ULYSSE (Mario Camerini)

REALISATEUR

Mario Camerini

SCENARISTES

Franco Brusati, Mario Camerini, Ennio de Concini, Ben Hecht, Ivo Perilli, Irwin Shaw et Hugh Gray, d’après L’Odyssée d’Homère

DISTRIBUTION

Kirk Douglas, Silvana Mangano, Anthony Quinn, Rossana Podesta, Jacques Dumesnil…

INFOS

Long métrage italien/américain/français
Genre : aventures/fantastique
Titre original : Ulisse
Année de production : 1954

Le début des années 50 marqua la renaissance du péplum, un genre qui avait connu une première période faste durant les années 20, dont le point culminant fut la vague du “péplum musculeux” qui balaya tout le cinéma d’exploitation italien entre 1958 et 1964 (plus de 130 films produits à la suite du succès des Travaux d’Hercule avec Steve Reeves en 1958).
Mais avant la mode des Hercule, Maciste et Cie, c’est le Quo Vadis ? de Mervyn Le Roy, superproduction américaine tournée en Italie, qui fut le point de départ d’une collaboration fructueuse entre les studios américains et romains. Une grande partie des longs métrages de cette époque font partie du sous-genre dit du “péplum biblique” (comme les célèbres Ben-Hur et Les 10 Commandements). Le film dont il est question ici est un “péplum fantastique”.

Libre adaptation (ou adaptation simplifiée selon certains…je laisse le bénéfice du doute car je ne connais cette oeuvre que par ses déclinaisons à l’écran) de L’Odyssée, épopée composée par le poète Homère contant le mouvementé retour à la maison d’Ulysse après la Guerre de Troie, Ulysse est une co-production entre l’Amérique, la France et l’Italie. Du côté italien, on retrouve au générique les fameux producteurs Dino De Laurentiis (Danger : Diabolik !, Dune, Conan le Barbare…) et Carlo Ponti (Le Docteur Jivago, La Strada, Blow-Up…). Et ce ne sont que quelques titres tirés de carrières impressionnantes…

La production de Ulysse ne fut pas un long fleuve tranquille. 7 scénaristes se sont ainsi succédé à la rédaction du script, dont les prolifiques Ben Hecht (le Scarface de Howard Hawks, Les Enchaînés d’Alfred Hitchcock…) et Ennio De Concini (Guerre et Paix, Les Titans, Le Colosse de Rhodes…). L’histoire se concentre sur les étapes les plus connues du voyage d’Ulysse (le cyclope, les sirènes, Circé…) qui sont révélés par flashbacks. Il faut une vingtaine de minutes d’exposition un peu lentes (avec un montage parfois un peu laborieux) avant que le film trouve véritablement sa vitesse de croisière. Dès que le fier Ulysse, amnésique après ce qui semble être un naufrage, commence à se remémorer les événements qui l’ont conduit entre les bras de la princesse Nausicaa, l’action, l’exotisme, les rebondissements teintés de surnaturels s’enchaînent jusqu’à un final violent et ébouriffant lors du retour tant attendu à Ithaque.

Le réalisateur de Ulysse devait être à l’origine l’allemand Georg Whilhem Pabst (Loulou, L’Atlantide…) qui claqua la porte à la dernière minute après un gros travail de pré-production. Il fut alors remplacé par l’un des co-scénaristes, Mario Camerini. Egalement réalisateur, Mario Camerini avait déjà une longue carrière derrière lui (remontant aux années 20) mais habitué des drames et des comédies romantiques, le bonhomme n’avait pas une grande expérience des impératifs de ce genre de production, comme les effets spéciaux…qui sont ici de très bonne qualité. Pour ne prendre qu’un seul exemple, le passage de Polyphème, qui mêle perspective forcée et construction d’un cyclope de presque 10 mètres de haut, est savoureux et visuellement impeccable.

Mario Camerini reçut donc l’aide précieuse de son chef opérateur, qui fut co-réalisateur sans être crédité au générique…un certain Mario Bava ! Difficile dans ce cas de savoir précisément qui a fait quoi, mais les scènes avec la sorcière Circé (entre autres) portent indéniablement la marque du futur auteur du Masque du Démon et de Hercule contre les vampires.

Le Roi d’Ithaque est campé avec flamboyance par le charismatique Kirk Douglas, qui excelle dans l’interprétation d’un guerrier partagé entre son envie de retourner chez lui et sa soif d’aventures, qui confine le plus souvent à l’inconscience. 1954 fut une grande année pour l’une des dernières légendes d’Hollywood (qui a fêté aujourd’hui ses 100 ans !) puisqu’il tourna également 20.000 lieues sous les mers pour Disney sous la direction de Richard Fleisher.

À ses côtés, la belle Silvana Mangano (Riz Amer) prête ses traits à la douce, compatissante et (très) patiente Pénélope et à la sorcière Circé. Anthony Quinn, qui jouera de nouveau face à Kirk Douglas dans La vie passionnée de Vincent Van Gogh en 1956 et dans l’excellent western Le Dernier Train de Gun Hill de John Sturges en 1959, a hérité quant à lui du rôle un peu ingrat de Antinoos, l’un des nombreux prétendants de Pénélope.