EPISODE 11 : J’ai vu le tribut à Burroughs
C’est la dernière de « Tumatxa! » !! Stupeur et tremblements !!! Rassurez-vous, c’est la dernière pour cette année bien sûr, mais on se revoit l’année prochaine, hein (cette bonne vieille blague, n’est-ce pas). Programme haut de gamme pour cette dernière émission de 2024 si vous voulez mon humble avis, avant quelques surprises au menu le mois prochain, comme nous l’avions subtilement teasé la semaine dernière… Vous en avez de la chance.
Cinéma, littérature, BD, le tout est musique : tel est l’époustouflant sommaire de cette semaine.
Pour le cinéma, nous abordons le deuxième long-métrage de la très prometteuse Jane Schoenbrun, le troublant « I Saw The TV Glow », qui n’aura hélas pas eu les honneurs d’une sortie salles, mais est disponible en VOD depuis cet automne. Un peu vendu comme un film d’horreur qu’il n’est pas vraiment, « I Saw The TV Glow » est plutôt un mélange étonnant entre teen-movie dépressif et méditation onirique sur l’identité et la culture, le tout baignant il est vrai dans une atmosphère fantastico-horrifique (sans débordements gores pour autant). Owen et Maddy sont deux ados bien de leur temps (le mitan des années 90), obsédés par une série télé à la « Buffy », « The Pink Opaque ». Leur obsession pour ce show ne masquerait-il pas un lien plus profond à cette fiction qui semble si connectée à leurs propres vies ? Récit d’une mélancolie déchirante et d’une beauté formelle à se crever les yeux de bonheur, le film semble creuser le sillon déjà emprunté par Schoenbrun de la double réflexion sur l’impact de la pop culture sur nos vies et la question de la transidentité. Une pépite, à déconseiller tout de même si vous êtes sous prozac.
Pour la littérature, on retrouve un habitué sans qui une saison de « Tumatxa! » ne serait pas vraiment une saison de « Tumatxa! », j’ai nommé l’immense William S. Burroughs !! Cette fois, c’est son deuxième roman paru tardivement en 1985, « Queer », qui nous intéresse, à la faveur de la sortie imminente de son adaptation cinématographique par Luca Guadagnino (dont je n’attends pas grand chose, mais on est jamais à l’abri d’une bonne surprise). Cet texte du début des années 50, peu apprécié de Burroughs lui-même, est pourtant fascinant à plus d’un titre, notamment par sa place particulière dans le corpus du génie américain, entre le factualisme à l’oeuvre dans « Junky », son premier roman, et le délire littéraire débridé du chef-d’oeuvre « Le Festin Nu ». Lee, l’avatar fictionnel de Burroughs lui-même, erre à Mexico alors qu’il vient de décrocher de la came, et poursuit de ses assiduités le jeune Gene Allerton, pour son plus grand malheur… avant de se lancer à la recherche du Yagé. L’auteur lui-même a beau le considérer comme un « petit » livre, il va falloir se rendre à l’évidence : de petits livres il n’y a point dans la bibliographie de ce colosse de l’écriture qu’était Burroughs.
Pour la BD, une fois n’est pas coutume, attardons sur du franco-belge comme on dit, avec « Le Tribut » de Jean-Marc Rochette et Benjamin Legrand, chez Cornélius. Le tandem à l’oeuvre sur le fameux « Transperceneige » est à nouveau réuni au milieu des années 90 pour ce récit de SF qui semble débuter comme « Starship Troopers » et se développe comme une version plus teigneuse du « Avatar » de James Cameron. Intéressant…et d’autant plus que le duo se permet quelques audaces formelles fort pertinentes, car au diapason des bifurcations du récit. L’album s’achève sur un épilogue inédit, exclusif à cette édition chez Cornélius.
Le tout est savoureusement garni de bonne musique comme vous en avez désormais l’habitude : Better Lovers, le nouveau groupe de Greg Puciato (avec des anciens Every Time I Die), a signé à l’automne un premier LP, « Highly Irresponsible », dont est extrait le roboratif « A White Horse Covered In Blood » ; Kristina Esfandiari, la chanteuse de King Woman, apparaît dans « I Saw The TV Glow » pour y chanter « Psychic Wound », l’occasion pour nous d’écouter cet extrait de l’album « Celestial Blues » ; Dax Riggs était déjà au sommaire la semaine dernière, revoilà sa superbe voix de retour avec « The Hangman’s Daughter » qui apparaît sur l’unique album à ce jour de Agents Of Oblivion ; enfin Aaron Turner (ex-Isis) et son projet Sumac ont pondu cet année le redoutable « The Healer », et pour se convaincre du côté monumental de la chose, écoutons l’introductif « World Of Light »…!!!
« Sulfurous possessor, I have succumbed, I’m attuned
Enslaved by the opinions, under seductive rule
Please rescue me, I’ve disobeyed and I admit I’m chained to you
When I’m spread on the bed you remain the luscious fruit »
EPISODE 11 !!!