EPISODE 15 : Voyage avec le Dinosaure de Turin
On est un peu plus à l’heure que la semaine dernière pour cette nouvelle livraison de « Tumatxa! » ; le hasard de la programmation produit des effets intéressants : on aura vraiment l’occasion d’explorer des univers esthétiques très distincts cette semaine… mais c’est tout l’intérêt de cette émission, la meilleure de tout l’univers, comme le savent les gens de goût.
Cinéma (hommage à un grand cinéaste tout récemment disparu), BD (du patrimonial signé par le Roi en son domaine), littérature (autre hommage, à une actrice cette fois) : tel est le merveilleux programme du jour, auquel vous adhérez déjà sans même le savoir.
Pour le cinéma : le hongrois Béla Tarr, l’un des plus grands cinéastes de notre temps, vient de nous quitter le 6 janvier dernier ; nous évoquons donc pour célébrer sa mémoire et son cinéma le dernier-né de sa filmographie, l’époustouflant et difficile « Le Cheval de Turin » (2011), que nous avions raté à sa sortie. Basé sur une anecdote fort douteuse (en termes de véracité, j’entends) portant sur la biographie du philosophe Friedrich Nietzsche, ce film constitue surtout une réduction spectaculaire du cinéma de Tarr à ses éléments les plus « primitifs » : deux personnages (pratiquement tout du long), un décor unique, un découpage minimaliste (34 plans en tout et pour tout pour l’ensemble du film), une ritournelle signée Mihály Víg comme d’habitude en guise de BO… Un film à l’os comme on dit, même selon les critères habituels du maître hongrois, et accessoirement beau à se crever les yeux. Grand film pour un grand cinéaste, même si ça ne sera pas pour tous les estomacs, en termes de rythme et d’enjeux narratifs.
Pour la BD : retour sur le corpus de l’immense Jack Kirby, le King des comic books en personne, avec une double actualité en ce qui le concerne. En VO, retour de l’intégrale de son « The Demon », titre emblématique de son passage chez DC Comics au début des années 70 (nous nous pencherons quant à nous sur l’album paru en VF chez Urban il y a 5 ou 6 ans). On pourrait résumer la chose par : quand Kirby s’attelle à un genre pas forcément cher à son coeur, l’horreur, eh ben c’est quand même génial, comme d’habitude, avec 1000 idées par épisode, entre apports nouveaux (comme Klarion le Witch-Boy) et réinterprétation de vieux mythes horrifiques (Frankenstein, le Fantôme de l’opéra, etc. : Kirby fait feu de tout bois). En VF, parution de l’inénarrable « Devil Dinosaur » (1978), dernier titre conçu par Kirby suite à son retour chez Marvel au milieu des années 70, et réputé l’une des oeuvres mineures signées par le King. Mais en fait, point d’oeuvres mineures dans ce corpus : malgré son côté volontiers « cheesy » (un australopithèque fait équipe avec un Tyrannosaure pour contrer des extraterrestres), voilà un récit incroyablement fun (un australopithèque fait équipe avec un Tyrannosaure pour contrer des extraterrestres), qui comprend des planches certes pas nécessairement parmi les meilleures de Kirby (encore que, en deux trois occasions…) mais dynamiques comme seul le King savait faire. Et thématiquement, c’est un peu plus subtil qu’il n’y paraît, comme nous le verrons…
Pour la littérature : une fois n’est pas coutume, nous nous intéressons à la poésie, avec un recueil de poèmes signés Véronique Bergen, et intitulé « Voyage avec Zoë Lund ». Véronique Bergen (romancière, philosophe, essayiste… et poétesse, donc), dont nous découvrons l’abondant corpus avec cet ouvrage, se penche sur la fascinante figure de Zoë Lund, actrice et scénariste dans certains des plus beaux fleurons de la filmographie d’Abel Ferrara, à travers des textes à la teneur poétique, certes, mais qui tiennent aussi de l’évocation biographique de Lund, héroïnomane revendiquée, romancière, poétesse et scénariste à l’oeuvre majoritairement (hélas) encore toujours inédite. A travers cette évocation, l’autrice évoque l’activisme de Lund, son rapport à la drogue, les compagnons qui ont partagé sa vie, les films qu’elle a illuminé de sa présence impérieuse… Très bel hommage à cette fascinante figure du New York des années 80 et 90, tragiquement disparue à 37 ans à Paris, en 1999.
Le tout s’écoute avec des interludes musicaux de bon aloi : on revient sur « Decadence And Decay », le premier album des petites génies américains du heavy metal, Silver Talon, avec le beau « Next To The Sun » ; évocation de Béla Tarr oblige, on écoute un extrait de la BO des « Harmonies Werckmeister », signée Mihály Víg ; un brin de death metal technique ne fait jamais de mal, et en l’occurrence c’est Atheist qui s’y colle, avec le morceau-titre de son troisième album « Elements » ; enfin, on termine en beauté avec un extrait de l’EP collaboratif de Mars Red Sky et Monkey 3, « Monkeys From mars », et ça s’appelle « Hear The Call »…!!!
“I tip my hat to the creation
And its rewarding disposition
Formed by something
Lacking nothing here
Something so divine
A spectacle of elements”
EPISODE 15 !!!