TUMATXA : L'ÉMISSION !

J’ai commencé « La Doloriade » hier soir. Vu toutes les pincettes que tu avais mises, je m’attendais à bien moins lisible. J’étais fatigué et j’ai quand même lu 80 pages (un tiers du livre). J’aime beaucoup l’ambiance pour le moment.
Sinon, j’ai halluciné en voyant sa note sur Babelio : 1,8/5. J’ai rarement vu aussi bas. Il y a un ratage au niveau du ciblage des lecteurs… :sweat_smile:

L’accueil du livre a été étonnamment mauvais, très clairement. Comme je dois le dire durant la chronique, de ce que j’ai pu voir de ces retours peu élogieux, c’est vraiment le lectorat habituel de ce type de post apo qui n’y a pas du tout trouvé son compte… ce qui est assez cohérent finalement, compte tenu du désintérêt assumé de Williams pour le genre.
Ce ne sont clairement pas les tropes habituels du genre qu’il faut aller chercher dans ce livre. Il n’est pas spécialement facile d’accès, après c’est sûr qu’à côté d’un « 300 millions » de Blake Butler, c’est très reader friendly. :smile:

:rofl: C’est sûr… :sweat_smile:
Mais sans aller jusque là, je trouve par exemple que László Krasznahorkai ou William Faulkner,puisque tu en parlais pendant ta chronique, sont globalement plus complexes à lire.

Krasznahorkai, je ne saurais dire à ce stade (même si j’ai envie de découvrir son travail en prose), mais pour Faulkner, malgré la densité de ses écrits, je n’aurais pas tendance à le voir comme si difficile d’accès… même si ses livres nécessitent un investissement certain.

Ca reste variable effectivement. Je pensais surtout à « Le bruit et la fureur » en disant ça mais des titres comme « Absalon, Absalon! » restent exigeants.
En tout cas, c’est marrant de voir qu’on a tous un rapport différent à l’accessibilité d’un livre. J’ai lu les 2/3 de « La Doloriade » et hormis le côté vraiment glauque et déprimant du monde décrit, j’en trouve la lecture fluide.

Pour revenir sur « Queer » de Burroughs, penses-tu que les ajouts/modifications par rapport à l’ancienne version valent l’achat?
En tout cas, ça m’a donné envie de relire les « Lettres du Yage ». Ca m’a toujours fait marrer de voir Burroughs frustré quant à ses expériences avec le Yage et pire encore de s’énerver en voyant que Ginsberg y arrive dès son premier essai (enfin je crois ou très rapidement en tout cas).

Clairement non. C’est très très marginal, comme modifications. Peut-être cela joue-t-il sur trois ou quatre pages en tout au final, cela relève donc du détail à l’attention des seuls spécialistes, si l’on en croit Oliver Harris, l’éditeur de la fameuse version modifiée.

La fin initialement prévue pour « Queer » (avant le rajout de l’épilogue « Deux ans après : retour à Mexico ») est hilarante de ce point de vue, d’une sécheresse comique dans son constat d’échec. C’est en ça que je parle d’honnêteté absolue pour l’écrivain qu’était Burroughs ; il était totalement préoccupé par cette histoire de Yagé, ses lettres en attestent, mais loin d’en « romantiser » la quête dans sa fiction, il délivre sans fard la vérité de son échec patent.

J’ai oublié dans ma chronique alors que je voulais le faire initialement de préciser qu’il faut absolument lire, si l’on s’intéresse à Burroughs, les « Lettres » éditées chez Christian Bourgois il y a une quinzaine d’années ; une lecture essentielle.

D’ailleurs, c’est un peu complexe au niveau des correspondances de Burroughs chez Christian Bourgois.
Dans la collection Titres, j’ai lu « Lettres du Yagé » (dans lequel est publiée la lettre que Ginsberg envoie à Burroughs où il relate son expérience « réussie » avec le Yage) et « Lettres de Tanger à Allen Ginsberg » (je crois que c’est ce que je préfère dans son corpus). Et il y a quelques années, j’ai appris qu’il y avait également un volume appelé tout simplement « Lettres »… Et je n’ai aucune idée de qui contient quoi. Il faudrait que je relance mes recherches sur le net… Il y en a bien quelqu’un qui aura fait un comparatif …

C’est bien simple, si je ne dis pas de bêtises, « Lettres » qui est un gros pavé (plus de 700 pages) englobe tous les autres, il me semble bien…

Ca me paraîtrait logique mais en même temps, les 2 volumes précités font environ 500 pages à eux deux ce qui ne laisse pas grand chose pour les autres périodes qui sont certainement très intéressantes d’un point de vue épistolaire …

Je vais creuser le sujet :grin:

J’ai lu ça à la sortie, en 2006 ou 2007 de mémoire, ça remonte… mais à la réflexion, je doute que « Les Lettres du Yagé » y soient…

Et comment ! Le contraire eut été étonnant, mais avec un gars comme Burroughs, la correspondance, c’était déjà tout un voyage. Quand il a commencé à développer la technique des « routines » ou « numéros », il en farcissait ses lettres. On en retrouve carrément des passages dans « Le Festin Nu », d’ailleurs.

Il y en a plein dans le recueil « Lettres de Tanger à Allen Ginsberg »
En tout cas si j’arrive à clarifier le contenu des recueils, je te tiens au courant.

1 « J'aime »

Je n’ai pas trouvé d’infos intéressantes en français mais pas mal en anglais car les mêmes versions existent ou ont existé en VO.
En bref, le texte des « Lettres du Yage » a été beaucoup et plusieurs fois modifié par Burroughs y compris les lettres. Donc c’est très différent des vrais correspondances.
Pour les « Lettres de Tanger à Allen Ginsberg », la majorité se retrouve dans « Lettres » mais pas toutes.
Je viens de voir également que « Lettres » était sorti en poche en 2023. Il sera mien très prochainement. :grin:

Ajout : il est mien! Je l’ai récupéré à la Librairie de la rue en pente à Bayonne. :grin:

1 « J'aime »

EPISODE 12 : Judas et les anges déchus à Malpertuis !!

C’est la rentrée pour « Tumatxa! » (meilleurs voeux, bla bla bla), et attention à vos esgourdes car cette première émission de 2025 est proprement exceptionnelle !! Gros, gros sommaire pour cette semaine ; on est sur la formule classique de l’émission mais avec un twist, en l’occurrence un invité, et pas des moindres.

BD, cinéma, littérature, le tout en musique particulièrement intense cette semaine : tel est le menu de votre émission de radio préférée (je présume sans vergogne de vos préférences).

Pour la BD, chronique « petits plats dans les grands » de l’album « Judas » de Jeff Loveness et Jakub Rebelka, paru à l’automne chez 404 sous les auspices de Nicolas Beaujouan (et sans surprise, car nous y sommes désormais habitués avec cet éditeur, l’objet est proprement sublime) : pour discuter de ce titre époustouflant, j’ai la joie immense de m’entretenir avec Aurélien Lemant. Homme de théâtre, essayiste, poète, critique de cinéma entre autres cordes à son arc, ce dernier s’essaye ici pour la première fois à la traduction pour une BD… et quelle implication, comme vous en jugerez à l’écoute de notre entretien !! Les auditeurs de l’émission savent que l’homme est disert, comme en attestait notre échange sur son essai « Watchmen : Now », et la discussion du jour n’échappe pas à la règle : pêle-mêle, nous évoquons entre autres les positions franches et radicales d’Aurélien sur la question des violences sexuelles dans le milieu du cinéma (jusqu’à celui de la critique), le travail graphique ahurissant de Rebelka, le catalogue de 404, le groupe Judas Priest (hell yeeeah), Grant Morrison et son corpus, les Saintes Ecritures, les évangiles apocryphes, les figures de Judas, Lucifer et Jésus bien sûr, mais aussi en guise de préambule à un entretien futur (proche), nous parlons aussi de Tony Iommi et de sa légendaire formation, Black Sabbath.

Qu’Aurélien soit ici à nouveau remercié pour sa gentillesse et sa disponibilité, et pour cet échange passionnant et éclairant à plus d’un titre.

Pour le cinéma, à la faveur d’une vague toute récente de rééditions en Blu-Ray 4K, nous évoquons (et nous ne l’avions pas souvent fait dans le cadre de cette émission) le travail du hong-kongais Wong Kar-Wai, avec « Les Anges déchus » (1995), qui clôt un premier cycle dans la carrière du cinéaste. Le film présente les destins entrecroisés de 5 personnages errant dans le cadre urbain et nocturne d’une Hong-Kong éclairée aux néons (sous l’oeil de la caméra du surdoué Christopher Doyle), dans un récit puissamment scorcesien ? Pure splendeur visuelle doublée d’une déconstruction des genres classiques du cinéma (mâtinés ici du « heroic bloodshed » typiquement hong-kongais, mais à la façon unique de Wong kar-Wai), « Les Anges déchus » est un film à redécouvrir, un peu trop à l’ombre de son jumeau « Chungking Express », sorti l’année précédente, et pourtant pas moins beau…

Pour la littérature, on évoque un classique, avec « Malpertuis » (1943) signé Jean Ray, le « Lovecraft belge », comme on a coutume de le présenter parfois. Ce premier roman, écrit de main de maître par ce virtuose du verbe qu’était Ray (rôdé qu’il était par l’écriture de centaines de nouvelles au préalable), épate par la modernité de sa structure (tout en récits emboîtés les uns dans les autres) et la puissance de son concept, que je déflore durant l’émission, mais pas ici. Contentons-nous de signaler que la question de la survivance du surnaturel et des croyances anciennes dans notre ère moderne est évoquée, ainsi que la haine viscérale de Jean Ray pour la classe bourgeoise et son mode de pensée étriqué. Pas forcément facile d’accès ni exempt de défauts, « Malpertuis » est un roman pas moins magistral pour autant, d’une puissance rare.

Le tout est évidemment saupoudré de bonne zique comme il se doit ici : Godflesh, les rois du métal indus, reviennent avec « A World Lit Only By Dub », excellente collection de relectures de certains morceaux de l’album de leur retour en 2015, comme en atteste « Our Fathers In Heaven » ; Abstrakt Algebra, projet de Leif Edling (maître d’oeuvre de Candlemass par ailleurs), sortait son unique album il y a 30 ans, et le puissant « Shadowplay » en est extrait ; Painkiller, le trio constitué de John Zorn, Bill Laswell et Mick Harris fait son grand retour sous un visage inattendu, comme le prouve leur dernier album « Samsara », dont on écoute un extrait, « Samasara III » ; enfin, gros morceau final pour digérer tout ça, avec le dernier album des allemands d’Ingurgitating Oblivion, l’incroyable « Ontology Of Nought », et le triptyque épique « To Weave The Tapestry Of Nought »… vous m’en direz des nouvelles !!

« Forgive our fathers
For they’ll never be in heaven
Their kingdom has come
And they’ll never deliver us from evil »

EPISODE 12 !!!

3 « J'aime »

Quelque peu covidé en ce moment. Possible que j’ai un coup de speed et que je me colle devant l’ordi pour faire le chapitrage. Mais rien n’est moins sûr. Donc, peut-être que je ne posterai ça que dans quelques jours. On verra.

1 « J'aime »

Aucun souci, Manu, remets-toi bien !!!

1 « J'aime »

Et c’est marrant, j’étais justement en train de lire « Malpertuis » en ce moment. Bonne lecture pour quand on a une fièvre conséquente. Je recommande.

Et en écoutant, instant copinage, l’album qu’un ami a consacré au roman:
https://www.unenthullte.be/pages/malpertuis.htm

2 « J'aime »

Ah ça, je veux bien le croire !! ^^

Wow, cool, je vais écouter ça…

1 « J'aime »

J’ai lu Malpertuis cet été, un très bon choc. Ca ferait une bonne adaptation en BD, d’ailleurs.

2 « J'aime »

Beaucoup moins en film, hélas. ^^
J’en parle durant la chronique : « Malpertuis » est devenu un film en 1971, signé Harry Kümel, avec Michel Bouquet, Jean-Pierre Cassel, Sylvie Vartan et même Johnny Hallyday (pour une figuration), et l’impressionnant Orson Welles dans le rôle de l’oncle Cassave.
Si le film n’est pas inintéressant sur le plan visuel (du fait notamment de la photo très inspirée de Gerry Fisher, un cador qui a shooté aussi bien des films de Joseph Losey et Billy Wilder que le premier « Highlander »… éclectique le mec !), c’est une mauvaise adaptation du livre, qui ne fait rien de la structure très sophistiquée en poupées russes du récit, et ne cherche jamais à aller retrouver l’atmosphère purement horrifique de certains passages.
Quant au concept principal derrière « Malpertuis » (qui en effet pourrait donner quelque chose de très intéressant en BD…), il est très pauvrement illustré sur le plan graphique, il faut bien le dire.

1 « J'aime »

Oui, j’ai vu l’existence du film en me renseignant après lecture. Il est disponible sur Arte, je dois me trouver le temps de regarder (et donc sortir de mes visionnages sportifs et animés).

1 « J'aime »