS, DVD ou à la télé : aux States, Lady of Shadows, Castle of Terror et The Haunting; en France, L’Halluciné et Le Château de la Terreur.