TUMATXA : L'ÉMISSION !

Oh ben, tu vois, j’avais jamais fait le rapprochement avec son père, Carl Michael Von Hausswolff. Je connais mal son travail mais il y a au moins un de ses albums que j’aime bien, “The Wonderful World Of Male Intuition”, qui fait un peu une rétrospective de la “contre-culture” depuis la Beat Generation jusqu’à des choses plus actuelles, avec des musiques à propos de Brion Gyson (inventeur de la Dreamachine et compagnon de route de Burroughs), de Gregory Bateson (fondateur de l’école de Palo Alto et inventeur du concept de cybernétique, dans le sens psychologique et anthropologique du terme), de John C. Lilly (tu sais, l’inspiration derrière “Altered States”, le film de Ken Russell, la série “Fringe” et le jeu vidéo “Ecco le Dauphin”), d’Alvin Lucier (compositeur de musique contemporaine proto-industrielle, un peu proto-Nurse With Wound), d’Albert Hoffmann (le découvreur du LSD), de J. G. Thirlwell (le gars derrière le groupe Foetus), ou encore de Mika Vainio (moitié du duo Pan Sonic, et collaborateur avec des gens comme Merzbow, Keiji Haino, Alan Vega, Stephen O’Malley…), le Dalai Lama, et ainsi de suite.

Du coup, avec ce genre de références de la part de son père, y’a quand même une sorte de filiation (littérale, pour le coup) avec la musique d’Anna Von Hauswolff, au moins conceptuelle. Pas tant sur le plan musical, hein, il est plus sur de la musique contemporaine considérée comme un peu “savante”. Mais thématiquement, y’a des liens, je pense.

Aussi, vu que tu parlais de son rapprochement avec Sunn O))), on peut aussi évoquer l’album (live, il me semble) qu’ils ont fait ensemble, “Metta, Benevolence”.

Et, concernant sa sœur, Maria Von Hausswolff, elle semble collaborer régulièrement, en tant que directrice photo donc, avec un cinéaste islandais, Hlynur Pálmason, qui appartient un peu à cette lignée des cinéastes panthéistes dont nous avons déjà parlé, un peu à la Werner Herzog, à priori, pour le dire vite, avec des films comme “Winter Brothers”, “Un Jour Si Blanc” et “Godland”. Généralement avec un côté polar en plus. Faudrait regarder ça. Ca a l’air d’être un artiste intéressant. Et, bien sûr, on sait l’importance de la photographie pour ce type de cinéma.

Je ne le connais pas ce live, pour le coup ; à creuser, sans compter que je parle de Sunn O))) cette semaine !! ^^

Celui-là m’intéresse beaucoup, je vais checker ça un de ces quatre…

Si si, ils sont inclus dans les volumes “normaux” (ils sont très beaux d’ailleurs, je trouve que la couleur flatte le dessin de Kago). Ils sont publiés “à l’envers” au dos de chaque volume.

EPISODE 7 : Emission spéciale Alan Moore !!!

Emission très spéciale cette semaine dans « Tumatxa ! », à plus d’un titre ! En effet, d’une part j’ai la joie d’accueillir deux invités de marque ce soir, et d’autre part, l’émission sera intégralement consacrée à l’œuvre de l’incomparable Alan Moore !!! En effet, le barde de Northampton fait l’actualité cet automne avec un ouvrage à nul autre pareil, sa somme pédagogique sur un thème cher à son cœur, la Magie…

L’occasion pour nous de nous entretenir à ce sujet avec deux spécialistes éclairés de la chose moorienne, avant d’évoquer la BD avec une intégrale récente d’un des derniers grands cycles en la matière du bonhomme, et de boucler la soirée en évoquant (nous ne l’avions jamais fait, allez savoir pourquoi) le corpus en prose de Moore avec son tout premier roman paru il y a bientôt trente ans.

Magie, BD, roman, le tout en musique : tel est l’ésotérique sommaire de l’émission de la semaine !!

Pour commencer l’émission, j’ai donc l’immense plaisir de m’entretenir avec les excellents Laurent Queyssi et Maxime le Dain, traducteurs (entre autres activités) de l’opus mirifique qui nous occupe ce soir, j’ai nommé « La Lune et le Serpent – Le grand livre de la magie » d’Alan Moore et de feu son homonyme et mentor Steve Moore. Laurent et Maxime nous expliqueront comment ils se sont attelés à la tâche monumentale d’adapter cet ouvrage gargantuesque, où les deux Moore exposent avec pédagogie et didactisme les principaux concepts qui animent leur vision de la Magie, de sa fonction à ses principaux mécanismes, en passant par la description de divers rituels et autres principes-clés de la discipline (la Kabbale et le Tarot, notamment), le tout en prose, en BD, sous forme d’essais et de fiction, tour-à-tour… Un ouvrage pas facile d’accès de prime abord, mais étonnamment fun et solaire, il a d’ailleurs été conçu pour ça. A la fin de sa lecture, vous serez vous aussi des mages.

Encore un grand merci aux magiciens en chef Maxime et Laurent, dont la très fine connaissance du corpus de Moore (on a là à faire à deux spécialistes, pas de doute) s’avère plus qu’éclairante pour la compréhension du travail de Moore et Moore !!! Qu’ils soient à nouveau ici remerciés pour leur gentillesse et leur disponibilité, malgré des conditions techniques pas commodes.

On poursuit avec de la BD, en l’occurrence l’un des derniers grands chefs-d’œuvre en la matière d’Alan Moore : je veux parler ici de son grand cycle lovecraftien réuni dans une intégrale intitulée « Providence et autres récits lovecraftiens », qui rassemble trois titres tout entiers consacrés à l’œuvre et à l’impact du grand H.P. Lovecraft (les trois titres en question étant « The Courtyard », « Neonomicon » et le gros morceau « Providence »). A travers des récits connectés les uns avec les autres et pas piqués des hannetons en terme de contenu graphique explicite, comme on dit, Moore explore l’univers de Lovecraft, tisse une toile inter/métatextuelle vertigineuse, analyse le climat socio-politique contemporain du reclus de Providence avec finesse, et surtout renoue avec la force de frappe et le pouvoir évocateur originel des écrits du maître de l’horreur indicible, tout en instillant dans son corpus une cohérence insoupçonnée. N’écoutez pas les esprits chagrins qui considèrent que Moore a perdu la main en matière de BD ces dernières années, il n’en est rien !! « Providence » est un pur chef-d’œuvre.

On termine en se penchant sur l’impressionnant « La Voix du Feu », premier roman de Moore paru initialement en 1996 pour la VO (et 2008 pour la première parution VF, traduite par l’excellent Patrick Marcel, qui réalise un tour de force). Dans ce premier roman qu’il n’est pas incohérent de considérer comme le prototype de son magnum opus « Jerusalem », Moore évoque sa chère ville de Northampton ; s’il reste géographiquement statique, il se livre à une vertigineuse exploration temporelle (de 4000 avant JC à nos jours) à la faveur de 12 chapitres et autant de narrateurs qui évoquent l’histoire politico-mystique de leurs temps respectifs… jusqu’à Alan Moore, protagoniste d’un dernier chapitre méta-textuel en diable. Il y a dans ce roman des têtes coupées, des personnages boîteux, du feu bien entendu… et déjà beaucoup de virtuosité, en prose.

Le tout est mis en musique avec le soin que vous nous connaissez : AVTT/PTTN est le dernier projet en date de Mike Patton, aux côtés des Avett Brothers, et ça lorgne vers la country/folk, comme en atteste le morceau « Received » ; Coroner vient en toute simplicité de sortir l’album metal de l’année, « Dissonance Theory », pas beaucoup d’avis dissonants là-dessus, « Transparent Eye » en fait la démonstration ; vu qu’on parle pas mal de rituels et de magie cette semaine, pourquoi ne pas réécouter le magistral « Psychonaut », en version live issu du live « Ceromonies » ; on conclue avec le duo ultra-heavy de Seattle Sunn o))), qui revient avec un EP d’inédits, dont le massif « Eternity’s Pillars »… !!

”Pray now for how long
We’re falling from ecstasy
Like changelings
Freedom returned for new souls
Here or after
Well enrapture me and I’ll change”

EPISODE 7 !!!

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Dis donc

Ah, merci pour l’info.
Et pour la couleur, je trouve que ça transforme son dessin. Je ne saurais pas dire ce que je préfère, tant les deux sont différents.

Tori.

Il était prévu d’avoir une version collector, une boîte avec ce livre et divers objets dont le jeu de tarot… je vois que ça n’a pas été réalisé sûrement à cause du coût…

Et même pas Le matin des magiciens du Martin Circus, pour illustrer ça ?
:wink:

Tori.

Riche idée. Et on peut enchainer avec “Pour Pauwels” de Guy Skornik

Et voilà pour le chapitrage:

2025.11.19 - Alan Moore, Steve Moore, « La Lune et le Serpent – Le grand livre de la magie », (11:52) AVTT/PTTN, (26:26) Laurent Queyssi, Maxime Le Dain, (1:34:15) Coroner, (1:48:47) « Providence et autres récits lovecraftiens », (2:34:38) Fields of the Nephilim, (2:51:13) « La Voix du Feu », (3:25:30) Sunn O)))

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Et oui, bien belle recommandation que celle de “Last War in Albion”, sur le duel magique entre Morrison et Moore. Bon, comme vous le dites, c’est long comme un jour sans pain, mais ça n’en est pas moins passionnant :

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J’aurais un peu tendance à souscrire aussi à l’opinion de Maxime Le Dain, à propos du “Grand Quand”. Pour l’instant, avec uniquement le premier tome paru, on parle d’une parenthèse plus légère, pour un public plus jeune, un peu un anti-Harry Potter, effectivement. Mais il y a 5 tomes prévus et je trouve que le propos qu’on entend à son sujet, pour l’instant, ressemble beaucoup à celui qu’on avait pour “La Ligue des Gentlemen Extraordinaires” qui, évidemment, a pris sur le long terme une ampleur dans sa bibliographie qu’on ne voyait pas trop venir au début. On verra, mais je ne serais pas du tout surpris qu’il nous prépare avec cette série sa propre étude psychogéographique londonienne dans la lignée, évidemment, de celles de Iain Sinclair, Peter Ackroyd, Ben Aaronovitch, John Rogers et autres… Ce premier tome pourrait n’être qu’une mise en place, je pense.

Et voilà la vidéo évoquée par Laurent Queyssi et Maxime Le Dain concernant l’exploration de Northampton par Alan Moore, Iain Sinclair et John Rogers.

La chaîne YT où elle se trouve, celle de John Rogers donc, contient un paquet de ces dérives psychogéographiques et/ou littéraires, surtout de Londres, mais pas uniquement. Je conseille, par exemple, celle sur le Londres d’Aleister Crowley avec Marco Visconti, ancien chanteur du groupe d’EBM XP8, devenu une des figures importantes de la Thelema moderne, ou l’exploration, à nouveau avec Iain Sinclair, de l’East End ésotérique, parmi beaucoup d’autres.

https://www.youtube.com/@JohnRogersWalks/videos

EDIT: Oups, ça faisait beaucoup de Queyssi, effectivement. Mes excuses à Mr. Le Dain. Et merci à soyouz de l’avoir relevé.

Oups, on dirait que j’ai un peu monopolisé la parole, là. Désolé, j’étais en train d’écouter l’épisode, qui ouvre certainement à la discussion.

Bon, j’arrête là, mais juste un dernier message pour dire que je pars la semaine prochaine pour un tour du Finistère en vue de préparer mon déménagement à venir. Donc, je ne pourrai pas m’occuper de l’archivage et du chapitrage de l’épisode à venir avant mon retour, le dimanche 30, à priori. Mais je n’oublie pas.

Ca fait beaucoup de Queyssi :wink:

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Absolument. C’est réglé. Merci pour la correction :+1:

EPISODE 8 : Reflet de Wrightson dans une amulette morte

Huitième émission de la saison pour « Tumatxa! » !! Pas d’invités cette semaine contrairement à la semaine dernière… mais peut-être en accueillerons-nous un la semaine prochaine..? Chut ! Je n’ai rien dit. En attendant, ce soir, c’est la formule classique, avec un fort beau programme ma foi.

Cinéma, BD, littérature, le tout en musique : tel est le mirifique sommaire du jour.

Pour le cinéma, on est ravis de retrouver le trop rare tandem franco-belge Hélène Cattet/Bruno Forzani, pour leur quatrième et dernier long-métrage en date, « Reflet dans un diamant mort ». Je m’étais mordu les doigts d’avoir raté cette petite merveille visuelle en salle (qu’est-ce que c’est beau), mais on peut se refaire maintenant que le film est disponible par d’autres biais, certes pas dans son écrin optimal (qui reste, donc, la salle de cinéma). Après avoir exploré brillamment et jusqu’à plus soif l’héritage du cinéma populaire italien de la grande époque (avec notamment une brillante régurgitation des codes et principales figures formelles du giallo à la faveur de leurs deux premiers films, « Amer » et « L’étrange couleur des larmes de ton corps »), Cattet et Forzani se penchent cette fois sur le genre plus fantaisiste et décousu de l’Eurospy, ce filon plus européen que proprement italien d’ailleurs qui voit le jour dans le sillage du succès des premiers James Bond, mais en n’oubliant pas de rendre hommage à certains maîtres italiens de la grande époque, Mario Bava en tête. Ce dernier n’est d’ailleurs pas le seul maître de la narration cinématographique à être convoqué, puisque l’ombre du regretté Satoshi Kon plane aussi sur l’écriture alambiquée de cet étrange objet. C’est pas facile facile d’accès, mais c’est incroyablement jouissif sur le plan graphique et sonore, et passionnant à décrypter… Avec le grand Fabio Testi, dans le rôle d’un agent secret (à moins que…?) qui perd un peu la boule et la mémoire.

Pour la BD, hommage à un géant de la BD américaine aujourd’hui disparu, avec un bel album made in Délirium, intitulé « Eerie and Creepy présentent Bernie Wrightson », anthologie consacrée à cet incroyable illustrateur spécialisé dans le créneau de l’horreur, dont le corpus a infusé le travail de pointures à la Guillermo Del Toro ou Mike Mignola. Les courts récits qui composent le sommaire de l’album, qui datent du milieu des années 70, sont issus des pages des magazines Eerie et Creepy, édités par le fameux éditeur Warren Publishing, et constituent des musts absolus dans leur genre. Associé à d’autres dessinateurs comme Carmine Infantino ou Howard Chaykin, ou des scénaristes comme son complice Bruce Jones, Wrightson sublime de son trait ces récits à chute parfois drôles, souvent cruels, systématiquement brillants… sans compter qu’il adapte aussi au passage certains des maîtres absolus du genre, comme Edgar Allan Poe ou Lovecraft. C’est sublime !!!

Pour la littérature, c’est presque désormais une tradition ici que de se pencher sur la dernière entrée en date de la bibliothèque Michael McDowell, chez Monsieur Toussaint Louverture ; cette fois, c’est « L’Amulette » (1979), premier roman publié de McDowell, qui nous intéresse. Il est frappant de voir à quel point la technique littéraire particulière (accessibilité et efficacité maximales) et les thématiques phare de l’auteur de la saga « Blackwater » sont déjà là, presque entièrement perfectionnés à ce stade précoce par l’auteur. Comme souvent, c’est dans un bled paumé du fin fond de l’Alabama que McDowell situe son intrigue, une sombre histoire d’amulette maudite qui se charge de causer des massacres (sur un mode proche de ce que l’on voit dans les « Destination Finale », par exemple), dans une veine très satirique, implacable de noirceur tout de même. C’est très drôle… et très gore.

Le tout est bien entendu bercé de musique douce comme un vent frais du matin : à l’occasion de ses 40 ans, évoquons donc l’implacable « To Mega Therion » de Celtic Frost, en écoutant le conclusif « Necromantical Screams » ; Cattet et Forzani utilisent de la bonne musique dans leurs longs métrages, dont la BO de « Milan Calibre 9 », signée Luis Bacalov et Osanna, on écoute donc « Tema » ; les amerloques de Black Magnet prodiguent un rock/metal indus sacrément puissant, comme en atteste « BIRTH », issu de leur dernier album « Megamantra » ; enfin, on termine avec le très krautrock dans l’esprit « Louhi part 2 », extrait de « Louhi », le dernier album en date des finlandais de Pharaoh Overlord…!!

“You entreated death, the answer will come
Debris of faith, even you are false
Immortal morals, catch up with time
Vault of darkness, filled with hate”

EPISODE 8 !!!

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Moi aussi. J’ai pris beaucoup de plaisir à la lecture, mais je trouve qu’à ce stade, c’est quand même thématiquement et formellement bien moins ambitieux qu’un “Jérusalem”, immédiatement monumental, bien sûr. Mais je suis d’accord, on est pas au bout de nos surprises et il se pourrait bien que quelque chose de bien plus “surprenant” se mette en place. Le potentiel est là, en tout cas.