WHITE ZOMBIE / LES MORTS-VIVANTS (Victor Halperin)

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REALISATEUR

Victor Halperin

SCENARISTE

Garnett Weston, d’après le roman de William Seabrook

DISTRIBUTION

Bela Lugosi, Madge Bellamy, Joseph Cawthorn, Robert Frazer…

INFOS

Long métrage américain
Genre : horreur
Année de production : 1932

Figure emblématique du cinéma horrifique, le zombie est apparu pour la première fois sur grand écran dans White Zombie (connu également en France sous le titre Les Morts-Vivants), une modeste production de Edward Halperin, responsable d’une petite structure indépendante qui n’a pas tenu très longtemps face à la puissance des gros studios puisqu’on ne lui connait qu’une poignée de films dans les années 30.

À l’époque, le zombie n’était pas le mort-vivant anthropophage tel qu’il est régulièrement représenté depuis l’électro-choc de La Nuit des Morts-Vivants en 1968. Les auteurs puisaient plus régulièrement dans les racines haïtiennes de la créature : l’utilisation de sortilèges vaudou qui ramènent les morts à la vie ou qui détruisent la conscience d’un individu pour pouvoir le controler à volonté. Dans le vaudou haïtien, le sorcier plonge sa victime dans un état catatonique par l’intermédiaire d’une puissante drogue qui la fait passer pour morte. Au bout de plusieurs heures dans un cercueil, il la réveille et la réduit alors en esclavage. Ces croyances sont au centre de White Zombie, dans lequel le fameux prêtre vaudou est incarné par Dracula lui-même, Bela Lugosi.

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Alors qu’elle s’apprête à épouser son fiancé Neil, Madeleine fait la connaissance de Beaumont, un propriétaire de plantations qui s’éprend d’elle. Fidèle à son amoureux, elle refuse sa proposition en mariage, mais accepte, à sa demande (et un peu bêtement), que ses noces avec Neil aient lieu à la propriété du planteur. Prêt à tout pour conquérir la jeune femme, Beaumont prend alors contact avec Legendre, un sorcier blanc maîtrisant les secrets de la magie noire pour que celui-ci l’aide à faire de Madeleine une zombie soumise à sa volonté.

Lugosi excelle dans le rôle de ce “sorcier blanc”, devenu le maître de son petit royaume après avoir zombifié le prêtre qui lui a transmis tous ses secrets. Délicieusement pervers, son personnage régale par ses gestes calculés, sa diction aussi parfaite que menaçante et la jubilation sadique qu’il éprouve face aux tourments sans fin de ses esclaves zombies. La scène du moulin provoque d’ailleurs encore un certain malaise : les morts-vivants aux regards éteints travaillent sans relâche pour Legendre, au rythme incessant d’une broyeuse de cane à sucre qui réduit en miettes les infortunés esclaves qui y tombent régulièrement, incapables qu’ils sont de contrôler leurs gestes.
Ces scènes sont parmi les plus belles et les plus évocatrices du film. L’atmosphère macabre, le travail sur le son (les tambours lointains, les cris de vautour…), les tristes silhouettes des malheureux zombies, la demeure gothique de Legendre…ce ne sont que quelques uns des éléments qui participent à la puissance horrifique de White Zombie.

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Le film est aussi un mélodrame et ce n’est hélas pas la partie la plus convaincante du métrage, ce qui est principalement la faute à un trio d’acteurs au jeu outré. Les scènes d’exposition centrée sur le triangle amoureux se révèlent assez plates. Parmi les personnages secondaires se distingue tout de même un docteur chargé d’alléger un peu l’ambiance par son ton jovial et surtout de révéler les secrets les plus inavouables d’Haïti et notamment un article véridique du code pénal : “Est aussi qualifié attentat à la vie d’une personne, par empoisonnement, l’emploi qui sera fait contre elle de substances qui sans donner la mort, auront produit un état léthargique plus ou moins prolongé, de quelque manière que ces substances aient été employées et quelles qu’en aient été les suites. Si, par suite de cet état léthargique, la personne a été inhumée, l’attentat sera qualifié assassinat.”

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Malgré une copie usée par les ans et ses quelques défauts, White Zombie est une oeuvre qui ne manque pas de force et qui pose de façon très intéressante les bases de la représentation du zombie à l’écran (Wes Craven s’en est certainement souvenu pour son Emprise des Ténèbres). Et Bela Lugosi y est nettement plus à son aise que dans la défroque d’un Fu Manchu de pacotille.

Pour la petite histoire, c’est ce film qui a inspiré à Rob Zombie, grand fan du genre, le nom de son premier groupe dans les années 80…