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Peut-être bien, mais je n’ai pas franchi le pas.

Jim

J’ai longtemps pensé que Steve Englehart avait entamé son parcours sur le titre Justice League of America dans le numéro 140, avec le diptyque consacré aux Manhunters. Mais en fait, ce n’est pas tout à fait vrai.
Car en fait, il signe une première aventure en deuxième partie de sommaire dans l’épisode 139. Ce dernier s’ouvre sur une histoire dans laquelle Cary Bates et Dick Dillin racontent comment les Justiciers, un temps prisonniers de la technologie Zeta permettant à Adam Strange de se téléporter sur Rann, s’allient à ce dernier afin de repousser les assauts de Kanjar Ro. Il s’agit en l’occurrence de la conclusion d’une histoire débutée dans l’épisode précédent (deux numéros arborant des épatantes couvertures de Neal Adams).

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Et donc, Englehart signe un premier récit de son cru en seconde partie de sommaire, le fameux « The Ice Age Cometh! », auquel il est fait référence plusieurs fois dans ses épisodes suivants. Je pensais qu’il s’appuyait sur la continuité et les aventures écrites par ses confrères, mais en fait non : il s’appuie sur ses propres apports !

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Profitons donc de ce détour dans la relecture des épisodes d’Englehart pour savourer l’original de la planche d’ouverture, signée Dick Dillin et Frank McLaughlin.

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Comme le dit le texte d’ouverture, pendant onze mille ans, l’homme a connu des températures clémentes, mais c’est sur le point de changer. C’est du moins ce que les membres de la Ligue découvrent en arrivant à Quito, en Équateur, un pays qui, visiblement, connaît un nouvel âge de glace.

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Ils rencontrent Esteban Corazon, président du pays, dont les propos constituent une sorte de déclaration, voire de note d’intention du scénariste : à l’image de l’homme politique, les lecteurs sont-ils donc promis à une rencontre avec des « super-héros réels », qui ne soient ni burlesques ni inaccessibles ?

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En tout cas, ils ont des réactions bien humaines. Et tout commence quand ils décident d’organiser les secours. Green Arrow (qu’on a connu plus subtil) propose que Wonder Woman et Black Canary s’occupent des blessés, ce qui n’est pas du goût des deux héroïnes féministes.

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Bien vite, l’équipe découvre la vérité derrière l’âge de glace qui se profile sur l’Équateur. Il s’agit d’une intervention de Captain Cold, Icicle et Minister Blizzard. Englehart a bien choisi ses vilains : le premier est une valeur sûre de l’univers de Flash, le second, venu de Terre-2, permet de mettre en valeur Black Canary (cette version de l’héroïne vient aussi de ce monde parallèle), quant au Minister Blizzard, il s’agit d’un vieil ennemi de Wonder Woman, que cette dernière a affronté… en 1966 ! On reconnaît le fan archiviste dans ce choix, qui lui permet aussi de donner une logique à un groupe d’adversaires.

Le Minister Blizzard, on en a parlé récemment :

On notera que Steve Englehart traite ses criminels comme il traite ses héros : l’alliance entre les trois glaciaux bandits est aussi fragile et tendue que l’union des Justiciers. En gros, dans cet épisode, qui tranche avec la bonne ambiance des récits de Cary Bates, la mésentente règne.

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Quand les héros repoussent les bandits, qui fomentent un braquage spectaculaire, le scénariste s’arrange pour mettre en valeur Black Canary et Wonder Woman. Les deux femmes font, en gros, tout le boulot, tandis que Green Arrow et Flash, fidèles à la tradition de la cavalerie, arrivent quand tout est fini.

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Ces tensions ne manquent pas de se faire sentir chez tous les membres. Ce n’est qu’au moment de la confrontation finale, quand Hawkman découvre que les trois glaçons se sont alliés au Shadow Thief, que les choses se calment. Une case en particulier montre une certaine complicité entre Wonder Woman et Atom, deux héros qui se sentent un peu mal à l’aise dans le groupe, et qui seront, chacun à sa manière, la clé d’entrée du scénariste dans la série.

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Les préoccupations féministes du scénariste, discrètes mais présentes, trouvent un écho étonnant dans le courrier des lecteurs, où il est vivement suggéré, dessin à l’appui, de recruter des héroïnes plus nombreuses.

Ce petit récit, qui m’avait échappé jusque-là, pose les bases de la prestation d’Englehart. Il s’agit également d’un récit très dense qui propose beaucoup d’action, et quelques séquences bien bavardes et presque étouffantes. Le fait d’avoir plus de place lui permettra d’établir des récits plus amples, mais également plus fluides.

Jim

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C’est bien dans ce run-là qu’il y a les débuts des martiens blancs (repris/popularisés par Morrison) ?

C’est wokes comme concept ça.

En fait, je crois que ça remonte à Denny O’Neil. À qui l’on doit aussi, si je ne me trompe pas, la trahison de Snapper Carr.
Je continue à lire les épisodes d’Englehart et si je croise les Martiens Blancs, j’en parle.

Jim

Reprenons le cours chronologique de la lecture de Justice League of America d’Englehart, avec l’épisode 143, qui a plusieurs particularités.

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La première consiste à disposer d’une couverture frappante, au sens propre comme au sens figuré, puisqu’on y voit Wonder Woman foutre un ramponneau carabiné à Superman sous les yeux de leurs équipiers. L’illustration répond à une double logique : d’abord avoir une image accrocheuse et intriguante (reprise peu ou prou en première page) sur laquelle se tricote un récit, selon la méthode de Julius Schwartz, puis porter les dissensions au sein du groupe, qui bouillaient discrètement dans les épisodes précédents, à leur culmination. Ainsi, on sent que le scénariste arrive avec, dans ses bagages, une méthode plus marvélienne, consistant à montrer des héros tourmentés qui expriment leurs désaccords. Une autre particularité réside dans le fait que l’aventure qu’il présente marque un aboutissement, au moins partiel, à ses intrigues en cours.

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Tout commence alors que Superman, profitant d’un inattendu moment de calme, s’adresse à Wonder Woman afin d’avoir le fin mot sur ce qui la tracasse. Englehart n’y va pas par quatre chemins. L’héroïne réitère ses explications (déjà donnée à Flash dans l’épisode 141), précisant qu’elle estime avoir fait ses preuves lors de la saga des « Douze travaux », et qu’il est temps que les équipiers cessent de s’inquiéter pour elle.

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Le scénariste s’arrange cependant pour que le ton monte rapidement, au point que Wonder Woman décide de quitter l’équipe. Les autres héros en font immédiatement le reproche à Superman, et chacun déballe son sac. En quelques courtes planches, Green Arrow quitte également la formation, suivi par Black Canary, et d’autres héros leur emboîtent le pas, laissant seuls Superman et Batman. Et même ce tandem pourtant uni parvient à s’engueuler.

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Téléportée sur Terre, Wonder Woman croise le chemin de Scarecrow et Poison Ivy, deux ennemis de Batman. Elle se lance dans l’action et tombe sur un troisième personnage, qu’elle prend pour un complice. Il s’agit d’un nouveau justicier surnommé le Privateer, mais qui utilise un bâton à rayon provenant de l’arsenal des Manhunters : elle reconnaît donc son adversaire du moment, Mark Shaw, le Manhunter renégat qui a décidé d’utiliser ses talents au service de la justice. À son insu, Wonder Woman vient par inadvertance de ruiner sa première affaire, puisque les deux super-vilains sont parvenus à s’enfuir avec leur butin.

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À ce moment du récit, Englehart consacre une planche au tandem de criminels, qui ont l’idée de se réfugier sur le satellite de l’Injustice Gang fondé par Libra. Les personnages semblent d’abord en proie au doute, puis saisi d’une conviction d’airain, comme s’ils étaient possédés. Dick Dillin dessine même un gros plan sur le visage de Poison Ivy, dont les yeux sont représentés sous la forme d’une pupille dilatée entourée de rayons, comme un soleil brûlant. Un petit indice sur les développements à venir.

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Le scénariste utilise ici un stratagème rusé qui permet de faire venir progressivement une révélation. En effet, revenant à Wonder Woman, il met en scène un échange houleux avec le Privateer, laissant l’Amazone en proie à des sentiments partagés et à une vive incertitude quant à la marche à suivre. Et alors qu’elle a du mal à comprendre ses propres réactions, Dillin consacre une nouvelle vignette à un gros plan de l’héroïne, dont les yeux affichent les mêmes étranges pupilles que celles de Poison Ivy.

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Aussitôt, le scénariste nous décrit une Diana possédée, qui se rend à la même cachette secrète que nous avons découverte en suivant les deux vilains. Bientôt téléportée dans le satellite de l’Injustice Gang, Wonder Woman, sous le joug mental d’un maître encore non identifié, rejoint les deux méchants. C’est là qu’apparaît celui qui les contrôle.

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Il s’agit d’une nouvelle itération du Construct. Dès la première planche, il explique qu’il s’est reformé au milieu des ondes électroniques, premier esprit électronique immortel. Devenu Construct II, il entretient une haine farouche à l’égard de la Ligue, et projette d’assembler tous les membres de l’Injustice Gang afin de frapper un grand coup, en profitant des connaissances de Wonder Woman.

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Le Construct, personnage qui est apparu par la suite à plusieurs reprises (j’ai un vague souvenir de son apparition dans les JLA de Busiek et Garney, pour ma part), me semble un personnage d’une grande modernité pour l’époque. Certes, les comic books de super-héros ont déjà proposé des êtres robotiques (Red Tornado, Vision…) et des intelligences artificielles (Ultron, Quasimodo…), familiarisant les lecteurs à cette idée. Mais ici, on a une intelligence artificielle désincarnée, sans corps ni contenant, projetant une image de son visage à ses interlocuteurs, et utilisant le mot « matrix » (ici dans le sens quasi biologique du terme, certes). Il me semble que, dans les limites du domaine des justiciers costumés, c’est un peu une nouveauté. Cette approche sera popularisée dans le genre littéraire cyberpunk, dont l’une des premières traces est Fragment de rose en hologramme, nouvelle de William Gibson qui paraît en… 1977, justement. Mais du coup, le Construct d’Englehart me semble assez novateur, chez les super-héros, mais aussi dans l’absolu.

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Bref.
Donc voilà notre ennemi artificiel de retour après sa défaite dans l’épisode précédent. La suite de l’épisode se déroule de manière classique : les ennemis des différents héros répondent à l’appel du Construct, ce qui occasionne quelques bastons, tandis que Wonder Woman quitte le satellite du Gang et se téléporte sur celui de la Ligue, où elle rencontre Superman pour la fameuse empoignade promise par la couverture.

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À l’issue du combat, Wonder Woman parvient à capturer son adversaire qui convoque le reste de l’équipe. Mais un indice dans le message met la puce à l’oreille des Justiciers, qui se précipitent vers le satellite du Gang.

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Privé de support lui permettant d’agir sur le monde réel (d’interface, dirions-nous aujourd’hui), le Construct perd le contrôle mental qu’il exerce sur ses proies. Les membres du Gang semblent sortir de leur torpeur et, interrogé par le Justiciers, sont incapables de dire quel était ce « maître ». Quant à Wonder Woman, elle se serre contre Superman, et l’équipe semble avoir retrouvé son unité.

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À côté de la dernière case, un petit texte annonce le sujet de l’épisode suivant, qui semble se pencher sur les origines du groupe. Quel secret de la continuité Steve Englehart va-t-il nous révéler ?

Jim

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Après avoir fait converger ses intrigues (Wonder Woman, Mark Shaw, le Construct) dans Justice League of America #143, Steve Englehart marque une pause dans l’épisode suivant, à l’occasion duquel il revient sur le passé du groupe.

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Tout commence alors que Green Arrow, pour passer le temps, lit les archives de la Ligue. Et tombe sur une information qui le met hors de lui.

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En effet, il s’aperçoit que les dates ne concordent pas et considère cela comme un mensonge. Au passage, on remarquera que la série se déroule dans une forme de « real time », puisque les dates présentes dans les archives correspondent à celle qui figurent sur les couvertures des comic books concernés. Une petite note de bas de case, par une pirouette, précise que les héros de papier ne vieillissent pas comme nous.

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Green Arrow, qui ne fait pas partie des héros ayant participé à la fondation de la Ligue, vit très mal cette découverte. Superman et Green Lantern, qui s’attendaient à ce qu’un jour quelqu’un découvre le pot aux roses, lui font regarder une vidéo enregistrée par le Martian Manhunter (le premier membre à quitter l’équipe officiellement), dans laquelle ce dernier donne toutes les explications.

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On revient donc sur les origines de J’Onn J’onnzz, son arrivée sur Terre à cause du professeur Erdel, l’adoption de l’identité de John Jones, sa carrière de policier, ses espoirs longtemps nourris de retourner sur Mars… Remarquons que Dick Dillin, dont le style compétent est souvent exempt de surprises, parvient à imiter l’ambiance graphique des comic books de 1955 dans son évocation du passé de J’Onn.

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Englehart profite de l’occasion pour rappeler ce qu’étaient les années 1950 dans la société américaine : un monde de paranoïa. Si l’intrigue convoque allègrement l’anti-communisme maccarthyste et la phobie des soucoupes volantes (bref, la peur des méchants espions rouges et des petits hommes verts), le scénariste glisse une case amusante mais grinçante renvoyant directement à la crise que connaissent les bandes dessinées durant cette décennie difficile.

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Années difficiles pour J’onn, qui tente toujours de reprogrammer la machine du professeur Erdel, depuis le décès de ce dernier, afin de repartir chez lui. Mais le voilà soudain confronté à une vision à laquelle il ne s’attendait pas : Blanx, le seigneur de la guerre qui avait mis Mars sous coupe réglée. Détail qui n’échappe pas à Green Arrow, face à l’enregistrement de J’onn : il se rappelle que la Ligue avait fait semblant de ne pas connaître le personnage, lors de la rencontre avec les Martiens Blancs, dans Justice League of America #71 (par Denny O’Neil et Dick Dillin).

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L’enregistrement continue, et J’onn explique de quelle manière il a tenté de se débarrasser de ses ennemis. Mais les Martiens Blancs disposent aussi de pouvoirs, peuvent se rendre invisibles et changer de forme, si bien que la traque dure longtemps. Et finit par attirer l’attention d’autres héros, dont Flash, puis Superman, Batman et Robin. Devant les explications du Limier Martien, les héros décident d’organiser la traque à l’envahisseur, avant que l’affaire ne suscite la panique. Ils appellent donc des renforts.

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C’est à ce moment que l’épisode prend toute sa dimension. Pour l’heure, ce n’est jamais qu’un vaste flash-back promettant de dévoiler un secret enfoui du passé. Rien de bien novateur, et le principe narratif (trois héros devant un enregistrement vidéo) n’est pas des plus bondissants. Mais avec l’arrivée des renforts, Englehart brosse un portrait de l’univers DC des années 1950, assurément moins peuplé que celui des années 1970, mais bien plus bigarré, d’une certaine manière.

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Et la traque réserve de nombreuses surprises. En effet, les héros utilisent des moyens scientifiques ou recourent à des témoignages afin de dénicher les envahisseurs, mais en réalité, ils croisent à chaque fois d’autres protagonistes de l’univers DC. Par exemple, les Blackhawks repèrent une trace d’énergie énorme, mais en réalité, ils ont seulement débusqué la cachette de Rip Hunter, le voyage du temps.

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Plus loin, Congorilla croit avoir capturé l’un des Martiens Blancs, mais en réalité sa proie se dérobe grâce à la téléportation… qui le conduit sur Rann : il s’agissait en fait d’Adam Strange. Par la suite, c’est l’aviation qui contacte les héros, ces derniers se retrouvant à parler à un pilote d’essai du nom de Hal Jordan : l’histoire se déroule avant sa découverte de l’anneau de Green Lantern.

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Sur les conseils de Jordan, les héros se rendent sur un pas de tir de fusée, où ils retrouvent les Martiens Blancs. Ayant appris à travailler en équipe, les héros parviennent à vaincre les envahisseurs et à libérer J’onn J’onzz. Mais tous conviennent que la tension sociale du moment est telle qu’il vaut mieux garder tout cela secret. Même Lois Lane ou Roy Raymond préfèrent se taire.

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C’est ainsi que Justice League of America #144 dévoile une sorte de chapitre zéro, ou « moins un », comme le précise le titre, une première aventure avant la première aventure, avant la fondation officielle du groupe. Rebondissant sur une idée de Denny O’Neil, Steve Englehart livre ici un épisode qui joue à fond sur la continuité (comme il a su déjà le faire dans Captain America ou Avengers, entre autres) et pose les bases d’un exercice de style qui est, depuis lors, devenu une sorte de genre en soi : le chapitre secret, le récit caché, les origines masquées. Certes, DC vivait sur les « untold tales », ces épisodes vécus mais jamais racontés qui permettaient de décliner des personnages sans en user le potentiel (Umberto Eco explique cela mieux que moi). Mais l’application du principe aux équipes de super-héros et à la continuité, voilà quelque chose d’encore assez neuf en 1977. C’est d’autant plus frappant qu’Englehart montre un univers DC des années 1950 fonctionnant en univers partagé, alors qu’à l’époque, de tels croisements étaient inenvisageables.

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Cet épisode remet au goût du jour les Martiens Blancs et suggèrent ainsi quelques idées dont des continuateurs se souviendront. Bien sûr, les Martiens Blancs reviendront dans la série JLA. Et bien sûr aussi Grant Morrison fera de la Ligue la force fédératrice de nombreux groupes héroïques face à des menaces communes. Mais on peut voir dans Justice League of America #144 une sorte de prototype de la mini-série JLA Year One, par Mark Waid, Brian Augustyn et Barry Kitson, qui offre un festival de costumes et d’alliance reposant sur la même logique. Autant dire que cet épisode, qui ne propose rien de nouveau et peut se lire comme un simple numéro d’acrobatie au-dessus de la continuité, aura laissé beaucoup de traces.

Jim

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Après un épisode très sympathique pour tous les amateurs de continuité, mais qui constitue une pause dans l’exploration de la Ligue, Steve Englehart reprend le fil des aventures avec un épisode rapide, qui semble lancer Justice League of America dans une nouvelle direction.

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Justice League of America #145 s’ouvre sur une scène intrigante : un sorcier, le Count Crystal, invoque un démon à qui il promet l’âme des membres de la Ligue. Devant lui, dans l’herbe, des effigies en cire des différents héros commencent à fondre sous l’effet de la chaleur dégagée par le démon Azgore, un vieil ennemi de Captain Marvel, si je ne me trompe pas.

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Nanti du pouvoir d’Azgore, le Count Crystal se matérialise dans le satellite de la Ligue et s’en prend à Superman. Ce dernier, sensible au pouvoir magique… succombe à l’attaque.

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Bien vite, les autres membres de l’équipe sont appelés à la rescousse par un signal automatique, tentent de contacter Superman, et s’inquiètent quand il ne répond pas. Englehart prend néanmoins le temps de faire parler ses personnages, et l’échange entre Black Canary et Hawkgirl sert aussi à critiquer les règles implicites de la Ligue, et donc, par extension, les pratiques éditoriales. Il milite pour une plus grande présence des héroïnes et glisse ainsi une pierre dans le jardin de DC.

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Alors que les héros découvrent le cadavre de leur équipier, le Phantom Stranger surgit. Remarquant qu’il y a autant de femmes que d’hommes, il se joint au groupe afin de contacter l’esprit du défunt.

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Ce qui ne manque pas de valoir aux lecteurs une case spectaculaire.

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Pendant ce temps, le fantôme de Superman se retrouve coincé entre plusieurs dimensions, dans l’attente de connaître son destin.

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Bien décidé à ramener Superman, le Phantom Stranger entraîne les Justiciers à Rutland, dans le Vermont, lieu de leur première association. Ils découvrent bientôt un parc d’attraction surnaturelle où règne le Count Crystal (dont l’apparence et les ambitions ne sont pas sans rappeler un autre sorcier développé par Englehart, cette fois-ci dans Defenders puis dans Fantastic Four : Necrodamus).

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Les héros sont obligés de se frotter aux différentes attractions, à l’occasion de quoi le Phantom Stranger trouve la mort à son tour. La situation semble désespérée, Hawkgirl est capturée par le Count Crystal, et les héros ne disposent plus de la protection mystique de leur allié.

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Cependant, dans les dimensions magiques, le spectre du Phantom Stranger parvient à sauver Superman de l’appétit d’Azgore, ce qui fait exploser la colère du démon. Si bien que sur Terre, au moment à le Count Crystal tue Hawkman, l’être surnaturel qui lui a donné sa puissance surgit afin de réclamer son dû. Frustré de ne pas avoir consommé Superman, Azgore se précipite sur le sorcier.

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L’effet est immédiat : la porte dimensionnelle entre la Terre et la sphère où règne Azgore s’ouvre à nouveau, permettant au Phantom Stranger de revenir, entraînant dans son sillage les fantômes de Superman et Hawkman, tandis que le sorcier, dont c’est, je crois, la seule apparition, va griller dans l’au-delà d’Azgore.

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Les Justiciers, quant à eux, s’apprêtent à retourner chez eux quand une voix les appelle. En effet, le Phantom Stranger a entraîné avec lui un autre revenant, Red Tornado ! Englehart laisse les lecteurs sur un cliffhanger de taille !

Jim

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German Garcia :

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Jim

Reprenons le fil de notre lecture des épisodes signés Steve Englehart pour la série Justice League of America.

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Dans le précédent numéro, les héros ont fait une virée en enfer afin d’affronter le sorcier appelé le Count Crystal et le démon Azgore. Ils sont parvenus à ramener leurs camarades emportés dans l’autre monde… et un ancien équipier porté disparu, Red Tornado.

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Dès le début de cet épisode 146, Englehart appuie sur l’accélérateur : on retrouve Red Tornado, on évoque ses précédentes morts et résurrections (avec force notes de bas de cases qui me donnent envie de me plonger dans les épisodes évoqués)… Et très vite, Superman (qui est plutôt du genre confiant en général) relève un détail inquiétant : Red Tornado a déjà été ramené à la vie dans le but de détruire la Ligue. Donc, méfiance. L’androïde propose de se soumettre à tous les tests et épreuves que ses équipiers jugeraient bons, ce à quoi Wonder Woman réagit favorablement : après tout, elle vient de faire de même durant les « Douze Travaux » afin de démontrer sa capacité à faire partie de l’équipe, alors si une Amazone se soumet à des épreuves, c’est pas un androïde qui va y couper : Englehart n’oublie pas sa caractérisation !

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Ne pouvant avoir la preuve que tout va bien, Superman soumet Red Tornado à la question. C’est l’occasion pour Englehart de jouer avec la continuité, de citer des événements marquants de l’histoire de la Ligue… et de revenir sur les « origines secrètes » du groupe, dévoilées dans l’épisode 144. Red Tornado semble au courant, ce qui signifie qu’il est un imposteur, puisque ce secret n’est connu que des membres fondateurs. L’épisode un peu spécial que le scénariste a livré trouve ici des conséquences et justification, et s’enracine dans la continuité.

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Tout ceci tourne très vite au pugilat, et dans la baston générale, Black Canary semble entendre une autre voix dans les paroles de Red Tornado. Il s’avère bien vite que le corps de l’androïde est occupé par un autre esprit, lui-même animé par la haine.

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Les héros ne manquent pas de deviner qui est cet esprit : le Construct. Englehart prend bien garde à noter qui a rencontré le personnage directement (Aquaman, Atom et Elongated Man, qui ne sont pas là mais ont pris la précaution de consigner leurs aventures afin que leurs équipiers soient au courant). Le raisonnement progresse par l’entremise de Wonder Woman qui déduit que sa mésaventure dans l’épisode 143 (elle a été contrôlée mentalement par un individu qui demeure encore inconnu) est sans doute liée à la maléfique intelligence artificielle.

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Hawkman propose d’intégrer Hawkgirl dans l’équipe, ce qui soulève la question des statuts du groupe (en gros, pas deux membres qui possèdent les mêmes pouvoirs), sur lesquels s’arc-boute Superman. Le Phantom Stranger propose alors de diviser le groupe en deux, afin de mener l’enquête, et de remettre à plus tar les considérations statutaires.

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Superman, Batman et Green Arrow se rendent donc en Atlantide afin d’obtenir des informations concernant le Construct auprès d’Aquaman et Atom. L’intelligence artificielle, on l’apprend dans une séquence qui lui est consacrée, peut se connecter à toutes les machines (donc avec le cerveau électronique de Red Tornado), mais ne dispose que de souvenirs partiels de sa « version » précédente. En l’occurrence, elle ne connaît pas la véritable raison de sa haine encore les Justiciers.

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Désireux d’en savoir plus, le Construct perd patience et attaque les héros en Atlantide… ce qui permet à Atom de trianguler sa position, sous Manhattan, et de prévoir une contre-attaque.

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Pendant ce temps, Wonder Woman s’est rendue sur l’Île du Paradis à bord de son avion invisible. Elle amène avec elle Hawkgirl et Black Canary, qui peuvent poser le pied sur l’île, ainsi que Hawkman, qui vole au-dessus ce qui lui évite de déclencher une quelconque prophétie. Les deux héros ailés échangent quelques réflexions concernant les règles du groupe, et Katar tient des propos intéressants au sujet des traditions, qu’il associe à l’inertie, et non au progrès. Intéressants de la part d’un homme qui vit plusieurs incarnations à la suite et exerce le métier d’archéologue !

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Diana cherche à utiliser « la chaise de mémoire » afin de lever les blocages mentaux et mémoriels qu’elle sent dans son esprit. Elle fait confiance à la machine des Amazones, la technologie locale étant détachée de toute autre sur Terre et protégée par des écrans. Mais lors de l’opération, ces écrans chauffent, signe d’une attaque extérieure.

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Accédant à ses souvenirs cachés, elle peut identifier Construct II, qui l’a contrôlée, et déduire que Red Tornado a été possédé par Construct III. C’est une Wonder Woman sur le sentier de la guerre qui ressort de l’expérience, bien décidée à détruire l’intelligence artificielle.

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L’Amazone conduit ses équipiers au pied des deux tours du World Trade Center, où elle est persuadée que se cache le Construct. Et pas question que Superman mette en doute sa parole. Pendant ce temps, Englehart et Dillin ont glissé quelques séquences montrant un Red Tornado reprendre lentement le contrôle de son corps.

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Les héros finissent par découvrir la cachette de leur ennemi synthétique, mais ils ne trouvent que des carapaces vides. C’est alors que Red Tornado rejoint ses équipiers : visiblement à bout de force, il explique qu’il est parvenu à « rallumer » sa propre personnalité sous l’effet du contrôle du Construct, en activant un enregistrement de son esprit. Englehart met ici encore en avant la tension qui règne dans le groupe, et si Superman et Wonder Woman ont la vedette dans la scène, il laisse bien entendre que l’altruisme et la solidarité ne sont pas les moteurs du groupe.

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L’équipe se scinde à nouveau. Le premier groupe, mené par Superman, confie au second, dirigé par Wonder Woman, la garde de Red Tornado, en qui les héros n’ont toujours pas confiance.

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Et c’est donc un groupe majoritairement féminin qui commence à faire confiance à leur collègue robotique ressuscité. Ensemble, ils utilisent les détecteurs de Red Tornado afin de remonter les traces d’énergie du Construct, ce qui les conduit… à Metropolis, où se trouve le reste de l’équipe.

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Dans les studios de Galaxy Broadcasting, l’équipe de Wonder Woman doit affronter un bataillon de machines animées par le Construct, mais aussi leurs collègues, que ce dernier tient sous son contrôle mental. Ce dernier projette d’utiliser le réseau de télévision afin de rallier à sa cause les hommes rongés par la colère.

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Mais cette fois, il doit affronter Red Tornado. Dans un combat machine contre machine, l’androïde trouve de nouvelles forces dans la foi que ses camarades lui portent. Face à la détermination du robot, le Construct connaît un court-circuit, ce qui permet à Wonder Woman d’activer un appareil censé empêcher la reformation de l’intelligence artificielle.

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Dans la carrière de Steve Englehart, les super-vilains qu’il a créés n’ont pas toujours connu un sort heureux (on se souviendra de Fasaud dans ses Fantastic Four). Mais le Construct, qui occupe une bonne part de ses épisodes et constitue l’un de ses fils rouges, prend une importance évidente dans ses récits et sera récupéré par certains de ses successeurs. Surtout, le personnage est pour beaucoup dans l’apparition de tensions au sein du groupe, ce qui permet au scénariste de pointer du doigt certaines règles de l’équipe, qui correspondent à des habitudes éditoriales dont il laisse entendre qu’il conviendrait de les renouveler.

Jim

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Tiens, je l’avais oublié celui-là…mais ce n’est pas vraiment la période de la série que je préfère.

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Ah pourtant, la saga du voyage qui se conclut par la « Secret Wars III », c’est un fameux morceau !!!

Jim

Je ne dis pas que c’était un mauvais run , juste avec des hauts (comme la saga que tu mentionnes) et pas mal de bas (certains épisodes dessinés par Buscema et ses médiocres derniers épisodes publiés sous le pseudo de John Harkness)…ça ne m’a pas donné envie de m’y replonger pour mes petits billets anniversaire…

Je ne sais pas si c’est vraiment le cas, mais j’ai toujours vu dans ces épisodes la trace de ce que le scénariste avait en réserve pour la série, et qu’il livre sous une forme déguisée afin de montrer ce qui aurait pu être. Je pense que c’est sa réaction face à la gestion éditoriale de l’époque (catastrophique, on ne le répétera jamais assez).

Jim

Cela te prend combien de temps de faire une chronique comme celle ci ?

Trop.

Je dirais une heure, mais là j’ai commencé avant le repas, j’ai fini après, j’avais perdu le fil de mes paragraphes…
Mais de toute façon, ça me prend trop de temps.

Mais que veux-tu, le goût du partage, tout ça…

Jim

titre de ta sex-tape

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C’est pas mal, non : accrocheur, ironique, clin d’œil…

Jim

Cela force assez le respect.

Rapide, efficace, et un gros boulot tout de même.

Cette non-duplication des pouvoirs est étrange, tout de même : ça devrait exclure Batman, qui n’en a pas (et tous les autres membres ont donc a minima les mêmes capacités que lui).

Quant à « Tu sais ça, alors que tu n’es pas censé le savoir, donc tu es un imposteur »… Euh, et personne ne se dit que l’imposteur non plus ne devrait pas être au courant, du coup ?

Tori.