TUMATXA : L'ÉMISSION !

Oui, c’est bien lui, et tu m’apprends tout ça, je n’avais pas pris la peine de faire de recherches à son sujet.

Eh bien, en étant un peu méchant gratuitement, je dirais que ça se ressent un peu à la lecture de la post-face en question, en poussant un peu. Elle est très intéressante et instructive, hein, mais on y ressent un petit soupçon de pédanterie un peu cuistre sur les bords. Je suis vraiment salaud parce que j’ai beaucoup apprécié sa lecture, à cette postface. Mais il y fait un peu “étalage” de sa culture assez poussée manifestement en matière de mythologie, tout en faisant quand même, je le précise à nouveau, des rapprochements passionnants. Dans ces cas-là, perso, je préfère toujours voir le verre à moitié plein, au final.

1 « J'aime »

EPISODE 14 : Vers la fin du Pays de Den !!!

Oups !! Petit retard à l’allumage pour cette dernière livraison en date de « Tumatxa! »… Dommage, parce qu’il est bien sympa le programme de la semaine. Classique, certes, mais fourni et généreux. Que voulez-vous, on ne sait pas faire autrement. Mieux vaut tard que jamais, dit-on, à juste titre.

Cinéma (double dose), littérature, BD (double dose aussi), le tout en musique, comme d’habitude : tel est le fascinant programme de la semaine !!!

Pour le cinéma : dans le cadre de la gargantuesque rétrospective (orchestrée par Potemkine) consacrée à son oeuvre, et dont le déploiement s’étale en trois mouvements (Nature, Chaos, Rêve) sur plus de six mois, pour 21 films en tout, revenons donc sur le corpus énorme (dans tous les sens du terme) du grand Werner Herzog. Pas facile de choisir dans cette masse de films plus intéressants les uns que les autres, mais arrêtons-nous sur les deux petites perles suivantes : dans un premier temps, on évoque le sublime « Au pays du silence et de l’obscurité » (1971), représentant de la veine documentaire du maître allemand, où l’on partage le quotidien de l’extraordinaire Fini Straubinger, devenue sourde et aveugle à l’âge de 15 ans. Herzog, sous des dehors de documentariste naturaliste (en fait ça n’est pas vraiment le cas), accouche d’un film sidérant, basé sur un dispositif vertigieneux, et poignant au possible. Dans un second temps, nous nous penchons sur « Le pays où rêvent les fourmis vertes », qui marque le début de l’étrange éclipse qui va frapper la carrière d’Herzog dans les années 90 et 2000, mais qui ne s’en révèle pas moins passionnant, rétrospectivement. Le récit (fictionnel, mais paradoxalement pétri de matière documentaire) s’attache au conflit opposant une compagnie minière aux aborigènes dans une Autsralie ultra-cinégénique comme d’habitude, et « hantée » par la mythologie aborigène (dont le fameux « Dreamtime »). Thématiquement fascinant sous des dehors de fable binaire et simpliste, ce film vaut bien mieux que le relatif anonymat qui est le sien au sein du corpus d’Herzog.

Pour la littérature : penchons-nous donc sur la nouvelle collection, Styx, au sein des éditions Fleuve, dont l’excellent Laurent Queyssi, connu de nos services, est le responsable, avec la mission de donner à voir au lectorat francophone ce qu’il en est de la littérature horrifique contemporaine. Parmi les titres déjà parus ou annoncés, nous évoquons ce soir l’éprouvant « Vers ma fin », de l’irlandaise Sophie White. Sorte de récit de « body-horror naturaliste », le roman de White est aussi un étouffant huis-clos (dont la cellule la plus hermétique n’est autre que la cellule familiale) qui n’hésite pas à aborder des thématiques âpres, avec une belle cohérence fond/forme (le récit « enferme » ses lecteurs aussi bien que ses personnages). Pas pour tous les estomacs clairement, mais passionnant à ruminer.

Pour la BD : double dose, donc, avec deux magnifiques albums signés Richard Corben aux indispensables éditions Délirium, qui se constituent tranquillement un des plus beaux catalogues « patrimoniaux » de la BD anglo-saxonne en VF. D’abord, on cause de "Dimwood’, l’oeuvre testamentaire de Corben, hommage visuellement flamboyant aux récits fantastico-horrifiques qui ont irrigué l’oeuvre de Corben dès ses débuts, Edgar Allan Poe et Lovecraft en tête. On évoque ensuite le troisième volet de sa célèbre saga « Den », probablement son travail le plus fameux, un tome sous-titré « Children Of Fire ». On a là affaire à une sorte de préquelle aux deux volets précédents, avec un tandem de personnages étonnants mais pas forcément inconnus des lecteurs à la réflexion… et c’est toujours aussi singulier et frappant sur le plan visuel bien sûr. Sur les deux albums, on retrouve à la (re)colorisation José Villarubia, devenu au fil des ans une sorte de « spécialiste » de Corben. Sacré « bibliothèque Corben » que Délirium est en train de composer…!!!

Le tout swingue évidemment en musique : les norvégiens d’Ulver sont déjà de retour avec l’album instrumental « Neverland », dont est extrait le chaloupé « People Of The Hills » ; on retrouve Crippling Alcoholism cette fois avec leur dernier disque, « Camgirl », dont on écoute l’extraordinaire morceau-titre ; on retourne en Norvège mais c’est à un tout autre délire que nous convie les black-thrashers de Deathhammer, avec le morceau-titre de leur dernier album « Crimson Dawn » ; enfin, Werner Herzog oblige, écoutons donc du Popol Vuh, en charge de la plupart des BO de ses films, dont celle du très fameux « Aguirre », et du coup on écoute « Vergegenwärtirung » !!!

“Why do their faces always look like that when they die?
What horrors did they see?
Did they peak into the cruel forevers?
Into the expansive, unfathomable beyond?”

EPISODE 14 !!!

1 « J'aime »

Et pour les chapitres:

2026.01.21 - (2:03) Ulver, (25:44) Werner Herzog, (38:28) « Au pays du silence et de l’obscurité », (1:04:34) « Le pays où rêvent les fourmis vertes », (1:27:35) Crippling Alcoholism, (1:40:05) Sophie White, « Vers ma fin », (2:20:33) Deathhammer, (2:32:04) Richard Corben, José Villarubia, (2:36:05) « Dimwood », (2:52:15) « Den: Children of Fire », (3:06:25) Popol Vuh

1 « J'aime »

Je suis en train de lire « Vers ma fin » (il doit me rester un petit tiers, je devrais finir ce soir) et c’est vraiment très bien écrit et prenant (même s’il ne se passe pas grand chose en terme d’intrigue comme pour « Le Cheval de Turin » de Béla Tarr :wink:). Merci pour le conseil et pour le rappel concernant la collection Styx que je vais suivre très sérieusement.

Sinon, je viens de m’écouter le dernier Megadeth et il est plutôt cool. J’avais peur que Mustaine veuille en mettre pleins les yeux (et les oreilles) pour leur chant du cygne mais ça reste plutôt simple et efficace! J’ai déjà envie de le réécouter . Je sais que tu n’es pas le plus grand fan du groupe ( :grin:) mais ça vaut le coup d’y jeter une oreille à mon avis. Exceptée la reprise finale (officiellement un bonus track) de « Ride the lightning » qui est totalement inutile… Je trouve ça très con de finir sa discographie sur ce morceau… :person_shrugging:

ajout: Et le concert à l’Atabal, ça s’est bien passé?

1 « J'aime »

Ah cool !! Je suis content que “Vers ma fin” t’ait parlé… Oui, c’est plutôt minimaliste sur le plan dramaturgique… mais quelle ambiance !! Remarquablement écrit de surcroît, et “courageux” thématiquement si je puis dire.

J’ai prévu de mettre les autres titres de la collection au menu de l’émission, peut-être un tir groupé pour les deux prochains d’ailleurs, on va voir.

Ha ha, c’est le seul titre que j’ai écouté à ce stade. Et je suis bien d’accord avec ton ressenti : aussi inutile que mal chanté. J’écouterai ce dernier album, c’est une certitude, même si je n’ai pas été emballé plus que ça par les extraits diffusés en amont de sa sortie. Pour être franc, j’ai un énorme problème avec Megadeth. ^^ Je suis totalement allergique au chant de Dave Mustaine, c’est vraiment rédhibitoire. C’est d’autant plus couillon que par ailleurs j’adore ce qu’ils font sur le plan instrumental. J’irais même jusqu’à dire qu’avec un John Bush au chant par exemple, ce serait probablement le plus grand groupe de metal au monde. En l’état, je suis épaté par ce qu’ils font jusqu’à grincer des dents quand le chant survient… :slight_smile:

Oui, c’était génial !! Comme d’habitude, conditions techniques au top (gros son en façade et ultra-confort sur scène) et excellent accueil… sans compter le monde !! La salle était quasi pleine, même si ça n’était pas dense comme pour un Gojira ou un Su Ta Gar. Un plaisir immense, doublé de la joie de croiser notre ami commun Mathieu la Youste !! ^^

1 « J'aime »

EPISODE 15 : Voyage avec le Dinosaure de Turin

On est un peu plus à l’heure que la semaine dernière pour cette nouvelle livraison de « Tumatxa! » ; le hasard de la programmation produit des effets intéressants : on aura vraiment l’occasion d’explorer des univers esthétiques très distincts cette semaine… mais c’est tout l’intérêt de cette émission, la meilleure de tout l’univers, comme le savent les gens de goût.

Cinéma (hommage à un grand cinéaste tout récemment disparu), BD (du patrimonial signé par le Roi en son domaine), littérature (autre hommage, à une actrice cette fois) : tel est le merveilleux programme du jour, auquel vous adhérez déjà sans même le savoir.

Pour le cinéma : le hongrois Béla Tarr, l’un des plus grands cinéastes de notre temps, vient de nous quitter le 6 janvier dernier ; nous évoquons donc pour célébrer sa mémoire et son cinéma le dernier-né de sa filmographie, l’époustouflant et difficile « Le Cheval de Turin » (2011), que nous avions raté à sa sortie. Basé sur une anecdote fort douteuse (en termes de véracité, j’entends) portant sur la biographie du philosophe Friedrich Nietzsche, ce film constitue surtout une réduction spectaculaire du cinéma de Tarr à ses éléments les plus « primitifs » : deux personnages (pratiquement tout du long), un décor unique, un découpage minimaliste (34 plans en tout et pour tout pour l’ensemble du film), une ritournelle signée Mihály Víg comme d’habitude en guise de BO… Un film à l’os comme on dit, même selon les critères habituels du maître hongrois, et accessoirement beau à se crever les yeux. Grand film pour un grand cinéaste, même si ça ne sera pas pour tous les estomacs, en termes de rythme et d’enjeux narratifs.

Pour la BD : retour sur le corpus de l’immense Jack Kirby, le King des comic books en personne, avec une double actualité en ce qui le concerne. En VO, retour de l’intégrale de son « The Demon », titre emblématique de son passage chez DC Comics au début des années 70 (nous nous pencherons quant à nous sur l’album paru en VF chez Urban il y a 5 ou 6 ans). On pourrait résumer la chose par : quand Kirby s’attelle à un genre pas forcément cher à son coeur, l’horreur, eh ben c’est quand même génial, comme d’habitude, avec 1000 idées par épisode, entre apports nouveaux (comme Klarion le Witch-Boy) et réinterprétation de vieux mythes horrifiques (Frankenstein, le Fantôme de l’opéra, etc. : Kirby fait feu de tout bois). En VF, parution de l’inénarrable « Devil Dinosaur » (1978), dernier titre conçu par Kirby suite à son retour chez Marvel au milieu des années 70, et réputé l’une des oeuvres mineures signées par le King. Mais en fait, point d’oeuvres mineures dans ce corpus : malgré son côté volontiers « cheesy » (un australopithèque fait équipe avec un Tyrannosaure pour contrer des extraterrestres), voilà un récit incroyablement fun (un australopithèque fait équipe avec un Tyrannosaure pour contrer des extraterrestres), qui comprend des planches certes pas nécessairement parmi les meilleures de Kirby (encore que, en deux trois occasions…) mais dynamiques comme seul le King savait faire. Et thématiquement, c’est un peu plus subtil qu’il n’y paraît, comme nous le verrons…

Pour la littérature : une fois n’est pas coutume, nous nous intéressons à la poésie, avec un recueil de poèmes signés Véronique Bergen, et intitulé « Voyage avec Zoë Lund ». Véronique Bergen (romancière, philosophe, essayiste… et poétesse, donc), dont nous découvrons l’abondant corpus avec cet ouvrage, se penche sur la fascinante figure de Zoë Lund, actrice et scénariste dans certains des plus beaux fleurons de la filmographie d’Abel Ferrara, à travers des textes à la teneur poétique, certes, mais qui tiennent aussi de l’évocation biographique de Lund, héroïnomane revendiquée, romancière, poétesse et scénariste à l’oeuvre majoritairement (hélas) encore toujours inédite. A travers cette évocation, l’autrice évoque l’activisme de Lund, son rapport à la drogue, les compagnons qui ont partagé sa vie, les films qu’elle a illuminé de sa présence impérieuse… Très bel hommage à cette fascinante figure du New York des années 80 et 90, tragiquement disparue à 37 ans à Paris, en 1999.

Le tout s’écoute avec des interludes musicaux de bon aloi : on revient sur « Decadence And Decay », le premier album des petites génies américains du heavy metal, Silver Talon, avec le beau « Next To The Sun » ; évocation de Béla Tarr oblige, on écoute un extrait de la BO des « Harmonies Werckmeister », signée Mihály Víg ; un brin de death metal technique ne fait jamais de mal, et en l’occurrence c’est Atheist qui s’y colle, avec le morceau-titre de son troisième album « Elements » ; enfin, on termine en beauté avec un extrait de l’EP collaboratif de Mars Red Sky et Monkey 3, « Monkeys From mars », et ça s’appelle « Hear The Call »…!!!

“I tip my hat to the creation
And its rewarding disposition
Formed by something
Lacking nothing here
Something so divine
A spectacle of elements”

EPISODE 15 !!!

3 « J'aime »

C’est bien ce qu’il me semblait! :grin: Perso, j’aime bien son chant mais je trouve que sur cet album il est bien moins clivant. Et en parlant d’élément rédhibitoire, je suis personnellement ultra allergique au personnage de Jason Blood dans Le Démon. Je le trouve hyper antipathique et si je l’avais devant moi, je lui mettrais des claques… :rofl: Ça m’a gâché ma lecture alors que j’aime beaucoup le perso d’Etrigan…

Pour le concert, je me demandais justement si Matthieu était là ou pas. Je lui demanderai son retour :wink:

2026.01.28 - (3:23) Silver Talon, (25:21) Béla Tarr, « Le Cheval de Turin », (1:17:32) Mihály Víg, (1:29:15) Jack Kirby, « The Demon », (2:07:51) « Devil Dinosaur », (2:26:46) Atheist, (2:36:55) Véronique Bergen, « Voyage avec Zoë Lund », (3:04:58) Monkeys From Mars

1 « J'aime »

EPISODE 16 : Les terres de la Fée hérétique

Dernière émission pour « Tumatxa ! » avant la traditionnelle pause pour les vacances hivernales. Programme classique, mais si vous me pardonnez ce vilain élan d’immodestie… quel programme !! J’en suis joie, et vous aussi bien sûr.

Cinéma (du patrimonial un brin obscur), littérature (avec un des grands habitués de notre sommaire), BD (avec une divine surprise que je n’avais pas vu venir) : tel est l’affolant menu de la semaine.

Pour le cinéma : il y a bien quatre ou cinq film, voire plus, qui s’appelle « Fata Morgana », mais celui qui nous intéresse aujourd’hui, c’est le film catalan signé par Vicente Aranda en 1965. Dans cet étrange mélange de proto-giallo et de drame post-apocalyptique (oui oui), Gim, incarnée par la troublante Teresa Gimpera, erre dans une Barcelone totalement désertée de sa population pour de mystérieuses raisons, avant qu’un mystérieux aveugle croisé par hasard ne lui annonce qu’elle sera bientôt assassinée… Résumée ainsi, l’intrigue peut paraître assez limpide, mais il en est rien, le récit multipliant les omissions et autres rétentions d’information qui opacifient considérablement son propos. Tout cela est en fait très volontaire, comme Aranda lui-même le confessait lorsqu’il évoquait ce film-manifeste de ce que l’on a appelé alors « l’école de Barcelone », sur laquelle nous reviendrons bien sûr. Un film étrange, pas facile d’accès, mais thématiquement passionnant et à l’allure folle, sur le plan graphique. Une pépite à redécouvrir, comme l’éditeur Artus l’a permis il y a deux ans en exhumant la chose pour un beau combo DVD/Blu-Ray.

Pour la littérature : que deviendrait cette pauvre émission si nous ne revenions à intervalles réguliers, inlassablement, sur le corpus de l’immense William S. Burroughs ? Pas grand-chose je le crains, et c’est pourquoi il est grand temps pour nous de boucler notre série de chroniques sur la fabuleuse « Red Night Trilogy » des années 80, avec le dernier volet, « Les Terres Occidentales » (1987). On pourrait résumer la chose de la façon suivante : cette trilogie, c’est du Burroughs pur sucre, mais en plus abordable quand même que de coutume. Une sorte d’idéal pour les lecteurs qui souhaiteraient découvrir son œuvre, quoi. Le vieux Bill met en scène un double fictionnel, William Seward Hall, qui peine à se remettre à écrire et qui surtout contemple l’approche de sa propre fin… et puis très vite, ça part en sucette, avec des crimes atroces, de la mythologie égyptienne, des agents secrets, des assassins, des scolopendres monstrueux et les indispensables babouins à cul bleu, bien sûr. La dernière ligne droite du roman est étonnante pour du Burroughs, bouleversante dans son approche de la Mort qui s’en vient… Un autre chef-d’œuvre à l’actif de ce bon vieux Bill !

Pour la BD : belle surprise parue ces derniers jours chez Delcourt avec « Hérétique », signée Robbie Morrison (scénario) et Charlie Adlard (dessins). Morrison est un romancier passé auparavant chez 2000 A.D. et Adlard, également un ancien de 2000 A.D., est évidemment surtout connu pour ses planches pour « The Walking Dead » : les deux acolytes nous pondent un passionnant décalque (ceci dit de manière non péjorative) du fameux « Nom de la Rose » d’Umberto Eco, mettant en scène le célèbre occultiste Cornelius Agrippa et son disciple Jean Wier, deux figures ayant réellement existé que Morrison fantasme en détectives, sur le modèle archétypal de Sherlock Holmes et du Dr Watson. Les deux compères mènent des enquêtes tout en se heurtant à la Sainte Inquisition, pas spécialement des rigolos. Malgré quelques réserves sur le dessin, voilà un sacré album, traduit par l’excellent Laurent Queyssi, qui est décidément partout au sommaire de ces émissions ces derniers temps.

Le tout en musique qui swingue, comme d’habitude : du fait du regain récent d’activité de l’excellent John Bush, écoutons donc « Den Of Thieves » d’Armored Saint, issu de l’album « Revelation » ; Phthalocyanine est un peu la réponse américaine à l’IDM anglais, comme en atteste « Block », de l’album « Navy Warship » ; l’excellent combo danois blackgaze Møl vient de sortir le très bon « Dreamcrush », dont on écoute le conclusif « Crush » ; enfin, on écoute un extrait de « Willoughby Tucker, I’ll Always Love You » d’Ethel Cain, en l’occurrence « Waco, Texas »… !!!

EPISODE 16 !!!

3 « J'aime »

2026.02.04 - (2:29) Armored Saint, (30:59) Vicente Aranda, « Fata Morgana », (1:14:36) Phthalocyanine, (1:23:34) William S. Burroughs, « Les Terres Occidentales », (2:12:46) Møl, (2:21:53) Robbie Morrison, Charlie Adlard, « Hérétique », (2:51:52) Ethel Cain

1 « J'aime »

EPISODE 17 : A la jonction de l’absolution suprême !!

Retour de « Tumatxa! » cette semaine !! Et bien content avec ça… De bien belles choses nous attendent dans les semaines qui viennent, mais ne mettons pas la charrue avant les boeufs, et contentons-nous de constater que le programme est déjà sacrément ce soir, et tout à fait raccord avec l’actualité la plus brûlante…
Cinéma, littérature, BD, le tout en musique : autrement dit oeuf, jambon, fromage, le menu classique, quoi.

Pour le cinéma : on a envie de paraphraser Public Enemy et de dire, pour une fois, « believe the hype » ; en effet, le très attendu et surmédiatisé « Marty Supreme » de Josh Safdie tient toutes ses promesses. Nous l’avions d’ailleurs signalé en évoquant le « Smashing Machine » de l’autre frangin Safdie, Benny : il y avait sur le papier de troublants points communs entre les deux projets solo des frangins, séparés après un « Uncut Gems » de très haute volée. Au final, les deux projets ont finalement autant de différences que de points communs à faire valoir. La veine la plus scorsesienne des travaux du duo était quand même probablement imputable à Josh, tant ce « Marty Supreme » semble s’inscrire dans le droit fil des travaux du vieux maître américain, mais aussi un peu de ceux d’Abel Ferrara, qui nous fait l’excellente surprise de jouer ici un rôle plus que savoureux. Si vous êtes allergique au ping-pong (car tel est en effet le sujet du film, enfin, façon de parler), c’est pas grave, « Marty Supreme » nous parle en fait de tout autre chose, comme nous le verrons (et notamment des profondes mutations de la société américaine dans l’immédiat après-guerre). Et que c’est drôle !!!

Pour la littérature : on revient avec plaisir (d’autant plus que c’était une sacrée surprise en ce qui me concerne) sur la Saga du Rempart Sud de Jeff Vandermeer, qui vient de s’enrichir d’une quatrième entrée, à la fois préquelle (beaucoup) et suite (un peu) des trois premières entrées de la trilogie devenue tétralogie. En bon apôtre de la weird fiction qu’il est, Vandermeer revient opacifier encore sa pourtant très absconse mythologie : si l’on en croit ce quatrième volet, « Absolution », avant l’édification de la mystérieuse Zone X, il y avait déjà une Zone X ?? Oui, c’est un peu ça mais rassurez-vous, ce sera plus clair à la lecture. Prévoir quand même une petite révision des trois premiers volumes pour bien s’y retrouver, car les clins d’oeil sont tout de même nombreux… Vandermeer est toujours aussi fort pour entretenir une humeur très singulière faite de mystère et d’effroi (les images horrifiques fortes pullulent ici), sur la base d’une écriture sacrément plus subtile qu’il n’y paraît au premier abord.

Pour la BD : on se penche pour la première fois sur le travail du très doué Norm Konyu, auteur canadien exilé en Angleterre, issu du monde de l’animation et devenu sur le tard bédéaste. Et quel bédéaste, comme en atteste « The Junction », qui nous intéresse ce soir. Lucas est un jeune pré-ado de 11 ans qui disparaît corps et biens en 1984, pour réapparaître sur le palier de la porte de sa famille en 1996… mais sans paraître avoir vieilli d’un seul jour. Etrange ? Oui, et ça ne fait que commencer. Alors, certes, pour goûter aux joies de ce travail de Konyu, il va falloir passer par-dessus « l’obstacle » de son dessin si singulier… mais par ailleurs, quel incroyable sens du story-telling !!! Sans compter la profondeur thématique du tout, que nous évoquerons aussi. Pas spécialement conseillé si vous êtes sous Prozac, pour être franc, mais voilà une petite splendeur, comme « Downlands », autre titre de Konyu paru chez Glénat que nous évoquerons bientôt.

Le tout est mis en musique qui groove et qui swingue : les hardcoreux métalliques de Converge sont de retour avec « Love Is Not Enough », leur dernier album, dont est issu l’excellent « We Were Never The Same » ; The Hope Blister, l’autre projet d’Ivo Watts-Russel (après This Mortal Coil) reprend le « Let The Happiness In » de David Sylvian sur son premier album « …Smile’s OK » (1998) ; on célèbre les trente ans de l’album de Coil « A Thousand Lights In A Darkened Room », paru sous le nom de Black Light District, et dont est issu le glaçant « Cold Dream Of An Earth Star » ; enfin, les petits prodiges du thrash/death technique anglais de Cryptic Shift sortent incessamment sous peu un deuxième album, l’occasion d’écouter l’énorme pépite issue de leur premier album « Visitations From Enceladus », l’impressionnant « Moonbelt Immolator »…!!

“Echoes of a fleeting past

Flicker in distortional images

But the cosmic dreams disperse

Into unknown apprehension”

EPISODE 17 !!!

2 « J'aime »

Cool!
J’ai vu « Marty Supreme » hier soir.
Ça va être intéressant de t’écouter avec le film tout frais en tête.
Et sinon, j’étais totalement passé à côté de la publication d’ « Absolution »… :scream:
Honte à moi et merci à toi! :face_with_peeking_eye:

1 « J'aime »

Ne panique pas ! Respire à fond profondément, tout va bien ! :zany_face::wink: il en reste encore des exemplaires :winking_face_with_tongue:

1 « J'aime »

Et ce qui est drôle, c’est que sans Tumatxa, j’aurais quand même eu l’information hier soir. :grin:
J’étais en train de lire « Génération Body Horror » de Fleur Hopkins-Loféron et Morgane Caussarieu et il y a une page entière où elles parlent de la tétralogie du Rempart Sud de Vandermeer.
J’aurais vérifié directement puisque hier encore je pensais que c’était une trilogie :thinking:

1 « J'aime »

2026.02.25 - (3:52) Converge, (29:38) Josh Safdie, « Marty Supreme », (1:19:53) The Hope Blister, (1:32:10) Jeff Vandermeer, « Saga du Rempart Sud: Absolution », (2:24:33) Coil, (2:39:35) Norm Konyu, « The Junction », (3:06:12) Cryptic Shift

1 « J'aime »

C’est marrant. Même dans la reprise, on reconnait sans difficulté le style de chant assez particulier de David Sylvian. Et oui, ça serait intéressant d’évoquer sa carrière dans l’émission (et Japan aussi au passage). C’est certainement une figure intéressante.

C’est un artiste que j’ai découvert via le fameux blog Opium Hum (le tenancier du blog en est fou d Sylvian), et quand j’ai vu après que Sylvian avait entre autres collaboré avec Robert Fripp… Une voix très singulière, oui, dans tous les sens du terme (sa façon de composer aussi, j’entends).

Moi aussi !! Je l’ai vu directement en rayon dans une librairie… ^^

On va a certainement en reparler de cet ouvrage. :wink:

EPISODE 18 : La défection noire d’Abel Ferrara

On poursuit tranquillement cette saison de « Tumatxa! » avec une nouvelle livraison : c’est le rayon de soleil consolateur de votre semaine, et le mien, aussi. On déroge un peu à la formule classique cette semaine, mais si peu. Beau programme, quand même, si vous m’autorisez cette soudaine poussée d’auto-satisfaction.

Littérature (mais axée cinéma), BD (autopsie d’un des chefs-d’oeuvre du medium, jamais évoqué par nos soins), série télévisée (en l’occurrence d’animation), le tout en musique : tel est le sidérant menu de la semaine.

Pour la littérature, on s’intéresse à de la VO cette semaine (en espérant que les lecteurs non-anglophones auront à terme une VF à se mettre sous la dent), avec « Scene - A memoir », l’autobiographie du grand Abel Ferrara. A travers ce livre en apparence foutraque (à l’image de son auteur) mais en réalité diablement bien structuré, on se replonge avec délectation dans la filmo et la bio de celui qui fut l’un des cinéastes les plus excitants des années 80 et 90 (la filmo de Ferrara à l’époque n’a que peu d’équivalents en termes qualitatifs). L’avantage de ce bouquin, c’est qu’on est certain que c’est bien Ferrara et pas une vulgaire IA générative qui a pondu le texte ; on a presque l’impression d’entendre sa voix tant cette prose lui ressemble. D’une franchise désarçonnante (Ferrara ne masque rien de ses errements et défaillances) et d’une liberté de ton presque comique (Ferrara nous livre la recette du crack, avant de nous conseiller d’éviter d’en consommer hein), le livre fourmille de plus de détails qui raviront les amateurs de sa filmo, et « réhabilite » même intelligemment certains films considérés comme mineurs (Ferrara explique ce qu’il a voulu faire avec l’incompris « New Rose Hotel », et c’est brillant). Indispensable pour les amateurs du plus voyou des cinéastes américains, aujourd’hui apaisé, sobre et illuminé des enseignements du Bouddha.

Pour la BD, on s’attaque à un gros morceau, mystérieusement escamoté depuis trop d’années du sommaire de cette émission, à savoir le troublant « Black Hole » de Charles Burns. Pourquoi maintenant ? Car un très excitant projet d’adaptation de la chose en série télé a été annonce, et que c’est la prometteuse Jane Schoenbrun qui s’y colle ; on y reviendra en temps utile. En attendant quel plaisir que de replonger dans les splendides planches de Burns, qui consacra 10 ans (de 1995 à 2005) à ce pur chef-d’oeuvre, allégorie multi-facettes des tourments de l’adolescence. On y suit les pérégrinations d’une bande d’ados typiques de leur temps (les années 70, soit la période où Burns lui-même était un adolescent, fort malheureux de son propre aveu), entre fiesta à base de joints et de bière bon marché, de relations sexuelles hasardeuses, et d’une bonne dose massive de spleen adolescent, alors que rôde une mystérieuse MST, la Crève, qui accable nos héros de mutations plus étranges et dégueulasses les uns que les autres. Pas forcément riche en rebondissements dramatiques trépidants, « Black Hole » est surtout une oeuvre qui capte une humeur et forge une atmosphère uniques en leur genre, doublée d’une splendeur graphique.

Pour les séries télé, après des perles comme « Scavengers Reign » ou « Common Side Effects », évoquons une autre pépite de l’animation « pour adultes » avec le très étonnant « Undone », le travail conjoint de Raphaël Bob-Waksberg (le maître d’oeuvre de « Bojack Horseman ») et Kate Purdy. Doté d’un casting haut de gamme (la fabuleuse Rosa Salazar et Bod Odenkirk en tête), la série fait preuve d’une originalité et d’une virtuosité assez folle sur le plan narratif et graphique. Sur ce dernier plan, « Undone » est peut-être l’oeuvre la plus aboutie que la technique si singulière de la rotoscopie aura pu engendrer. Quant à l’écriture, entre la finesse de la caractérisation et les considérations philosophico-SF que le pitch (une jeune femme découvre qu’elle peut s’affranchir de règles de l’espace-temps et qu’elle peut sauver son père décédé 20 ans auparavant) autorise, elle est proprement stratosphérique. Seul bémol : le méchant decrescendo qualitatif entre la première et la seconde saison. Série imparfaite donc, mais passionnante, ne serait-ce que pour cette incroyable première saison…!!

Le temps est comme à l’accoutumée soigneusement mis en musique de bon aloi : les métalleux américains de Nevermore seront bientôt de retour avec un impressionnant nouveau vocaliste, l’occasion pour nous d’écouter « Sentient 6 », de l’album « This Godless Endeavor » ; « Bloodflowers » est un album plutôt mal-aimé de The Cure, et pourtant il regorge de pépites comme l’épique « Watching Me Fall » ; Hey Colossus vient de pondre « Heaven Was Wild », excellent album dont est issu « People You Long To Forget » ; enfin, on termine avec un monument du dark ambient avec « Dead People’s Things », issu de « Morals And Dogma », le chef-d’oeuvre de Helge Sten alias Deathprod…!!!

“Trained I see imperfection in your race
Lying in wait, blind I suffer knowing I’ll never reach your heaven
It’s unattainable, please teach me how to dream
I long to be more than a machine”

EPISODE 18 !!!

1 « J'aime »